Disclaimer : comme d'habitude, les personnages de Saint Seiya appartiennent à Kurumada, nous ne faisons que les emprunter pour leur faire profiter des joies d'une vie normale…

En revanche, le choix du prénom de Lorcan vient de notre imagination.

Voici donc la suite de ma fic « Flashés », co-écrite avec Kittyarra. Si nous arrivons au bout, il y aura 4 parties en tout dont voici la première qui se déroule dans le Sanctuaire d'Athéna. On y retrouve tous nos chevaliers et leurs histoires d'amour. Attention !! Nombreux lemons à venir…

oOo

Shaka rentra chez lui, il avait prit une décision : il allait retourner quelques temps en Inde.

Il entra dans la partie habitable de son temple et ouvrit les yeux. La maison était remplie du sol au plafond de ballons blancs de toutes tailles remplis d'air ou d'hélium. Etonné mais ne voulant pas se poser de questions, il se fraya difficilement un passage jusqu'à la salle de bain, prit une douche et se rendit à la cuisine.

« Mais qu'est-ce que… ? »

Sur la table était posé un énorme carton dont l'emballage était blanc immaculé et le ruban argenté. Il l'ouvrit et découvrit le magnifique service à thé qu'il avait vu un soir à Athènes alors qu'il se promenait avec Milo. Il ne se rappelait pourtant pas avoir dit tout haut qu'il lui plaisait…

« A quoi joues-tu Milo ? » pensa t-il à voix haute.

Mais la douleur qui lui enserrait le cœur était encore trop vive et il se refusait à réfléchir plus avant où Milo voulait en venir.

Il allait remballer le cadeau quand il sentit le cosmos de Kanon qui pénétrait dans son temple.

« Tu prépares une petite fête ? » demanda-t-il en entrant dans la cuisine tout en pointant du pouce la porte derrière lui.

« Non »

«Waw quel magnifique service ! Tu m'offres le thé ? »

Il n'était pas d'humeur à jouer les hôtes aimables, cependant il avait toujours eu beaucoup de tendresse pour le cadet des jumeaux malgré ces actes passés, même s'ils n'avaient jamais été très proches.

L'Indou n'avait plus d'autre choix que d'utiliser le service qu'il voulait rendre à l'expéditeur.

Il versa de l'eau bouillante dans deux tasses et sortit sa boîte à thé. Tout en silence, ils burent quelques gorgées du breuvage.

« Shaka, je sais qu'on a jamais énormément parlé tous les deux, mais tu m'inquiètes beaucoup. Je ne sais pas pour qui ou à cause de quoi tu verses toutes les larmes de ton corps ; même les paupières closes, tu n'arrives pas à dissimuler tes yeux rougis et tes cernes. Je suis seulement sûr de deux choses maintenant, la première c'est que tout le monde se trompes sur ton soit disant couple avec Mû et la deuxième, c'est que quelqu'un se donne beaucoup de mal pour se faire pardonner. »

Et avant que le chevalier de la Vierge n'ait pu réagir ni émettre un son, Kanon enchaînait :

« Merci pour le thé, je file, j'ai rendez-vous avec Shun. »

Le cadet des Gémeaux se leva et allait sortir.

« Comment sais tu ? »

« J'ai été l'ombre de Saga pendant longtemps, je sais observer.  Et il y a aussi un certain Gold qui est d'une humeur massacrante depuis quelques jours. »

Shaka resta assis sur sa chaise à fixer la porte par laquelle venait de disparaître Kanon.

' …quelqu'un se donne beaucoup de mal pour se faire pardonner… un certain Gold est d'une humeur massacrante depuis quelques jours…' Ces mots se répétaient indéfiniment dans sa tête.

Se pourrait-il qu'il ait fait fausse route ? Il n'avait pas revu Milo depuis ce fameux soir mais Kanon n'était pas le premier à lui dire qu'il n'allait pas bien, Mû l'avait déjà fait.

La Vierge se leva pour nettoyer les tasses dans l'évier tout en réfléchissant : hormis le fait qu'ils ne s'affichaient jamais en public, il n'avait rien à reprocher à Milo. Il l'avait courtisé avec patience et respect, s'était toujours montré d'une extrême douceur avec lui et n'avait jamais semblé s'ennuyer à ses côtés. Il n'avait certes laissé aucune chance au Scorpion de s'expliquer mais d'un autre côté, ce dernier ne lui avait jamais clairement exprimé ses sentiments.

Il finit d'essuyer sa vaisselle et rangea les tasses dans le carton qu'il disposa dans l'armoire de sa chambre en attendant de savoir ce qu'il allait en faire puis retourna dans le salon encombré de ballons.

Il s'assit sur le canapé, repliant ses jambes sous lui et prit un coussin entre ses bras, pensif.

Milo n'avait pas honte de se montrer avec lui, preuve en était de leurs nombreuses sorties en ville pendant lesquelles il ne lui lâchait pas la main et n'hésitait pas à l'embrasser en public, le faisant rougir.

Mais le gardien du 8e temple restait très discret sur leur relation dans le cadre du Sanctuaire. Pourquoi ?

Shaka s'était persuadé que c'était pour ne pas blesser Camus. Mais après tout, que savait-il de leur relation ? Rien ! Ils n'en avaient jamais parlé. La rumeur disait qu'ils avaient été ensemble et que cela s'était terminé subitement au retour de Milo de l'Isba. Quelle était la part de vérité dans cette rumeur ? Ni Camus, ni Milo n'avaient jamais fait de commentaires là-dessus et ils avaient continué de se fréquenter comme avant, sauf que le Scorpion avait changé de comportement : il ne cherchait plus à avoir de contact physique avec le Verseau, ne le regardait plus avec ses yeux de cocker mort d'amour (j'adore cette expression), ne le poursuivait plus de ses demandes d'affection. Beaucoup en avait conclu que Milo était passé à une autre conquête et une minorité avait parié que c'était 'le glaçon' qui l'avait refroidi pour de bon.

Le Gold sentait sa volonté vaciller, il n'était plus sur de rien, il lui fallait des réponses mais il était hors de question d'aller les chercher auprès de Milo !

