Le lendemain, les Gryffondors eurent leur premier cours avec leur nouveau professeur de Défense contre les Forces du Mal. Harry discutait joyeusement avec Ron, tentant de détourner sa propre attention de sa colère froide. Il s'attendait à voir Ava et ne savait pas s'il allait lui sourire ou s'il devait lui en vouloir, peut-être même se méfier. Mais alors que les adolescents pénétraient dans la salle de classe, ils constatèrent que celle-ci était vide. Ron ne rata pas l'occasion de manifester son pseudo-triomphe :

- Et bien tu parles d'un professionnalisme ! Ce n'est que le premier jour et elle est déjà en retard ! Bravo, c'est vraiment …

Le jeune homme ne put terminer sa phrase car la porte de la classe se referma violemment sur le dernier élève. Aussitôt des éclairs de lumière verte jaillir des quatre angles de la pièce. Les élèves se réfugièrent sous leurs tables, effrayés, quand ils n'y étaient pas projetés par les sorts. Seuls Harry, Ron et Hermione restèrent debout, protégés par le bouclier dressé par la jeune fille autour d'eux. Quelques secondes plus tard, les éclairs cessèrent, remplacés par un silence de plomb. Il fut rompu par une voix triomphante qui semblait venir de nulle part :

- Leçon n°1 : toujours rester sur ses gardes quand on ne peut pas constater qu'un lieu est sur. En situation réelle, vous seriez tous morts. Miss Granger, je vous féliciterais presque si vous n'aviez pas été si lente à réagir. Messieurs Potter et Weasley, vous n'avez eu que la chance d'être bien accompagnés. Sans elle, j'ai le regret de vous annoncer que vous seriez morts aussi.

- Et comment pouvait-on savoir qu'il y avait un danger ici ? Demanda Neville outré.

- Parce que vous croyez que vos ennemis vont vous adresser un hibou express afin de vous avertir de leur attaque ?

Cela provoqua quelques timides rires qui détendirent légèrement l'atmosphère. Ava apparut alors d'un angle de la pièce qui semblait vide quelques instants avant. Elle s'adressa alors à eux, très convaincante dans son rôle d'enseignante :

- Vous saurez désormais que je suis susceptible de vous attaquer à chaque instant. J'ai été déçu que le professeur Dumbledore refuse que j'applique ce principe aussi dans les couloirs mais, désormais, vous savez à quoi vous en tenir lors de mes cours.

Le cous débuta et même Ron dut avouer que c'était l'un des plus intéressants auxquels il ait pu assister au château. Presque autant que ceux du professeur Remus Lupin. Lorsque l'heure fut terminée, Harry était presque déçu. Il termina de rassembler ses affaires et allait suivre Ron pour regagner son cours suivant lorsqu'Ava l'appela :

- Harry ? Tu aurais quelques minutes à m'accorder ?

- Euh … oui, mais uniquement une ou deux parce que mon prochain cours va débuter et il se passe avec le professeur Rogue, donc …

- Très bien, s'il s'agit de Severus, je dois pouvoir te garder avec moi. Je suis sure qu'il ne m'en voudra pas, enfin je crois … ajouta t-elle avec un sourire. Alors ? Comment se passe cette rentrée ?

- Pour le moment, plutôt bien.

Soudain, Harry repensa à sa déception de la veille, lorsqu'il avait vu Ava avec Drago. Sans qu'il puisse s'en empêcher, il sentit son visage se fermer. Ava ne manqua pas de le remarquer.

- Y a t-il quelque chose dont tu veuilles me parler ? Demanda t-elle innocemment.

- Et bien, c'est assez … je ne … je vous ai vue hier.

- Comme tout le monde, je crois, ironisa Ava.

- Avec Malefoy !

- Ah ! Et ça pose un problème ?

- Non … dit Harry qui n'aurait pas pu être moins convaincant.

- Harry, Drago n'est pas celui que tu crois. Qui serais-tu devenu si tu étais né dans une famille de mangemorts ?

- Je n'aurais jamais été comme lui ! Rugit Harry.

- En es-tu vraiment sur ?

Harry allait rétorquer lorsqu'il douta. Il ne s'était jamais mis à la place de Drago et ne savait pas quelle avait été son enfance. Il ne démordait pas du fait qu'il ne supportait pas l'individu mais le regardait soudain moins durement.

- Malgré tout ce que tu penses savoir sur Drago, tu dois savoir qu'au fond de lui, c'est quelqu'un de bien. Il n'est pas si différent de toi, tu peux me croire.

- Pourquoi me dites-vous ça ?

- J'ai l'intuition qu'un jour tu pourrais être amené à devoir collaborer avec lui et je voulais seulement m'assurer que tu ne laisserais pas ton jugement être influencé par des préjugés.

- Sauriez-vous prédire l'avenir ? Demanda Harry intrigué.

- Je n'irais quand même pas jusque là, la divination est un art et ce don est très peu répandu. Mais j'ose croire que mes intuitions se vérifient assez souvent. Mais laissons ça de côté et parle moi plutôt de toi.

