IV.

Rei observa la nuit tomber un moment, avant d'entrer dans sa chambre de nouveau.

Usagi avait seulement eu une dispute avec ses parents et avait voulu se changer les idées. Les trois jeunes filles avaient passé une heure à discuter ensemble. Rei était toujours convaincue qu'Usagi était l'être le plus pur de cette planète, avec toute sa joie de vivre, son enthousiasme, cet amour irradiant d'elle, cette gentillesse et surtout cette capacité à pardonner et à vouloir le bien de n'importe qui. Son altruisme et sa bonté n'avaient pas de limite, et c'était toujours un plaisir captivant d'être en sa compagnie.

Sa simple existence montrait à Rei que malgré toutes les horreurs de ce monde, l'humanité méritait qu'on se sacrifie pour elle.

Elle soupira et s'assit devant les coupures de journaux, se souvint du pressentiment qu'elle avait eu un peu avant… que Minako et elle s'embrassent.

Elle sourit à ce souvenir, ravie et excitée toute à la fois, tout en songeant à cette merveilleuse journée qu'elle avait passée avec l'autre fille. Puis elle se souvint que ce n'était pas le moment de penser à ça et se recentra.

Il était quand même difficile de tirer ses pensées loin de ce souvenir, alors que la sensation des lèvres de Minako sur les siennes demeurait. C'était étrange, mais elle avait eu l'impossible impression que ce contact leur était familier, elle s'était sentie calme soudain, paisible.

Elle ne savait pas où ça les mènerait, mais elle savait que son cœur avait attendu ça depuis longtemps. L'ennui, c'était que ça les entraînait un peu plus vers sa vision…

Non. D'autres choses demandaient son attention.

Les habitants du quartier pleurent le petit ange de la communauté et demandent justice.

Aucune nouvelle piste dans la recherche du tueur en série.

Le père de la première victime du tueur aux couteaux lance un appel à témoin : « Si vous avez un indice, n'importe quoi qui puisse aider la police à retrouver l'assassin de ma fille adorée, s'il vous plait, donnez –le ».

La police recherche toujours un possible lien entre les deux victimes.

Rei soupira une nouvelle fois et alla s'installer devant le feu sacré. Elle récita les chants et ralentit sa respiration pour entrer en méditation.

Il fallait qu'elle trouve quelque chose, et vite, parce qu'elle deviendrait folle si elle continuait à avoir autant de choses horribles à l'esprit.


Le dimanche passa rapidement. Durant sa méditation, Rei avait perçu certaines choses étranges qu'elle avait dû passer à la police.

Ce n'était pas grand-chose. Les Kami n'avaient pas franchement été clairs, comme souvent. Tout ce qu'elle savait, c'était qu'il y avait un trait officiel à cette affaire, que les filles n'étaient peut-être pas celles à avoir été visées. La police chercherait désormais du côté des familles et de leur passé.

Ensuite, Rei dut se concentrer sur ses révisions et ses devoirs durant le peu de temps libre qu'elle eut. Les fêtes de fin d'année approchaient et les gens se faisaient plus nombreux au temple.

Elle n'eut donc pas le temps de voir Minako ou leurs amis, et ça la contraria autant que ça la soulagea. Elle ne souhaitait pas que la jeune femme sente ses émotions sans dessus dessous du moment.

Le lundi, elle rentra de l'école éreintée. Elle ne comprenait pas comment elle pouvait être encore plus fatiguée que la semaine passée, alors qu'elle avait bien dormi durant au moins deux nuits pendant le week-end. Elle eut du mal à faire ses corvées, et elle n'était d'ailleurs pas arrivée à se concentrer sur la plupart de ses cours, comme si son esprit ne pouvait se focaliser pendant plus de six minutes. C'était profondément exaspérant, mais inquiétant aussi. Peut-être couvait-elle quelque chose, ça expliquerait la fatigue et les vertiges occasionnels.

« Rei ? »

« Oui, Sensei ? »

« L'hôpital a appelé. »

Elle lâcha immédiatement ce qu'elle tenait, fit un signe à la miko plus jeune de reprendre la boutique et rejoignit le prêtre rapidement.

« L'hôpital ? Pourquoi, qu'est-ce qu'il se passe ? »

Ses pensées se tournèrent vers Minako. Si elle était de nouveau en danger, elle ne savait pas ce qu'elle ferait…

« Ne t'inquiète pas, ce n'est pas au sujet de ton père ou d'un ami. Ils ont appelé pour informer qu'ils avaient tous les résultats des tests médicaux que tu as subis. »

« Oh, » répondit Rei, soulagée. Elle avait complètement oublié pour les tests. Certains demandaient un délai pour qu'un résultat soit disponible et analysé, mais aussitôt qu'elle avait su pour sa stérilité elle avait oublié tous les autres. « Ok. Quoi ? »

« Ils ont demandé à ce que tu ailles à l'hôpital voir un médecin. Le rendez-vous est demain à dix-sept heures. »

« Voir un médecin ? Demain ? Pourquoi ? »

« Je ne sais pas, Rei. »

Le cœur de Rei se serra.

« Ils ont trouvé quelque chose d'anormal ? »

Elle repensa à tous ces tests qu'elle avait demandés pour un check-up complet. Son père avait soutenu sa demande sans problème et les avait payés. Analyses du sang, scanners, échographie,… Certains plus désagréables que d'autres. En raison de l'affluence des examens, on lui avait dit qu'elle devrait patienter pour qu'un médecin en analyse les résultats, puisqu'elle n'était pas en danger.

Le prêtre avait l'air très soucieux.

« Je l'ignore, ils n'ont pas voulu spécifier. Ne t'inquiète pas, ce n'est peut-être rien. Tu devrais appeler ton père et lui demander de t'y accompagner demain. »

« Oui. Oui, ok, » répondit Rei dans un état second.