D'un bond, il se leva du canapé et explosant quelques ballons dans sa précipitation, sortit de son temple pour se diriger vers la source de ses interrogations.

Il camoufla son cosmos en passant près du 8e temple, soulagé de ne pas trouver son occupant sur le seuil et continua sa remontée en direction du temple du Verseau.

Au moment où il allait frapper à la porte des appartements de celui-ci, il se figea dans son geste : Milo était là ! Chez Camus ! Il avait sentit son aura.

Décontenancé sur le coup, il se reprit rapidement et fit demi-tour avant d'être découvert par les deux chevaliers.

Que faire ? Que faisait Milo chez Camus ? Y était-il venu pour se faire consoler ? Avait-il renoué avec son ancien amant ? 

L'Indou sentit la boule familière se former dans sa gorge et les larmes commencer à lui monter aux yeux qu'il chassa d'un geste rageur.

Il redescendait lentement les escaliers, faisant à peine attention à ce qui l'entourait, ne se rendant pas compte qu'il avait déjà dépassé son temple quand il se retrouva devant une lourde porte en bois.

Etonné, il fixait cette porte sans bouger, réalisant à peine où il se trouvait.

Celle ci s'ouvrit sur des cheveux en batailles et un regard inquisiteur mais qui ne semblait pas surpris de le trouver sur le pas de sa porte.

« Tu vas te décider à entrer ou tu veux une invitation en recommandée ? » lâcha le Cancer d'un air mi-amusé mi-cynique.

DM se poussa, laissant entrer Shaka.

« Tu veux du café, du thé ? »

« Tu n'aurais pas quelque chose de plus corsé ? »

« De la grappa, ça te va ? »

« La bouteille est pleine ? »

Angelo eut un sourire pour lui-même, le blond avait réussi à le surprendre, à vraiment le surprendre en très peu de temps. L'Indou s'était installé sur un fauteuil, les jambes croisées et l'esprit ailleurs. DM passa le verre sous le nez de Shaka qui le prit, le regarda du genre « un si petit verre ? » et le but cul sec. Angelo lui en versa un autre qu'il avala de la même manière.

Le Cancer porta son propre verre à ses lèvres et but une petite gorgée avant de demander

« Comment ça va avec Mû ? »

« Comment ça va avec Aphro ? »

Le Cancer faillit s'étouffer avec le liquide transparent.

« Aphro et moi c'est juste de l'amitié. »

«Hmm. »

Shaka attrapa la bouteille et commença à boire au goulot la vidant au 3/4 d'une traite.

« C'est bon c'machin, ça viens d'où ? »

Sans répondre, Angelo prit la bouteille des mains de la Vierge. Là le Crabe était réellement inquiet. Qu'arrivait il à celui que rien ne pouvait ébranler, ni même énerver, pas même les attaques simultanées des deux chevaliers divins les plus chieurs. Qu'avait-il bien pu se passer ?

Et Milo, tellement en rogne que Camus avait même dû refroidir son temple, frisant le zéro absolu, pour essayer de calmer un tant soit peu le Scorpion.

Un bruit de verres qui s'entrechoquent sorti le Cancer de ses pensées. Shaka était devant le bar, tirant toutes les bouteilles qui se trouvaient dedans et les goûtant sans faire attention au mélange.

« Tu crois pas que tu as assez bu ? » constata DM en optant pour la diplomatie.

« Pourquoi ? C'est…c'est interdit ? Je… n'ai pas l'droit de m'saouler comme tout le monde ? Ou alors, c'est seulement réserver au …au…gr…grand Shaka ?! »

La moutarde monta au nez d'Angelo, dont la patience qu'il avait fait preuve jusqu'à présent s'était envolée pour des contrées lointaines. Il se leva, attrapa le bras de la Vierge et, le faisant basculer sur son épaule, le transporta jusqu'à la salle de bain où il le colla dans la baignoire.

Shaka se débâtait sans aucune conviction quand subitement il s'immobilisa et fixa le Cancer d'un regard vitreux.

« T'as envie de baiser avec moi ? »

Angelo fût estomaqué. Il actionna l'eau froide qui sortait par grands jets du pommeau et lui mit au dessus de la tête.

« Shaka, je ne sais pas à quoi tu joues, mais ça ne te ressembles pas ! Cette solution de te saouler et d'avoir ce genre de comportement. Qu'as-tu à la fin ? »

Les yeux turquoise de Shaka se remplirent de larmes et il éclata en sanglots sans pouvoir s'arrêter. Angelo arrêta l'eau, prit un peignoir, enroula le blond dedans et le prit dans ses bras en attendant qu'il se calme. Au bout d'un moment, les sanglots cessèrent et il sentit le corps se détendre. Il attrapa une serviette et se mit à sécher les longs cheveux blonds détrempés qu'il finit par démêler avec douceur.

Puis, il se releva du carrelage froid de la salle de bain et tendit la main au chevalier qui ne semblait pas réagir.

« Allez viens, je te propose ma recette secrète contre les gros chagrins. Mais attention, pas un mot à qui que ce soit ! »

Shaka leva ses yeux tristes et rougis vers le Cancer.

« Promis » répondit-il en reniflant bruyamment.

Ils arrivèrent dans la cuisine, Shaka derrière Angelo, lui tenant le T-shirt.

« Installe toi »

Shaka obéit.

L'autre se dirigea vers le réfrigérateur, sortit un truc du congélateur, prit deux petites cuillers dans un tiroir, s'installa devant son invité et présenta un bac de crème glacée. Il tendit une cuiller que Shaka attrapa.

« Stragiatella, la meilleure glace du monde et qui guérit tous les bobos ! » annonça t-il fièrement tout en plongeant sa cuiller dans le bac et en engloutissant la crème sans plus de manières.

« T'es un chic type Angelo »

« Dis le à qui que ce soit et tu te retrouves au Yomotsu hirasaka en moins de temps qu'il n'en faut pour le dire ! » lui répondit l'Italien en prenant un faux air menaçant, agitant sa cuillère en l'air.

Shaka sourit pour la première fois depuis longtemps.

Il avait vraiment mal jugé le gardien du 4e temple. Comme la majorité des chevaliers d'ailleurs. Ils s'étaient tous fiés aux apparences du Cancer, mais si DM avait mérité de revêtir une armure d'or, n'était-ce pas parce que ses qualités intrinsèques étaient bien réelles malgré le fait qu'il tuait aussi des innocents ?

