V.

Makoto arriva une demi heure plus tard, essoufflée et si inquiète qu'elle faillit enfoncer la porte en l'ouvrant.

Minako se redressa sur le fauteuil et lui offrit un pauvre sourire.

« J'ai eu ton message, » expliqua Makoto. « J'ai séché les cours, ne plus avoir de tuteur sur mon dos me donne plus de libertés. Usagi et Ami feront de même dès qu'elles auront l'autorisation de leurs parents. Je leur ai dit que Rei irait bien, mais il a fallu presque attacher Usa à sa chaise. Qu'est-ce qu'il se passe ? » demanda t-elle en s'approchant du lit et en serrant la main de Rei dans la sienne.

« Son père a dit qu'elle souffrait d'une cardiomyopathie. Que c'était sans doute pour ça qu'elle était si fatiguée ces dernières semaines, qu'elle n'arrivait pas à se concentrer. »

« Et l'essoufflement, c'était ça aussi ? »

« Hmm. »

Makoto se passa une main dans les cheveux.

« J'aurais dû y penser. »

« Tu n'es pas médecin, ce n'est pas de ta faute. Et Rei connaissait les symptômes, mais elle était sans doute trop préoccupée pour y penser. Elle était convaincue que c'était à cause de son manque de sommeil. »

« Qu'ont dit les médecins, tu le sais ? Elle va être remise sur pieds ? »

« Ca ne se guérit pas comme ça, mais si on pense au degré élevé de risque en raison de la maladie de sa mère, elle a eu de la chance. Elle sortira de là dans deux jours. »

Makoto alla s'asseoir sur le second fauteuil et soupira.

« On est jamais tranquilles, » souffla t-elle. « Juste quand tout rentrait dans l'ordre… » Elle tourna la tête vers Minako. « Ca va, toi ? »

« Hmm. »

« Je ne sais pas si c'est parce que tu vieillis, V, mais tu mens de plus en plus mal. »

Minako leva les yeux au ciel.

« Je ne suis pas celle à être sur un lit d'hôpital. Pour une fois. »

Makoto posa une main sur son bras et baissa d'un ton.

« Eh, elle va s'en sortir. C'est de Rei Hino dont on parle. Si une idole-princesse-leader-héroïne têtue et obsessive telle que toi n'a pas pu résister à ses convictions il y a deux ans, ce n'est pas un petit dysfonctionnement biologique qui va la soumettre. Ok ? »

Minako dut sourire légèrement à ça. Elle hocha la tête.

« C'est vrai, tu as raison. »

« Qu'est-ce que tu fais ? »

« Il faut que je prévienne Shacho que je suis ici et que je ne peux pas travailler cette après-midi. »

« Donne ça, » invita Makoto en lui prenant son mobile. « Je vais le faire. Toi, tu restes ici avec elle. »

Elle se leva et se dirigea vers la sortie.

« Makoto ? »

« Ouais ? »

« Merci. »

« De rien. C'est à ça que les amies servent, » sourit-elle en lui faisant un clin d'œil.


Minako avait dû s'assoupir. Quand elle s'éveilla, toutes les filles étaient dans la chambre, Rei toujours inconsciente.

Elles se saluèrent et l'idole remarqua qu'Usagi avait dû pleurer. Un petit sourire naquit sur son visage malgré les circonstances.

« Où est monsieur Hino ? »

« Il est passé puis reparti. Il va revenir, » informa Ami.

Minako hocha la tête et se leva, seulement pour se rasseoir aussi sec. Sa vue se troubla, une douleur sourde naquit derrière sa tempe.

« Minako ? »

« Ca va. Mouvement trop vif. »

« Ok, » déclara Jupiter en lui prenant la main pour la relever lentement. « On va déjeuner. »

« Non, je n'ai pas faim. Je reste, » protesta Minako, ouvrant prudemment les yeux.

« Je ne te laisse pas le choix. Je n'ai aucune envie d'avoir une autre amie dans un lit d'hôpital. »

« Elle a raison, » acquiesça Usagi. « C'est déjà une heure. On devrait aller déjeuner à la cafétéria puis revenir, et tu as besoin de manger. »

« Mais… »

« Je reste avec Mars, » offrit Artémis. « Je t'appellerai s'il se passe quelque chose. Va manger, Mina. »

Comme si elle avait le choix. Elle hocha la tête et suivit ses amies à travers l'hôpital.

Durant le repas, elles discutèrent de la situation et de l'étrange attitude de Rei. Minako ne put s'empêcher de remarquer le silence d'Ami, et surveilla ses expressions attentivement. Il allait falloir qu'elle lui parle.