Elle entra dans le temple et s'assit près du téléphone avant de composer le numéro de son père. Elle tomba sur la secrétaire, et elle n'eut à attendre que cinq minutes avant que le sénateur ne la prenne. Pas de doute, il faisait d'énormes efforts. Rei ne put s'empêcher de sourire, se félicitant d'avoir pris sur elle pour lui pardonner.

« Allô, Rei ? »

« Bonjour, papa. »

« Bonsoir. Tu souhaitais me parler ? »

« Oui, je sais qu'on devait déjeuner mercredi, mais… tu pourrais te libérer demain vers seize heures trente ? Je sais que tu dois avoir plein de rendez-vous mais… »

« Tu as des ennuis, Rei ? » demanda t-il de sa voix bourrue ordinaire. Elle ne demandait jamais de reprogrammer, les rendez-vous qu'ils avaient ensemble étaient à présent pris de commun accord entre leurs deux emplois du temps.

« Non. C'est juste que l'hôpital a appelé. Un médecin veut me voir demain. Si tu ne peux pas te libérer, je demanderais à Sensei de m'accompagner. »

« L'hôpital ? » Elle sentit sa tension dans son ton plus rapide. Il était aussi contrôlé qu'organisé. Rien ne transparaissait jamais chez lui, et si Rei n'avait pas su lire les gens, elle aurait pu croire qu'il la détestait et qu'il n'avait rien à faire d'elle. « Au sujet de tes examens, ceux que tu as voulu passer ? Pourquoi ? Il y a un problème ? »

Elle sourit sans pouvoir s'en empêcher. Poser ainsi plusieurs questions de suite était un signe de plus de son angoisse.

« Je ne sais pas. Ils n'ont pas voulu préciser. Tu ne devrais pas t'inquiéter, papa, ce n'est peut-être rien. »

Elle l'entendit bouger dans son bureau, des bruits de feuilles et de stylo.

« Rei ? »

« Oui ? »

« Quand tu as demandé soudainement ces tests, c'était parce que tu avais vu quelque chose ? »

Bien sûr, il savait pour ses dons. C'était une des choses qui les avait séparés, mais qu'il respectait malgré son manque de foi. Elle n'avait jamais demandé pourquoi. Elle supposait que ça avait à voir avec une chose qui se serait passée dans son enfance.

« Pas sur ma santé. Pas vraiment. Je suis aussi surprise que vous, » répondit-elle sincèrement. « Tu sais, je peux y aller avec Sensei. »

« Non. J'avais un rendez-vous avec un membre de la Fondation Soleil, mais je décommanderai sans problème. Mon chauffeur et moi passerons te prendre à la fin des cours à l'Académie. »

« Très bien. La Fondation Soleil ? »

« Oui. Pourquoi ? »

« Je… j'ai déjà entendu ça… »

« Elle s'occupe d'enfants malades ou défavorisés depuis quinze ans. Je les soutiens. »

« Je vois… Tu travailles avec quelqu'un en particulier chez eux ? »

« Le sous-directeur. Pourquoi ? »

« Non. Non, désolée, pour rien. Alors, à demain ? »

« A demain. Repose-toi. »

« Oui. Merci. »

Elle raccrocha, inquiète et troublée. La Fondation Soleil… Dans une de ses visions, elle en était la directrice. Etait-ce par son père qu'elle obtiendrait ce poste ?

Elle décida de retourner à son travail, de ne plus penser à tout ça et aux possibilités. Son téléphone vibra dans sa poche, et elle le prit avec un sourire en voyant le dixième texto de Minako en deux jours.

Longue journée ennuyeuse. Et toi ? Artémis dit bonjour.

Rei secoua la tête et répondit rapidement.

Longue journée très chargée. Je croyais que tu tournais un épisode d'une série ? Bonjour à Artémis.

C'est ce que je fais. Mais c'est long et ennuyeux. L'acteur est pédant, et tout le monde est stressé. Je ne m'amuse pas du tout. On en a encore pour au moins deux heures.

Ca a l'air horrible. Fais un caprice de star et sauve-toi. ;-)

Ne me tente pas ! Et mon image ? Faut que j'y retourne. Enième prise de la scène trois. Bisous.

Ok, courage. Bisous.

Elle rangea son téléphone avec un sourire. Echanger de tels texto avec Minako était comme avoir un secret que tout le monde adorerait connaître. Ce qui n'avait rien de nouveau pour quelqu'un doué d'un sixième sens pointu, ayant été Sailor Mars et dont la meilleure amie se nommait Minako Aino sans que personne ne le sache. Akima avait raison en un point, la tête de leurs camarades de classe si elles savaient que Rei Hino passait son temps libre avec leur idole vaudrait certainement le détour.

Quant à la nouvelle tournure de leur relation…

Alors envoyer des messages à la popstar sous le nez de tous avait bien quelque chose de grisant, quelque part. Comme songer que des dizaines de personnes rêvaient d'attirer l'attention de l'idole et de l'embrasser, et que la seule qui l'ait réellement fait, c'était elle. Enfin, à sa connaissance, mais ce n'était pas une précision agréable…

Se réprimandant silencieusement pour de telles pensées frivoles, Rei secoua la tête et retourna à la boutique du temple.

Ca avait quand même du bon d'être une adolescente normale l'espace de quelques minutes.


Minako se laissa tomber sur le canapé de sa suite d'hôtel avec un petit soupir.

« Ce tournage a été une horreur. »

« Ce type était affreux, » confirma Artémis en l'observant avec un mélange de compassion et de tristesse.

« Je suis toujours stupéfaite par son arrogance et son manque de savoir vivre. »

« Tu aurais dû le frapper. »

La jeune fille eut un petit rire et se redressa.

« Artémis, je ne peux pas frapper tous les hommes qui osent m'approcher. »

« Pourquoi pas ? Celui-là était un porc. »

« C'est juste, » soupira t-elle. Elle alla jusqu'à la cuisine et avala deux cachets rapidement.