Que savaient-ils de lui, de son entraînement, de son enfance ?

Des rumeurs sous-entendaient que l'Italien avait assisté à la mort de ses parents dans des circonstances tragiques et traumatisantes. Le père, un homme alcoolique, violent et pédophile de surcroît, aurait tué sa mère lors d'un accès de colère et aurait été tué à son tour par la jeune sœur du Cancer qui voulait défendre leur mère, le tout sous les yeux de l'enfant qu'était Angelo. (Idée reprise de la fic de Tarentella : « Tourner la Page ».)

Dans ces conditions, n'importe qui serait resté traumatisé à vie. Chez l'Italien cela s'était mué en folie meurtrière, ne pouvant plus se contrôler lorsqu'il combattait, tuant ennemis et innocents.

Depuis sa première 'résurrection', même si le traumatisme persistait, Angelo paraissait plus humain, sa conscience avait cessé de le culpabiliser. Leur union devant le mur des lamentations, les délivrant de leurs souffrances et de leurs fautes par leur sacrifice commun, ainsi que l'amour et la compassion d'Athéna y avait été pour beaucoup.

Même s'il conservait ses airs de mauvais garçon et son sourire cynique, le Cancer se mêlait plus volontiers aux autres chevaliers, organisant même parfois des soirées dans son propre temple dont il avait fini par retirer tous les visages de ses victimes qu'il arborait autrefois fièrement sur les murs et les sols.

« Angelo, je peux te poser une question personnelle ? »

Shaka devait savoir, il ne pouvait plus vivre dans cette incertitude permanente.

Angelo le regarda un instant.

« Je ne te garantis pas de réponse. »

« Es-tu avec Camus ? »

Son regard ne trahit pas le moindre sentiment.

« Quelle importance ? »

« Cela en a pour moi »

« Alors ça se pourrait en effet. »

« Est-ce que tu l'aimes ? »

« Peut-être bien »

Le Cancer se demandait où voulait en venir la Vierge.

« Et lui ? Est-ce qu'il t'aime aussi ? »

Angelo lu l'appréhension dans le regard de l'Indou. Il avait le sentiment que ce dernier redoutait et espérait en même temps sa réponse. Pourquoi ?

« Je l'espère. » lui répondit-il malgré tout, ayant décidé de dire la vérité plutôt que de se fâcher, prenant conscience de l'inquiétude qui se reflétait sur le visage du blond.

Instantanément, ce dernier sembla se détendre et ne put s'empêcher de pousser un soupir de soulagement.

« Pourquoi voulais-tu savoir ? » questionna son hôte.

« Il se fait tard et je t'ai déjà bien assez dérangé. » éluda Shaka en se levant et en se dirigeant vers la sortie, éludant la question.

« Shaka ! »

Celui-ci se retourna sur le pas de la porte, la main sur la poignée, le sourcil interrogatif.

« Prends soin de toi et si tu as besoin de parler, je suis là. »

Angelo n'en revenait pas d'avoir dit ça à la Vierge mais ne le regrettait pas.

« Merci Angelo. Merci pour tout. »

Et Shaka referma la porte derrière lui.

oOo

Milo avait débarqué dans le temple du Verseau les nerfs à fleur de peau.

« Tout ça c'est de ta faute Camus ! Bouges de là, DM si tu veux pas tâter de ma Scarlet Needle »

« Ouh tu me fais peur… » nargua le Cancer.

« Angelo, pourrais tu … ? »

Le Cancer se pencha et déposa un baiser sur les lèvres de Camus avant de s'en aller.

Le Verseau baissa la température de son temple, calmant ainsi le Scorpion.

« Je te jures Camus, si je n'arrive pas à le récupérer, je te tues ! »

« De qui tu parles ? »

« De l'homme de ma vie, de mon soleil, de mon Unique Amour. Je te parles de Shaka !»

Camus eut du mal à cacher sa surprise mais après tout il était bien lui-même tombé amoureux du Cancer. Il lui répondit tout de même

« Et en quoi suis-je responsable ? »

« Il croit que je suis toujours amoureux de toi. Et toi, tu n'as rien fait pour démentir les rumeurs après ton retour de l'isba ! »

« Toi non plus ! »

« J'essayais de lui mettre le grappin dessus figures toi, pendant que toi tu semblais plutôt fier de tous ces racontars ! »

Camus ravala de travers devant la remarque, Milo avait raison sur ce point, il n'avait jamais rien fait pour démentir.

Il avait agit comme à son habitude, froidement, persuadé que les rumeurs qui circulaient sur Milo et lui se calmeraient d'elles-mêmes.

Les démentir n'aurait fait que leur donner plus de poids et … il avait sa conscience tranquille et d'autres chats à fouetter, en l'occurrence la pêche au Crabe !

Il n'avait jamais songé que cela puisse porter tord à quelqu'un et encore moins à son ami.

Lorsqu'il l'avait vu débarquer dans sa retraite de Sibérie, il avait été surpris mais l'avait accueilli chaleureusement et installé dans la chambre de son ancien apprenti.

Milo n'avait pas tardé à lui avouer ses sentiments. Il l'aimait et était venu à l'Isba dans l'intention de se déclarer et le secret espoir que son amour soit partagé.

Camus avait alors perdu son impassibilité légendaire pour afficher la plus totale incrédulité sur son beau visage, regardant Milo comme s'il venait de la planète Vulcain.

Milo ? Amoureux de lui ? Comment ? Depuis quand ?

Certes, Milo avait été le premier à l'accepter lors de son arrivée au Sanctuaire et ils avaient toujours été proches ; mais il n'avait jamais envisagé ce genre de relations avec son ami de toujours. Il s'était depuis longtemps habitué aux câlineries en tous genres que lui dispensait le Scorpion et n'avait jamais interprété cela autrement que comme des marques d'affection et de la profonde amitié que lui vouait ce dernier.

