- Vous… vous… n'êtes pas revenu…

- Si Kate, maintenant je suis là.

Elle le contempla un long instant, les larmes aux yeux, toute émue qu'elle était de pouvoir enfin le regarder comme une gamine de neuf ans et baissa la tête, un sourire en coin. C'était lui, c'était réellement lui, l'homme qui lui avait donné espoir dans cette maison si sinistre, l'homme inconnu mais capable de tout, capable de vous faire rire ou sangloter, capable du meilleur comme du pire, le tout sans prendre une seule ride.

- J'a…j'arrive pas à… à… le croire.

- En passant, commença ce dernier toujours d'aussi bonne humeur, je sais comment soigner votre bégayement !

- Ah… ah bon ?

- Oui, puisque c'est moi qui en suis à l'origine ! Je vous explique. Quand je suis arrivé chez vous, j'ai remarqué que vous n'étiez pas… comment dire… bien traitée.

- On peut le… le dire.

- Mais d'après votre belle mère, vous avez commencer à bégayer dès mon apparition ! s'exclama-t-il enthousiaste.

- Oui… et… et alors ?

- Alors ça veut dire que c'est moi qui en suis à l'origine ! Je vous ai impressionné, n'allez pas dire le contraire ! Je suis vraiment impressionnant !

- C'est ce que vous aimeriez croire ! railla Rose bras croisés dans l'eau.

- C'est ce que vous aimeriez croire ! répéta Kate sur le même ton.

Le Docteur la dévisagea un instant et secoua la tête, pensant qu'il avait rêvé. Il s'approcha dangereusement de Kate et, tout en prenant son visage à deux mains il lui murmura :

- Vous étiez tellement émerveillée, égarée dans le noir de votre existence, que vous en avez perdu la parole… Le meilleur moyen pour remédier à ceci est de vous montrer que je ne vaux pas mieux qu'un autre...

Il haussa un sourcil et émit une certaine objection à ses propres paroles :

- J'admets tout de même que c'est difficile de le croire mais qu'importe. Vous êtes prête ?

- Pr… prête à quoi ?

- A ce que votre Docteur vous guérisse…

- Mais… mais comment ?

- Surtout n'allez pas croire que ceci est une offense, ou une déclaration quelconque parce que ceci représente rien du tout, absolument rien du tout…

- Mais… mais enfin de quoi parlez-vous ?

- Oh non, ne me dis pas que…, comprit alors Rose les poings sur les hanches.

- De ça…, souffla-t-il non sans esquisser un petit sourire espiègle.

Il ne lui laissa pas le temps de réagir et capta ses lèvres avec fougue, prolongeant un baiser qu'il n'aurait pas donné si les circonstances avaient été différentes. Quoiqu'il devait l'admettre, il en profita un peu, grand charmeur qu'il était !

Kate, prise par surprise, ne réagit qu'au quart de tour et se recula après cinq bonnes secondes d'extase. Elle secoua la tête, reprenant ses esprits –non sans un coup d'œil vers le reflet de l'eau où stagnait Rose- et s'écria, complètement ahurie :

- Non mais qu'est-ce qui vous prend ?

- Oui ! enchaîna Rose dans le vide. On peut savoir quelle mouche vous a piqué ?

Le Docteur secoua la tête et haussa un sourcil :

- Qu'est-ce que vous venez de dire ?

- Je vous demande quelle mouche vous a piqué ! Vous êtes complètement givré ma parole ! D'abord vous voyagez dans le temps quand ça vous chante, vous vous opposez à des Spectres Sonique machin chose… vous sauvez la planète, et pour couronner le tout…

- Je vous guéris de votre bégayement d'un simple baiser.

Kate ouvrit de larges yeux, se rendant soudainement compte qu'elle venait de lui débiter quatre phrases sans hésiter une seule fois. Elle le regarda bouche bée, ne sachant quoi ajouter. Le Docteur sourit, un tantinet arrogant :

- Oui, je suis brillant. Allez venez ! Assez discuter.

Il saisit sa main et l'entraîna au pas de course à l'intérieur du Tardis. La cabine émit son vrombissement mélodieux, comme à l'habituelle, et disparut du bord de la Tamise, laissant dans le reflet de l'eau une jeune blonde encore éberluée.

- Eh bien… Pour des retrouvailles, elles ne manquaient pas de piquant, sourit Rose les mains dans les poches de son jean. Bon sang, je n'arrive pas à croire qu'il soit toujours en vie ! En vie ! Toujours en vie et toujours à la recherche des problèmes ! Ca, c'est bien mon Docteur !

Son sourire s'effaça alors, elle baissa la tête et souffla, sans quitter ses chaussures des yeux.

- J'imagine qu'il m'a déjà oubliée. Une compagne par-ci, une compagne par-là… Je le savais de toute façon, je m'y attendais, et lui aussi le savait. Pourquoi m'étais-je accrochée à l'espoir qu'il reviendrait un jour pour moi ? Tu débloques ma pauvre Rose. Il a fait ce qu'il fallait faire, un point c'est tout… il t'a sauvée, et il t'a oubliée…

Elle lâcha un lourd soupir de déception et continua sa ronde le long du fleuve. Un gamin en vélo manqua de la renverser. Une vieille dame faisait la manche. Personne ne semblait voir la jeune femme errer tel un fantôme au bord de l'eau. Bien sûr Rose pouvait toujours rentrer chez elle, quitter ce doux rêve et se réveiller de l'autre côté, dans cette nouvelle dimension en chair et en os. C'est d'ailleurs ce qu'elle aurait dû faire. Mais Rose Tyler, ne s'appelait pas Rose Tyler pour rien : têtue comme une mule, n'ayant pas froid aux yeux, et certaine de ressentir une passion rare et insatiable pour cet homme mystérieux dont elle ne connaissait toujours pas le nom, elle n'abandonnerait pas.

- Non je refuse de laisser tomber ! Peut-être que les autres se sont résignées à vivre sans lui, sans émettre la moindre objection, mais pas moi ! Je refuse de baisser les bras ! Non, je suis parvenue à le revoir cette fois-ci ! Je parviendrais encore à le retrouver ! Même si lui ne peut me voir ni m'entendre, je serais quand même là, à ses côtés, comme je l'ai toujours été ! Ah non Docteur ! Vous ne vous débarrasserez pas de moi aussi facilement ! Même dans un Univers parallèle à l'autre bout de la galaxie, je peux encore vous botter les fesses ! Vous allez voir ! Attendez-moi, j'arrive !

FIN