« Migraines ? » s'inquiéta Artémis.

« Juste des maux de tête, » rassura t-elle. « Je vais prendre une douche. Je me sens sale. »

« Ok. Au fait, tu as été géniale, Mina. Je trouve que tu deviens une actrice formidable. »

« Vraiment ? Merci. » Soudain, elle grimaça. « Imagine si je n'avais pas seulement eu un rôle en guest star et que j'avais dû jouer son amante ou sa petite amie et l'embrasser et le laisser me toucher… » Elle frissonna de dégoût. « Je me rends malade toute seule. »

« Je préfère ne pas penser à ça, merci. Que tu aies dû enlacer Jiro pour le tournage du film de l'année dernière passe encore, mais je ne suis pas pressé de te voir accepter des scripts où tu devras embrasser des inconnus. Au moins Jiro était un garçon correct. »

Elle sourit.

« Ne sois pas si protecteur, Artémis. Ca arrivera un jour si je continue à jouer, tu sais. Ce n'est qu'un travail, ça ne compte pas. »

Elle passa dans la salle de bains. Artémis haussa la voix pour qu'elle l'entende.

« Je me demande ce que Mars en pensera ! »

Comme il s'en était douté, Minako réapparut rapidement.

« Quoi ? Pourquoi ? Ce n'est que de la comédie. Et puis Reiko est trop sensée pour être jalouse. »

Il secoua la tête.

« Peut-être. Et si elle jouait dans une pièce à l'école et qu'elle ait à embrasser quelqu'un ? »

« Ca n'arrivera jamais, » répondit Minako négligemment. « Et puis je ne crois pas que Reiko aime les hommes, du tout. »

« Mina, il n'y a que des filles dans son école. Et j'ai dit si. »

Elle haussa les épaules.

« Je ne vois pas pourquoi on discute de ça. Pour le moment il n'y a même pas quelque chose d'officiel entre nous. Et puis tout est si compliqué, entre ma carrière, la sienne, son père et les paparazzis… »

« Tu as été fascinée par elle dès la première fois que tu lui as parlé, si bien que tu as même risqué ta santé et t'es engagée dans un combat contre toute logique à la seule pensée qu'elle puisse être blessée. »

« Je me devais de combattre. Et puis où veux-tu en venir ? Je n'avais pas de telles intentions pour elle à l'époque où on était Senshi. »

« Je ne t'ai accusée de rien, » rassura doucement Artémis. « Je sais bien qu'il n'y avait rien de tel entre Rei et toi, et que tu ne ferais jamais rien contre les lois. »

« Aujourd'hui nous ne sommes plus Senshi, de toute façon. Tout est différent. »

« Je le sais. En aucun cas je me suis imposé à cette tournure des choses, la reine Sérénité avait interdit de telles unions seulement entre Senshi. »

« Alors où veux-tu en venir ? » demanda Minako, se forçant à se calmer pour ne pas paraître trop sur la défensive et intriguer Artémis.

« Tu n'es pas Vénusienne. Mais ton âme en porte des traces, et si tu as été élue c'est que l'amour n'est pas une simple émotion pour toi. Les Vénusiens étaient connus pour leur dévotion, pour leur épanouissement sous l'effet de l'amour. »

« Ils étaient aussi connus pour leur amour du sexe et le nombre de leurs amants, et je te garantie que je ne compte pas multiplier les aventures d'un soir tout en entretenant une relation la journée. »

« Je crois que tu es tombée amoureuse d'elle il y a longtemps. »

Minako détourna les yeux et croisa les bras.

« Et alors ? Ca ne t'a pas dérangé jusqu'à maintenant. »

« Je ne désapprouve en aucun cas, Mina, je te l'ai dit, » rassura t-il. « Je veux juste que tu prennes conscience que… Je ne t'ai jamais vue aussi épanouie et heureuse qu'avec elle, et j'aime te voir ainsi. Mais dans trois mois tu pars en tournée, et elle est prêtresse et fille de sénateur. D'une manière ou d'une autre, votre amour se heurtera à des barrières. »

« Je sais, mais je n'ai aucune intention de laisser cette société et sa stupide morale passéiste me dicter ma conduite. »

« Tu peux agir irrationnellement parfois. Sois prudente. »

« Tu veux dire en public ? » Elle fronça les sourcils. « Je ne suis pas stupide. »

« Mais tu peux être possessive. »

« C'est faux ! »

« Et jalouse. »

« Non ! »

« Minako, » insista Artémis avec amusement, « tu es même jalouse des filles de son école pour connaître le même monde qu'elle et pour passer autant de temps dans une journée avec elle. »

« N'importe quoi ! »

« Et j'ai vu ton air à chaque fois qu'Usagi et les autres mentionnent quelque chose sur Mars que tu ne connaissais pas, ou un moment avec elle où tu n'étais pas là. »

« Je vais prendre une douche, tu perds les pédales ! »

Artémis secoua la tête alors qu'elle fermait la porte de la salle de bains.

« J'espère que Rei a conscience de la situation dans laquelle elle met les pieds. Qu'est-ce que je raconte ? Elle est presque plus bornée que Mina ! »

Quand Minako sortit enfin de la douche, elle commanda un repas et attrapa son téléphone. Elle hésita deux minutes avant de composer le numéro de Rei, tout en écoutant distraitement l'interview d'elle que la télé diffusait. Elle vit avec un œil critique que son sourire était trop timide et qu'elle avait une forte tendance à froncer les sourcils lorsqu'une question du journaliste ne lui plaisait pas.

Il allait falloir qu'elle rectifie ça.

Au bout de la cinquième sonnerie, une voix rauque répondit.

« Allô ? »

Minako fronça les sourcils.