Il faut dire que depuis leur résurrection, Camus avait été le premier chevalier de qui Aphrodite et DM s'étaient rapprochés et il avait été subjugué par la personnalité qu'il découvrait chez le Cancer, si bien que ce dernier avait, sans le vouloir, fait tomber ses barrières derrière lesquelles il se murait pour ne ressentir aucun sentiment. Il était un chevalier des glaces. Les sentiments lui étaient interdits.

Pourtant un jeune homme blond avait déjà réussi à franchir ses défenses. Il avait eu tellement de tendresse pour cet enfant Russe qui lui avait été confié. Il avait fait de lui un chevalier fier et courageux, lui apprenant à étouffer ses émotions au fond de lui, lui qui avait déjà tant souffert de la perte de sa mère.

Lorsqu'il l'avait combattu dans le temple de la Balance, il avait tenté de terminer son enseignement et de rendre son cœur aussi froid que les glaces éternelles. Mais Hyoga était d'une sensibilité à fleur de peau malgré qu'il la cachait derrière son arrogance et une apparence glaciale et il avait du se résoudre à l'enfermer dans un cercueil de glace pour le protéger, lui sauver la vie. Ca lui avait fait mal, très mal, il n'avait pu retenir ses larmes et quand ils s'étaient affrontés de nouveau dans son propre temple, il avait compris alors que ce qui faisait la force de son jeune apprenti n'était autre que ces sentiments qui leurs étaient défendus.

Aussi, quand ils avaient été ressuscités, s'était-il promis d'essayer lui aussi de leurs laisser libre cours. Il était tombé ainsi sous le charme de l'Italien mais sa peur de souffrir restait présente et il se barricadait malgré lui toujours derrière sa froide attitude.

Aphrodite, qui s'était rendu compte du petit manège entre son voisin de temple et son crabe préféré, avait attrapé Camus un soir et ils avaient passé la nuit à parler. Le lendemain, le Verseau avait quitté la maison du Poisson, en proie à des sensations contradictoires et était parti s'isoler à l'Isba pour faire le point.

C'est lors de l'une de ses longues balades dans les plaines enneigées qui s'étendaient à perte de vue que l'évidence s'était imposée à lui : le Cancer ne lui était pas indifférent pour la simple raison qu'il en était tombé amoureux.

Cette révélation lui fit un choc et il venait tout juste d'accepter ses sentiments, fermement décidé à conquérir le cœur d'Angelo, que Milo avait débarqué chez lui pour lui faire sa déclaration d'amour.

Ils avaient beaucoup parlé et il avait ouvert les yeux à son ami, lui démontrant que les sentiments qu'il prenait pour de l'amour n'étaient autres qu'une vénération à laquelle le Scorpion s'était désespérément accroché pour ne pas sombrer dans la folie lorsqu'il remplissait son rôle d'assassin du Sanctuaire.

A chaque retour de mission, Milo se réfugiait auprès de son ami d'enfance qui ne le jugeait jamais, le réconfortant simplement par sa présence.

Camus était devenu indispensable à la santé mentale du Scorpion qui avait finit par idéaliser le Saint de Glace et se persuader qu'il l'aimait.

Milo avait été perturbé par ces révélations et avait mis quelques jours à s'en remettre, mais leur amitié y avait survécu, plus forte que jamais.

Il s'en voulait d'avoir ignorer les rumeurs qui avaient courues à leur retour et qui, à présent, causait le malheur de son ami.

« J'ignore combien de temps ça va me prendre mais tu peux commencer à prier pour qu'il me revienne, dans le cas contraire, je tiendrai parole, je te tuerai. »

Milo sorti du temple et Camus se laissa glisser à terre. Il connaissait les colères du Scorpion et savait que celui-ci était tout à fait capable de mettre ses menaces à exécution s'il rentrait dans une de ses fureurs incontrôlables. Mais ce n'était pas ça qui l'inquiétait, même s'il savait qu'il était pratiquement impossible d'arrêter Milo dans ces moments là, le Grec devenant irraisonnable. Il était triste pour son ami alors que lui vivait un bonheur parfait.

Certes, il lui avait fallu presque 2 ans pour vaincre la timidité maladive qui se cachait sous son attitude hautaine, faisant 1 pas vers l'objet de ses pensées et reculant aussitôt de 3, rendant Aphrodite à moitié fou et à moitié chauve tant il s'arrachait les cheveux en observant le manège de ses amis, impuissant à intervenir, respectant la demande pressante du Verseau de le laisser aller à son rythme.

C'était le Cancer, poussé par un Poisson en voie d'être obligé de mettre des perruques, qui avait fini par coincer le Français contre une colonne de son temple et qui lui avait donné le baiser le plus passionné qu'il ait jamais reçu, en fait il n'en avait même jamais reçu de sa vie, ne lâchant ses lèvres que pour lui permettre de prendre une bouffée d'oxygène avant de les reprendre avec encore plus de fougue.

Camus s'était tout d'abord figé sous la surprise pour doucement glisser vers un embrasement de ses sens qui l'avait laissé sans force dans les bras de l'Italien.

Quand celui-ci s'était enfin reculé, sans le lâcher, le Verseau avait eu un instant de panique incontrôlée et s'était raccroché au cou de Cancer qui l'avait rassuré en lui murmurant des mots d'amour à l'oreille.

Il l'aimait ! Il crut défaillir en contemplant le regard profond et intense qui lui confirmait ses paroles.

Bien que Camus, d'un tempérament pudique, ne lui avait pas encore avoué sa liaison avec Angelo qui ne datait que de quelques mois, Milo était venu se confier quand sa propre idylle avait débuté. Il était comme un adolescent à qui l'on venait de donner son premier baiser.

Camus savait juste que c'était un chevalier d'Or. En éliminant les inséparables, Angelo, Aphrodite, Kanon et lui-même, la liste restait tout de même longue…Alors d'apprendre que c'était de Shaka qu'il était amoureux ça lui avait fait un choc et il se rendit compte que tout le monde s'était trompé en pensant que le gardien du sixième temple était en couple avec celui du premier.

Comment allait-il pouvoir faire pour aider Milo à dissiper le malentendu qui s'était insinué entre lui et Shaka ?

Le Français se prit la tête entre ses mains, désespéré pour son ami.

