II.

« Ami ? »

« Oui, maman ? »

« Rei est ici. »

Surprise, Ami délaissa ses livres et quitta sa chambre pour rejoindre le séjour du grand appartement que sa mère et elle occupaient depuis aussi loin que remontaient ses souvenirs. Cela faisait plus d'une semaine qu'elle n'avait vu Rei qu'en coup de vent, ce qui était également le cas de toutes les filles.

Rei était venue à leur petite fête de samedi en l'honneur du retour de Minako et Artémis, où il y avait aussi eu Motoki, Mamoru, Naru et Nephrite, mais elle était partie tôt et avait eu l'air abominablement préoccupée. Dire que les filles et Ami étaient inquiètes serait un euphémisme du pire ordre. Mamoru avait essayé de lui parler, Rei et lui avaient développé une certaine amitié au fil du temps, certainement en raison de leur caractère silencieux et autrefois solitaire. Mais Rei n'avait fait que lui dire qu'elle allait bien, qu'elle était inquiète au sujet d'un projet pour l'école.

L'Académie était une bonne excuse pour Rei. Puisqu'ils n'allaient pas dans son école, elle pouvait bien inventer ce qu'elle voulait quant à celle-ci. Mais Ami savait que Rei travaillait aussi dur pour ses études qu'au temple, et qu'elle avait de très bons résultats. Elle n'était donc que rarement inquiète quant à ses affaires scolaires. Elle n'aimait guère son école, alors davantage y penser ne lui viendrait même pas à l'idée.

Ami croisa sa mère qui lui fit un petit sourire d'encouragement. Depuis qu'elles avaient décidé de renouer une relation plus proche, Ami lui parlait souvent de ses amis, et Saeko savait pour l'attitude étrange de Rei ces dernières semaines.

« Hey, » salua Ami avec un sourire.

Rei avait les bras croisés. Saeko avait déjà pris son manteau.

« Hey, » répondit-elle sur le même ton, sans lui rendre son sourire.

Elle avait l'air pâle et fatiguée, abominablement soucieuse aussi.

« Viens dans ma chambre, » proposa Ami, sentant que son amie voulait lui parler de quelque chose d'important.

Une fois que la miko fut entrée dans sa chambre à sa suite, Ami ferma la porte et lui proposa de s'asseoir sur le lit. Rei acquiesça en silence, son regard fut attiré par les photos qu'Ami avait installées sur sa table de nuit. Des photos du groupe.

« Rei ? »

« Oh, désolée, » s'excusa Rei en se recentrant sur elle. « Ca va ? »

Ami lui sourit.

« Très bien. »

« J'ai su pour tes résultats aux derniers examens. Bravo. »

« Comment tu l'as su ? »

Rei n'était plus venue au Crown depuis plusieurs jours. La miko se contenta de hausser un sourcil, l'ombre d'un sourire au coin des lèvres. Ami s'empourpra légèrement, souriante.

« Oh. Tes dons deviennent rapidement impressionnants. »

L'autre jeune fille secoua la tête.

« Parfois j'aimerais qu'ils le soient moins, » confia t-elle d'une voix basse.

« Rei ? »

« Si je te dis… certaines choses, tu ne le répéteras à personne ? »

Le cœur d'Ami se serra d'appréhension. Ca devait être gravement important pour que Rei agisse ainsi.

« Bien sûr, » assura t-elle. « Enfin… »

« Ca n'a rien à voir avec la sécurité du monde, ou celle de quiconque. »

« Alors tu peux me faire confiance. »

Elle eut envie de demander pourquoi. Pourquoi elle, et pas Makoto, ou Minako ? Usagi était bien sûr hors-jeu. Elles se sentiraient toujours obligées de la protéger, et puis Usagi et un secret ? Mieux valait éviter. Makoto et Rei partageaient une étrange amitié emplie de taquineries, mais il devait y avoir un aspect de ce que voulait lui confier la miko qu'elle ne souhaitait pas partager avec Makoto. Mais pourquoi pas Minako ? Rei et Minako avaient beau se défier sans arrêt, tout le monde savait que leur amitié était bien plus forte et bien plus profonde que ce qu'ils pouvaient comprendre. Et puis Minako était leur leader. D'un autre côté, Rei et Minako étaient peut-être trop proches justement.

Et Ami et Rei partageaient une amitié posée, profonde dans sa simplicité. Il leur arrivait souvent, avant ces dernières semaines, de passer des heures ensemble à faire leurs devoirs ou à discuter de choses et d'autres, des sujets qui auraient pu rapidement tourner court ou être transformés en chamailleries ou taquineries en présence des autres filles. Leur situation familiale et leurs rapports avec leur parent les rapprochaient également depuis toujours.

Rei avait baissé les yeux sur ses mains. Elle jouait avec son bracelet, celui qui autrefois lui permettait de prendre la forme de Sailor Mars. Ami garda le silence, attendit que Rei trouve ses mots, parvienne à expliquer sa présence.

