Et voilà le second - et donc dernier - chapitre qui s'est un peu fait attendre, désolée... En tout cas, merci à ceux qui ont eu la gentilesse de me laisser une review ;-)


La jeune femme lui tourna à nouveau le dos. Ses doigts jouèrent un morceau silencieux sur le plan de travail pendant un instant, puis elle ouvrit un placard, et en sortit quelques ingrédients et une casserole. Visiblement, elle ne s'en irait pas tout de suite.

Elle sentait les yeux de House posés sur elle tandis qu'elle s'affairait. Le silence persista de longues minutes durant lesquelles elle l'ignora royalement, lui et la brûlure de son regard. Ainsi, lorsqu'il parla à nouveau, elle sursauta presque, perdue dans ses pensées.

« Vous n'êtes pas fatiguée ? De toujours devoir me sauver ? »

Si, terriblement, songea-t-elle. Mais elle ne le faisait pas uniquement par bonté d'âme. Le sauver lui, c'était aussi se sauver elle.

« Il faut bien que quelqu'un s'en charge, puisque vous ne le faîte pas vous-même. »

House ne sut pas trop si c'était un reproche ou une simple constatation. Il se tut encore pendant un moment, avant d'ajouter, d'une voix renfrognée :

« C'est plutôt Wilson que vous devriez sauver.

- J'y travaille aussi.

- Vous avez été Wonder Woman dans une autre vie ? »

Un sourire se dessina sur ses lèvres. Dans son dos, elle l'entendit se lever puis clopiner jusqu'à elle. Il s'appuya contre le plan de travail, près d'elle, et jeta un œil dans la casserole. Sa soudaine proximité la troubla un peu, mais elle n'en laissa rien paraître. Alors qu'elle tranchait un oignon, sa main entra dans son champ de vision pour saisir la cuillère en bois restée dans la mixture qui mijotait, mais elle l'arrêta par une petite tape. House la regarda d'un air choqué.

« Hé !

- On ne touche pas à ma cuisine.

- Mais ça sent bon, et j'ai faim !

- Ce n'est pas prêt et chaud. Quoiqu'au moins, vous vous seriez brûlé la langue et je n'aurais pas eu à écouter vos sarcasmes. »

Il lui fit une grimace à laquelle elle répondit par un regard rieur. Et le silence, encore, les enveloppa. Il se contentait de la contempler, la mettant mal à l'aise. Elle le sentait la scanner, la scruter à la recherche d'une réponse.

« Pourquoi vous êtes là ? »

Elle tourna la tête vers lui, surprise par son ton soudain si grave.

« Je vous l'ai dit.

- Vous auriez pu simplement passer voir si mon cadavre ne commençait pas à se décomposer sur la moquette, mais vous êtes en train de préparer des spaghettis dans ma cuisine. Je vous manque ? »

Cuddy ricana à cette idée.

« Dans vos rêves House ! Le calme qui règne en ce moment à l'hôpital est extrêmement agréable. J'avais presque oublié ce que ça faisait de ne pas passer mes journées à vous courir après. »

Elle fit une pause avant d'ajouter, plus sérieusement :

« Je suis là, c'est tout. Arrêtez d'essayer de trouver des raisons à tout.

- Vous êtes toujours là.

- C'est un reproche ? »

Elle le fixa à nouveau, mais lui détourna la tête et haussa les épaules. Cependant, elle n'avait pas besoin de voir ses yeux pour savoir que non, ça n'en était pas un.

Constatant qu'il ne disait rien, elle reprit le cours de sa préparation tandis que le diagnosticien faisait jouer ses doigts avec une épluchure. Au bout d'un certain temps, il lâcha enfin :

« Première arrivée, dernière à partir, hein ?

- Exact, approuva-t-elle sans daigner reporter son attention sur lui.

- Ca ne veut pas dire que vous ne partirez pas un jour. »

Elle prit le temps de finir de verser du poivre dans le plat, puis planta ses yeux dans les siens, pour appuyer ses paroles :

« Je ne vais nulle part House… »

Leur face à face se prolongea, une seconde de trop. House sentit son estomac se nouer, mais la casserole sur le feu redevint bientôt le centre d'intérêt de Cuddy.

« Vous pensez pouvoir vous débarrasser de moi aussi facilement ?, demanda-t-elle en souriant.

- Vous êtes plutôt coriace, répliqua-il. On ne peut pas dire que je vous ai épargnée… »

Elle ne répondit rien. Parce qu'il avait raison. Combien de fois l'avait-il blessée ? Combien de fois l'avait-elle maudit en ravalant ses larmes ? Et pourtant, elle était là, près de lui, encore. Car il y avait ces moments également où il se montrait attentif, d'un grand secours, à sa manière. Et ça effaçait tout le reste.