C'était de sa faute, il avait fait preuve d'égoïsme, se focalisant sur son propre bonheur.

oOo

Milo descendit au sixième temple, s'assura de l'absence de son propriétaire avant d'y pénétrer et de se rendre directement à la cuisine où il vit que le service n'était plus sur la table. Il se rendit dans la chambre et constata que celui-ci avait été rangé dans l'armoire, signifiant qu'il allait le garder. C'était déjà un bon point.

Il avait remarqué le regard de Shaka se poser dessus quand ils s'étaient arrêtés devant un étalage de vaissellerie.

Flash Back

Shaka s'était arrêté devant une vitrine et ses yeux brillèrent comme s'il avait découvert une merveille. Milo se décrocha du mur sur lequel il était appuyé pour l'observer, il se plaça derrière lui. Le prenant par la taille, il se colla contre lui et lui murmura à l'oreille en jetant un œil en coin dans le présentoir.

« Y a quelque chose qui te plait ? »

Et il lui déposa un bisou sur la tempe.

« Non, je trouves juste ça joli »

Mais il ne précisa pas quoi et embrassa longuement son amant.

« On va manger ? » proposa le Scorpion.

Main dans la main ils partirent vers le restaurent.

Fin Flash back.

Le Scorpion revint dans la pièce principale.

« Milo, au boulot ! » se motiva t-il tout haut en retroussant ses manches.

Il fit disparaître les ballons blancs, en laissant quelques uns dans la chambre. Il caressa le coussin de Shaka au passage avant d'aller dans la salle de bain.

Cela faisait plus d'une heure qu'il s'affairait à la tache quand il senti le cosmos de son soleil qui se dirigeait vers son temple. Il régla les derniers détails et s'en alla par la fenêtre tel un voleur avec un sourire au lèvres.

oOo

L'état du Bouddha du sanctuaire laissait le Cancer perplexe. Il n'avait pas pu tirer la moindre information de lui, c'en était pas moins déroutant, que s'était-il passé ?

Et Milo ? Qu'est ce qui lui arrivait à l'insecte ? Il ne l'avait même pas menacé de mort quand il avait embrassé le Verseau. A croire qu'il s'en fichait éperdument. D'ailleurs il fallait qu'il y retourne. C'est avec une multitude de questions en tête qu'il entra chez le maître des glaces où le froid régnait toujours.

« Camus ? »

Angelo le trouva assis à même le sol, plongé dans une intense réflexion, le regard triste. Il redressa la tête quand le Cancer lui caressa la joue et se lova dans ses bras en l'embrassant tendrement.

« Que voulait Milo ? »

« Me tuer… »

L'Italien ne sembla pas réagir, le Grec était un sang chaud, comme lui il s'emportait facilement et ses mots dépassaient quelques fois sa pensée.

« Pourquoi ? »

« J'ai détruis son bonheur. »

« T'as marché sur un de ses scorpions ? »

Camus ne put s'empêcher de sourire devant les efforts de son crustacé pour détendre l'atmosphère.

« Je serais déjà mort… » répondit-il sur le même ton, se laissant aller à lui caresser tendrement le torse.

Le silence se fit alors que les deux hommes s'embrassaient amoureusement.

« Il est amoureux. » reprit le Verseau en se détachant légèrement de son amant.

« Encore ! Et de qui cette fois ? »

Comme la majorité des Golds, le Cancer était persuadé que le Scorpion collectionnait les aventures amoureuses, malgré ce qu'avait pu lui dire Camus.

« Ne sois pas cynique Angelo, tu sais pertinemment que la réputation de Milo concernant ses conquêtes est surfaite. Il est vraiment amoureux et il souffre. »

« Excuse moi mon ange mais tu sais que ça n'a jamais été l'amour fou entre nous deux. »

 Puis après 2 secondes de réflexion.

« Mais il doit vraiment être ailleurs pour ne pas m'avoir envoyé direct les 15 piqûres de son attaque d'un coup quand il m'a vu t'embrasser »

« Oui,… d'ailleurs, je croyais qu'on était d'accord pour attendre encore un peu avant de rendre public notre relation… tu sais bien que je ne suis pas encore très à l'aise… et puis j'avoue que je veux profiter égoïstement de toi un peu plus longtemps. » lui reprocha gentiment Camus en déposant un baiser léger sur le bout du nez de l'Italien avant de glisser dans son cou et de taquiner la peau mate de sa langue.

« Et sur qui la bête à pinces a t-elle jeté son dévolu ? » demanda Angelo, tentant de resté attentif à la conversation tout en sentant le désir monter en lui sous la douce torture que lui faisait subir le Français.

« Tu peux parler ! Toi aussi tu as des pinces je te rappelles... Il est fou de Shaka. »

« … »

« Etonnant non ?! Moi aussi ça m'a fait le même coup quand je l'ai appris. » continua Camus, abandonnant ses baisers un instant.

« Non, ce n'est pas ça… enfin si ça fait bizarre mais… je comprends mieux pourquoi il agissait bizarrement maintenant… »

Angelo semblait plongé dans une profonde réflexion.

« Qui ça ? Milo ? »

« Non Shaka ! »

« Depuis quand te soucis tu des réactions de Shaka, toi ? » le taquina le Verseau.

« Depuis que celui-ci est venu se saouler et me faire des avances dans mon temple… »

« Comment !? »

Camus se redressa d'un bond et fixa Angelo, incrédule.

Celui-ci se mit alors à lui raconter l'attitude pour le moins surprenante de la Vierge quelques instants plus tôt lorsque le Cancer l'avait senti approcher de son temple et lui avait ouvert la porte. Il lui fit aussi part des questions que le blond lui avait posé concernant leur couple.

« C'est une bonne chose s'il cherche à se renseigner, cela signifie qu'il a toujours des sentiments pour Milo et qu'il n'est pas trop tard pour arranger les choses. » déduisit Camus plein d'espoir.

« Si tu veux mon avis, Shaka est totalement mordu de l'arthropode mais il est complètement perdu face à ses sentiments. »

« Que va–ton faire ? C'est ma faute si Shaka a cru qu'il y avait quelque chose entre Milo et moi. »

« Ne t'en fais pas mon ange des glaces, on va les aider à se retrouver. »

Camus fixa son crabe amoureusement.