Rei ne se réveilla qu'en milieu d'après-midi. Seules Ami et Minako étaient restées. Minako repéra tout de suite les signes d'éveil, peut-être par expérience personnelle, et elle se leva pour rejoindre son amie.

Rei ouvrit les yeux, fronça les sourcils, confuse et groggy. Elle observa autour d'elle et remarqua la perfusion planter dans sa main, puis Minako et Ami près d'elle.

« Qu'est-ce qui s'est passé ? » demanda t-elle lentement d'une voix rauque. Elle se redressa doucement et grimaça en s'asseyant. Puis elle retira la lunette à oxygène de son nez. « Qu'est-ce que je fais là ? »

« Ca va ? Tu te souviens de quoi ? » demanda gentiment Ami.

« Euh… volley, et mon prof criant ses remarques. »

« Tu t'es évanouie. C'était ce matin, il est quatre heures de l'après-midi. »

« Oh. »

La porte s'ouvrit, et le père de Rei entra. Ses yeux brillèrent lorsqu'il la vit réveillée, et la jeune fille l'observa avec surprise, non sans joie de le voir là.

« Ca va, Rei ? » demanda t-il, se tenant à un mètre du lit, figé et digne.

« Oui. Sauf que je me sens bizarre et fatiguée. » Elle l'observa attentivement, comme si elle pouvait lire en lui certaines choses invisibles pour les autres. Ses amies avaient l'habitude de la voir faire ça. Elle fronça les sourcils, puis parla d'une voix plus basse. « C'est mon cœur, c'est ça ? Les symptômes… quelle idiote, j'aurais dû le savoir. C'était pour ça que le médecin voulait me voir. »

« Oui. »

« Quand est-ce que je sors ? »

« Jeudi. »

« Demain. »

« Le médecin a dit jeudi, Rei. »

« Je n'aime pas cet endroit. »

Son père resta de marbre.

« Tu as besoin de te reposer. »

« Je peux très bien me reposer au temple. » Même Ami et Minako eurent l'air peu convaincues. « Quoi ? C'est vrai. »

« Tu ne sais pas te reposer, » contredit Minako avec un sourire.

« Tu peux parler. »

« Justement. »

Le médecin entra à cet instant, et sourit en voyant Rei réveillée et apparemment forte. Il fit sortir tout le monde, le temps de l'examiner et de lui parler.


« Non, je sors demain, en fin d'après-midi, » informa Rei, soulagée de ne plus entendre les bip relayant les battements de son cœur. C'était assez étrange.

Ami haussa un sourcil.

« Demain ? Mais ton père avait dit jeudi. »

« J'ai négocié, » grimaça Rei. « Je peux sortir demain mais je ne vais pas au temple. Je vais chez mon père. »

« Vraiment ? » s'étonna Minako.

« Ca va être si étrange de retourner là-bas après toutes ces années. »

« Tu n'y es jamais retournée ? Du tout ? »

« Non. Plus depuis la mort de maman. Apparemment j'ai toujours ma chambre. »

Minako sourit. Elle se demandait bien à quoi pouvait ressembler cette pièce. Elle était si habituée à la chambre traditionnelle de Rei à Hikawa.

« Et pour tes traitements, qu'a dit ton médecin ? » demanda Ami.

« Pas grand-chose. Il va tout expliquer demain. Les rendez-vous, les examens, les traitements, les médicaments, l'hygiène de vie, le régime… » Elle leva les yeux au ciel. « J'ai déjà l'esprit plus clair grâce au traitement que j'ai reçu, et je sais déjà que tout ça va profondément m'exaspérer. »

« Bienvenue dans mon monde, » sourit Minako, plutôt cyniquement.

« Au fait, Rei, Kasaki Sensei t'a amené des affaires quand tu étais avec le médecin, » dit Ami en allant récupérer le sac. Un carnet noir en tomba, et Ami se pencha pour le ramasser, avant de se figer une seconde, se souvenant de ce qu'il contenait, de ce que Rei lui avait montré. Finalement elle le prit et le mit avec le reste près de Rei. « Tiens. »

« Merci. »

Minako remarqua aisément le regard qu'elles échangèrent.

« Il faut que j'y aille, ma mère va m'attendre, » dit Ami en attrapant son sac. « A demain ! »

« Attends, je t'accompagne. »

Minako suivit Ami en dehors de la chambre et marcha à côté d'elle. Elle attendit quelques secondes avant de formuler sa question.