« Merci. »

La jeune femme se tourna vers lui, presque choquée. Si House s'excusait rarement, il remerciait les gens encore moins souvent. Et à nouveau, leurs regards se rencontrèrent. Et elle sut qu'il ne lui exprimait pas sa gratitude simplement pour sa présence ce soir. Mais pour sa présence constante. Pour souffrir par sa faute et lui pardonner ensuite.

Cuddy était du genre à cogiter sans fin. Elle évitait d'agir selon ses pulsions, pesait généralement le pour et le contre avant de faire quoique ce soit. Attitude normale étant donné son statut de directrice d'hôpital. Elle ne pouvait pas se permettre de prendre les mauvaises décisions. Et il en était de même dans sa vie personnelle, et ce depuis toujours. Elle craignait tellement l'échec ou de voir sa confiance trahie qu'elle s'accordait un temps de réflexion à tout. Peut-être était-ce pour cette raison qu'elle restait seule aujourd'hui encore.

Mais avec House, les choses étaient différentes. Lui la forçait à agir à l'instinct par son attitude imprévisible. Son cerveau pouvait bien lui hurler de le virer ou de l'empêcher d'administrer un traitement délirant à un patient, elle ne parvenait que rarement à obéir. De même, elle ne savait pas quoi penser à son sujet. Impossible de mettre des mots sur les sentiments qu'il lui inspirait, sur ce qu'elle attendait de lui. La relation qu'ils entretenaient et le personnage lui-même étaient si complexes qu'elle ne pouvait agir avec lui selon sa ligne de conduite usuelle.

Constamment partagée, entre sa tête et ses envies.

Ainsi, lorsque les lèvres de House se posèrent sur les siennes, la petite voix de sa conscience lui énuméra tous les prétextes pour lesquels elle ne devait pas le laissait faire. Mais, décidant de rester fidèle au comportement qu'elle adoptait avec lui, elle l'ignora. Et elle agrippa sa nuque pour approfondir leur baiser.

Lorsque les mains de House placées sur sa taille glissèrent sous son chemisier, sa raison lui conseilla de l'arrêter avant de dépasser les limites. Mais comme toujours, elle la fit taire. Et elle lui enleva son t-shirt pour redécouvrir le goût de sa peau.

Lorsque le corps de House se serra contre le sien, sa tête lui murmura vaguement de ne pas lui permettre d'aller plus loin. Mais évidemment, elle ne l'entendit pas. Et elle l'attira plus encore contre elle, se perdit dans ses yeux.

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Allongée sur le dos, Cuddy fixait le plafond d'un air absent. House, couché en travers du lit, faisait jouer ses doigts sur son ventre, semblant tracer des arabesques sur sa peau claire. La jeune femme reporta son attention sur lui et l'observa plus soigneusement. A la seule lueur d'une lampe de chevet, ses rides paraissaient plus marquées, son visage plus fatigué. Plus triste.

Sa main s'égara dans ses cheveux.

« Ca va aller, tu sais House. Wilson reviendra. »

Dit de cette façon, elle avait presque l'impression de lui parler de l'une de ses ex, de lui remonter le moral après une rupture difficile. Ce n'était pas tout à fait faux en un sens. Certes, James et lui n'entretenaient pas ce genre de relations, mais leur séparation s'avérait cependant douloureuse pour le diagnosticien. Beaucoup plus qu'il n'avait dû le penser au début. Et beaucoup plus qu'il ne le laissait voir. Il faisait mine de ne pas porter une grande estime à leur amitié, mais Cuddy le connaissait assez pour ne pas se laisser abuser. Wilson était comme un frère pour lui.

House releva un sourcil.

« Je ne sais pas comment je dois prendre le fait que la première idée qui te vienne à l'esprit après qu'on ait couché ensemble soit en rapport avec Wilson. »

Cuddy ne put réprimer un sourire, mais le trait d'humour du médecin ne la trompa pas. Le sujet était sensible, malgré les apparences. Un soupir lui échappa.

« Laisse-lui du temps. Les choses finiront par s'arranger, tu verras. »

House ne répondit rien, mais posa sa tête contre son ventre, les yeux rivés sur elle, et elle fut rassurée de voir que ces quelques mots ne l'avait pas braqué, ou même agacé. Sa barbe chatouillait agréablement sa peau. Pour un peu, elle se serait presque crut dans un film à l'eau de rose. A ceci près que ce n'était pas dans le lit du prince charmant qu'elle se trouvait, mais dans celui d'un irascible docteur qui rendait sa vie infernale depuis vingt ans et n'avait définitivement pas l'intention de vivre heureux et d'avoir beaucoup d'enfants. Elle ne se faisait pas d'illusion sur cette nuit. Elle ne s'en faisait plus depuis longtemps maintenant. Mais cela ne l'empêchait pas de savourer cet instant de trêve.

Et soudain, brisant le romantisme du moment, son estomac gargouilla bruyamment. Cuddy prit une teinte pivoine tandis que House rigola.

« Bon, on les mange ces spaghettis ? »


Merci de m'avoir lue.

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