« Toi, tu veux jouer les entremetteurs ? Décidément tu ne finis pas de me surprendre. » lui souffla t-il dans l'oreille avant de la mordiller, réveillant le désir du Cancer qui le souleva avec précaution dans ses bras avant de l'emmener vers la chambre.

oOo

Dohko était rentré quelques heures plus tôt du Japon où il s'était rendu au chevet de son ami de toujours lorsqu'il avait appris l'accident dont ce dernier avait été victime et avait ressenti plusieurs cosmos très perturbés, principalement celui de Shaka et cela ne présageait rien de bon.

Il allait voir Saga pour avoir quelques explications mais fût arrêté par l'état larvien dans lequel il trouva Aphrodite en pénétrant dans ses appartements, après avoir perçu son aura en traversant son temple.

« Aphrodite ? »

« Oh Dokho ! Comment vas-tu ? Ca a été le voyage ? Et Shion ? » s'informa le Poisson reprenant du poil de la bête.

« Euh, ça va merci. Shion est resté au Japon… »

La mine dépitée du Poisson était complètement adorable.

« Il aura besoin d'une infirmière personnelle si tu veux mon avis. Vas le rejoindre, je me charge de Saga ! »

« Yatta ! Merci ! T'es un amour Dokho ! »

Sans plus attendre, il fit une valise rapide tout en écoutant les quelques instructions et recommandations que la Balance lui dictait.

Ce dernier souriait. De mémoire dans toute l'histoire du Sanctuaire, on n'avait jamais vu Aphrodite se préparer aussi vite, fourrant pêle-mêle des vêtements qu'ils prenaient au hasard dans une valise, sans même prendre la peine de les plier correctement. Un record mondiale et historique venait d'être battu !

Se tenant devant Dokho, sa valise à la main, il attendait d'être téléporté vers l'élu de son cœur.

Le Vieux Maître lui dit de prendre bien soin de Shion et se concentrant, il le vit disparaître dans un halo doré.

oOo

Aphrodite se tenait devant la porte de la chambre de l'hôpital où avait été amené l'ancien Bélier après son accident.

Il inspira un grand coup, frappa et attendit

« Entrez ! » hurla la voix de l'Atlante à l'intérieur de la pièce.

Il poussa la porte.

« Bonjour Shion. »

L'ancien Bélier écarquilla les yeux à la vue du Poisson qui se tenait devant lui, un sourire éclatant aux lèvres.

« Qu'est-ce que tu fais là ? »

« Tu es autorisé à sortir de l'hôpital mais tu ne peux pas voyager à cause de ton dos encore trop fragile et donc tu ne peux rentrer au Sanctuaire. Dokho a loué une petite maison pas très loin d'ici mais comme tu ne peux pas bouger, il te faut une infirmière à domicile et quelqu'un s'est porté volontaire … moi ! » annonça Aphrodite triomphant.

« Toi !! » manqua s'étouffer Shion.

Ce n'était pas possible ! Dokho lui faisait une mauvaise blague !

« Oui moi ! » sourit Aphrodite.

« Tu vas voir, je vais te dorloter. »

Le visage de Shion se décomposa. Comment allait-il pouvoir continuer à cacher ce qu'il éprouvait pour son pair si celui-ci devait vivre 24h/24 avec lui.

« Mais tu n'es pas une infirmière, tu ne sais pas comment faire. » argumenta t-il en dernier recours.

« Tu n'as pas de soins particuliers à faire. Il faut juste te faire manger, te laver, t'habiller et te tenir compagnie. Rien que je ne sache faire, rassure toi. » lui assura le Suédois.

'…le laver…Non ! Pas ça !' pensa Shion en blêmissant pendant qu'Aphrodite s'occupait de rassembler ses affaires dans une valise, puis se tournait vers lui.

« Tu es prêt ? »

'Non ! Je ne suis pas prêt !' hurla l'Atlante mentalement, se laissant malgré lui soulever par le chevalier pour l'asseoir dans un fauteuil roulant.

« Je vais essayer de ne pas te cogner mais c'est vrai qu'avec les quatre membres plâtrés, va falloir faire attention. T'inquiètes pas, je suis un as de la conduite de fauteuil roulant. » plaisanta joyeusement le Poisson.

Ils sortirent de la chambre et, après avoir traversé les couloirs de l'hôpital, ils se retrouvèrent dehors où les attendaient un van muni d'un haillon pour pouvoir monter le fauteuil dans le véhicule.

Aphrodite s'assura que l'Atlante était bien arrimé, se mit au volant et démarra.

L'ancien Bélier n'avait pas dit un mot depuis leur sortie de l'hôpital.

Plongés dans ses pensées, il voyait à peine le paysage qui défilait par la fenêtre du van.

Aphrodite, quant à lui, se concentrait sur sa conduite. Il n'avait pas l'habitude de conduire un aussi gros véhicule et essayait de se repérer pour trouver l'adresse de la location.

Ils finirent par se garer, le Suédois coupa le contact du van et se retourna pour fixer son passager.

« Bienvenue dans ta nouvelle demeure. » lui dit-il avec le sourire.

Shion sortit alors de son état de veille et observa la demeure en question par la fenêtre du véhicule.

 C'était un petit chalet, ce qui leur faciliterait la tâche vu que tout était de plein pied. Il était perdu en pleine montagne, entouré de sapins sur 3 cotés et donnant sur un lac dont on distinguait vaguement l'étendue à travers la vapeur qui s'en dégageait et qui formait une sorte de brume à sa surface.

Le chemin de terre, par lequel ils étaient arrivés serpentait au milieu de la forêt qui les entourait.

Le chalet était relativement petit et semblait avoir été restauré récemment. Une pile de bois, découpé en bûches prêtes pour la cheminée, était parfaitement rangé sous un abri sur le côté droit de l'habitation.

Aphrodite avait des paillettes dans les yeux devant ce cadre idyllique.

Il finit par sortir du véhicule et actionna le haillon afin de faire descendre le Pope à son tour.

Il poussa le Pope à l'intérieur du chalet et l'installa dans un fauteuil à coté de la cheminée qu'il alluma bien vite.

« Je vais chercher les bagages je reviens ! » annonça t-il d'une voix chantante avant de sortir.