Ils passèrent le reste de l'heure à parler de Harry, du Quidditch, de ses amis et de tout ce qui peuplait la vie du jeune homme. Lorsqu'Ava lui annonça que l'heure était écoulée, Harry fut extrêmement surpris. Il avait l'impression que seulement quelques minutes étaient passées. Mais il devait avouer que lorsqu'on passe un bon moment, il est toujours trop court. Ava se leva et le reconduisit vers la porte :

- J'ai passé un très agréable moment avec toi Harry. Si à l'avenir tu as du temps libre et que tu as envie de me voir, n'hésite surtout pas. Je te laisse aller retrouver tes amis, quant à nous, nous nous verrons dans la Grande Salle.

- Ce sera avec plaisir. A plus tard.

Harry allait sortir de la salle lorsque la porte s'ouvrit sur un Severus Rogue manifestement hors de lui. Il s'adressa à Harry avec un ton trop calme pour paraître vrai :

- Alors Potter, vous vous croyez si doué que vous pensez ne plus avoir besoin d'assister à mes cours ?

- C'est moi qui lui ai demandé de rester, s'interposa Ava. Je pensais que tu ne m'en voudrais pas trop. Ce n'était qu'une heure.

- Et bien, tu te trompais ! Répliqua sèchement Severus.

- Harry, voudrais-tu nous laisser, s'il te plait ? J'aurais besoin de parler un peu avec le professeur Rogue.

- Sans problème, glissa rapidement Harry.

Il était ravi de pouvoir s'éclipser mais assez mal à l'aise d'être la source d'un conflit. Il sortit néanmoins rapidement et ce ne fut qu'une fois à l'extérieur qu'il réalisa qu'il n'avait pas pris son sac. Il retourna devant la porte et s'apprêtait à frapper lorsqu'il entendit des éclats de voix. Ava paraissait assez en colère :

- Mais enfin, Severus ! Qui crois-tu être pour me parler comme ça ?

- Je dis juste que tu exagères !

- Tu n'essayerais pas de trouver un prétexte ?

- De quoi est-ce que tu parles ?

- Tu le sais très bien ! Je finis par ouvrir les yeux et je vois bien que tu m'en veux. Je n'ai pas compris tout de suite mais maintenant tout est clair. Tu es vexé que je soies ici. Tu ne supportes pas de ne plus être le seul héros, celui qui prend les risques.

- Tu es folle ?!!

- Bien au contraire, je n'ai jamais été aussi lucide ! Tu crois vraiment que tu es celui qui aurais le plus à perdre ? Que crois-tu qu'il m'arriverait si la vérité sur mes agissements éclataient ?! Je doute qu'un être humain puisse supporter les tortures qu'il m'infligerait.

- Alors tu n'as pas à t'inquiéter …

- Qu'est-ce que tu veux dire ?

- Que tu n'es pas un vrai être humain, uniquement une expérimentation !

Ava, blessée au plus profond d'elle même, gifla violemment Severus. Puis, sans un mot ni même un regard pour lui, elle se dirigea vers la sortie. Severus la rattrapa et lui prit le bras :

- Excuses-moi, ce n'est pas ce que je voulais dire.

- Vraiment ? Alors qu'est-ce que tu voulais vraiment dire ?

- Je ne sais pas, c'est une idiotie qui a dépassé mes pensées.

- Pourquoi est-ce que j'ai l'impression que cette situation t'es familière ?

- Je t'interdis de faire ça !

- Tu quoi ? Tout maitre de l'Occlumencie que tu es, tu ne peux pas m'empêcher de regarder ce que je veux ! Et puis n'essayes pas de changer de sujet.

- Ava, tu sais bien que je t'apprécie beaucoup. Ne suis-je pas le premier à t'avoir fait confiance ?

- Et pourquoi crois-tu que ça ait été aussi douloureux ?

Un silence gêné s'installa. Ava pleurait en silence, profondément blessée. Severus ne semblait plus savoir ce qu'il devait faire aussi fixait-il le sol.

- Severus, je préfèrerais que tu soies honnête avec moi. Est-ce que c'est ce que tu penses ?

- Pas du tout, je regrette d'avoir été aussi … idiot. Tu es loin de n'être que ça.

Ava releva la tête et fixa intensément Severus, comme si elle voulait s'assurer que son regard confirmait ses dires. Après quelques instants, et pour suivre un élan de spontanéité, elle s'approcha de lui et déposa un baiser sur ses lèvres. Elle crut le sentir lui rendre son baiser lorsqu'il s'écarta brusquement :

- Mais qu'est-ce qui te prend ?

- Et bien … je ne sais pas … je croyais que tu le voulais aussi, lui répondit-elle désorientée.

- Tu avais tort. Je te prierais désormais de garder les idées claires et de ne plus réitérer une telle folie !

Severus sortit de la pièce juste au moment où Harry disparaissait au bout du couloir. Il laissait dans la salle une Ava désemparée, honteuse et abattue. Ce soir là, la jeune femme ne descendit pas diner dans la Grande Salle.

Elle ne daigna y retourner que le lendemain mais tous purent constater que quelque chose avait changé. L'aura de douceur qui l'entourait, auparavant, avait disparu. Désormais, les traits de son visage ressortaient aussi durs qu'ils étaient réellement et un regard haineux demeurait dans ses yeux. Elle n'adressait la parole à personne et ne répondait plus que par des monosyllabes. Mais le plus frappant était qu'elle semblait agir comme si Severus n'existait plus du tout, alors que la veille, elle ne parlait pratiquement qu'avec lui.