Une large main couvrait la bouche d'Emmy, l'empêchant de crier de d'alerter quelqu'un. Lorsque la porte de la salle de classe se referma à l'aide d'un coup de pied donné par son agresseur, la jeune fille fut enfin libérée et qu'elle ne fut pas sa surprise en découvrant qui avait osé lui faire la peur de sa vie.
"Amos ! Par Merlin ! Mais qu'est ce qui ne va pas chez toi !" S'écria la jeune Poufsouffle en reprenant sa respiration. Face à elle, Amos Diggory ne cherchait même pas à contrôler son fou rire.
"Tu sais que tu es très drôle quand tu humpff et que tu tentes de te débattre." Se contenta de lâcher Amos qui venait de repartir dans un immense éclat de rire.
Emmy regardait son idiot de meilleur ami avec consternation, se demandant comment il avait pu avoir une idée aussi stupide.
"Amos, je ne plaisante pas, tu m'as fichu une de ces peurs." Soupira la jeune fille en s'asseyant sur le rebord d'une table.
"Et de qui croyais-tu qu'il s'agissait ? Evan Rosier ?" Cette perspective fit rougir Emmy.
"Bien sûre que non..." dit-elle, le regard dans le vide en imaginant ce qui ce serait passé si effectivement, il avait s'agit du beau Serpentard. La jolie Poufsouffle avait ouvert sa boite à fantasmes et son esprit imaginait les scénarios les plus scabreux, la faisant rougir d'autant plus.
"Terre à Emmy !" S'exclama Amos en claquant des doigts à quelques centimètres du visage se son amie afin d'attirer son attention.
"Bon, tu te décides à m'expliquer pourquoi tu m'as amené ici ?" Demanda-t-elle en croisant ses bras devant sa poitrine, feignant ainsi l'agacement. Le jeune Diggory avait une lueur d'amusement dans les yeux en la voyant faire, il faut dire qu'elle n'était absolument pas crédible.
"Pas de raison particulière, je t'ai vu rentrer de la bibliothèque et comme tu étais complètement dans la lune, j'en ai juste profité." Fit-il en haussant les épaules.
"T'es vraiment gamin par moment, c'est à se demander pourquoi ils t'ont désigné préfet." Grommela Emmy en se dirigeant vers la porte.
"Parce que j'ai un charme irrésistible." La jeune Arteton se retourna vers son ami et leva un sourcil en le détaillant.
"Charme auquel tu es hermétique, bien sûre. Au fait tu comptes aller où ?"
"Par Morgane ! Où veux-tu que j'aille ?! Dans mon dortoir, simplet." Emmy leva les yeux au ciel et ouvrit violemment la porte avant de s'élancer dans le couloir désert, Diggory sur ses talons.
"A ta place, j'éviterai." Dit Amos avec un sourire mystérieux.
"Pourquoi ? Tu as caché ton Hyppogryfe femelle sous mon lit ?" Demanda Emmy avec un sourire en coin. Même si à ce moment précis, le comportement d'Amos l'agaçait au plus haut point, elle aimait trop ce genre de petits jeux pour rester fâchée longtemps, oh, non pas qu'elle l'était mais il fallait bien faire mine de parfois.
"Non, parce que Sirius Black et Diane sont certainement plongés dans des activités dont tu n'aimerais pas être le témoin, crois-moi" Le Poufsouffle fit mine d'être secoué par des frissons.
"J'espère que tu plaisantes !" S'écria Emmy qui n'en revenait pas d'être ainsi mise dehors de son propre dortoir.
"Tu veux aller vérifier ?"
"Non, ça ira. J'ai pas envie d'être traumatisée pour le reste de l'année." Grommela Emmy.
"C'est bien ce que je me disais. On va en cuisine ?" La jeune fille sourit en entendant la proposition d'Amos. L'avantage d'être à Poufsouffle, parce qu'il faut bien des avantages, c'était d'être à deux pas des cuisines. Dans l'esprit d'Emmy, les cuisines étaient synonymes de tarte à la mélasse et elle adorait la tarte à la mélasse. Parfois, elle avait même l'impression que sa transpiration sentait la tarte à la mélasse mais elle se rassurait en se disant que ce n'était que le fruit de son imagination et non pas une autre de ses bizarreries caractéristiques.
Amos ébouriffa les cheveux d'Emmy avant de la saisir par le bras et de la traîner jusqu'aux cuisines.