« Est-ce que Rei t'aurait parlé de quelque chose ? »

« Quelque chose ? »

« Au sujet de tout ça, ces dernières semaines. »

« Pourquoi ? »

« J'ai eu l'impression que tu en savais plus. »

Ami lui jeta un coup d'œil.

« Tu veux savoir quelque chose en particulier, Minako ? »

« Est-ce qu'elle a mentionné des tests médicaux ? Son père m'a dit qu'elle en avait passé récemment. »

« Tu sais, si tu veux le savoir, tu n'as qu'à le demander à Rei. Si elle ne veut pas en parler elle te le dira, sinon elle te répondra. Rei ment rarement. »

« Je sais… C'est juste qu'elle ne me dit pas tout. Elle m'a dit qu'elle n'était pas en danger, et pourtant elle a passé des tests médicaux. »

Ami la stoppa en touchant son bras et lui fit un doux sourire.

« Tout ce que je peux te dire c'est qu'elle n'a pas fait ces tests parce qu'elle pensait être en danger. Ce n'est qu'une coïncidence. »

« Je ne crois pas aux coïncidences. »

Soudain, les yeux de Mercure se voilèrent, elle fronça les sourcils.

« Moi non plus. »

« Qu'est-ce qu'il y a dans le carnet ? »

« Lequel ? Oh. Des dessins, je crois. »

« Tu savais que Reiko dessinait ? »

« Plus ou moins. Et toi ? »

« J'ai aperçu un dessin l'autre jour. Je n'ai pas relevé la question. »

Ami haussa un sourcil et sourit.

« Surprenant de ta part. »

« Hé ! »

« Apparemment Rei est très douée dans cet art. Et si tu veux en savoir plus, demande lui, Minako. »

Minako eut une petite grimace.

« Je sais, je sais. A demain. »

« Bye. »


Minako retourna dans la chambre de Rei et sourit à la jeune fille.

« Ton père aime les fleurs apparemment. »

Rei jeta un coup d'œil au bouquet et sourit.

« C'est gentil de sa part. Tu n'es pas censée travailler pour satisfaire tes fans ? »

« Ne t'en fais pas pour eux, ils vont très bien aux dernières nouvelles. Et pendant que j'y pense, Usagi nous a dit de te dire qu'elle passerait demain à la première heure, que tu dois te reposer et que tu ne dois pas t'inquiéter, qu'elle t'apporterait à manger. » Elle fronça les sourcils. « Je ne sais pas pourquoi elle a dit ça, par contre. »

Rei eut un petit rire.

« Ne cherche pas, c'est un truc entre nous, par rapport aux hôpitaux et à la nourriture. Ca date du temps où on venait te voir. »

« Oh, eh bien Makoto sera celle à cuisiner la nourriture en question. »

« Super, » sourit-elle avant de froncer les sourcils. « Je ne pourrai plus me dépenser mais je vais prendre dix kilos. »

« Je ne vois pas ce que vous reprochez à la nourriture ici. J'en ai mangé souvent et je n'ai jamais trouvé ça odieux. »

Rei haussa un sourcil.

« Et moi qui étais persuadée que tu étais habituée au luxe, mais en fait tu es capable de te contenter du bas de gamme total. Sauf pour tes vêtements, sans doute. »

« C'est peut-être toi qui est vraiment snob. »

« Et c'est sûrement toi qui va avoir droit à une leçon sur la nourriture de la part d'Usagi. Je te conseille de ne pas manger juste avant de la voir. Eh, où est Artémis ? Tu l'as vendu ou quoi ? »

« Non, il est parti avec Luna et Usagi. Il avait vraiment faim et ils ne servent pas les peluches ici. »

« Je vais finir par croire qu'il me boude. »

« Non, promis. Il viendra demain. »

« Tu vas me le demander ? »

« Hein ? »

« La question que tu veux me poser depuis tout à l'heure. Tu vas me la poser quand ? »

« Comment tu sais que je veux te demander quelque chose ? » Rei haussa un sourcil, et Minako croisa les bras. « Ton sixième sens peut être vraiment dérangeant. Et puisque je ne te lis pas par politesse, tu pourrais faire pareil. »

« Ce n'est pas aussi simple. Et puis même sans ça, tu n'arrêtes pas de bouger depuis tout à l'heure, je commence à reconnaître certaines de tes attitudes. »

« Pourquoi tu avais passé des tests médicaux ? »

Rei fronça les sourcils.

« Qui t'a parlé de ça ? »

« Ton père l'a mentionné quand je lui ai demandé ce que tu avais. »

« Je n'ai pas passé des tests parce que je pensais que j'avais un problème… enfin si, mais pas… C'est compliqué. C'était par rapport à autre chose. »

« A quoi ? »

Rei détourna les yeux.

