Bonjour !
Voici un nouveau chapitre ! C'est encore Jean-Jacques Goldman qui est à l'honneur, cette fois-ci, avec « Pas toi ».Si vous ne connaissez pas, youtube devrait être votre ami.
Merci à Earothien d'avoir bêta-readé ce chapitre, et bon anniversaire !
Pas toi (JJ. Goldman)
Il l'avait appris par la rumeur publique. On dira cela comme ça. De toutes façons, que ce soit par une annonce dans le Daily Prophet ou par un espion, cela ne changeait rien. Une date et un fait.
Le 21 Juillet 1979, Lily Evans épousera James Potter.
Sur le coup, quand il l'avait appris, Severus s'était figé. Glacé. Son cœur et son sang ne semblaient pas s'être réchauffé depuis. D'ailleurs, il n'en avait pas envie. Il voulait rester glacé, sans émotion, pour ne plus jamais risquer de tomber dans le piège. Rien qu'une ombre de froide colère et froide rancune. Froid pour feindre l'indifférence, glacé pour ne rien ressentir.
La date approchait comme une échéance. De jours en jours, de plus en plus proche. Il n'avait pas revu Lily depuis Poudlard, depuis deux ans mais il vécut ce mois de juillet quasiment à ses côtés, à force de surveiller l'écoulement du temps, des semaines, puis des jours avec un œil anxieux.
21 juillet. Une date comme les autres. Pour lui, c'était la fin du monde. Il n'y aurait pas de 22 juillet, une telle abomination était inconcevable. Et le compte s'égrenait. 15 juillet, 16 juillet, Elle serait splendide en robe de mariée. 18 juillet. 19 juillet. Il ne pourrait jamais que l'imaginer. 20 juillet : il s'enferma chez lui. Sans prévenir personne, pas même ses plus proches compagnons. L'hiver de sa vie commençait, il était temps d'hiberner.
Il n'aimait pas la fin prévue par l'auteur, et pourtant, il la savait déjà imprimée, fixée sur le papier à quelques pages de là. Il ne pourrait pas y échapper, il ne pourrait pas la changer. C'était exactement ce qu'il ressentait.
Enfermé dans l'allée du tisserand, les rideaux tirés. En noir, dans le noir, le cœur noir, le moral noir, il attendait et redoutait un évènement qui ne le concernait pas, auquel il n'assisterait pas. C'était tellement important, tellement énorme, à coup sûr, quelque chose d'extraordinaire arriverait en même temps. Le ciel s'ouvrirait, le soleil s'éteindrait, ou l'apesanteur disparaîtrait brusquement. Ou bien il se suiciderait.
Graver l'écorce jusqu'à saigner
Clouer les portes, s'emprisonner
Vivre des songes à trop veiller
Prier des ombres et tant marcher
J'ai beau me dire qu'il faut du temps
J'ai beau l'écrire si noir sur blanc
Quoique je fasse, ou que je sois
Rien ne t'efface, je pense a toi
Et quoi que j'apprenne, je ne sais pas
Pourquoi je saigne et pas toi
Il se réveilla au carillon des neuf heures de la vieille horloge. Il était allongé par terre, à moitié dans le couloir, à moitié dans la cuisine. Il se demanda vaguement comment il en était arrivé à s'endormir là, mais cela n'était pas très intéressant. La date lui sauta aussitôt à la gorge et la serra, serra. On y était. Aussi incroyable que cela puisse paraître, on était bel et bien le samedi 21 Juillet. Ce jour maudit a fini par arriver.
Là-bas, l'excitation doit commencer à gagner. Il doit y avoir encore mille choses à faire. Là-bas, on est bien loin d'être écroulé par terre, les yeux trop secs pour pleurer. Là-bas, on est bien loin de penser que quelque part, il y avait quelqu'un d'écroulé par terre, les yeux trop secs pour pleurer.
Severus n'avait pas envie de se relever. Il resta les yeux grands ouverts, fixé sur la moulure du pied de l'horloge, absolument consterné. Il était atterré de ce qu'il était en train de vivre, ou plutôt de ce qu'il n'était pas en train de vivre.
Là-bas, Lily finissait d'enfiler sa robe de mariée, en essayant de ne pas abîmer la coiffure. A quelques pièces de là, retenu au loin par une stupide tradition superstitieuse, un homme en costume faisait les cents pas, devant trois amis goguenards. Cet homme, ce n'était pas lui. Ca aurait du être lui, mais ce n'était pas lui.
