De nombreuses heures plus tard, le professeur McGonagall vint chercher Severus, qui n'avait pas pu bouger du fauteuil dans lequel il était installé. Lorsqu'il la vit arriver, il se redressa plein d'espoir :
- Severus, dit-elle avec un air qui ne laissait rien présager de bon, je suis navrée mais les nouvelles ne sont pas bonnes. Elle communique avec nous par le biais de la télépathie et nous savons désormais quel est le problème. Malheureusement, nous sommes impuissants. Nous n'avons jamais été confrontés à une telle situation.
- Et que s'est-il passé ?
- Il semblerait que son père l'ait retrouvée et qu'il ait compris qui elle est vraiment. Ils se seraient alors mis à sept pour lui jeter l'Avada Kedavra. Elle a survécu sur le moment mais il semblerait qu'elle soit en train de mourir à petit feu. C'est inexorable, il n'y a rien à faire. Je suis vraiment désolée.
- Laissez-moi la voir.
- Très bien, venez.
Elle le conduisit jusqu'à l'infirmerie où elle le laissa entrer seul. Ava était allongée sur un lit et sa pâleur n'en était que plus accentuée. Ses yeux étaient fermés et elle ne bougeait pas. Si Severus n'avait pas su qu'elle était encore vivante, il ne l'aurait jamais soupçonné. Il s'assit auprès d'elle et lui prit la main. Il porta cette frêle main à sa bouche et y déposa un baiser. Il se souvint l'avoir fait tellement de fois qu'il avait fini par en oublier à quel point c'était doux. Une larme glissa de ses yeux et vint tomber sur la peau fine.
- Pourquoi est-ce que tu pleures ? Demanda une voix d'outre-tombe.
Severus sursauta et fixa intensément Ava mais elle ne bougeait toujours pas. Il se souvint de ce que lui avait dit le professeur McGonagall et se sentit assommé par la réalité.
- Ne me dis pas que tu as des regrets ? Demanda la voix d'Ava avec une pointe de colère.
- Tu n'imagines pas à quel point.
- C'est la culpabilité qui te pousse à me dire ça ?
- Non, pas du tout. J'avoue ne pas avoir toujours été très correct mais lorsque je te t'ai perdue, j'ai réalisé à quel point je tenais à toi. A toi ! Tu me manques tellement … je suis …
- Désolé ? Je m'en doutais un peu mais le mal est fait, il est trop tard.
- Il n'est jamais trop tard ! Je ne vois pas pourquoi tu dis ça, ajouta t-il même s'il n'y croyait pas une seconde.
- Tu sais très bien pourquoi. Quoi qu'il en soit, le professeur Dumbledore avait raison quand il disait qu'il existe des blessures bien plus douloureuses que celles physiques. La souffrance que j'ai ressenti en recevant le sortilège n'est rien en comparaison de ce que tu m'as infligé. Je n'aurais jamais imaginé à quel point c'est dur.
- Si tu savais comme je m'en veux …
- Je n'ai plus confiance en toi alors je ne crois pas à tes regrets ! Je te demanderais une seule chose : va t'en et laisse moi partir en paix.
- Mais tu ne vas pas mourir !
- Tu sais très bien que si. Maintenant, laisse moi tranquille.
- Je ne peux pas.
- Et pourquoi ? Tu veux soulager ta conscience ? Ça ne m'intéresse pas !
- Non, je veux essayer de te montrer que j'étais sincère.
- Tu me crois donc aussi naïve ?! J'ai bien compris que tu l'aimais ELLE à travers moi. Alors si tu essayes de la retrouver une dernière fois, je trouve ça lamentable ! Va torturer quelqu'un d'autre !
- Si tu ne me crois pas, tu n'as qu'à regarder par toi même … Tu as toujours su t'insinuer dans mon esprit alors pour une fois, je te demande de le faire.
Un silence pesant envahit la pièce. Ava avait décidé d'écouter ce que Severus avait à dire, ou plutôt à montrer. Elle pénétra son esprit afin d'y voir quelques bribes de sa vie.
La première image qu'elle vit fut celle de la chambre de Severus. Il était allongé dans ce lit qu'ils avaient si souvent partagé et elle était endormie à côté de lui. Il la regardait dormir et un air serein habitait son visage. Il lui parla doucement :
- Ava, je ne sais pas pourquoi tu m'aimes mais tu es surement la meilleure chose qui me soit arrivé. J'espère que nous ne serons jamais séparé et que tu accepteras de m'épouser. Je … t'aime, Ava Soledad.
La jeune femme se permit également un petit détour par le cœur de son amant et elle y ressentit une douce chaleur.