« Désolée, je te réveille ? »

« Euh… Apparemment. Quelle heure est-il ? »

« Hum, un peu plus de vingt et une heures. »

« Oh. »

« Ca va ? » s'inquiéta Minako en entendant le ton distant et étrange de Rei. Elle avait l'air si éreintée…

Quelque chose n'allait vraiment pas chez elle ces dernières semaines. Minako commençait réellement à être inquiète, peu importait ce que disait Rei.

« Oui. Oui, ça va, je me suis assoupie, c'est tout. Et toi ? »

« Je me suis remise de mes terribles aventures au studio télé. »

« Quoi, ils ne t'ont pas traitée comme une princesse ? »

« Si, bien sûr. Mais le réalisateur s'est disputé avec le cadreur et on a perdu deux heures sur des détails. Tout ça pour une apparition d'une demie heure dans un épisode d'une série que je déteste. »

« Comment ça s'appelle déjà ? »

« Hiroshi. »

« Je ne connais pas. »

Minako sourit.

« Pourquoi ça ne m'étonne pas ? C'est une série qui en est à sa troisième saison et l'une des plus regardée du moment. Ca parle d'un étudiant, un génie qui ne veut pas qu'on sache qu'il est un génie et qui aide la police anonymement, et de ses amours et tout ça. »

« Et tu jouais quoi ? »

« Moi-même, en fait. Un rival veut me tuer, Hiroshi découvre le fin mot de l'histoire et me sauve la vie, je finis en admiration devant lui, je le remercie chaleureusement et promets de garder son secret et je pars en tournée. Fin de l'épisode. »

« Je suis déçue, tu viens de me gâcher la fin. »

Minako sourit de plus belle en devinant le dédain caché derrière la fausse déception de Rei.

« Navrée, ne t'en fais pas tu as le temps de l'oublier. L'épisode sera diffusé dans deux mois. »

« Je n'ai pas la mémoire aussi courte ! » protesta Rei.

« Et moi qui croyais que le monde télévisuel te désintéressait tant que tu oubliais immédiatement tout ce qui avait avoir avec lui. »

« Plus depuis que je fréquente Usagi, Ami et Makoto. Je vais sûrement devoir aller chez l'une d'entre elles pour regarder cet épisode le jour de sa diffusion. »

« Si tu veux je peux t'en dispenser. »

« Ouah, ça a vraiment dû être une sale journée pour que tu n'insistes pas pour que je vois ton travail. »

« L'acteur principal, celui qui joue Hiroshi, est bien moins gentil, serviable, romantique et appréciable que son personnage, crois-moi. J'ai déjà prévenu mon manager que s'ils appelaient pour je refasse une apparition dans le show c'était non. »

« Qu'est-ce qu'il a fait de si terrible ? Il a critiqué tes chaussures ? »

« Mars ! » s'indigna Minako. « Je ne suis pas aussi obsédée par ma tenue. »

« Bien sûr que si, » répliqua Artémis près d'elle.

Minako le fusilla du regard, mais elle cessa immédiatement en entendant le doux son du rire de Rei.

« Tu vois ? Artémis est d'accord, » dit-elle.

Minako s'autorisa à sourire puisque la miko ne pouvait la voir.

« Peu importe. Tu sauras que ce type m'a fait des avances, et qu'il n'est en rien subtil. Artémis a failli lui sauter dessus… ce qui n'aurait pas été très efficace, puisqu'il est une peluche. »

« Il t'a fait des avances ? »

Minako sourit en entendant la tension et le mécontentement de Rei.

« Hmm, je l'ai remis à sa place. Le seul moment sympa de la journée, je dois dire. »

« Tant mieux. »

« Jalouse ? »

« D'un type visiblement idiot et impoli ? Non. Outrée serait plus vrai. Oups. »

« Quoi ? »

« Rien, j'ai fait tomber mes baguettes. J'ai manqué le dîner puisque je dormais. »

« Encore une nuit agitée ? »

« Pas vraiment. »

« Pas de nouveau cauchemar ? »

« Pourquoi ? »

« Tu n'as pas eu de nouvelle vision ou prémonition sur ce tueur ? »

« Pas exactement. » Le ton de Rei baissa. « Ne t'inquiète pas pour ça, Minako. »

Minako se mordit la lèvre inférieure, pas vraiment heureuse que Rei ait aussi aisément capté son angoisse.

« C'est facile à dire pour toi. »

« Ce ne sont que des rêves, ce n'est pas dangereux. »

Se souvenant du flash qu'elle avait perçu durant leur baiser et de ses propres cauchemars, Minako ne put s'empêcher d'être submergée par l'inquiétude et la peur.

« Je sais ce que c'est que d'avoir des images horribles dans la tête, » murmura t-elle finalement.

« Tu parles de tes souvenirs sur nos vies passées ? » demanda doucement Rei.

« Oui, de ça aussi, » dit-elle avant de réaliser sur quel chemin elle s'engageait. Elle fit rapidement marche arrière. Il y avait des choses que Rei ignorait totalement sur elle et sa vie, et ce n'était vraiment pas le moment de lui mettre ça sur les épaules. « Et puis c'est dans ma nature et mes instincts de m'inquiéter pour mes Senshi. »

« Tu ne devrais pas t'en faire pour moi. »

« Bien sûr que si. »

« Je t'ai déjà dit que si j'éclaircissais les choses, je t'en parlerais. Tu as d'autres choses sur lesquelles te concentrer avec les préparations de la tournée et la promotion de Bienvenue. »

« Je sais parfaitement diviser mon attention. »

« Je sais. »

« Tu sais, quand je suis près de toi, je sens certaines choses… »

« Je croyais que c'était dans ta politique de ne jamais évoquer les émotions que tu percevais avec ton empathie ? »

Il y avait une certaine tension dans la voix de Rei, mais Minako ne voulait faire marche arrière.