Dés qu'ils pénétrèrent dans la pièce aux mûrs de pierres grises, ils furent soudainement embaumés par une odeur chaude et sucrée. Un des elfes du château s'approcha d'eux et les fixa de ses yeux bien trop grands. En reconnaissant Emmy, il se dirigea directement vers l'endroit où les elfes stockaient la pâtisserie.
"J'avais oublié que tu avais tes habitudes." Fit Amos en pinçant le flanc un peu grassouillet de son amie qui se dégagea brusquement.
"Très drôle Amos. Tu ne prends rien ? " Demanda-t-elle pendant qu'ils prenaient place à la grande table qui trônaient au milieu de la cuisine.
"Non, j'ai un match important dimanche et je dois me surveiller."
"C'est nouveau ça." Rétorqua Emmy en dévisageant Amos.
"On ne peut pas tous vivre éternellement dans le monde merveilleux de l'enfance." Lâcha froidement le jeune Diggory en regardant son amie droit dans les yeux. Un "plop" se fit entendre et l'elfe venait d'apparaître avec la part de tarte à la mélasse qu'il posa devant Emmy qui le remercia chaleureusement.
La jeune fille s'attaqua à son plat favori en évitant soigneusement le regard d'Amos. La jeune Arteton se demandait qu'elle mouche avait piqué les Poufsouffles cette année. Elle repensa soudainement à la conversation agitée qu'elle avait eut plus tôt avec Diane et soudain, une question lui brûla les lèvres.
"Amos ?" Le jeune homme leva les yeux vers Emmy qui avait lâché sa fourchette et qui le fixait d'un air grave.
"Est-ce que... Et ce que tu me trouves jolie ?" Les yeux du jeune Diggory s'arrondirent brusquement, à tel point qu'ils auraient pu rivaliser avec ceux des elfes de maisons.
Emmy n'aimait pas l'expression qu'elle lisait sur le visage de son meilleur ami. Depuis toujours, elle s'était considérée comme une fille normale voir plutôt jolie et ces dernières 24 heures avaient ébranlées le jugement de toute une vie.
"Je ne peux pas répondre à ça, Emmy." Soupira le jeune Diggory.
"Tu ne peux pas ou tu ne veux pas ?" Rétorqua Emmy en reportant son attention sur son assiette.
"Pourquoi tu me poses cette question d'abord ? Tu ne te soucies pas vraiment de mon avis d'habitude." Amos parlait avec hésitation, conscient du fait qu'il avançait en terrain miné. Il ne savait pas très bien pourquoi elle avait demandé cela et à vrai dire, il ne s'était jamais posé la question de savoir si elle était jolie ou non. Pour lui, elle était Emmy, juste Emmy.
"Tu... Tu trouverais ça impossible qu'un garçon soit attiré par moi ?" La jeune fille parlait doucement.
"Je n'en sais rien Emmy, c'est... Non, je pense que c'est possible." En entendant la réponse d'Amos, Emmy leva brusquement le visage et ses yeux rencontrèrent ceux de son ami. Arteton était la caricature même de la Poufsouffle douce et patiente et ce que le jeune Diggory lut dans son regard ne lui plut pas du tout. Elle était blessée et particulièrement en colère. Il était son ami et il n'avait pas le droit de se montrer aussi cruel envers elle.
"Tu es une jolie fille, je suppose, mais c'est dur à dire."
"Dur à dire ! Diane, Diane tu las trouves belle ! Narcissa Black aussi, s'en parler de ta précieuse Lucy ! Je ne vois pas en quoi c'est difficile de dire si je suis attirante ou non à moins que la réponse ne soit négative, bien sûre." Le regard brûlant de colère, Emmy se leva d'un bond et se tenait désormais debout face à Diggory.
"Non, c'est juste que tu es un peu comme une soeur et..." Il soupira bruyamment avant de reprendre.
"La différence entre Diane, Narcissa ou toi, c'est qu'elles sont féminines et qu'elles affichent... Une certaine maturité dans leur manière de se comporter." Dit-il avec honnêteté.
"Tu veux dire que je suis gamine ?" Hasarda Emmy qui ne l'avait vraiment pas vu venir celle-là.
"Oui, tu es encore une petite fille que ce soit dans ton comportement ou dans ta manière de t'habiller. tu n'es pas assez femme." Soudain, la réflexion d'Amos prit tout son sens et Emmy eut une idée de génie.
"Oh. D'accord. On rentre dans la salle commune ?" Demanda la jeune fille à son ami. Amos la regarda sortir de la cuisine et se repassa mentalement la scène qui venait de se dérouler. Il ne comprenait décidément rien aux femmes et à leurs réactions étranges.