« Je n'ai pas envie de parler de ça. »

« … ok. »

Minako alla s'asseoir en tailleur sur le lit, au niveau des genoux de Rei.

« Tu dessines depuis quand ? »

« Oh, j'en sais rien. Depuis longtemps. Ca m'aide à évacuer certaines choses, par rapport aux visions ou aux pressentiments. Les mettre sur papier ça me permet de les sortir de mon esprit. »

« Tu ne dessines que par rapport aux visions ? »

« Non, » sourit Rei. « Les carnets noirs sont pour les visions, les bordeaux pour le reste. »

« Je pourrais les voir ? »

« Nan. »

« Pourquoi ? » bouda Minako.

« Parce que je n'ai aucune envie que tu voies les images perturbantes de mes visions. »

« Et les bordeaux ? »

« Je pourrais lire les textes que tu n'enregistres pas ? »

« Pas juste, » se plaignit Minako.

« La vie l'est rarement, » sourit Rei, avant de bailler soudainement.

« Tu devrais dormir. »

« Il est dix-huit heures ! »

« Et alors ? Plus tu dors et plus tu récupéreras. Crois-moi. » Elle sauta du lit et prit la main de Rei dans la sienne. « Comme ça demain, tu seras en pleine forme. »

Rei soupira mais se coucha, sentant déjà ses yeux se fermer. Elle se demanda si le traitement y était pour quelque chose, ou peut-être la présence de Minako et sa main dans la sienne.

« Je suis désolée. »

Minako fronça les sourcils.

« Pourquoi ? »

« Pour t'avoir donné une vraie raison de t'inquiéter. »

« Tu ne pouvais pas vraiment y faire quelque chose. Tu ne savais pas. »

« J'aurais dû savoir. Il y avait un risque que je développe ce genre de problèmes, mon médecin m'avait dit de faire attention à l'apparition de ces symptômes, et ils étaient plus qu'évidents. »

« Ce n'est pas comme si tu n'avais pas d'autres choses à l'esprit. » Minako soupira, frustration et colère contre la vie remontant soudain à la surface. « Je trouve ça stupide. »

« Quoi ? » demanda Rei, à moitié endormie.

« Tu es Sailor Mars. Tu portes en toi les dernières valeurs de la planète Mars, en toi sommeille la dernière princesse de tout un peuple, sans parler du soldat et de la Gardienne, et de ses pouvoirs. De même pour moi et Vénus. Je suis morte à cause de la maladie et tu… C'est n'importe quoi ! A quoi est-ce que Sérénité pouvait bien penser ? »

Rei ne put s'empêcher d'avoir un petit rire, même si elle n'était pas franchement amusée. Minako la fusilla du regard, croisa les bras, retenant ses émotions sous sa colère.

« Je ne crois pas que nos âmes aient été choisies en fonction des corps auxquels elles ont été liées, ou un truc comme ça. » Elle sourit. « Et je ne me souviens pas du Silver Millenium mais je suis certaine que tu n'es pas vraiment autorisée à parler ainsi du plan de secours de l'impératrice. »

« De toute façon il n'y a plus que nous. Je m'y connais plutôt bien en stratégie, je suis logique et lucide en temps de guerre, et je te garantie que faire de deux filles atteintes de graves maladies les leaders de la Garde de la Terre est absolument stupide. »

« Mina – »

« Non, vraiment, pourquoi ? L'essence de Mars en toi aurait pu te protéger, je sais pas moi, faire en sorte que ton cœur soit normal et que tu ne sois pas en danger, mais non, il a fallu que ce foutu – »

« Minako ! »

« Quoi ? »

« Arrête, tu vas finir par paniquer ou t'énerver. »

« Enerver ? J'ai passé ce stade il y a des heures !» Elle se calma brusquement. « C'est injuste, » murmura t-elle.

Rei serra sa main, le cœur soudain broyé de tristesse, d'affection et d'amour.

« Je ne suis pas mourante, tu sais. J'aurais juste à faire attention, à certaines périodes. J'irai bien. »

« J'ai passé assez de temps dans ce genre d'endroits pour savoir que c'est grave. »

« J'ai jamais dit que ce n'était pas grave. Ca l'est, un peu. Mais regarde-toi. Tu es malade, et bien plus gravement que moi, et tu vis très bien. »

« Je ne suis plus malade, je suis en rémission, je ne vais même plus faire des bilans régulièrement, je vais très bien, et je suis morte pour en arriver là, et il est hors de question que tu fasses de même. »

Rei haussa les sourcils, stupéfaite par la sincérité et les émotions que Minako montrait.