« Parfois, tu… tes émotions sont si chaotiques. »

« Tout le monde a ces moments. »

« Non. Enfin, si, mais non. Toi, tes émotions ont toujours été évidentes et claires. Tu es une des seules personnes que j'ai rencontrées à les accepter aussi bien, tu sais. Elles sont définies, et fortes, parce que tu es toujours si honnête… Et c'est rare, Rei. Les humains comme toi sont terriblement rares, et pour les gens comme moi… vous êtes spéciaux. Je ne suis jamais submergée quand je suis près de toi, sauf quand les circonstances sont particulières. Et ces dernières semaines, tu… parfois, tu changes. »

« Ecoute, beaucoup de choses sont compliquées en ce moment, je te l'ai dit. Je suis désolée si… Je suis désolée. »

« Non, non. Tu n'as pas à l'être. C'est juste que je me sens… que je suis… » Minako ferma les yeux et soupira. Elle pouvait être si maladroite ! « Je suis inquiète pour toi, » avoua t-elle finalement.

« Je sais, » répondit Rei doucement. « Je sais, Mina. Mais ça ira. Et si ça ne va plus ou si quelque chose se passe, je te le dirai, ok ? Promis. Arrête de t'en faire pour ça. Les médecins t'ont dit d'éviter tout stress. »

Minako sourit.

« On dirait ma mère, Reiko. Je vais parfaitement bien, mon dernier check-up était parfait. »

« Tant mieux. »

« Tu as quelque chose de prévu demain ? Après les cours, bien sûr. »

« Oui, » répondit Rei d'une voix étrange. « Je vois mon père, en fait. »

« Vous ne déjeuniez pas mercredi ? »

« Aussi. »

« Ok, » répondit Minako, ne pouvant s'empêcher de se sentir déçue et d'avoir l'impression que Rei lui cachait quelque chose. Ca ne fit que l'inquiéter davantage.

« Mais je t'appellerai ensuite. On pourrait peut-être se voir après, si tu veux. »

Minako sourit et lutta pour garder un ton posé qui ne refléterait pas son ravissement.

« J'aimerais assez, oui. »

Elle eut envie de lui dire qu'elle lui manquait, mais ne voulait aucunement paraître trop envahissante ou… amoureuse. Sa relation avec Rei était à la base basée sur leur fierté et leur mutuelle défiance, et même si avec les années cette compétition s'était adoucie, elle restait tout de même présente.

« Bien, » répondit Rei, un sourire dans la voix qui fit chaud au cœur de Minako. « Il faut que je raccroche maintenant. »

« Déjà ? » se plaignit Minako.

« Je dois dîner et finir mes devoirs. On ne peut pas tous faire en sorte de ne surtout pas étudier et de trouver des excuses rocambolesques pour le justifier. »

« Sauver le monde, mourir et s'occuper de sa carrière c'est rocambolesque ? »

Rei eut un petit rire.

« Travaille un peu tes cours, et à demain. »

« A demain, Reiko, » sourit Minako.

« Bonne nuit. »

« Bonne nuit. Repose-toi. »

« Toi aussi. »

Soudain prise d'un pressentiment horrible, Minako se redressa.

« Reiko ? »

« Quoi ? » répondit Rei, sentant sans doute sa tension.

Mais Minako ne savait que dire.

« Sois prudente. »

« … Bien sûr, » rassura Rei, confuse.

Minako raccrocha. Elle aurait aimé lui dire qu'elle l'embrassait, mais elle n'avait pas osé, et cet horrible pressentiment lui serrait le cœur.

« Mina ? Un problème ? » s'inquiéta Artémis.

« Je ne sais pas. »

Minako eut toutes les peines du monde à s'endormir cette nuit-là. Et ça n'avait pas complètement avoir avec les fêtes qui approchaient, et ce qu'elles représentaient pour elle.


Akima, essoufflée, courut un peu plus vite pour rejoindre Rei.

Le sport n'était en rien sa matière favorite, et elle détestait transpirer. Dire qu'elles n'en étaient qu'à l'échauffement !

« Plus vite, les filles ! Allez ! » les poussa leur professeur.

Akima doubla quelques unes de ses autres camarades jusqu'à arriver au niveau de Rei. D'ordinaire, Rei était l'une des seules filles de la classe à rencontrer les critères d'excellence haut placés de leur tortionnaire de prof. Mais ce matin, Rei n'étaient en rien en tête de la file d'élèves.

« Hé, Hino ! »

« Salut, » répondit Rei entre deux souffles.

« Encore un tour. »

« Hmm. »

Akima nota à quel point l'autre fille était essoufflée et sourit.

« Eh ben, Rei, on a du mal à suivre? »

« J'ai mal dormi, c'est peut-être ça, » se justifia Rei.

Akima se tut, ayant besoin de tout son souffle pour terminer le huitième et dernier tour. D'ordinaire elle se serait arrêtée en cours de route sans craindre les remontrances du prof, mais aujourd'hui était le jour des évaluations, et elle savait que l'échauffement comptait.

« Bon, bien, » annonça le prof en s'approchant des vingt filles occupées à reprendre leur souffle. « Vous avez déjà les équipes et vous connaissez le fonctionnement. Je veux vous voir sur votre terrain dans cinq minutes ! »

Les filles grognèrent, et Rei et Akima se levèrent. Elles étaient dans la même équipe. Pour l'évaluation de volley-ball, elles étaient huit par terrain, chaque membre d'une équipe étant d'un niveau différent. Faible, moyen, bon, excellent. Akima était moyenne, Rei était bonne.

Elles marchèrent lentement vers leur terrain.

« J'ai reçu une lettre de Minako, » confia Akima en s'assurant que personne ne les écoutait.

