Dernier chapitre, près de 17 ans après le chapitre précédent !
Ce chapitre se déroule quelques jours après la mort de Dumbledore, mais avant que Maugrey ne place des pièges anti-Rogue dans Square Grimaurd. Rowling a confirmé que c'était à ce moment-là qu'il y était allé et qu'il avait trouvé la photo.
Sachez qu'initialement, c'était la chanson « de là haut » de Thierry Amiel qui était prévu, mais plus personne ne s'en souvient et d'ailleurs, celle-ci correspond mieux.
Mon alter ego, Jean-Louis Aubert
Il manque un temps à ma vie
Il manque un temps, j'ai compris
Il me manque toi
Mon alter ego
« Qu'est-ce que je vais faire, maintenant ? Les choses sont de plus en plus compliquées. J'ai besoin de ton aide, j'aurais besoin que tu me dises quoi… »
Il se tut brusquement. Il était en train de parler à un bout de pierre sculpté.
Voldemort allait probablement le propulser à la tête de Poudlard, mais personne ne voudrait de lui là-bas, après ce que qu'il avait fait. Il ne savait plus trop où il en était, mais de là à parler tout haut à la statue de Lily comme si elle allait lui répondre…oh, si seulement elle pouvait lui répondre !
Il recula un peu, s'adossa contre la barrière et inclina légèrement la tête pour mieux la regarder. Il savait qu'il pourrait rester des heures, installé devant ce monument, sans jamais se lasser de sa vue. Bien sûr, il était déjà venu des centaines de fois le contempler, immobile, et silencieux, pendant quelques minutes ou quelques heures. Il avait appris à fixer son visage avec tant de force que tout ce qu'il y a avait autour, le bébé et son père devenaient flous puis disparaissaient. Il ne restait alors plus qu'elle et lui.
Il était bien conscient de la chance qu'il avait. Tous ceux qui ne vivaient que par amour pour un mort, comme lui, n'avaient pas la chance d'avoir un monument élevé en son honneur, où ils pouvaient venir se régénérer quand c'était trop lourd à porter. Et pourtant, ce n'était pas vraiment un réconfort : la vue de Lily immobile et sans couleurs lui transperçait le cœur comme une aiguille. Ce qu'il lui faudrait, c'était une photographie.
A la lueur de la lune, son regard suivit machinalement la ligne de son nez, l'arc de ses sourcils, la rondeur de ses pommettes, la courbe de son sourire, le tombé de ses cheveux. La représentation était fidèle au modèle.
Cette Lily de marbre était comme le souvenir qu'il avait d'elle : belle, idéale et surtout indestructible.
Tu es partie mon amie
Tu m'as laissé seul ici
Mais partout tu me suis
Mon alter ego
Où tu es
J'irai te chercher
Où tu vis
Je saurai te trouver
Où tu te caches
Laisse-moi deviner
Dans mon cœur rien ne change
T'es toujours là, mon ange
Severus s'éloigna rapidement de Square Grimaurd, à grandes enjambées précipitées.
Il avait pleuré. Cela le bouleversait presque autant que ce qui lui avait tiré les larmes. Depuis combien d'années n'avait-il pas pleuré ? Ce n'était pas bien dur. Un jour, il n'avait plus trouvé assez d'humidité dans ses yeux pour pleurer. Un jour, la voix de la raison s'était enfin fait plus forte que celle des sentiments. La Mort n'en avait que faire qu'il détrempe son oreiller : elle ne relâcherait pas sa Lily pour autant. Vers le premier Noël sans elle. Soit seize ans et demi à la pleurer sans larme et voilà que ça le reprenait.
Sûrement parce que sa vie n'avait jamais été aussi compromise depuis seize ans. Plus que jamais, il avait besoin de ressentir la force que son amour et l'amitié de Lily lui donnaient. Il avait assassiné Dumbledore la veille. Certes, il n'avait fait que tenir la promesse faite à Dumbledore lui-même et aussi à Narcissa Malefoy. Mais il n'en restait pas moins qu'il avait tué le seul homme qui l'avait compris et protégé depuis tant d'années. Désormais, l'Ordre du Phénix n'avait plus aucun doute sur son allégeance à Voldemort, et de façon bien plus large, tous ceux qui appréciaient Dumbledore le haïssaient. Et pourtant, il allait continuer à travailler pour eux en secret. Complètement seul, à présent.
Il manque ton rire à l'ennui
Il manque ta flamme à ma nuit
C'est pas du je
Mon alter ego
Où tu es
J'irai te chercher
Où tu vis
Je saurai te trouver
Où tu te caches
Laisse-moi deviner
T'es sûrement baie des anges
Sûrement là-bas, mon ange
Sûrement là-bas
Sûrement là-bas
Il serrait bien fort dans sa poche ce qui avait fendillé le mur de glace érigé par des années d'aigreur. Il n'avait pas l'intention de ressortir ses deux larcins pour les re-regarder, mais il voulait juste les sentir sous ses doigts. Il pourrait se convaincre qu'elle l'aimait et la revoir bouger, rire et vivre quand il le voudrait, désormais. C'était juste pour bien prendre conscience de cela que ses doigts passaient et repassaient sur le papier où Lily « l'embrassait » et sur le bout de la photo où elle apparaissait. Mais pas maintenant, pas encore, pas tout de suite. S'il ne voulait pas que cela devienne une drogue, il fallait qu'il arrive à se maîtriser dès maintenant.
