Les semaines s'écoulaient désormais régulièrement, sans qu'aucune amélioration notable n'apparaisse dans le comportement d'Ava. Au contraire, elle semblait dépérir. La seule chose qui demeurait positive était l'entrain qu'elle montrait à donner ses cours. Ce ne fut qu'au bal d'Halloween que les choses changèrent.

Severus était assis à la table des professeurs, faisant uniquement acte de présence, lorsque le professeur Dumbledore s'approcha de lui. D'un ton faussement détaché il lui demanda :

- N'auriez-vous pas envie de danser Severus ?

- Professeur, répondit Severus légèrement surpris, je pense que Mrs Pomfresh serait plus apte à vous accompagner que moi.

- Je ne pensais pas à moi, ajouta le professeur Dumbledore en riant. Je crois plutôt qu'une certaine jeune femme serait sans doute ravie que vous l'invitiez.

- Je ne vois pas de qui vous parlez, murmura Severus feignant l'ignorance.

- Allons, Severus. Vous allez finir pas m'offenser. Je suis peut être un vieil homme mais je n'en deviens pas pour autant aveugle.

- Et bien … commença Severus.

Mais il ne chercha pas à se justifier. Il savait que le sorcier n'était pas dupe.

- Je pense qu'il n'y a pas de meilleur moment pour enterrer la hache de guerre, conclut le professeur Dumbledore avec un clin d'œil.

Il s'éloigna en laissant Severus mal à l'aise. Ce dernier savait pertinemment que le professeur avait raison mais il ignorait quelle était la démarche la plus appropriée à adopter. Il finit par abandonner la réflexion et prit son courage à deux mains. Il se leva et s'avança vers Ava, assise un peu plus loin.

- Qu'est-ce que tu veux ? Lui lança t-elle plus glaciale que jamais.

- Je me disais que, peut-être, tu accepterais de laisser toute cette histoire de côté pour ce soir. Et que, peut-être, tu accepterais de danser avec moi.

Ce fut probablement la surprise qui fit céder Ava. Elle se leva et prit la main qu'il lui tendait. Il l'entraina sur la piste et l'attira à lui tout en tournoyant. Pendant quelques minutes, ils ne firent que danser, incapables de se parler et encore moins de se regarder. Puis soudain, Severus se pencha vers l'oreille de la jeune femme et murmura :

- Je te demande pardon, je suis un …

Ava posa un doigt sur les lèvres de Severus et lui dit à voix basse :

- N'en parlons plus.

Severus acquiesça de la tête et recommença à danser mais, cette fois, en la regardant et en lui souriant.

La soirée se déroula sous de meilleures hospices et ce ne fut qu'après plusieurs danses que les deux sorciers se décidèrent à quitter la piste. Après s'être rafraichis, Ava proposa d'aller prendre l'air. Severus l'emmena alors en haut de la tour d'Astronomie pour lui faire admirer le paysage. Et effectivement, la vue était imprenable : la lune se reflétait sur le lac, projetant un éclat argenté sur la forêt interdite.

Ils restèrent muets à observer la beauté de la nature pendant quelques minutes, jusqu'à ce que Severus remarque qu'Ava frissonnait. Il enleva sa propre cape et la déposa sur les épaules de la jeune femme mais ne put s'empêcher, par la même occasion, d'en profiter pour lui caresser l'épaule. Elle sursauta et le regarda, troublée :

- Mais … qu'est-ce que tu fais ?

- Je ne sais pas du tout. J'en ai juste eu envie.

- Je t'en prie, ne joue pas à ça. Décides-toi une bonne fois pour toute !

- En réalité, je te trouve très sympathique …

- Sympathique ? Répéta Ava anéantie. Je te remercie de ce … compliment. Mais il se fait tard, donc tu voudras bien m'excuser mais je vais me retirer maintenant.

La jeune femme se retourna et prenait le chemin de la sortie lorsqu'elle entendit la voix de Severus murmurer :

- Mais pas uniquement …

Elle fit volte-face et observa Severus. Il avait l'air aussi surpris qu'elle. Ava eut beau attendre des explications, celles-ci ne vinrent pas. Elle le força alors :

- Et ?

