Chapitre le plus triste de la fic, vous êtes prévenus. Mais il fallait bien que cela arrive un jour !
Merci à Ely pour la relecture et la correction ! Que s/ferais-je sans toi ?
Je ne sais pas précisément quand le début de ce chapitre se passe. Rowling a fait une incohérence dans sa chronologie : Lily et James sont tués le 31 octobre au soir, mais ce n'est que le lendemain qu'Harry est déposé chez les Dursley. Du coup, on a 24h de perdues, pendant lesquelles Dedalus Diggle s'amuse à faire tomber des étoiles filantes et bébé Harry serait laissé tout seul dans sa maison dévastée à côté du cadavre de sa mère, sans que personne, ni sorcier ni moldu, ne s'approchent... 'fin bon !
Bref, je ne sais pas précisément quand (le 31 ou le 1er) la soirée racontée en début de ce chapitre se déroule.
Restons dans le flou, ça ne change rien à l'intrigue.
Les paroles de la chanson choisie sont encore plus importantes que dans les autres chapitres. Il faudrait que vous les lisiez comme faisant partie du réçit en lui-même. Elles expriment toute l'émotion du chapitre mieux que je n'aurais pu le faire.
Tu me manques déjà (Chimène Badi)
Trois petits coups furent donnés à sa porte. Il ne dormait pas. Il était deux heures du matin, mais il ne dormait pas. Comment aurait-il pu en sachant ce que le Seigneur des Ténèbres avait prévu de faire cette nuit d'Halloween-là ? Et lui, bloqué à Poudlard, qui avait dû donner des cours à des élèves qui avaient presque son âge et qui avaient même été ses camarades, comme d'habitude, comme si de rien n'était.
Pourtant, ce n'est pas parce qu'il ne dormait pas que cela l'empêcha de sursauter violemment. L'heure était venue, il allait apprendre ce qui s'était passé. L'appréhension lui rompait presque le cœur.
Severus se retrouva face au préfet en chef, qu'il agressa d'un :
« Quoi ? »
« Le professeur Dumbledore… il veut que vous alliez le voir dans son bureau… »
« J'm'doute ! » aboya-t-il en lui claquant la porte au nez.
Juste le temps de respirer un bon coup et d'être certain que l'élève avait filé, et Severus sortit de ses appartements en grande hâte. Il était fébrile et tremblant et voulait bien prier tous les dieux de la terre pour qu'on lui promette que cela ne se voyait pas de l'extérieur. Les prochaines années de sa vie se jouaient ce soir.
Dumbledore l'attendait debout, encore habillé, il venait visiblement de revenir de dehors.
« Severus. C'était Sirius Black, le traître. Tom Jedusor y est allé ce soir. » dit-il en guise de préambule.
« Je sais ! »
En fait, il ne savait pas que c'était Black. Mais il savait que Voldemort avait fini par obtenir le renseignement qu'il voulait et qu'il allait passer à l'acte. Ce n'était pas ça qui l'intéressait. Ce qui lui brûlait les entrailles, c'était de savoir comment cela s'était passé.
« Asseyez-vous, mon ami. » proposa Dumbledore d'une voix trop douce et trop charitable.
Terrorisé d'inquiétude, il obéit machinalement et le directeur n'eut pas à le pousser bien fort pour qu'il ne tombe dans le fauteuil derrière lui.
« Voldemort est défait, mais il vous a trahi. Il n'a pas fait ce que vous lui aviez demandé. Severus, je suis véritablement désolé… »
Il n'y avait pas besoin d'être plus explicite. Il y eut un infime moment où Severus resta hébété. Souvenir par souvenir, espoir par espoir, le monde s'écroula doucement au même rythme que la prise de conscience par Rogue de ce qui venait de lui tomber dessus.
Il comprit qu'il ne pourrait pas se retenir de pleurer devant Dumbledore.
Des images défilent en moi
Des promesses de vie
D'une vie sans larmes
Tu es là sans être là
Ma mémoire s'amuse déjà
A fouiller dans mon âme
Tout est dit
En cette nuit de mélancolie
La pluie dans nos regards
L'adieu à notre histoire
« Maintenant, c'est chacun pour soi ! »
Lucius trancha net la discussion. Severus n'avait pas pris part au débat. Que les Mangemorts fassent profil bas ou qu'au contraire, ils continuent le combat avec un autre chef, il n'en avait rien à faire. Plus rien n'avait d'importance.
Les cinq ou six malheureux Mangemorts orphelins disparurent en transplanant et il resta-là. Il arpenta un peu la forêt, les yeux fixés sur le sol devant lui. Dumbledore lui avait promis qu'il le protégerait. Mais il avait déjà l'impression d'être à Azkaban, en proie à un Détraqueur, tant il n'avait plus en tête que de sombres pensées.
Même les plus heureux souvenirs qu'il avait avec Lily avaient un goût de tragédie.
Elle était morte ! Morte ! MORTE ! A jamais ! Il ne la reverrait plus, elle était définitivement perdue. Même fâchée, même mariée, il restait un espoir. Rien n'était irréversible, à l'époque, ils pouvaient se réconcilier, elle pouvait divorcer, ou, comme il l'avait souhaité, se retrouver veuve.