Lorsque Amos rejoignit enfin Emmy dans la Salle Commune, cette dernière était en train de rédiger une lettre et paraissait particulièrement concentrée.
"Emmy, pour la conversation que l'on vient d'avoir, j'espère que tu ne le prends pas mal, hein ?" Dit-il hésitant avant de s'asseoir à côté d'elle.
"Non, absolument pas et au moins, tu t'es montré franc." Elle lui adressa un large sourire avant de se pencher de nouveau sur son parchemin. Diggory passa son bras autour des épaules d'Emmy afin de la rapprocher de lui et de lui déposer un baiser sur le dessus de la tête avant de se lever et de lui souhaiter bonne nuit.
La lettre qu'Emmy était en train d'écrire était destinée à sa cousine, Shelly Zabini. Shelly était l'exact opposé d'Emmy. D'une beauté indiscutable, la jeune femme avait terminé Poudlard cinq ans auparavant. Serpentard accomplie, elle se vantait d'avoir été la "première" de Rodolphus Lestrange qui était dans son année, puis plus tard, de Barty Crouch Jr., le fils d'un puissant politicien. Malgré sa scabreuse réputation, s'il y avait bien une personne en Angleterre qui était capable de rendre Emmy plus féminine, c'était bien Shelly. Bien sûre, Emmy aurait pu demander de l'aide à Diane mais c'était entre autre à cette dernière qu'elle voulait damner le pion, cela n'aurait donc pas eut l'effet escompté.
Une fois qu'elle eut terminé la rédaction de sa lettre, Emmy hésita un long moment avant de l'envoyer. En effet, inutile de préciser que la Poufsouffle ne portait pas sa chère cousine dans son coeur et pour cause, elles étaient aussi opposé que ne l'étaient le jour et la nuit. Alors qu'elle bataillait dans son fort intérieur afin de savoir qu'elle décision était la bonne, deux personnes firent leur apparition dans la salle commune.
"Hey, ma petite Emmy. Toujours debout ?" Interrogea Diane qui était pendue au bras de Sirius Black. Diane ne portait qu'une chemise qui lui arrivait au-dessus des genoux. Quant à Black, sa cravate était négligemment jetée au-dessus de son épaule et son uniforme était sans dessus dessous. Cette vision eut le mérite de mettre Emmy particulièrement mal à l'aise d'autant que la salle commune était complètement vide à part ces trois-là.
"Heu oui, j'avais des trucs à faire." Sirius s'assit sur le fauteuil en face du canapé sur lequel était installé Emmy. Diane s'assit sur ses genoux. La jeune Arteton sentait le regard insistant de Black l'obligeant à garder constamment les yeux baissés sur son parchemin.
"Ah oui, la séance de travail avec ton amoureux." Moqua Diane. Emmy sentit ses joues la brûler et elle n'avait qu'une envie, sauter à la gorge de sa colocataire qui osait profiter de sa faiblesse pour l'humilier.
"Ton amoureux ?" Demanda Black amusé. Emmy leva les yeux en entendant pour la première fois de sa vie Sirius Black s'adresser à elle. Lorsque son regard croisa les prunelles d'acier du jeune homme, il lui fallut moins d'une demie seconde pour se pencher dans l'examen approfondi de la tapisserie qui recouvrait les mûrs de la salle commune.
"Oui, notre petite Emmy porte un intérêt marqué pour Evan Rosier... Et pour ton frère aussi quand j'y pense." Il était légendaire à Poudlard que Sirius Black détestait Serpentard et son frère. Emmy savait qu'au moment où Diane avait parlé, elle venait de perdre toute la sympathie du Gryffondor.
"Une Poufsouffle amourachée de deux serpents. Ce n'est pas un manque de discernement, c'est du masochisme !" Cracha Sirius.
"Sirius ! Emmy est notre bébé, elle est juste naïve." Même sans la regarder, Emmy imaginait sans peine le regard faussement réprobateur de Diane qui devait savourer chaque minute de cet instant.
"Je rentre dans mes appartements." Déclara Sirius avant d'embrasser Diane avec gourmandise. Lorsque Emmy croisa de nouveau le regard du beau Black, elle n'y lut que du mépris.
"Bon courage avec tes serpents Arteton, mais ne viens pas pleurer quand tu te seras faite mordre." Lui glissa-t-il à l'oreille avec tout son venin avant de quitter impérieusement la salle commune des Poufsouffles. Durant toute la scène, Emmy avait serré son poing sur ses genoux, ne retenant ses larmes qu'avec difficulté.