Ensuite, elle fut transportée dans le cachot de Severus où elle le vit assis à son bureau. Il se tenait la tête à deux mains et une photo d'Ava était posée sur le bureau. Elle l'entendit alors se dire en lui même :
« Comment as-tu pu être aussi stupide ?! Comment as-tu pu ne rien comprendre plus tôt ?! Était-ce si difficile de lui dire que tu l'aimais vraiment pour elle ? Si tu avais eu le courage de parler, elle serait encore là. De toutes façons, tu ne l'as jamais méritée ! Prie seulement pour qu'il ne lui arrive rien. Tout serait de ta faute. »
Et pour finir, elle vit l'arrivée de Severus vers le portail du château lorsque Drago avait ramené Ava. Elle ressentit une vive douleur ainsi que des difficultés à respirer. Elle l'entendit murmurer dans sa tête :
« Je vous en supplie, faites qu'elle soit en vie. Je donnerais tout pour qu'elle aille bien. Je ne pourrais pas supporter de la perdre à nouveau ! Par pitié, non. Tout mais pas ça ! »
Dans l'infirmerie, Severus commençait à s'inquiéter du silence de la jeune femme. Soudain, sa voix résonna à nouveau dans sa tête :
- Mais pourquoi n'as-tu rien dit ?
- Je ne sais pas. Je n'ai pas osé. Je n'arrive pas à croire que j'ai pu provoquer un tel drame. Et tout ça sur un malentendu ! C'est injuste, c'était inutile et c'est de ma faute. J'aimerais tellement faire quelque chose pour essayer de me racheter. S'il te plait, dis-moi ce que je peux faire pour toi ?
- J'ai peur qu'il n'y ait plus rien à faire. Peut-être que ça devait arriver, que ce n'est que la fatalité. Mais tu peux quand même faire une chose : rester à côté de moi et me parler. Je commence à avoir vraiment peur maintenant.
- Ne t'inquiète pas, tout ira bien, dit-il sans en penser un seul mot. Raconte moi : où étais-tu pendant tout ce temps ?
- Je suis allée me cacher dans une forêt que je croyais déserte. J'y étais allé quand j'étais enfant, avec mon père. C'était probablement idiot de ma part car il a su me retrouver.
Les derniers mots d'Ava n'étaient que des murmures. Severus voyait bien qu'elle avait de plus en plus de mal à parler. Il n'avait qu'une peur : qu'elle s'endorme.
- S'il te plait, parle moi encore. Raconte moi n'importe quoi mais ne t'arrête pas.
Cependant, Ava resta muette pendant de longues minutes. Lorsqu'elle reprit la parole, sa voix semblait plus posée et son élocution moins difficile.
- Je crois que je me sens mieux, j'ai l'impression d'être soulagée. Mais tu peux me dire d'où vient ce chant ?
- Un chant ? Je n'entends rien …
- Je pense avoir compris : ce soit être celui du phénix. Il est normal que tu ne l'entendes pas. Tu restes, toi. Mais tu ne m'oublieras pas, n'est-ce pas ?
- Jamais, je ne pourrais pas t'oublier. Mais je t'en prie, cesse de parler comme ça. Tu me fais peur.
- Il ne faut pas. Moi je n'ai plus peur, le phénix est là pour veiller sur moi. Il faut pourtant que tu saches que je t'aime et je te remercie de m'avoir apporté tant de bonheur. Je sais que ce ne sera probablement pas facile pour toi dans les jours à venir, mais tu dois me promettre de ne pas te retirer du monde. Tu dois continuer à aller vers les autres. Je me sentirais mieux si je sais que tu aimeras à nouveau. Promets-le moi.
- Ava, ne fais pas ça. Je refuse que tu me dises adieu !
- Alors promets !
- Je te jure tout ce que tu voudras mais reste encore avec moi, encore un peu.
- Tu diras à Harry et Drago que je regrette de ne pas avoir eu plus de temps à leur consacrer et qu'ils me manqueront. Dis à Harry qu'il est destiné à faire de grandes choses et que même s'il se décourage, il ne devra jamais abandonner. Et dis à Drago que je le remercie de m'avoir ramenée, que j'ai foi en lui et que je sais que son cœur est bien plus pur que les autres ne le pensent.
- Oui, je leur dirais. Je dirais tout ce que tu voudras, explique moi !
- Je n'aurais pas le temps, je sens qu'il est l'heure. Je t'aime tellement, tu vas me manquer plus que tout …
- Je t'aime aussi, Ava. J'ai encore tellement besoin de toi. Ava ? Ava ? …
Severus se tut, conscient qu'Ava ne lui répondrait plus désormais. Elle était partie, pour de bon. Il se sentit alors vide et sans plus aucune envie. Il avait l'impression qu'elle avait emmené avec elle son énergie vitale. Mais il savait très bien qu'il avait promis et qu'il devrait pourtant continuer à avancer, seul. A cet instant, il ne voyait pas quelle en était l'utilité. Il voulait mourir lui aussi et en y réfléchissant, il savait qu'il méritait de mourir. Il lui avait fait tant de mal que ça avait plus ou moins provoqué sa mort. Il ne se le pardonnerait jamais, il s'en voudrait toujours d'avoir détruit la seule belle chose de sa vie. Il ne serait plus jamais le même et il était certain qu'il ne serait plus jamais heureux. Alors à quoi bon vivre ?