« Un matin il y a quelques semaines, presque deux mois, je me suis réveillée en sursaut. J'ai été malade, et je n'arrivais pas à comprendre pourquoi je me sentais si… anéantie. Je n'arrivais à me souvenir de mon rêve, mais je savais qu'il était responsable de mon état. La sensation de vide ne m'a jamais quittée. Plus depuis ce jour-là. J'ai beau essayer de faire comme si de rien était, je n'arrive pas à me sentir mieux. Je ne savais même pas pourquoi j'étais aussi triste, aussi amère. J'ai commencé à méditer pour en savoir plus, mais j'avais du mal à rester concentrée assez longtemps pour avoir une vision digne de ce nom. De temps en temps, pendant la journée, pour une raison ou une autre, j'avais des sortes de flashs, de petites visions. Ça arrive parfois, quand je suis préoccupée, pas assez calme. J'entendais des bribes de discussions, des cris, des pleurs, des rires. Je ressentais des émotions qui n'étaient pas vraiment miennes, mais qui ne me quittaient plus. Je me suis dit que je devais être fatiguée, que c'était pour ça que le cauchemar m'avait tant bouleversée, pour ça que je n'arrivais à me concentrer sur rien. Que les visions n'étaient que dues à mon imagination, à ma fatigue. Mais… il y a des choses qui… me donnent tort. »

« Je ne comprends pas, » dit doucement Ami.

Rei lui tendit une feuille pliée en quatre qu'elle prit avec anxiété.

« Mercredi, si je ne suis pas venue au repas de Makoto, c'était parce que j'étais à la clinique. »

Ami pria le ciel pour que ce ne soit pas de nouveau une maladie incurable ou quelque chose dans ce genre-là. Elle déplia la feuille avec des doigts à peine tremblants, parcourut rapidement les informations médicales inscrites dessus, son esprit les convertissant immédiatement en un résultat.

Ses yeux brillèrent et son cœur se serra.

« Oh, Rei… »

« Ca va, » sourit Rei pour la rassurer, son regard sombre et brillant. « Je l'ai accepté, je n'avais jamais vraiment pensé à… Enfin, ça va. »

Ami lui rendit la feuille, profondément attristée. D'eux tous, Rei avait été celle qui, aux yeux d'Ami, aurait fait le parent le plus extraordinaire, en raison de son amour pour les enfants, de sa manière d'équilibrer autorité et laxisme parfaitement, de sa nature altruiste et protectrice. Ils l'avaient tous vue passer du temps avec les enfants dont elle s'occupait au Temple, avaient été témoin de sa tranquillité et de sa joie lorsqu'elle jouait avec eux ou les aidait à travailler. Rei savait communiquer avec les enfants, savait leur parler, les guider.

Savoir qu'elle ne pourrait jamais en avoir brisait le cœur d'Ami.

« J'ai demandé des examens variés parce que c'était un des moyens que j'avais de comprendre si mes visions pouvaient se raccrocher à la réalité ou à l'onirisme. En l'occurrence, ça explique quelque chose qui me paraissait absurde dans mes visions. »

« Je croyais qu'elles étaient floues ? »

« Avant, oui. Mais il y a deux semaines j'ai eu une vision parfaitement claire, une image. Et la peine, la peur et le vide que je ressens sont aussi toujours là, et franchement je suis fatiguée de me sentir ainsi, Ami. »

« C'était quoi cette vision ? »

Rei hésita visiblement. Ami alla s'asseoir près d'elle et posa une main sur son avant-bras.

« Tu sais que jamais je ne trahirai ta confiance. Ça restera entre nous aussi longtemps que tu le voudras. »

« Est-ce que tu sais si la maladie de Minako a un caractère héréditaire ? »

Surprise par cette question, Ami hocha la tête.

« J'ai fait quelques recherches sur la question. Oui, elle a un caractère génétique, mais il y a vraiment très peu de risques pour qu'un parent chez lequel la maladie s'est développée ait un enfant atteint. Et dans le cas de Minako par exemple, qui a survécu à un cas particulièrement grave, le risque que ses enfants souffrent également de la maladie est proche d'être nul. »

« Mais il ne l'est pas, » comprit Rei d'une voix serrée.

« Non, il y a toujours un risque. Rei… pourquoi tu me demandes ça ? »

Rei sortit un carnet de son sac. D'une main tremblante elle l'ouvrit, passa rapidement des dizaines de pages. Les yeux d'Ami brillèrent en voyant tous les magnifiques dessins qu'il comportait. Même si elle ne put les identifier, leur qualité ne faisait aucun doute. Rei se stoppa à la dernière page utilisée.

« Je dessine pour évacuer les visions de mon esprit, c'est ma façon de les oublier. C'est ça que j'ai vu dans les flammes, » indiqua t-elle d'une voix basse, tremblante et pourtant si claire.