Sa mort était irréversible.
Maintenant, c'était fini. Elle n'était vraiment plus là : Elle n'était pas seulement au loin, il n'avait plus aucune chance de la croiser par hasard. Il n'avait pas bien compris ce qu'il avait encore à faire sur terre alors qu'elle n'y était plus. Dumbledore avait parlé du bébé, qu'il avait mis chez Pétunia, mais il ne l'avait pas vraiment écouté : à l'annonce de la mort de sa Lily, tuée par son maître, Severus s'était retrouvé plongé dans un abîme de ténèbres trop profond pour vraiment bien comprendre ce qui se passait autour de lui. Dumbledore avait dit qu'il allait falloir le défendre et il avait osé jouer sur les sentiments de Severus pour lui faire jurer de protéger le gamin de Potter. C'était un acte abject de la part de Dumbledore. Mais lui, Severus, n'avait-il pas fait bien pire ? N'était-ce pas lui qui avait transmis la prophétie au Seigneur des Ténèbres. Finalement, la mort de Lily, c'était de sa faute, tout autant que de celle de Voldemort et de Black !
Il avait passé les derniers jours à pleurer, à gémir, à pousser des râles de bêtes blessés, à taper dans des objets, à se griffer ou à hurler de rage, mais rien n'y faisait. Rien ne la ferait revenir, rien n'apaisait à la douleur qui l'embrasait de l'intérieur, semblant lui dévorer le ventre avec un grand feu piquant. Il savait que cela ne s'atténuerait jamais. Jamais.
Tu me manques déjà
Il suffit de quelques heures
Et la vie me fait peur
Avec tout ces pourquoi
Tu me manques déjà
Et je sais que mes matins
N'auront qu'un goût de rien
Que rien n'effacera
J'ai compris que l'éternité
C'est l'absence qu'on entrevoit
A travers les silences
« Pourquoi il est là ? Pourquoi il est là ? »
Le loup-garou Lupin était dans un état qui oscillait entre la rage et l'hystérie. Par-dessus l'épaule de Dumbledore qui le ceinturait pour le retenir, Remus fixait Severus d'un air assassin et claqua mêmes des dents, dans un réflexe propre à sa race.
Severus restait en recul, impavide.
« Remus, calmez-vous, mon ami. Vous vous trompez de coupable. Severus a été très ami avec Lily, au collège, tout le monde ici le sait. Pourquoi n'aurait-il pas le droit… »
« C'est un Serpentard ! C'est un Mangemort ! Il était avec lui ! Il est hors de question qu'il vienne, je ne veux pas le voir ! La mort de James ! Rien ne pouvait lui faire plus plaisir ! » cria Remus.
« Bon. Hagrid ? »
Désormais retenu par le demi-géant, Lupin n'avait plus que très peu de chance de pouvoir s'échapper et de lui sauter dessus. Dumbledore se dirigea de son pas calme et mesuré vers l'entrée du cimetière, où Severus s'était arrêté.
« Je ne savais pas si vous viendriez. »
« Je veux lui dire au revoir. Ca devrait m'aider à prendre conscience de la réalité de…de ce qui m'arrive », acheva-t-il pour éviter de prononcer « sa mort ».
Dumbledore inclina sa tête argentée.
« Mais je crains que vous ne soyez pas le bienvenu.
« Dites-lui que je n'ai pas l'intention de m'approcher. Je resterai ici. Je ne veux pas participer. Je ne veux pas me mêler à eux. Je n'ai jamais compris l'utilité d'être à plusieurs pour pleurer. C'est dégoulinant de lâcheté et de faiblesse. Et puis aucun d'eux ne ressent le tiers de ce que je dois supporter en ce moment ! »
« Croyez-vous ? Remus et vous… Vous êtes dans le même état. Je dois vous surveiller aussi étroitement l'un que l'autre pour ne pas que vous fassiez une bêtise. Vous avez tous les deux été trahis et vous avez tout perdu, tout ce qui faisait que vous pouviez prétendre au bonheur. Vous vous ressemblez beaucoup en ce moment, vous savez. »
« Ne poussez pas l'insulte trop loin. » lâcha-t-il d'une voix glaciale.
Et puis le prêtre-sorcier arriva, Dumbledore, après un dernier regard perçant et bienveillant le quitta et alla rejoindre ceux qui se tenaient au bord du gouffre de la tombe et la cérémonie d'enterrement de Lily et Potter commença. Severus resta immobile, les yeux fixés sur le cercueil. Elle qui avait toujours été si vive et si libre, à présent enfermée entre quatre planches de bois qui devaient l'oppresser. Un accès de claustrophobie monta en Severus et il crut qu'il allait être malade.
Mais il ne tourna pas les talons, il ne détourna pas les yeux. Parce qu'il n'était pas un lâche.
Pourquoi soudain la vie qui se dessine
On la voit plus que sous des pluies fines
Et des torrents de souffrance
Aujourd'hui qui sera là sur ma route
Et puisque tu t'en vas
tu sauras que je n'aimais que toi
C'est comme un rêve
Que l'amour ne rêvera jamais
Comme une histoire perdue
Un regard sur le passé
Il ne lui restait plus d'elle que l'amour qu'il lui portait.
Rivious ? :)