Shion en profita pour découvrir le lieu où il allait devoir vivre quelque temps avec le Suédois.

L'intérieur lui parut plus grand que l'idée qu'il s'en était fait vu de l'extérieur. Le chalet était composé d'une vaste pièce de vie centrale équipée d'une cuisine américaine. Sur celle-ci s'ouvraient 2 portes dont l'une était l'unique chambre dont semblait disposer la maison et l'autre devait certainement donner sur la salle de bain.

La demeure était entièrement construite en bois que le Pope entendait craquer régulièrement, preuve que le celui-ci vivait. L'intérieur était décoré très sobrement. Un canapé, qui semblait être confortable, était disposé face à une cheminée en pierres qui occupait une grande partie d'un des murs, tandis que deux fauteuils étaient disposés de part et d'autre. Une table rustique et massive flanquée de 4 chaises en chênes occupait une partie de la pièce à vivre côté cuisine. Une bibliothèque bien garnie terminait l'ameublement.

Dans le coin cuisine, le strict nécessaire était présent : un évier sous une petite fenêtre dotée de volets en bois qui se fermaient de l'intérieur, un réfrigérateur/congélateur, une gazinière, un micro-onde, et une cafetière. Un comptoir faisant office de placard séparait le coin cuisine du reste de la pièce principale.

Le maître des roses avait le cœur léger. Il avait enfin un tête-à-tête avec celui qui lui avait volé son cœur. Il avait l'impression que celui-ci allait sortir de sa poitrine tellement il était heureux.

Il porta leurs bagages dans l'unique chambre du chalet où trônait un immense lit, deux chevets et une armoire rustique, puis retourna dans le salon.

« Je crois que l'on va devoir dormir ensemble. » lança le Poisson pour taquiner le Pope.

En réalité, ça ne le dérangeait nullement de prendre le canapé afin de ne pas blesser l'Atlante sans le vouloir.

« Oui si tu veux ! »

La réponse était sortie toute seule.

Aphrodite resta statufié, il n'aurait pas pensé que le Bélier aurait accepté.

« Je vais défaire les bagages, on mangera ensuite. » lança t-il pour se donner contenance avant de retourner dans la chambre.

Après le repas, qui fut léger et pendant lequel il avait raconté au Pope les derniers évènements arrivés au Sanctuaire avec force détails concernant la dernière frasque de Kanon, le Poisson entreprit de laver le Bélier.

Le déshabiller s'averra le plus facile, les plâtres qui couvraient les membres de l'Atlante ne permettant pas à celui-ci de revêtir autre chose qu'un kinagashi, ce kimono japonais simplement fermé d'une ceinture à la taille. Une fois dévêtu, Aphrodite le porta jusqu'au lit sur lequel il le déposa en douceur avant d'aller dans la salle de bain chercher une bassine, qu'il remplit d'eau chaude, un gant et une serviette.

 Les gestes tendres d'Aphrodite dans son dos, puis sur ses pectoraux ne laissaient pas son patient indifférent. Les joues du Suédois se teintèrent de rouge en constatant l'érection naissante de Shion.

Ce dernier encra ses yeux mauves, dans lesquels brillait une lueur de défi, aux yeux bleu clair du Poisson. Sans s'en rendre compte Aphrodite se passa sa langue sur sa lèvre supérieure asséchée.

Il essuya rapidement le Pope, lui passa un autre kimono pour la nuit et le rallongea délicatement sur le lit avant de retourner dans la salle d'eau pour prendre une douche froide et calmer ses ardeurs.

'Il est super bien bâti' pensa le Poisson en rougissant de plus belle.

Pendant ce temps, Shion se remettait de ses émotions. Il n'avait pu empêcher son corps de réagir au toucher du Suédois et avait caché son trouble sous un air de défi à l'égard de son bourreau. Il avait serré les dents le reste de la toilette, se concentrant tellement sur autre chose pour ne pas se laisser submerger par le désir qu'il ressentait plus que jamais pour le douzième gardien, qu'il n'avait même pas enregistré le geste sensuel de ce dernier.

Au Sanctuaire, il avait pu jusqu'à présent dissimuler ses sentiments sous le masque de Pope et la distance qu'il maintenait entre lui et le chevalier, mais dans ce chalet où ils allaient devoir se côtoyer non stop, il sentait la panique le gagner en pensant qu'il ne pourrait pas se défiler.

Le Chevalier à la rose le rendait absolument fou d'amour. Combien de fois s'était-il réveillé dans ses draps maculés du résultat de ses rêves érotiques qu'il faisait à propos de l'homme à la mouche, le corps encore tendu de plaisir.

Il courrait à la catastrophe ! Qu'avait-il pris à Dokho de lui envoyer Aphrodite comme aide-soignant ?

Il ne manquerait pas d'avoir une explication musclée avec la Balance quand il rentrerait au Sanctuaire ! Son vieil ami ne perdait rien pour attendre !

En attendant, il allait falloir composer et sauver les apparences. Mais avec un corps qui refusait de lui obéir et qui réagissait au quart de tour, il avait un gros, un très gros problème.

Il n'avait toujours pas trouvé de solution à son problème crucial quand le Poisson revint dans la chambre après s'être douché, simplement vêtu d'un bas de pyjama. Il était comme Camus, ne craignant pas le froid, et avec les couvertures qu'il avait rajouté sur le lit pour Shion, lui risquait de mourir de chaud.

Il avait les cheveux encore humides, coiffés en arrière dont quelques mèches retombaient sur son visage, le rendant encore plus sexy. Il s'allongeât aux côtés de l'Atlante et entreprit de faire la lecture à voix haute. Il était au milieu du premier chapitre quand le Pope le coupa

« Aphro, c'est quoi ton vrai prénom ? »

La question décontenança le poisson qui laissa tomber le livre et resta quelques secondes en état de choc. Il déglutit, reprit le livre et le déposa sur la table de chevet.

« Ca te dérange si on dort maintenant ? »

« Aphro, détournes pas la conversation. Tu n'as pas à être gêné…toi tu m'as bien vu dans une position délicate… »

 « Humff. »

Le poisson savait qu'il n'avait pas vraiment le choix et en plus il s'était rincé l'œil, il inspira et répondit de mauvaise grâce.