Ami prit le carnet et posa les yeux sur le dessin. C'était une pierre tombale sous une pluie battante. Malgré cela les inscriptions étaient clairement visibles.

Aiko Rei Hino Aino.

Sa gorge se serra.

Pas étonnant que Rei ait été si perturbée ces dernières semaines…

« Tu… » Elle avala sa salive difficilement, ce n'était vraiment pas le moment de pleurer. « Tu sais quand ça pourrait arriver ? »

« D'après ce que j'ai pu comprendre, quand on aura trente et un ans. Elle avait sept ans. Elle est morte de la même maladie que Minako. »

Ami hocha la tête, fit des calculs, chercha des raisons, des solutions. Le fait que Rei et Minako pourraient bâtir une vie ensemble ne la surprenait guère, elle avait déjà eu ses idées là-dessus, et Makoto et elle avaient très tôt compris que Rei n'était pas du genre à aimer un homme. La miko avait toujours été particulièrement attentive quant à Minako, elle était aussi la seule qui semblait réellement comprendre la chanteuse. Et Minako était l'unique personne dont Rei cherchait l'approbation et par laquelle elle se laissait traîner dans des situations improbables. Quant à Minako, elle n'était jamais aussi ouverte, sincère et souriante que lorsque Rei se trouvait avec elles, comme si la simple présence de l'autre jeune femme la rassurait et la poussait à vivre le moment sans cette retenue qu'elle gardait si elle était seule face à Ami et aux autres. Somme toute, Ami les trouvait parfaites l'une pour l'autre.

« Tu ne comprenais pas pourquoi Minako avait été celle à porter le bébé au vu des risques. C'est pour ça que tu as passé l'examen médical. »

« En fait j'ai passé des examens généraux, c'est ensuite que j'ai eu cette idée. J'ai cherché un moment une raison. Je ne voyais que celle-là. »

Ami referma le carnet, le rendit à Rei.

« Ce que tu ressens, c'est la perte de ta fille. »

« Je n'ai pas de fille, » contredit Rei d'une voix serrée par les larmes, ses doigts fermés sur le carnet. « Je ne comprends pas pourquoi je ressens ça, et pourquoi ça me hante. »

« Peut-être parce que tu dois y faire quelque chose. »

« Faire quoi ? » répliqua amèrement Rei. « Je ne sais même pas si c'est possible. Je ne vois pas le futur, du moins pas celui si éloigné. »

« Beaucoup de choses correspondent et pourraient rendre cet avenir possible, Rei. Ne me dis pas que Minako et toi ne pourriez pas finir ensemble si vous ne laissiez pas tomber vos attitudes bornées et vos peurs. »

Rei leva les yeux au ciel.

« On s'entretuerait. »

« Apparemment pas, » fit-elle remarquer. « Au contraire. »

Rei soupira, se pencha en avant, posa les coudes sur ses genoux et enfouit son visage dans ses mains, le carnet oublié sur ses genoux.

« Pourquoi est-ce que je vois ça ? » murmura t-elle.

Ami passa une main dans son dos.

« Je ne sais pas. »

« C'est stupide. Le fait que je connaisse le futur veut déjà dire qu'il sera changé, ne serait-ce que dans mes rapports avec Minako. Et… et Aiko ? Elle n'existera sans doute jamais maintenant, et je ne sais pas si je devrais m'en réjouir ou pleurer, et je ne sais pas pourquoi les flashs ne s'arrêtent pas. Et je suis si fatiguée… »

« Rei… » murmura Ami tristement. « On trouvera une solution. On trouvera, tu verras. »

« Je ne sais même pas quel est le problème… »

« Tu as vu d'autres choses ? »

« Non. Des impressions, des flashs. »

« Comme quoi ? »

Rei se redressa, tenta d'essuyer ses larmes.

« Hum, rien de précis… Franchement, je ne sais vraiment pas si ces visions sont réelles, si elles sont à prendre au sens propre, si… Je ne sais pas, je n'ai jamais ressenti ça quant à des visions, peut-être que je ne suis pas en état de méditer correctement, je suis épuisée. »

« Ca va aller ? »

Rei lui offrit un petit sourire tremblant.

« Ouais, merci. »

« Je t'en prie. Tu devrais dormir un peu. »

« Oui, mais pas maintenant. Je dois dîner avec papa. »

Elle se leva et prit ses affaires, et Ami hocha la tête avant de la raccompagner jusqu'à la porte.

« Amuse-toi bien, » sourit Ami avec humour.

Rei eut un petit rire.

« On discute bien, mais j'ai vraiment du mal à imaginer le grand sénateur Hino en train de s'amuser en riant. »

« Qui sait, peut-être un jour. »

« Oui. Peut-être un jour. »

« Appelle-moi si tu as besoin, Rei. »

« Ok. Merci. A plus tard. »

« Bye. »

Ami referma la porte, s'adossa contre et soupira tristement. Pourquoi fallait-il qu'il y ait toujours quelque chose pour entraver leur vie normale ?