« Pas dans mes plans, » assura t-elle simplement, ne sachant que dire ou faire.

Elle bailla de nouveau. Minako leva les yeux au ciel.

« Dors. »

« Tu sais, quand tu es inquiète, tu as tendance à devenir encore plus dirigiste que d'ordinaire. »

« Je ne suis pas si inquiète, » marmonna Minako en lâchant sa main et en allant s'asseoir sur le fauteuil.

Rei sourit, puis s'endormit en quelques minutes.


Rei ouvrit les yeux lentement.

Elle avait l'impression d'avoir fait un cauchemar horrible. Son cœur était serré, et cette impression de tristesse et de désespoir l'avait reprise.

Quelque chose n'était pas normal. Un lit ? L'hôpital.

Elle se figea, avant de sourire et de baisser les yeux vers l'endroit près d'elle. La pâle lueur qui entrait par la fenêtre lui permit de comprendre que la nuit était loin d'être finie, et que la chose contre elle était bel et bien Minako Aino.

Rei bougea légèrement, de sorte à être plus confortable, mais il fallait bien dire que Minako prenait pas mal de place. Sa tête reposait tout contre l'épaule de Rei, une de ses mains sur son ventre. Rei rougit, mais sourit aussi, attendrie et amusée.

Son mouvement réveilla la popstar qui gémit légèrement puis ouvrit des yeux voilés par le sommeil.

« Quoi ? » murmura t-elle d'une voix pâteuse.

« Tu fais d'une habitude de te glisser dans mon lit, toi. »

Minako fronça les sourcils, puis ses yeux brillèrent et elle retira son bras de Rei pour se décaler légèrement. Mais elle ne descendit pas du lit.

« Tu vois un autre lit ? » répliqua t-elle en refermant les yeux. « Laisse-moi dormir. »

« Tu n'es pas rentrée chez toi ? »

« Si. Mais je suis revenue. »

Rei remarqua les quelques affaires de l'autre côté du lit, et elle haussa un sourcil. Pourtant elle ne devrait plus s'étonner de rien provenant de Minako.

« Pourquoi ? »

« Parce que. J'ai sommeil, » se plaignit-elle.

« Tu sais, si tu veux dormir ici, tu ferais bien de le faire correctement et de passer sous la couverture, » remarqua Rei avec un amusement affectueux.

Minako se redressa et Rei poussa les couvertures pour l'aider à se glisser dedans. Elle en profita pour regagner de la place, ce qui n'empêcha pas Minako de se recoucher tout contre elle (ce dont Rei ne se plaignit aucunement).

« Pourquoi tu t'es réveillée ? » demanda doucement Minako.

« Je croyais que tu voulais dormir. »

« Tu m'as réveillée. »

« Ce ne serait pas arrivé si tu n'avais pas été dans mon lit. Je me demande bien ce que diraient certaines personnes si elles connaissaient cette habitude. »

« J'ai pas entendu de réelle plainte. Et si tu crois que je vais oublier ma question si facilement, Reiko, tu rêves. Pourquoi tu t'es réveillée ? Je te gênais ? »

« Non. »

« Je parlais ? »

« Non. »

« Je bougeais ? »

« Non. »

« Je – »

« Je devrais peut-être rester éveillée, tes nuits ont l'air passionnantes ! Je ne sais pas pourquoi je me suis réveillée. Un cauchemar, je crois. »

« Oh. » Minako attrapa sa main. Leurs têtes étaient à côté sur le coussin. « Tu t'en souviens ? »

« Non. Et tant mieux. Comment tu as pu rester sans que personne te dise de partir ? »

« Je suis têtue et je suis une star. »

« Je vois. Tu fais quoi demain ? »

« J'enregistre une émission télé. Apparition d'une demi-heure. Et demain matin je vois mon Manager. Il avait l'air particulièrement excité à propos de quelque chose. »

« Plus excité que d'habitude ? Ce doit être effrayant. »

Minako eut un petit rire.

« Nan, pas quand qu'on y est habitué. Et après l'émission je dois prévoir mes vacances. Il faut que j'appelle mon père »

« C'est pas son anniversaire demain ? »

Minako ouvrit les yeux, puis eut un grand sourire.

« Tu te rappelles de ça ? »

« Tu l'as mentionné une fois quand Usagi se plaignait du fait que son frère et sa mère étaient tous les deux nés en février. Le 2 et le 11 si je me souviens bien. Quoi ? »

« Tu te souviens des dates d'anniversaire de nos familles ? »

« Oui, pourquoi ? C'est important, non ? » demanda Rei, confuse.