Diane se leva à son tour et prit la direction des escaliers. Avant de gravir la première marche, elle s'arrêta et sans même se retourner, infligea le coup de grâce à Emmy.
"Je te l'avais bien dit que nous étions incomparables, Emmy."
Emmy ne se posait plus de questions. Elle se leva et ouvrit la fenêtre de la salle commune avant d'appeler Sybille, sa chouette.
Emmy regarda l'animal s'envoler avec sa précieuse missive avant de monter dans son dortoir, le coeur lourd.
Cette nuit-là, la jeune Poufsouffle ne trouva le sommeil que tardivement. Elle n'en revenait pas de la tournure que prenait cette nouvelle année ni l'attitude de Diane. Emmy ne lui avait rien fait et pourtant, celle qui se disait son amie s'était comportée envers elle comme la pire des garces. Ses espoirs reposaient désormais sur les épaules de sa cousine nymphomane, enfin, si cette dernière acceptait de l'aider.
Le lendemain matin, Emmy fut la dernière à sortir de son lit et comme à son habitude, elle était en retard pour le cours de métamorphose. La jeune fille de hâta dans la salle de bain avant d'en ressortir à peu près prête quelques minutes plus tard. Elle courut hors de la salle commune avant de prendre la direction de la salle de cours d de cette chère Minerva ,sans oublier de faire un crochet par les cuisines au passage.
Heureusement pour elle, la jeune Arteton arriva juste au moment où la cloche retentit et prit place à côté d'Amos qui eut la délicatesse de ne pas lui faire remarquer son retard.
"Emmy, tu as du chocolat au coin de la bouche." Souffla Amos avant de reporter son attention sur le cours de McGonagall.
La jeune fille essuya rapidement sa bouche avec le revers de sa manche.
"Mademoiselle Arteton, lorsque vous aurez terminé votre petit déjeuner, peut-être pourriez-vous transformer votre plume en verre à vin ?" L'ensemble de la classe s'esclaffa devant la mine déconfite d'Emmy.
La pauvre Poufsouffle détestait le cours de la vieille écossaise encore plus que le cours de potions et pour cause, elle y était encore plus mauvaise. Elle pointa sa baguette sur sa plume et se concentra autant que possible, elle effectua un gracieux mouvement du poignet et dans un léger nuage de fumée, la plume se transforma en un objet qui ressemblait vaguement à une plume mais sans les poils. En voyant le résultat, Amos pouffa de rire pendant que Minerva Mcgonagall secouait vigoureusement la tête.
"Je ne comprends vraiment pas comment vous faites pour arriver sans cesse à des résultats aussi... Etonnants." Lorsque la vieille chouette eut reporté son attention sur un autre élève, Emmy asséna un violent coup dans les côtes d'Amos.
"Merci pour ton soutien, Diggory."
"Au moins il s'est passé quelque chose, d'habitude tu n'arrives même pas à les déplacer." Rétorqua-t-il avec un grand sourire moqueur.
Lorsque le cours fut terminé, les élèves se rendirent dans la Grande Salle pour la distribution du courrier.
Une énorme chouette des neiges se posa devant Emmy qui décrocha le parchemin de la patte de l'animal. La jeune Arteton prit une profonde inspiration et c'est là qu'elle remarqua que Fard à Paupières, la chouette de Shelly, était parfumée. Elle jeta un rapide coup d'oeil autour d'elle et visiblement, elle n'était pas la seule à s'en être rendue compte.
"Parfum senteur des bois pour chouettes, c'est du dernier chic à Londres." Déclara-t-elle avec un grand sourire en espérant ne pas trop passer pour une idiote.
Chère cousine,
Tu ne peux imaginer combien ta demande me fait plaisir, c'est un rêve qui se réalise. Je te donne rendez-vous à Pré au Lard samedi à 14h00. Je vais faire de toi une femme.
Bien à toi,
Shelly Zabini
Certes, Emmy était soulagée et étonnée de voir que sa cousine était prête à l'aider. Cependant, elle émettait de sérieuses réserves quant à la notion de "rêve qui se réalise". Le regard d'Emmy se porta instinctivement sur la table des Gryffondors où Diane roucoulait dans les bras de Sirius. James croisa son regard et lui fit un sourire chaleureux qu'elle lui rendit. Cet échange n'échappa pas à Black qui jeta un regard noir à la jeune Poufsouffle avant de glisser quelques mots à l'oreille de son ami ce qui eut pour effet de faire disparaître immédiatement le sourire de Potter qui jeta un regard incrédule à Emmy.