Le fait que la petite Aiko ait la même maladie que Minako…

Les risques étaient tellement infimes ! Quel genre de malchance terrible était-ce ?

« Ami, tout va bien ? »

« Oui, maman. »

En tout cas, tout allait bien aujourd'hui.

Mais dans l'avenir…


Etait-ce la cinquante-deuxième ?

Non. Ça devait plutôt être la cinquante-troisième.

Rei observa la classe autour d'elle. La moitié de ses camarades rêvassaient, un quart s'échangeait des mots ou faisait autre chose, le dernier quart tentait tant bien que mal de suivre le cours de littérature particulièrement ennuyeux de leur professeur.

Oups. Elle avait dû laisser son esprit divaguer, le cours était terminé. Elle attrapa ses affaires, bailla une nouvelle fois (cinquante-quatre) et se leva avant de suivre les autres filles jusqu'au couloir, où une marée d'élèves de bonne famille en uniforme identique se déversait.

Direction la bibliothèque, se souvint Rei. Elle devait y passer avant de rentrer au temple faire ses corvées. D'un pas tranquille, elle traversa le bâtiment et monta les deux étages qui lui permettraient d'arriver à son but. Une fois en haut, elle dut faire une pause, se sentant faible. Elle attendit que sa vision s'éclaircisse et que son cœur se calme pour continuer, mais il lui fallut quelques minutes.

Ces petits épisodes arrivaient de plus en plus souvent ces dernières semaines. Le moindre effort semblait avaler toute son énergie, l'essouffler et lui donner des vertiges. Rei avait toujours été en pleine forme, surtout depuis ses jours en tant que Senshi. Monter plusieurs étages au pas de course avait été du gâteau pour elle, mais ces temps-ci c'était presque un calvaire.

Il fallait vraiment qu'elle dorme plus, ces stupides rêves et visions la bouffaient.

« Oh, Rei. »

« Salut, Akima. Ca va ? »

« Bien, » répondit sa camarade de classe, l'une des seules que Rei considérait comme une amie. « Un enfer cette journée, hein ? »

« Ce mois a été un enfer. Prête pour l'examen d'arithmétique demain ? »

« Moyen. C'est pas mon fort. Tu ne dois pas trop t'inquiéter, avec les résultats que tu as. »

« En fait, si, un peu. Ces derniers temps je n'ai pas vraiment eu le temps de me concentrer sur les cours. »

Elles entrèrent dans la bibliothèque élégante de l'Académie et allèrent s'installer.

« Le rapport d'histoire ? » interrogea Akima en sortant ses notes de math et en observant les affaires que son amie sortait. « Il est à rendre après-demain. »

Rei grimaça.

« Je sais. Comme je l'ai dit, j'ai vraiment pas eu le temps d'étudier ces dernières semaines. J'ai du mal à me concentrer. »

« Il parait que tu… enfin… »

Rei leva la tête, puis soupira.

« Vas-y, quelles sont les dernières rumeurs charmantes qui courent sur moi dans cette superbe académie catholique privée ? »

« Les filles ont dit que tu avais l'air très étrange ces dernières semaines… euh, plus que d'habitude. » Elle lui fit un petit sourire gêné. « Désolée. »

« Et alors ? Ce n'est pas pire que lorsque nos chères camarades étaient persuadées que je faisais disparaître des jeunes filles par je ne sais quelle magie noire, ou qu'il y a deux ans, quand tout le monde pensait que j'avais produit cet incident avec la bougie dans l'infirmerie. »

« Il faut dire que tu n'avais pas contredit, en faisant allusion comme ça aux dons réputés des miko. »

« Quoi ? » sourit Rei avec espièglerie. « Il ne vous apprenne pas ça au catéchisme ? »

« Tu sais très bien que je n'y suis jamais allée. Comme toi, je ne suis pas ici par conviction, mais grâce à l'argent de mes parents et au fait que c'est une des meilleures écoles du pays. Non, je te disais ça pour les rumeurs parce que… ben, c'est vrai que t'as pas l'air dans ton assiette. Pourtant il n'y a pas eu de festival au temple, non ? »

« Non. Je vais bien. »

Le ton de Rei mit fin à la discussion aisément. A l'Académie, la réputation sans cesse changeante de Rei lui conférait une certaine aura. Et ses amies, et surtout une certaine idole, seraient bien stupéfaites de découvrir à quel point elle savait en jouer.

Elle alla chercher quelques bouquins et tenta de terminer ce rapport qu'elle devait rendre. Mais il était si complexe de se concentrer ces temps-ci…

Elle réussit à lire un article, puis à prendre des notes en parcourant plusieurs chapitres d'un livre, mais très vite son attention s'envola, la laissant frustrée et confuse. Elle lut une ligne, la relut, puis une nouvelle fois, avant de passer à la suite. Arrivée au bout du paragraphe, elle s'aperçut qu'elle ne savait pas de quoi il parlait, alors elle lâcha son crayon sur le bouquin, dépitée.