« Ah ? »

« Elle veut m'offrir des places pour son prochain concert, pour ma famille. Tu le savais ? »

« Je crois qu'elle l'a mentionné, oui. »

« Je ne sais pas si je vais accepter. »

« Pourquoi ? »

« Eh ben, on a l'argent pour les acheter, alors je me dis qu'elle peut les offrir à quelqu'un qui n'aurait pas de quoi payer. »

Rei lui jeta un coup d'œil et sourit de cette manière étrange et douce qui donnait l'impression à Akima de n'être qu'une enfant ignorante qu'un adulte approuverait.

« Tu devrais accepter. Minako ne donne pas des places à n'importe qui. Elle a dû sentir quelque chose chez toi qui lui a plu, et c'est le seul moyen qu'elle a de te remercier. »

« Me remercier ? Pourquoi ? »

Elles étaient arrivées à leur terrain.

« Tu sais, pour n'avoir rien dit de notre amitié. »

Akima sourit et hocha la tête.

« Vous avez fini de discuter, toutes les deux ? Tu deviens bavarde, Hino ? » leur lança leur co-équipière, Rina, qui se tut rapidement quand Rei lui lança un regard noir.

Les filles avaient tendance à ennuyer Rei et à se moquer d'elle, mais elles ne le faisaient jamais si elles n'étaient pas en groupe. Un exemple typique de la lâcheté des charmantes héritières qui menaient la danse à l'Académie.

Le professeur distribuait les ballons, tout le monde était en place. Alors qu'il rappelait les règles des matches, Akima jeta un coup d'œil à Rei, pâle et toujours essoufflée.

Elle était pourtant bien plus athlétique d'habitude, il en fallait beaucoup pour lui ôter le souffle.

« Ca va, Rei ? » s'inquiéta t-elle. « Tu trembles. »

« C'est rien, » sourit Rei. « Je dois être fatiguée. »

Elle alla se mettre en place, et Akima n'osa pas insister. Pourtant elle savait que mal dormir une ou deux nuits ne pouvait pas retirer à quelqu'un ses capacités sportives.

Ses pensées furent vite tirées vers le match qui débuta, et vers la note que ses gestes et son attitude sur le terrain lui vaudraient. Elle nota tout de même que Rei était loin d'être aussi performante que d'ordinaire. Elle bougeait moins rapidement, ses réflexes si impressionnants semblaient inexistants et sa force était risible. Plusieurs fois elle manqua le ballon, ce qui leur fit perdre des points et lui attira les foudres de Rina et Aya.

« Hino ! » cria leur professeur en passant près du terrain. « Vous vous croyez en vacances ?! Bougez-vous ! »

« Oui, Monsieur ! »

Pendant quelques minutes, le jeu de Rei sembla s'améliorer. L'équipe d'en face essaya de smasher, mais Aya, à l'arrière, fut rapide.

« J'ai ! »

Elle la renvoya en l'air, une jolie reprise, pour que Rei puisse smasher à son tour. Mais Rei ne bougea pas, et le ballon tomba près d'elle.

« Bon sang, Hino, qu'est-ce que tu fous ?! » ragea Rina en se tournant vers elle. « Tes corbeaux… » Elle s'interrompit soudain, et Akima fut surprise de voir de l'inquiétude entrer dans son regard. « Hé, ça va pas ? »

La miko ne lui répondit pas, pâle, elle était occupée à tenter de reprendre son souffle, une main plaquée contre sa poitrine.

« Rei ? » demanda de nouveau Rina.

Akima vit avec horreur le corps de son amie basculer puis tomber alors qu'elle perdait connaissance. Rina la rattrapa de justesse.

« Hino ?! Rei ! Monsieur, on a besoin d'un médecin ! »

Akima les rejoignit rapidement. Leur professeur sortait déjà son téléphone, demandant à Aya de garder les autres filles à distance.

Rei ne répondait plus, et ne se réveilla pas.


Minako se redressa brusquement sur sa chaise. Son crayon lui échappa et alla s'écraser au sol.

Près d'elle, son professeur particulier haussa un sourcil.

« Un problème, Minako ? »

La jeune fille ne lui répondit pas, perdue dans l'horrible sensation qui lui enserrait le cœur, et dans la certitude que quelque chose allait terriblement de travers.

« Il faut que je parte, » murmura t-elle en se levant.

« Nous venons de commencer, nous devons travailler trois heures. Vous ne pouvez pas partir ! »

Minako enfila ses chaussures, attrapa son sac, sa veste et Artémis et secoua la tête.

« Je suis désolée, Monsieur ! C'est une urgence ! Je suis désolée de vous avoir fait venir pour rien, laissez-moi une liste des devoirs et je les ferai pour notre prochain rendez-vous vendredi, je suis désolée ! Fermez la suite en partant, merci ! »

Elle quitta la suite sans attendre et se précipita dans l'ascenseur.

« Mina ? Qu'est-ce qu'il se passe ?! »

Artémis savait bien que ce n'était pas simplement un plan pour échapper aux math.

Tremblante, Minako ferma les yeux.

« Je le sens… Ce tiraillement, cette alarme… C'est douloureux, Artémis. »

« Quoi ? »

« Une des filles va mal. Je sais que l'une d'elles souffre. »

« Qui ? »

Elle sortit son mobile et chercha à joindre Rei, sans succès. Se souvenant de son pressentiment de la veille, elle recommença, la peur lui serrant le ventre. Pas de réponse. Usagi et Ami ne répondirent pas non plus, mais Makoto décrocha au bout de quatre sonneries.

« Allô ? »

« Makoto ! » s'exclama Minako sans pouvoir se contrôler. « Ca va ?! »

« Minako ? Oui, ça va ! Qu'est-ce qu'il y a ? » s'inquiéta Jupiter en entendant sa voix si aiguë.

Minako sortit de l'hôtel et grimpa dans un taxi.

