Le lendemain, le professeur Dumbledore annonça la nouvelle de la mort d'Ava aux élèves. Beaucoup en furent affectés et l'ambiance au château fut morose toute la journée. Le soir venu, des funérailles furent organisées au cœur de la forêt interdite, lieu où Ava se sentait le plus à l'aise de son vivant. Les élèves, dont la présence n'était pas obligatoire, furent, malgré tout, presque tous présents. Ils avaient voulus rendre un dernier hommage à celle qui avait tenté de leur enseigner que nous ne sommes pas prisonniers d'une prédisposition mais libres de nos choix. Que chacun peut devenir exactement ce qu'il veut, malgré tout ce qui peut l'entourer.

Severus était assis devant le cercueil de sa bien-aimée, la tête basse, les yeux humides. Il était indifférent à la cérémonie, bien trop absorbé par ses souvenirs et ses regrets. Il vit néanmoins s'avancer un homme qui était manifestement le mage qui allait procéder à la mise en terre de son aimée. Il l'écouta vaguement faire un discours certainement élogieux, à la gloire d'Ava. Mais il savait pertinemment que cette dernière n'aurait pas aimé ce genre de démarche. Elle trouvait moche de n'honorer les gens qu'une fois morts. Severus sourit en repensant à l'anticonformisme de la jeune femme. Cette facette de sa personnalité aussi allait lui manquer.

Il fut tiré de ses pensées lorsque le mage prononça le mot « mort ». Il lisait un texte :

« Quand Merlin sera mon berger, je ne manquerais de rien. Dans de vertes prairies, Il me fera camper et Il me conduira au bord des eaux paisibles. Il restaurera mon âme et me dirigera dans les sentiers de la justice en faveur de Son nom. Devrais-je suivre la sombre vallée de la Mort, je ne craindrais aucun mal car Il sera avec moi ; Son soutien et Son appui seront ma consolation. Il dressera la table abondante devant moi, à la face des mes ennemis. Oui, le bonheur et la grâce m'accompagneront toute ma mort durant, et j'habiterais de longs jours dans Sa maison. »

Lorsque le mage eut terminé, il pointa sa baguette sur le cercueil qui se souleva instantanément. Il le dirigea vers son dernier lieu où il l'ensevelit. Lorsque le cercueil fut recouvert, le mage agita à nouveau sa baguette et une dalle noire se forma au dessus du monticule de terre. Severus se leva alors et partit se réfugier dans sa chambre. Il ne réussit pas à pleurer tant sa peine oppressait sa poitrine. Il finit enfin par trouver le sommeil, tard dans la nuit, apaisé car il avait trouvé la solution. Il avait pris sa décision.

Le lendemain matin, Severus ne se montra pas. Il ne vint ni dans la Grande Salle ni même donner ses cours. Le professeur Dumbledore s'en étonna car ce n'était pas dans les habitudes de Severus de s'absenter sans prévenir. Le professeur Dumbledore, après avoir vérifié le cachot de Severus qui s'avéra vide, se présenta à la porte de la chambre du sorcier. Il pensait que Severus était certainement trop malheureux pour vouloir affronter le monde extérieur si peu de temps après cette épreuve. Pourtant, il eut beau frapper, il n'obtint aucune réponse. Il se permit alors d'entrer et trouva une pièce impeccablement rangée mais dépouillée de tout effet personnel. Le professeur Dumbledore commença à se demander si Severus n'avait pas abandonné l'école, ce qui aurait pu se comprendre étant donné la quantité de souvenirs associés à la jeune femme qu'il devait y avoir. Mais quelque chose lui dit que ce n'était pas ça. Quelque chose qui lui laissait présager le pire.

Le professeur Dumbledore suivit alors son instinct et se rendit sur la tombe d'Ava. Comme il l'avait pressenti, Severus s'y trouvait. Il paraissait allongé aux côtés de sa bien-aimée, ignorant les éléments qui les séparaient. Un sourire s'étirait sur son visage mais, en le regardant de plus près, le vieil homme constata que ce sourire avait quelque chose de froid. Aux côtés de Severus se trouvait une fiole vide et une lettre. Le professeur Dumbledore comprit alors que ses doutes étaient fondés et que Severus s'était donné la mort, par amour. Il prit la lettre et y lut :

« Je suis navré d'avoir été aussi lâche mais je n'ai pas réussi à trouver une seule raison de rester, ni la force, ni même l'envie de le faire. Ne m'en veuillez pas, je sais qu'elle, elle m'a pardonné. Ne soyez pas tristes de mon départ. Réjouissez-vous plutôt car moi, désormais, je suis heureux. Je la vois s'avancer vers moi, elle vient me chercher. Je n'ai plus peur de ce qui pourrait advenir car je sais qu'à partir de maintenant, je ne serais plus jamais seul. Un monde meilleur s'offre à moi mais pour l'atteindre, je dois vous quitter. Je dois m'en aller car elle m'attend. Nous nous reverrons surement. Adieu.

Severus. »