Rei était une bonne élève. Pas excellente, mais assez au-dessus de la moyenne pour pouvoir se targuer d'être plutôt intelligente et une travailleuse. Un rapport tel que celui-ci aurait dû être aisé pour elle, elle en avait fait des dizaines au cours de sa scolarité. Pourquoi avait-elle tant de mal à travailler, à se concentrer ?

Et il n'y avait pas qu'avec ses devoirs scolaires qu'elle avait du mal, mais aussi avec tout le reste, au temple, ou dans la vie de tous les jours.

« Je vais rentrer. »

« Ok, » répondit Akima. « Moi aussi, je t'accompagne. »

Elles rangèrent les bouquins, saluèrent silencieusement la bibliothécaire et descendirent jusqu'à la cour arrière. Une fois qu'elles eurent traversé le bâtiment principal puis la cour avant, elles sortirent par le portail principal et Akima soupira.

« Des fois je hais cette école. J'ai toujours l'impression d'étouffer, même si j'avoue qu'elle est classe, et que je suis pas mécontente de notre uniforme. Mais bon sang, ils devraient la faire mixte ! »

Rei eut un sourire amusé et secoua la tête. Akima haussa un sourcil.

« Oh, ça va, Hino, ne joue pas les prêtresses sérieuses, graves et… Ouh ! Ouah ! T'as vu ça ? »

Rei suivit son regard pour voir, au bout de la rue d'en face, une brillante limousine noire. Elle continua son chemin en haussant les épaules.

« C'est rien de nouveau, on en voit presque toutes les semaines ici, je te rappelle que tu vas à l'école avec des filles dont certaines sont les héritières des familles les plus riches et/ou puissantes du coin. Comme, oh, toi. »

« Non, » contredit Akima en levant les yeux au ciel, « Tu es l'héritière d'une famille super riche et puissante, et même de deux, moi je suis la fille d'un homme d'affaires qui a réussi plutôt bien, c'est tout. Ton père pourrait se payer des limousines, le mien ne s'en est même jamais loué une. Et bien sûr que j'ai l'habitude de voir des voitures de sport et des véhicules avec chauffeur. Mais celle-là, Rei, est superbe. »

« C'est un modèle standard, et elle est petite. »

« Ne sois pas si blasée ! A moins que tu sois bien plus snob que ton éducation dans un temple shinto modeste ne le laisse penser ! » Elle fronça les sourcils. « C'est bizarre, tout de même. La plupart des élèves sont parties depuis une heure, qu'est-ce qu'elle fait là cette voiture ? C'est quand même pas les petits vieux de la maison qui ont décidé de changer de voiture ! »

Elles étaient presque au niveau de la voiture de luxe, quand Rei sentit l'aura si connue et se stoppa.

« Bien sûr, » soupira t-elle.

Elle ne fut pas franchement surprise de voir Minako Aino sortir de derrière le véhicule, mais le fut bien davantage de la voir courir vers elle à visage découvert, le regard sombre et le visage préoccupé.

« Hey, Reiko ! » sourit-elle néanmoins quand elle arriva à leur hauteur.

Rei resta un instant interdite. Ce n'était pas la première fois que l'idole l'attendait à la sortie de l'école pour l'ennuyer, mais c'était la première fois qu'elle se montrait alors que Rei n'était pas seule.

« Minako ? Qu'est-ce que tu fais là ? »

« Sympa ! Je suis aussi ravie de te voir, je vais bien, merci. »

Rei leva les yeux au ciel.

« Bonjour Minako, c'est génial de te voir, comment tu vas ?! » répliqua t-elle en imitant l'enthousiasme qu'elle avait si souvent vu sur les fans de l'idole.

Minako l'observa un instant, figée, avant de la fusiller du regard.

« Hé ! Qu'est-ce qu'on a dit sur ton habitude de te moquer de mes fans ? »

« Que c'était trop facile parce qu'ils doivent tous avoir au moins une pathologie pour aimer ta musique et pour t'aimer, toi ? »

« Tu dois en avoir une grave dans ce cas, parce que tu m'adores, Reiko. »

« Dans tes rêves, » répliqua l'autre fille aisément, avant de naturellement cesser leurs petits jeux. « Alors, qu'est-ce que tu fais là ? »

« Si tu ne jouais pas les ermites, je n'aurais pas eu à venir, mais tu ne réponds pas à nos appels. »

« Appels ? »

Minako leva les yeux au ciel et plongea la main dans la poche de Rei pour en sortir un fin mobile rouge. Elle ouvrit le clapet et fit mine d'être impressionnée.