- Et je me trouve ridicule ! Lâcha t-il dans un soupir.

- Puis-je savoir pourquoi ?

- Parce que je ne vois pas où ça pourrait nous mener. Ça ne pourra jamais marcher.

- Qu'est-ce que tu en sais ?

- Mais enfin, Ava ! Soit réaliste ! J'ai presque l'âge d'être ton père. D'autre part, on ne peut pas dire que je suis l'homme dont rêvent les femmes. Je ne suis pas Sirius Black ! Ajouta t-il avec une pointe de déception.

- Et bien heureusement ! S'exclama Ava en riant. Il n'est vraiment pas mon type, lui … et puis tu pourrais peut-être arrêter de vouloir voir aussi loin. Pourquoi ne peux-tu pas profiter de ce qui se passe aujourd'hui sans t'inquiéter de ce qui pourra arriver demain ?

Severus resta muet, incapable de trouver un argument assez solide pour étayer ses peurs. Il se contenta de lui sourire. La jeune femme s'approcha de lui et lui prit la main. A cet instant là, le contact de la peau d'Ava eut un effet foudroyant sur Severus : un peu comme si cela avait brisé des chaines psychiques. Il se laissa alors aller à croire ce que la jeune femme avait dit et à profiter. Pour confirmer cet engagement, il embrassa Ava. Cette dernière ne comprit pas vraiment comment un revirement était ainsi possible mais ne l'en apprécia que plus, heureuse qu'il se soit enfin décidé.

Le lendemain matin, Severus fut réveillé par le chant d'un oiseau. Il s'interdit cependant d'ouvrir les yeux, déçu d'avoir été tiré d'un rêve aussi doux. Mais au bout de quelques minutes, un agréable doute l'assaillit : et si ce n'était pas un rêve ? Et si Ava était bien là ? Il se résolut alors tourner la tête pour constater qu'en fin de compte, il n'avait pas rêvé : le lit n'était pas vide. Son cœur manqua un battement, ravi de voir que ses désirs avaient été réalisés. Il essaya de rassembler ses souvenirs. Après leur baiser en haut de la tour d'Astronomie, les choses s'étaient enchainées naturellement et ils avaient fini dans sa propre chambre. Cependant, lors de la nuit, Severus avait eu une étrange sensation familière en observant sa compagne.

En y repensant ce matin là, il fut intrigué car sa joie n'était pas due uniquement à la situation présente. Il avait l'impression d'avoir été exaucé et d'avoir pallié ce manque qui le hantait depuis tant d'années. Cette femme qu'il avait désiré depuis tant d'années était enfin là, dans ses bras et paraissait le désirer tout autant que lui. Il aurait voulu que le temps se fige et que le monde extérieur cesse d'exister afin de pouvoir passer l'éternité dans les bras de sa belle. Il pensait avoir rêvé de cet instant toute sa vie mais l'étrangeté de la situation lui sauta aux yeux : il ne la connaissait que depuis quelques mois. Après l'avoir à nouveau regardée, il comprit où était le problème. Elle n'était rien de plus qu'un substitut.

Il s'en voulut alors, se trouvant bas et les remords s'emparèrent de lui. Il n'avait pas le droit de lui faire ça, elle ne le méritait pas. Pourtant, elle était la seule chance qu'il aurait jamais d'être heureux. Avec elle. Après toutes ces années de souffrance et la peine de l'avoir perdue à tout jamais, voilà qu'il la retrouvait. Mais ce n'était pas elle, c'était Ava. Et pourtant, elle la lui rappelait tellement. Il savait que c'était mal mais les propos d'Ava lui revinrent en mémoire : profiter de l'instant présent. Il savait qu'elle n'aurait certainement pas approuvé l'interprétation qu'il avait fait de ses mots. Mais il décida de passer outre et de profiter un peu de ce retour dans le passé. Il se résolut à savourer ce mensonge et peu importe ce qu'il adviendrait quand il serait au pied du mur, obligé de dire la vérité. Et puis, ça ne pouvait pas être une coïncidence : la même situation, la même dispute, les mêmes excuses sauf que le dénouement avait été différent. Il avait une deuxième chance et refusait de la laisser passer.