Il avait finalement accepté l'idée qu'elle soit morte En quelque sorte, il s'était habitué, même si le terme le révulsait. Lily était figée dans sa mémoire, magnifiée de bravoure et de gloire, objet de toute son admiration. Elle n'avait aucun défaut. Si elle avait vécu, le fossé entre eux deux n'aurait fait que se creuser. Elle était l'héroïne dont la capacité à aimer avait changé le cours de l'histoire. Elle était son secret, elle était ce sur quoi il s'était construit, elle était sa motivation. Elle avait été à ses côtés chaque jour de sa vie. Et ce -même si le penser le répugnait- bien plus sûrement que si elle avait vécu.
Contre toute attente, il avait réussi à vivre sans elle. Les jours s'étaient écoulés d'eux-mêmes. Le temps qui passait l'avait entraîné dans son flot, l'éloignant inéluctablement de ce jour où sa vie aurait du s'arrêter. Il n'avait pas résisté, il l'avait suivi machinalement. La vie -et Dumbledore- lui avait trouvé des buts pour le motiver à vivre chaque jour : enseigner, faire gagner Serpentard. Faire vivre l'enfant de Lily. Bref, il fallait remplir cette vie si vide et si inutile, depuis qu'elle avait été amputée de moitié.
Il manque ton rire à l'ennui
Il manque ta flamme à ma nuit
C'est pas du je
Mon alter ego
Où tu es
J'irai te chercher
Où tu vis
Je saurai te trouver
Où tu te caches
Laisse-moi deviner
T'es sûrement baie des anges
Sûrement là-bas, mon ange
Sûrement là-bas
Sûrement là-bas
On disait que la douleur rendait méchant. Parfois, furtivement, il s'en rendait-compte dans un moment de lucidité. Mais cette curieuse idée passait très vite. Il était simplement lui-même, ce que son histoire et ses enjeux personnels avaient fait de lui. Offense-Vengeance, le monde était cruel avec lui, il était cruel avec tout le monde.
Toutefois, Severus ne se trouvait pas particulièrement ignoble, c'était surtout Harry qui était un gamin détestable. Ce garçon qui aurait dû être son fils, et qui ne l'était pas. C'était ni plus ni moins un autre James. Toutefois, c'était un James sur qui il avait le droit et même le devoir d'avoir de l'autorité. Il n'allait tout de même pas s'en priver ! Mais si au moins, il avait pu fermer les yeux quelques fois, lui faire payer sa ressemblance avec son père aurait été plus facile !
Malgré ce que Dumbledore disait, il n'avait jamais pu se fixer sur ses yeux et faire abstraction totale de tout ce qu'il y avait autour. Ainsi, il n'avait jamais pu apprécier Harry mais n'avait jamais pu non plus le haïr tout à fait. Haïr quelqu'un, c'était vouloir sa mort, or si Harry fermait les yeux définitivement…Severus resserra la main sur la photo. Maintenant, il avait un autre recours. Maintenant, les yeux de Lily ne seraient plus forcément gâchés par le visage de Potter autour.
Où tu es
J'irai te chercher
Où tu vis
Je saurai te trouver
Où que tu sois
Je voudrais que tu saches
Dans mon cœur rien ne change
T'es toujours là, mon ange
Il manque un temps à ma vie
Il manque ton rire, je m'ennuie
Il me manque toi, mon amie.
Un jour, peut-être plus vite que prévu, en ces temps troublés, il mourrait lui aussi. Il n'était pas spécialement pressé, ses élans d'envie de suicide s'étaient calmés depuis bien des années. Mais tout de même, la mort ne n'inquiétait pas.
Si jamais il y avait quelque chose après la mort, Severus savait que c'était Lily.
Et voilà, c'est la fin de cette fanfiction. J'ai pris énormément de plaisir à écrire cette fic, en partie grâce au sujet, puis grace au chanson et aussi parce que ma muse n'a jamais faiblit et qu'écrire ces chapitres n'a jamais été difficiles.
C'est le moment ou jamais de vous dire d'où vient le titre de Prince et Princesse. En fait, l'ordinateur l'a choisi pour moi. Quand j'ai commencé à travailler sur cette fic, j'avais fait, dans mon document word, la liste des chansons choisies et ce dont chaque chapitre devait parler. Or pour le premier chapitre, le « détail » crucial, c'était que c'était Lily qui l'avait appellé prince le premier et qu'il lui avait retourné le compliment. Du coup, la première ligne était : prince et princesse envole-moi. Et quand j'ai enregistré le document, l'ordi lui a donné comme titre les premiers mots écrit. Et voilà, comme c'est devenu Prince et Princesse.
Merci à tous ceux et celles qui l'ont lue, qui l'ont apprécié et qui l'ont reviewé. Un grand merci aussi à mes trois bêta-readeuses, Elro, Ea et Ely, qui ont fait du super boulot !
Merci à Rowling pour m'avoir donné l'occasion d'avoir l'idée de cette fic ;-)
Mais vous n'êtes pas débarassés de moi pour autant. Je reviendrai très prochainement avec une autre fic sur Lily et Severus, Le Dernier Ennemi à vaincre sera la Mort. D'ailleurs quand j'y pense... la dernière phrase de Prince et Princesse ... enfin, vous verrez ;-)