« Ouh, regarde ça, avec plein de jolis boutons dessus ! Je me demande bien à quoi ça peut servir, pas toi ? Oh, mais je sais ! Sans doute à contacter tes amies ou à leur permettre de t'appeler de temps en temps pour s'assurer que tout va bien ou pour se donner rendez-vous ! »

Rei attrapa son mobile et la fusilla du regard.

« Ok. Premièrement, ce n'est pas parce que tu es une star que tu peux fouiller dans les poches des gens comme ça. Deuxièmement, très drôle. Troisièmement, j'ai vu Ami il y a quatre jours et je t'ai vue le week-end dernier, et je ne suis pas censée te faire des rapports tous les jours. Pourquoi ? J'ai manqué quelque chose ? »

« Tu es désespérante, » souffla Minako. « On était inquiètes ! »

« Tu étais inquiète pour moi ? »

Minako croisa les bras, la fixant d'un regard dur et mécontent… adorable. Ce qui n'était sûrement pas ce que la star qui avait si peu l'habitude qu'on la contredise ou qu'on la taquine avait voulu.

« Mars ! Bien sûr que non, je ne suis pas inquiète pour toi. »

« Tu comptes te donner longtemps en spectacle ? Les gens commencent à nous regarder. »

Minako jeta un coup d'œil discrètement autour d'elle. Quelques passants s'étaient arrêtés et l'observaient curieusement, l'un d'eux avait même sorti un téléphone pour prendre une photo.

« Super, » souffla t-elle, contrariée d'être ainsi prise en faute par Rei. « Dans la limousine. »

C'était un ordre, mais Rei n'avait pas le cœur à s'indigner.

« Minako, Akima, Akima, Minako. »

Minako hocha la tête vers sa camarade, restée bouche bée.

« Enchantée. On te raccompagne. »

Ce n'était pas une question, et toutes les trois traversèrent rapidement la route et montèrent dans la limousine. Le chauffeur démarra doucement dès qu'elles eurent fermé la porte.

Une fois assise entre Minako et Akima, Rei ne put s'empêcher de rire.

« Ravie que la situation t'amuse, Mars. J'ai dû t'attendre pendant plus d'une heure, parce que tu ne daignes pas répondre à ton mobile. »

« J'étais en cours, puis à la bibliothèque. Je sais que tu ne vas pas souvent en cours – »

« Et c'est déjà trop. »

« … mais les élèves ne sont pas censées répondre au téléphone dans ces cas-là. Mais je suis particulièrement touchée que Minako Aino en personne m'ait ainsi attendue devant mon école. »

« Comme tu le devrais. »

« Et la limousine, ce n'est pas un peu trop, même pour toi ? »

Minako sourit.

« Je sors d'un show en direct, tu le saurais si seulement tu étais plus connectée à la vraie vie. J'ai promis aux filles que je passerai te voir aujourd'hui. »

« Je suis plus surveillée que le premier ministre ces temps-ci, comment ça se fait ? » demanda Rei, ennuyée.

« C'est ce qui arrive quand tu prends tes distances comme ça. Je crois me rappeler qu'il fut un temps où tu m'accusais d'être détachée et distante et où tu me suivais partout et me surveillais sans arrêt. »

« Mais moi, je vais bien, ce qui n'était pas ton cas. »

« On en reparlera, » prévint Minako, ne voulant pas aller plus loin dans cette discussion alors qu'elles n'étaient pas seules. Elle se pencha pour sourire joliment à Akima. « Désolée pour le kidnapping. »

« Ce… ce n'est pas grave. »

Rei observa sa camarade d'un air suspicieux. Akima n'était jamais aussi réservée. La réalisation lui arracha un grognement.

« C'est pas vrai, tu es une fan. »

Minako eut un brillant sourire, fit un clin d'œil à Akima et poussa Rei avec son épaule.

« Bien sûr qu'elle est une fan. Je te l'ai dit, tu étais la seule fille de notre âge dans le pays entier à ne pas me connaître. Alors tu vas à l'école avec Reiko depuis longtemps ? »

Akima sourit et hocha la tête.

« J'y suis entrée quand j'avais neuf ans, Rei y étudiait déjà. »

Quelque chose changea sur le visage de Minako, ce que Rei nota aisément, si familière à ses expressions. C'était quelque chose d'étrange, de peu vu…

« Je suppose que tu dois avoir beaucoup d'anecdotes à raconter dans ce cas, hein ? » sourit Minako avec curiosité.

Les alarmes internes de Rei se mirent en route et elle leva une main.

« Non, non, Akima n'a absolument rien à raconter. »

« Si, bien sûr, » coupa Minako. « Puisque tu ne dis jamais rien sur ton temps à l'école, il faut bien qu'on trouve des infos ailleurs. »

« Oh, j'aurais pas mal de choses à raconter, en fait, » sourit Akima.

Rei la fusilla du regard.

« Je ne crois pas, » prévint-elle froidement.

Minako haussa un sourcil.