Le sourire de Minako se fit à la fois plus brillant et plus doux.

« Tu te souviens de tous les anniversaires ? »

« Les vôtres, bien sûr, celui de Mamoru, de Motoki, celui que Nephrite a choisi, Luna et Artémis n'en ont pas vraiment, celui de madame Tsukino et de Shingo, celui de la mère d'Ami aussi parce qu'elle l'a mentionné une fois. Je connais la date du décès des parents de Makoto, et l'anniversaire de Naru aussi. Je crois que c'est tout. Mais j'ai une excellente mémoire des nombres. »

Rei n'eut pas le temps de songer à autre chose avant que les lèvres de Minako ne soient sur les siennes. Après plusieurs petits baisers, Minako se blottit contre elle, la prit dans ses bras et soupira de bien être.

« Tu es trop adorable, » souffla t-elle avec un sourire.

Confuse, les joues brûlantes, Rei jeta un coup d'œil curieux et un peu incrédule à Minako. Il lui fallut un moment pour retrouver sa voix, pas franchement encore très à l'aise avec la tournure de leur relation et l'intimité qui allait avec.

« Quoi ? Parce que j'arrive à me souvenir de quelques nombres ? »

« Tu te souviens du numéro de ta chambre ? »

« Non. »

« Le médecin l'a mentionné. Tu te souviens du numéro de téléphone de ton père ? »

« Non. »

« Pourtant tu as dû souvent le composer. »

« Cette année davantage que dans toute ma vie en tout cas. Il est dans mon répertoire. Où veux-tu en venir ? »

« Ca n'a rien à voir avec ta mémoire. Tu te souviens de ces dates parce qu'elles sont importantes pour les gens proches de toi, c'est-à-dire nous. C'est adorable. »

« N'importe quoi, » marmonna Rei.

« C'est peut-être pour ça que ton cœur est malade, » murmura Minako, son ton soudain sérieux. « Parce qu'il est trop gros… »

« … Je crois que tu as vraiment besoin de sommeil, » sourit Rei tout en rougissant une nouvelle fois. « Mon cœur est d'une taille normale, les médecins peuvent te le confirmer. Et je ne suis pas gentille à ce point. »

« Je crois que si, » chuchota pensivement Minako, à demi endormie même si sa main jouait avec le tissu du haut de Rei.

Un quart d'heure plus tard, Rei était toujours réveillée. Elle observait Minako dormir et profitait de l'étrange sensation de sécurité et de paix qu'être dans ses bras lui procurait, tout en songeant que la fille de quatorze ans amère, distante et gardée qu'elle avait rencontrée presque quatre années auparavant avait bien grandi et mûri. Elle savait que Minako avait gardé cette fille seule et désespérée au fond d'elle, mais elle savait aussi qu'elle avait une âme si brillante et si forte que Minako pouvait s'adapter et se tenir debout peu importe ce que la vie lui balançait à la figure.

C'était une des choses qui fascinaient Rei chez elle.

Elle déposa un très léger baiser sur la tempe de sa petite amie.

« Tu es bien plus pure que ce que tu crois, Minako Aino. »


Au début, Rei crut qu'elle s'était éveillée à cause d'un autre de ses cauchemars. Il faisait encore nuit, mais l'aube approchait.

Il lui fallut quelques secondes pour comprendre qu'elle s'était bien réveillée à cause d'un mauvais rêve, seulement ce n'était pas le sien, mais celui de Minako.

Près d'elle, la jeune femme s'agitait légèrement, dérangeant Rei avec chacun de ses petits mouvements, sans doute ce qui avait tiré la miko du sommeil. Lorsque Minako émit un petit gémissement, Rei posa la main sur son épaule et chercha à la réveiller. Pourtant connue pour son sommeil plutôt lourd, l'idole ouvrit les yeux immédiatement, paniquée.

« Eh, c'est rien. Tu rêvais, » murmura Rei pour la calmer.

Elle s'assit alors que Minako descendait du lit, tremblante.

« Minako ? »

« Ca va, » murmura l'idole d'une voix rauque. « Je… C'est rien. C'est rien. »

« Tu es sûre ? »

« Oui. C'est à cause de noël qui approche. C'est tout. C'est juste… à cause des fêtes. »

Rei ne voyait pas vraiment ce que noël venait faire là-dedans.