« Je n'arrive pas à joindre les autres ! »

« Il est onze heures, Minako, elles sont en cours. Je suis entre deux cours moi-même. »

« Tu as vu les autres ? »

« Oui. Je suis allée voir Usagi et Ami tout à l'heure. Tout va bien. Pourquoi ? Qu'est-ce qu'il y a ? »

« Si ce n'est pas vous, alors… Rei… »

Elle raccrocha et demanda au taxi de la conduire à Hikawa le plus rapidement possible. Peut-être qu'elle était malade et qu'elle était restée là-bas ? Peut-être que les prêtres sauraient la renseigner ? Une fois arrivée, elle sauta du véhicule et grimpa toutes les marches en un temps record sans la moindre fatigue. Artémis, dans son sac, restait silencieux, inquiet.

Minako courut à travers la cour et les torii, peu soucieuse d'être reconnue. Elle passa derrière et trouva enfin le prêtre.

« Sensei ! »

Il se figea en la voyant et ne la reprit pas pour sa voix trop élevée en raison de son état d'agitation.

« Est-ce que Reiko est là ? »

« Non, Minako, elle est à l'Académie bien sûr. Y a-t-il un problème ? Vous semblez bien agitée. »

« Vous n'avez pas eu de nouvelles ? Vous l'avez vue ce matin ? Comment était-elle ? »

« Elle est préoccupée et fatiguée ces derniers jours, mais ça semblait aller. Minako, qu'est-ce qu'il y a ? »

« Je… je sais qu'il lui est arrivé quelque chose. Je l'ai senti. Est-ce que vous pourriez vous renseigner ? »

Face à sa conviction et suivant ses instincts, il hocha la tête et la guida à l'intérieur. Minako vit Phobos et Deimos les observer de leur perchoir dans un arbre, silencieux. Ca ne rassura pas du tout la jeune fille. Au contraire.

Alors qu'ils se dirigeaient vers le téléphone, celui-ci se mit à sonner. Le prêtre et l'idole échangèrent un regard soucieux, puis il répondit.

« Temple Hikawa, bonjour ? … Quoi, quand ?! … Comment va-t-elle ? … Très bien. Oui. Merci. »

Il raccrocha, et Minako était certaine d'avoir encore pâli. Son cœur ne pouvait pas se serrer plus, elle avait envie de vomir tant elle était anxieuse.

« Quel hôpital ? » demanda t-elle rapidement.

« Juuban. »

Minako n'attendit pas et fit demi-tour avant de courir de nouveau à travers le temple.

Il fallut au taxi quarante minutes pour arriver à l'hôpital à cause de la circulation, et Minako crut qu'elle allait exploser de peur, de frustration et d'inquiétude. Quand enfin il se gara, elle balança au chauffeur un tas de billets, sans doute bien trop pour la course, et se précipita à l'intérieur de l'établissement avant de se stopper, légèrement nauséeuse.

Il fallait qu'elle trouve Rei, mais comment ?

Ce sentiment de danger et d'alarme lui avait été envoyé parce que l'une de ses Senshi était mal. En tant que leader, elle était liée à elles toutes et se devait de savoir quand l'une d'elles était en mauvaise posture pour l'aider ou la protéger, ou simplement en être informée pour prendre les meilleures décisions.

Elle ferma les yeux, fit appel à cette partie d'elle qui était toujours Vénus. Si elle avait ce don, elle devait bien être capable de repérer sa Senshi, non ? Surtout Rei…

Il lui fallut plusieurs minutes, mais elle comprit le truc assez rapidement. Ce n'était pas différent de son empathie, sauf qu'au lieu de sentiments, elle sentait les auras.

Celle de Rei lui était si spéciale qu'elle semblait plus forte et plus brillante que toutes les autres. Minako rouvrit les yeux et courut vers les escaliers, négligeant l'ascenseur. Elle entra dans le service souhaité et avança dans le couloir, faisant confiance à ses instincts.

Elle se retrouva devant une chambre, et put apercevoir par la vitre d'observation, seulement à moitié obstruée par un store, sa meilleure amie, couchée sur un lit d'hôpital, inerte. Elle était sous monitoring cardiaque, sous IV et sous oxygène, semblait pâle, malade et éreintée.

Mais elle était vivante.

Soudain, les jambes de Minako ne la portèrent plus et elle se laissa glisser le long du mur jusqu'au sol. Artémis sortit à moitié du sac pour gentiment pousser sa main avec son museau, cherchant à la soutenir.

« Ca ira, » rassura t-il.

« Tu n'en sais rien, » murmura t-elle, se sentant soudain épuisée, des larmes menaçant de couler sur ses joues. « J'aurais dû – »

« Non, Mina. »

« Si. J'aurais dû faire quelque chose. Les filles m'avaient dit qu'elles s'inquiétaient pour elle, et j'ai vu qu'elle n'allait pas bien, et je n'ai rien fait. »

« Qu'aurais-tu pu faire ? Rei t'a dit qu'elle allait bien, qu'elle était juste préoccupée et fatiguée. Et c'est sans doute ce qu'elle était. »

« Mais hier au téléphone, j'ai senti que ça n'allait pas, et j'ai eu un pressentiment. J'aurais dû aller au temple, j'aurais dû la forcer à se reposer… Quel leader je fais. »

« Ca n'a rien à voir ! » protesta t-il doucement. « Tu ne pouvais savoir, même Mars ne savait pas. »

Des pas résonnèrent dans le couloir autrement presque désert, et Artémis se cacha alors que Minako se relevait doucement. Ses yeux brillèrent lorsqu'elle vit le sénateur Takashi Hino saluer le médecin qui lui parlait et se diriger vers elle et la chambre de sa fille unique.

Il avait l'air pâle et soucieux, et sa cravate était de travers.

Un très mauvais signe pour quelqu'un d'aussi obsessif que lui quant aux apparences.

Il s'arrêta devant elle, ne montrant aucunement sa possible surprise de la trouver là.

« Miss Aino. Cela faisait un moment. »

Elle s'inclina.