« Eh, ne lui fais pas peur, ce n'est pas poli, » reprocha t-elle. « Et en tant que meilleure amie, je suis censée savoir ces choses là. Plus de trois ans et toujours pas d'informations. Tu es trop secrète. »

« Je suis trop secrète ? » s'indigna Rei. « Tu peux parler ! On a les infos sur ta vie personnelle au compte-goutte ! »

« Déformation professionnelle. »

« Mauvaise foi, oui, » maugréa t-elle.

Minako eut un petit rire avant de grimacer.

« Quoi ? » demanda Rei.

« Rien. Nouvelles chaussures. »

« Encore ? » s'étonna la miko en jetant un coup d'œil aux talons hauts de marque sans doute rares et chers que l'idole portait.

« Je ne peux pas vraiment mettre les mêmes vêtements plusieurs fois de suite, tu sais. Pas quand je travaille, du moins. On te dépose où, Akima ? »

« Oh. A trois rues, merci. »

Minako relaya l'information avant de se tourner de nouveau vers la jeune fille.

« Alors, ces informations sur Reiko ? »

« Elle ne dira rien. »

« Si, si je lui donne plusieurs autographes, si on prend une photo et si – »

« Tu vas la soudoyer ?! »

Minako prit un air innocent.

« Je suis riche et célèbre, j'ai le droit de me conduire comme une idiote profiteuse et mesquine de temps à autres, non ? »

« Parce que tu ne fais pas ça tous les jours ? »

« Hé ! Comme si tu serais amie avec une fille pareille ! Tu ne supportes pas les gens malhonnêtes ! Je dois être géniale, pour qu'on soit à ce point amies. »

Rei cligna plusieurs fois des yeux.

« … Je suis perdue. Tu m'as fait un compliment, ou tu t'es seulement mise en valeur ? Akima ? »

« Je dirais les deux. »

« Peu importe, revenons sur les choses intéressantes. »

« Oui, comment vont les filles ? » demanda Rei rapidement. Puis elle enchaîna, en se tournant vers Akima. « Usagi, Ami et Makoto sont des filles de notre âge, des amies très proches. »

« Les filles du lycée de Juuban ? » demanda la jeune fille avec une certaine curiosité.

Rei haussa les sourcils.

« Euh… oui. Rumeurs ? »

« Rumeurs, » confirma Akima. « Elle tourne depuis pas mal de temps, d'ailleurs, et a été beaucoup déformée depuis le temps. »

« Il y a beaucoup de rumeurs sur Reiko ? »

« Des tas. Depuis toujours, avant même que j'arrive. Elle n'est pas très sociable, » sourit Akima.

Minako eut un petit rire.

« Je sais ! »

« Hé ! Ca suffit vous deux ! Je rêve ! »

« Donc il y a des rumeurs sur nos amies ? »

« Oui. Les trois filles de Juuban, et des gars aussi. »

« Oui, Mamoru, Motoki, peut-être Nephrite. Super ! Comment ça se fait que ça passionne tant à l'Académie ? »

« Hino avec des filles de notre âge, en train de faire du shopping et de rire ? Et des filles de Juuban ? Crois-moi, ça passionne vraiment. »

« Intéressant, je vais peut-être me faire transférer… »

« N'y pense même pas ! » s'horrifia Rei.

« Pourquoi ? Peur de ce que je pourrais découvrir ? »

« Peur des catastrophes, oui. »

« Imagine la tête des filles, Rei, si Minako Aino venait dans notre école et que tout le monde se rendait compte que tu la connais, apparemment très bien, et que tu es son amie ! Surtout que tu continues à faire croire que tu ne sais pas qui c'est… »

« Quoi ?! » s'indigna Minako. « Merci ! »

« Quoi ? » répliqua Rei innocemment. « Je n'ai jamais été fan de musique pop, je n'ai pas le temps pour ça. »

« Oh, ça va, je sais que tu adores la musique, et tu me connais, je trouve ça insultant ! »

« Mais oui, princesse. »

« Princesse ou non, ce soir je vais mettre en ligne sur mon site pas mal de photos intéressantes. Je crois qu'il est grand temps que mes fans aient un aperçu de ma vie en dehors du travail, et de mes amis. »

« Hors de question ! »

« Tu ne peux pas m'en empêcher ! »

« Je vais me gêner ! On était d'accord ! Je n'ai pas du tout envie d'avoir les journalistes sur les talons, et tu imagines le monde qui viendrait au temple dans l'espoir de t'y voir ? »

« Quoi ? C'est vrai que j'y suis assez souvent, et puis ça donnerait un regain aux affaires. »

« Minako ! »

« Ca va, du calme, je sais, je sais. Dommage, je suis sûre que ma cote de popularité monterait encore si on savait que je suis amie avec la fille unique du sénateur Hino. »

Rei leva les yeux au ciel.

« Ne boude pas, » taquina Minako alors que la limousine s'arrêtait.

Akima ouvrit la porte et hocha la tête.