« Lorcan » lâcha le chevalier du Poisson en s'enfonçant dans le coussin et attendant la réaction du plâtré.

« Lorcan… » répéta Shion dans un murmure pour lui-même.

« C'est un beau prénom qui te va bien je trouve, pourquoi ne l'utilises-tu pas ? »

Là, voilà ! Il avait trouvé un sujet neutre de conversation et cela évitait à son esprit de penser au corps affolant allongé juste à côté du sien, à cette mèche de cheveux humide qui venait lui chatouiller délicatement la joue s'il tournait la tête vers lui, à ces yeux d'un bleu si pur qui se posaient sur lui tels deux aigues-marines…

'STOOOOOOOOOP !!' se hurla t-il mentalement, sentant son cœur s'emballer à nouveau. Il focalisa son esprit sur le mauvais quart d'heure qu'il allait faire passer à son vieil ami et la colère balaya de nouveau son émoi.

Lorcan releva la tête de son coussin, surpris. Il s'était attendu à une moquerie ou un autre type de réaction mais pas à des compliments. Il regarda le profil du Bélier qui semblait perdu dans ses pensées et en colère. Le Poisson avait envie de l'embrasser, de passer sa langue sur ses lèvres, de caresser ce corps qu'il avait fait vibrer pendant qu'il lui faisait la toilette. L'image de Shion s'abandonnant dans ses bras se matérialisa dans son esprit, troublée presque aussitôt par celle d'un homme muni d'une barre, lui procurant des sueurs froides.

oOo

Milo se rendit à Athènes chez un photographe où il récupéra un tube et les pochettes de photos qu'il avait laissé à développer quelques jours auparavant. Il fit quelques courses avant de rentrer chez lui. Il camoufla son cosmos en arrivant au sanctuaire et passa par les souterrains. Chez lui, il déballa ses achats, rangeant les aliments au réfrigérateur et emmenant le reste au salon.

Il ouvrit un tube et en tira les 2 posters, sur chacun d'eux il y avait Shaka. La première photo le montrait en pleine méditation, lévitant au dessus de sa pierre, entouré d'un halo doré. Sur la deuxième, il était debout sur une falaise qui surplombait la mer, la brise soulevait ses longs cheveux blonds.

Il décrocha les deux cadres qu'il y avait au dessus de sa cheminée et échangeât les photos avec celles qu'il venait de ramener. Il regarda encore une fois les deux clichés qu'il venait d'enlever sur lesquelles l'Indou était en armure. Il les roula et les enferma dans le tube.

Il se rendit ensuite à la cuisine, déboucha une bouteille de vin, s'installa sur son divan et commença à boire en regardant les photos où figurait le couple. Milo avait engagé un photographe pendant une semaine pour immortaliser ces instants précieux avec l'homme qu'il aimait. Il y avait aussi des photos que le Scorpion avait prises lui-même.

Les larmes lui brouillèrent la vue, il avait tout gâché. Il pleura longtemps et fini par s'endormir, laissant tomber toutes les photos.

oOo

Shaka entra dans sa salle de bain et reçu sa deuxième surprise. La salle de bain était remplie de bougies blanches, allumées depuis peu. Un serviteur avait dût recevoir une directive. Au plafond étaient suspendus des pendentifs en cristal de différentes longueurs dans lesquels les flammes douces des bougies se reflétaient, donnant à la salle d'eau une atmosphère douce et irréelle.

Il était ressorti de chez Angelo avec un poids en moins sur le cœur, Milo n'aimait plus Camus, il en avait la conviction. Mais aussitôt, un autre doute beaucoup plus cruel était venu s'insinuer dans son esprit tourmenté : le Scorpion avait honte de lui, de leur relation.

Puisqu'il ne voulait pas protéger Camus en cachant leur relation, c'était forcément qu'il ne voulait pas se montrer aux autres chevaliers avec lui parce qu'il avait honte. Il ne pouvait y avoir d'autre explication.

Une douleur lui vrilla le cœur et il s'effondra à genoux sur le sol de la salle de bain. Il avait mal. Il lui semblait qu'on lui arrachait le cœur tout en le poignardant en même temps. Il n'avait plus de force, une chape de désespoir venait de s'abattre sur lui, lui ôtant toute volonté.

« Ce n'était que des mensonges ? » murmura-t-il à l'adresse du silence autour de lui.

« Des mensonges ?... des mensonges ? » ne cessait-il de répéter le regard hagard quand soudain il hurla, exorcisant l'étau qui menaçait de le broyer.

« TU M'AS MENTI !! …… MILOOO !! »

Et, pris d'un brusque accès de fureur, il se mit à arracher la décoration qui avait été disposée dans sa salle de bain, se brûlant avec la cire des bougies mais n'en ayant cure, hurlant sa douleur et sa détresse, dévastant tout ce qui se trouvait à sa portée.

Son désespoir se répercutant dans son cosmos tel une puissante lame de fond.

Ikki, qui se rendait au temple des Gémeaux pour y voir son petit frère, stoppa nette son avancée lorsqu'il ressentit le déchirement du cosmos de Shaka.

Sans y réfléchir plus, il courut chez la Vierge et se figea devant le spectacle qui s'offrait à ses yeux. Ce qui avait été autrefois une salle de bain ressemblait à présent à un champ de bataille. Le sol était jonché de fragments de crystal et de bougies écrasées. De la cire maculait les murs et la baignoire. Le miroir au dessus du lavabo était brisé et ses éclats étaient répandus un peu partout par terre. Et au milieu gisait Shaka, inconscient, son corps était brûlé à plusieurs endroits et du sang s'écoulait des nombreuses coupures qui le parcouraient.

Sortant de son état de choc, Ikki se précipita auprès du Gold, posa ses doigts sur son cou et constatant qu'il était toujours en vie, le souleva délicatement pour le sortir de là et le porter jusqu'au canapé.

Il lança un message télépathique à Shun, qui ne tarda pas à arriver, suivi de Kanon.

« Bon sang ! Mais qu'est-ce qu'il s'est passé ici ?! » questionna ce dernier.

« Dieux ! Shaka ! » s'affola Shun en voyant l'état du chevalier de la Vierge.

A suivre …