« Les fêtes ? Pourquoi ? »

« Pour rien. C'est compliqué. »

« Tu n'aimes pas noël ? »

Rei chercha dans ses souvenirs, mais elle ne se rappelait pas avoir beaucoup vu Minako aux alentours de noël les années précédentes. Comme elles toutes, l'idole avait été occupée avec son travail et ses proches. Et elle avait toujours semblé assez heureuse en cette période.

« Si, » répondit Minako d'une voix tendue. « J'aime noël. C'est juste que… c'est compliqué. »

Minako pouvait l'accuser de se fermer, songea Rei. Mais elle faisait exactement la même chose.

« Compliqué au point de te donner ce genre de cauchemars ? »

Rei put la voir hausser les épaules dans la pénombre. Elle ne répondit pas, alors la miko soupira silencieusement.

Il resterait sans doute une distance entre elles tant qu'elles ne seraient pas capables de partager leurs secrets respectifs.

L'ennui, c'était que tout n'était pas aussi simple.


Rei fit quelques pas dans sa chambre. Après quelques jours dans la maison de son père où elle s'était bien reposée, elle avait pu retourner au temple.

Les vacances étaient là, et avec elles, des fidèles plus nombreux. Mais Rei devait rester tranquille, son médecin trouvait qu'elle ne récupérait pas assez vite. Alors la jeune femme se concentrait sur ses autres soucis.

Aucun autre meurtre n'avait été commis, et elle n'avait eu aucune autre vision. Etrange. Ce n'était donc pas un tueur en série ordinaire, et les deux femmes n'avaient pas été tuées au hasard, c'était certain. La police cherchait toujours le lien.

Rei ne savait pas pourquoi, mais cette histoire la perturbait beaucoup. Quelque chose en elle la poussait à essayer de comprendre, comme s'il y avait là-dedans quelque chose de personnel, de très important. Mais quoi ? Elle n'avait aucun lien avec ces filles. Aucun lien avec leur famille.

« Tu es pâle. »

Avec un sursaut plutôt impressionnant, Rei se retourna, une main sur le cœur, et souffla.

« Kami ! Minako, ne te faufile pas comme ça ! »

L'idole fronça les sourcils, désolée et inquiète.

« Navrée. Je ne voulais pas te faire peur. Enfin, pas cette fois du moins. Ca va ? »

« Je ne suis pas en sucre, » répliqua Rei en levant les yeux au ciel, calmée. « La prochaine fois, essaye d'utiliser la porte d'entrée. Depuis le temps, il faudrait peut-être que tu y penses. »

« C'est une habitude, de passer par des portes arrières. Mais cette fois je n'ai rien forcé, ta porte fenêtre était mal fermée. »

« Ah. Zut. »

« Pas étonnant que tu es si pâle. Tu vas attraper froid, et ce n'est vraiment pas conseillé dans ta condition. »

« Oui, maman. »

« Je suis sérieuse, » réprimanda Minako.

Rei sourit finalement.

« Qu'est-ce que tu viens faire là ? »

« Tu n'es pas contente de me voir ? » bouda la chanteuse.

Mais avant que son amie ne réplique, Artémis bondit au sol.

« Nous sommes en mission, » déclara t-il solennellement alors que Vénus s'asseyait sur le futon de Rei.

« En mission ? »

« Il fallait bien que quelqu'un vienne prendre de tes nouvelles. »

« Je vous ai tous vus le week-end dernier. »

« Ce n'est pas la même chose. »

« Artémis, c'est à présent officiel, tu as passé bien trop de temps avec Minako. »

Le chat en peluche leva la tête avec fierté.

« Ou elle a passé trop de temps avec moi. »

Minako gloussa.

« N'est-il pas trognon ? »

« En tout cas j'ai passé assez de temps avec toi pour connaître bien des choses que tu ne souhaiterais pas être dévoilée, Minako Aino, » déclara t-il.

« Voyez-vous ça, » encouragea Rei avec un sourire en s'asseyant en face de Minako et près d'Artémis. « Par exemple ? »

« Ce qu'elle garde dans son hmph ! »

« Shsh, » ordonna Minako, une main plaquée avec force sur le museau de son gardien. « Je te rappelle, mon cher, que c'est réciproque et que je suis celle à de permettre d'avoir une vie aussi confortable. »

« 'u 'ouf 'a 'onfo'tab'e ? »

Elle le lâcha avec un sourire angélique.

« Tu disais ? »

Il la fusilla du regard.

« Tu étais bien plus adorable quand tu avais treize ans. »

« Tu dois avoir eu une mauvaise influence sur moi. »

Rei s'éclaircit la gorge.