« Monsieur Hino. »

« Vous avez fait vite. »

« Rei est ma meilleure amie. Qu'est-ce qu'il s'est passé ? »

Elle n'avait rencontré l'homme que deux fois. Une fois dans une réception en raison de leurs carrières respectives qui les avaient fait participés à un gala de bienfaisance pour une association qu'ils soutenaient tous les deux, et une fois plus personnellement, quand ils s'étaient croisés dans un restaurant luxueux où Rei et lui déjeunaient.

Il l'observa de son regard dur mais soucieux, et Minako sentit sa tristesse, sa colère et sa douleur. Elle n'en fut que plus inquiète.

« Elle s'est évanouie alors qu'elle était en cours de sport. »

« Qu'ont dit les médecins ? C'est à cause de sa fatigue ? »

Il détourna les yeux et les posa sur sa fille, de l'autre côté de la vitre.

« La fatigue est un des symptômes. Mentale et physique. »

« Symptômes ? » répéta Minako d'une voix blanche. Elle ne connaissait que trop bien les hôpitaux, les traitements, les pronostiques, les diagnostiques et le poids des mots entre ces murs blancs. « Symptômes de quoi ? »

« Vous a-t-elle dit de quoi sa mère est décédée ? »

Minako fronça les sourcils face à son ton soudain mélancolique. Le masque du politicien glissait.

Pas bon, pas bon du tout.

Sa mère…

« Une maladie cardiaque, » répondit-elle automatiquement. Mais son esprit et son cœur refusaient de comprendre. « Mais Reiko va bien. Elle va bien, elle… » Sa voix mourut.

« Les tests qu'elle a passés l'autre jour ont révélé certains problèmes au niveau de son cœur. »

« Tests ? Quels tests ? »

Minako ne savait plus que ressentir. Colère, injustice, terreur, frustration, angoisse.

C'était trop.

« Qu'a dit son médecin exactement ? Est-ce qu'elle va bien, ira bien ? »

Il se tourna de nouveau vers elle, l'observant soudainement plus du tout avec le respect qu'elle avait pourtant gagné auprès de lui lors de leur première rencontre, mais avec la prudence qu'un adulte aurait en ayant à parler à un enfant bouleversé sur le point de craquer.

« Je sais qu'avec votre passé, la situation doit être difficile pour vous, miss Aino. Mais il faut que vous compreniez et que vous acceptiez que Rei est malade. »

Minako ne voulait pas entendre ces mots. Minako était malade, pas Rei. Rei allait bien. Rei était en pleine forme. Rei était forte et le corps de Rei ne la trahirait pas, le corps de Rei n'essayerait pas de la tuer comme celui de Minako avait tenté de la tuer, l'avait tuée.

« Mais elle ira mieux après les traitements, n'est-ce pas ? »

« Oui. Elle pourra sortir dans deux jours, si elle se réveille aujourd'hui. Mais sa vie ne sera plus jamais la même, même si sa cardiomyopathie n'est pas aussi sévère que celle de sa mère. Si elle ne veut pas mettre sa vie en danger, elle devra suivre un régime et des règles strictes quant aux efforts qu'elle pourra se permettre durant ses périodes de fatigue. »

« Sévère comment ? Elle l'a héritée de sa mère ? »

« Sa vie ne sera pas en danger tant qu'elle se disciplinera, » affirma Hino d'une voix ferme. Sans doute autant pour elle que pour lui. « Ma fille est forte, miss Aino. Elle ne va pas se laisser abattre par ça. »

Minako observa Rei et hocha mollement la tête. Elle avait passé assez de temps dans les hôpitaux pour savoir que la maladie de Rei pouvait empirer du jour au lendemain. S'aggraver et la tuer.

Non. Non, elle était juste malade, elle aurait besoin d'un traitement, comme Minako en avait toujours un. Elle irait bien grâce au traitement. Et Minako ferait en sorte qu'elle ne se mette pas en danger. Rei n'était pas comme elle. Rei n'était pas stupide, elle obéirait aux médecins, serait prudente.

« Vous pouvez entrer la voir, » invita le sénateur. « J'ai quelques coups de fil à passer. »

Minako hocha la tête et le laissa partir. Elle était à la fois stupéfaite et heureuse pour Rei que son père ait visiblement tout lâché au travail pour se précipiter ici quand l'Académie avait dû l'appeler, et qu'il reste ici pour être auprès de Rei.

Les gens pouvaient vraiment changer, il n'était jamais trop tard.

Il avait déjà perdu sa femme de la même manière en choisissant sa carrière. Il ne ferait pas la même erreur une seconde fois, et Minako l'avait senti, malgré sa maladresse et sa dignité mal placée, il aimait Rei. Il était même abominablement fier de sa fille têtue et caractérielle, à la fois si semblable à lui et si opposée.

Lentement, Minako entra dans la chambre. Elle ferma la porte, puis ferma le store complètement et s'approcha de Rei, toujours inconsciente. Le bip du moniteur cardiaque était étrange, insistant, agaçant, mais c'était aussi une assurance de la vie qu'il y avait toujours en Rei, de son cœur qui continuait de battre même s'il était défaillant.

Elle laissa Artémis bondir sur le lit près de Rei et prit la main de la jeune fille doucement.

« Ce n'est pas malin de nous faire peur comme ça, Reiko. Tu as intérêt à te réveiller vite fait et à avoir une bonne explication. »

Elle se pencha et déposa un baiser sur son front, ferma les yeux pour s'empêcher de pleurer.

« Oh, s'il te plait, réveille-toi, Rei. »

Elle se redressa lentement et alla se recroqueviller dans un fauteuil près du lit. Artémis la rejoignit et elle le serra contre elle.

« Je préfèrerais que ce soit moi dans ce lit, Artémis. Je préfèrerais que ce soit moi. »

Son gardien ne répondit pas et se contenta d'être là pour elle.