Il ferma les yeux pour mieux visualiser la scène, et mieux se mettre à la place du jeune marié. Et puis même qu'avec un peu de chance, quand il les rouvrirait, le mariage de Lily et de Potter ne serait qu'un cauchemar vite oublié. Et même, même ! il aurait peut-être la chance de se réveiller à Poudlard, dans un corps de quatorze ans et changer le cours des évènements.
Ou alors, il aurait la chance de ne plus jamais rouvrir les yeux.
Passent les jours, vides sillons
Dans la raison et sans amour
Passe ma chance, tournent les vents
Reste l'absence, obstinément
J'ai beau me dire que c'est comme ça
Que sans vieillir, on n'oublie pas
Quoique je fasse, ou que je sois
Rien ne t'efface, je pense a toi
Et quoi que j'apprenne, je ne sais pas
Pourquoi je saigne et pas toi
Lily Potter. Lily Potter ! Son corps se courba sous l'effet du haut-le-cœur et c'est cette envie de vomir qui le remit debout, ironiquement. Potter, associé au prénom de Lily. C'était la pire abomination qu'il ait jamais entendue dans toute sa vie, dans toutes ses études sur la magie noire. Quand il était jeune, il s'était amusé à répéter « Lily Rogue, Madame Lily Rogue » et franchement, ça sonnait beaucoup mieux.
Il fit quelques pas, les deux noms résonnaient dans sa tête. Lily Potter, Lily Rogue. Il assista presque en direct à la ruine définitive du deuxième. Lily est définitivement perdue. Il ne l'aurait pas cru, mais finalement, même depuis qu'il savait qu'elle sortait avec Potter, il ne s'était jamais fait à l'idée qu'elle ne lui reviendrait plus jamais. Que la page était tournée pour de bon. Tout au fond de lui, cachée sous une rancune fabriquée de toutes pièces, et une indifférence artificielle, la certitude de retrouver sa Lily n'était jamais partie. Rien de solennel, rien d'officiel, tout était encore possible.
Maintenant, ce n'était plus le cas. Elle était officiellement hors d'atteinte. Il n'avait plus d'espoir qu'elle soit à lui. Enfin, si, dans l'absolu, si, mais bon.
Y a pas de haine, y a pas de roi
Ni dieu ni chaîne, qu'on ne combat
Mais que faut-il, quelle puissance
Quelle arme brise l'indifférence
Oh c'est pas juste, c'est mal écrit
Comme une injure, plus qu'un mépris
Et quoi que j'apprenne, je ne sais pas
Pourquoi je saigne et pas toi
A l'heure du mariage, il retrouva une vitalité qui l'étonna lui-même. Il poussa des hurlements pendant tout le temps de la cérémonie en arpentant la maison. On n'ose jamais hurler. Crier, oui, mais hurler jamais. On essaie toujours d'hurler quelque chose. Mais hurler pour hurler, un son informe, indistinct, jamais. Hurler pour que ce qui lui tordait le ventre trouve un chemin vers la sortie. Pour épuiser le chagrin et qu'il le laisse enfin tranquille. Quand ce fut fini, quand l'horloge de l'allée du tisserand sonna l'heure de la sortie de l'église de Godric Hollow, il se tut. Il n'y avait plus rien à dire.
Le miroir devant lui était cassé, du sang ruisselait le long des fentes du carreau. Il baissa les yeux sur ses mains blessées, serra ses poings déchirés sans y prêter attention.
Voilà. Lily était mariée. Le monde ne s'était pas arrêté. Severus n'était pas mort.
Et il l'aimait toujours.
Il faut que je vous dise aussi que cette semaine a été très prolifique du côté de l'écriture et qu'en quelques jours, j'ai écrit une fic entière sur Lily et Severus, que je publierai sûrement dans quelques temps, sous le titre de Le Dernier Ennemi à Vaincre sera la Mort .
J'attendrai peut-être d'avoir fini Prince et Princesse, je ne sais pas encore.
Ella Took : c'est vrai, tu as raison, ce chapitre-ci s'est fait attendre, bien qu'il ait été écrit depuis quelques temps déjà. Pour Sectumsempra, tu n'es pas la seule à m'avoir fait la reflexion. J'ai toujours plus ou moins été persuadé que les Maraudeurs avaient réussi à lui piquer tous ses sortilèges, mais ce n'était peut-être pas vrai, en effet. Arf, vi, plus ça va aller, plus ça va être triste, forcément. Bisous et merci !!