« Merci pour m'avoir déposée. »

« Merci pour m'avoir aidée à embêter Reiko, » répondit Minako avec plaisir. « Je suis ravie d'avoir enfin eu affaire à une de ses amies et camarades. Elle aime voir ses mondes être très séparés. Salut. »

« Au revoir. Bonsoir, Rei. Et bonne chance pour les révisions et ce rapport. »

« Merci, toi aussi. »

La limousine redémarra, et Rei soupira.

« Ce n'était pas malin. »

« Elle ne dira rien. »

« Qu'est-ce que tu en sais ? »

« Je l'ai senti. Il faudra que je lui envoie un remerciement, peut-être des places pour mon prochain concert, si elle aime ce que je fais. Ne t'inquiète pas, elle ne dira rien parce qu'elle a du respect pour toi. Et puis une rumeur de plus ou de moins, à ce que j'ai compris… »

Rei soupira avant de laisser sa tête reposer contre le siège en cuir. Elle ferma les yeux.

« Reiko ? Ca va ? »

« Longue journée. Et j'ai encore pas mal de choses à faire. »

Rei sentit que Minako avait totalement laissé tomber les sourires et sa personnalité joyeuse et pétillante, mais aussi légèrement réservée et digne qu'elle utilisait quand elle était en mode professionnel.

« Tu es sûre que ça va ? »

Lorsqu'elle ouvrit les yeux, Rei se trouva face à une Minako inquiète. Les images de ses visions et les sentiments revinrent. Elle ravala ses émotions.

« Je vais bien. Tu pourras dire ça aux filles. »

« Tu es vraiment bizarre en ce moment, tu sais. Et tu es crevée. »

« J'ai quelques soucis avec des méditations. Et beaucoup de boulot à l'école, tu as entendu Akima ? »

« Oui. Ok. »

« Et puis tu ne devrais pas t'inquiéter pour moi. Il me semble que tu as un album dont tu dois faire la promotion. »

« Je ne m'inquiète pas ! »

Rei haussa un sourcil mais ne commenta pas.

Elles restèrent dans le silence un moment, alors que la voiture se dirigeait doucement vers le temple.

Rei sentit soudain la main de Minako sur la sienne.

« Tu es sûre ? » demanda l'idole d'une voix douce, brisant brusquement le silence.

« Je. Vais. Bien, » répéta Rei pour la énième fois. « Je suis juste préoccupée, c'est tout. »

« A propos de quoi ? » demanda Minako, son angoisse toujours évidente.

Elle caressait doucement le dos de la main de Rei avec son pouce, inconsciemment, et Rei trouvait cela très agréable, très touchant et très distrayant.

Elle se tendit, tourna la tête vers sa vitre, peu habituée d'avoir à faire à une Minako aussi ouverte.

« De diverses choses. »

« Pourquoi es-tu si bizarre ? »

« Pardon ? »

« Tu es bizarre quand… enfin, quand je suis avec toi, tu… J'ai fait quelque chose ? »

Kami, pouvait-elle être plus…

Les moments où Minako se montrait aussi sincère et vulnérable étaient à la fois rares et de plus en plus fréquents. Rei savait que c'était parce que leur relation évoluait, et que l'idole se sentait plus à l'aise avec elle, lui faisait confiance. D'un côté, elle était absolument extasiée, mais d'un autre côté elle se sentait soudaine détentrice d'une immense responsabilité.

Elle tourna la tête vers elle et sourit, serra la main de Minako tendrement.

« Non. Au combien tu peux être exaspérante et têtue, tu n'as rien fait. Je suis désolée si je suis distante, je suis juste… »

Rei s'interrompit. Elle ne savait même pas comment lui expliquer. Elle était juste fatiguée, émotionnellement et physiquement. Dans peu de temps ce serait les vacances, elle en profiterait pour se recentrer et se reposer. Quant aux flashs et aux visions… Elle ne les comprenait toujours pas, mais elle y arriverait…

« Rei ? »

En entendant son prénom si peu utilisé par Minako, Rei leva les yeux vers elle pour voir toute l'angoisse dans ce regard qu'elle adorait tant être multipliée par dix.

Ils étaient devant l'entrée du temple.

« Ne t'en fais pas, Mina. Ca ira, je suis juste fatiguée, ok ? »

« … Ok. »

« On se voit un autre jour ? J'ai une tonne de boulot qui m'attend. »

« Ok. »

« Passe le bonjour à Artémis. »

« D'accord. Toi, appelle les filles. »

Rei sourit et descendit.

« Merci d'être venue me chercher, et désolée que tu ais attendu. »

« Mars ? »

« Quoi ? »

« Je ne suis pas inquiète. »

Minako lui offrit un pâle sourire, et Rei sut soudain, alors qu'elle montait doucement les marches menant au temple, que les choses ne feraient qu'empirer.

Un terrible pressentiment venait de l'envahir.