« Je ne vous dérange pas ? »

« Tu te sens délaissée, Reiko ? » sourit Minako.

Rei l'ignora.

« Tu ne m'as pas dit pourquoi ton manager était si excité l'autre jour. »

« Ah, » commença Minako avec une expression lumineuse. « Shacho avait une excellente nouvelle pour moi. »

« Quoi ? »

« Deux, en fait. La première, c'est cette émission que j'ai enregistrée hier et qui passera le soir de noël. Tu sais, cette émission de variété ? »

« Usagi m'en a parlé. Et la seconde ? »

Le sourire de l'idole s'agrandit, elle ressemblait à une enfant un matin de noël enneigé.

« Je vais monter sur scène. »

Rei cligna des yeux.

« Chouette. C'est vrai que ça ne t'était jamais arrivé. »

Comme si elle lui avait soudain retiré son jouet préféré, Minako fronça les sourcils.

« Tsk, tu me laisses finir. Je disais donc que j'allais pouvoir monter sur scène pour un concert de deux heures à guichet fermé. Une sorte d'avant-première pour la tournée. On a commencé les répétitions il y a une semaine, et tout se passe bien. Etant donné qu'on a déjà monté toutes les choré ce ne sera pas un souci, et ce n'est pas vraiment un grand spectacle. C'est un concert avec un public réduit, seulement des VIP, des fans et des invités, tu vois. Il sera organisé chez moi, dans dix jours, le jour avant noël, en fin d'après-midi. Ca va être génial ! »

« Je vois, » sourit Rei, ravie de la voir aussi heureuse et excitée. Elle semblait tellement plus jeune ainsi… Ces émotions semblaient lui rendre une partie de l'enfance qu'on lui avait arrachée. « Tant mieux. »

« Et toi ? Qu'est-ce que tu as de prévu pendant les vacances ? »

« Oh, repos, selon mon médecin. Normalement je devrais aider les autres ici. Et puis j'ai des devoirs. »

Minako grimaça.

« Moi aussi, ne parle pas de ça. Et à noël ? »

« Mon père travaille, donc je ne passerai pas le réveillon avec lui comme l'année passée. »

« Usagi le passe dans sa famille avec Mamoru, comme Ami le passe avec sa mère et Nephrite, et Makoto sera avec les Furuhata. Donc tu vas rester ici ? Enfermée ? »

« Comment est-ce que tu peux savoir les projets de tout le monde ? Et je suis plutôt certaine qu'Ami n'aurait pas ébruité ses projets d'inviter Nephrite chez elle. »

« J'ai des moyens, » expliqua mystérieusement Minako, visiblement plutôt fière. « Tu as l'air pâle. »

« Merci. »

« De rien. »

« Et je ne le suis pas davantage que d'habitude. »

Le regard de Minako se fit plus perçant.

« Je crois que si. Tu as l'air fatiguée aussi. Et je suis sûre que tu as encore essayé d'avoir des visions sur cette affaire qui te préoccupe. »

« Attention, tu sembles très soucieuse quant à ma santé, Vénus. »

« Nan, je m'occupe seulement de veiller au prêt à l'emploi de mes soldats. »

« C'est ce qu'il me semblait. »

« Bonne déduction, dans ce cas. »

Elles restèrent un instant dans le silence, leurs regards s'évitant soudain. Les mots n'étaient que des moyens qu'elles utilisaient ou n'utilisaient pas pour communiquer, et peu importe quelle solution elles choisissaient au final, les informations passaient.

Finalement, Minako se releva lentement. Elle n'avait même pas retiré son manteau, et elle alla enfiler ses chaussures en silence. Rei ne tourna pas la tête vers elle alors qu'Artémis rejoignait sa protégée, un peu perdu dans cette étrange ambiance.

« Il va falloir que j'y aille. Je pars dans deux heures. Je rentre à la maison. Chez mon père. Un peu de vacances avant le concert qui se fera dans ma petite ville, au nord. »

« Tu rentres quand ? »

« A Tokyo ? Le 3 janvier. J'aurais du travail alors. »

« Ok. »

Minako sembla être prête à partir (par la porte fenêtre), quand elle se tourna vers Rei qui l'observa avec une certaine surprise. Minako rencontra son regard avec une intensité étrange, emplie d'hésitation. Puis soudain, elle prit apparemment sa décision.

« Tu devrais venir, » déclara t-elle d'une voix légèrement serrée, un peu précipitée.

Artémis leva la tête vers elle, de son sac, surpris.

« Pardon ? » demanda Rei.

« A la maison. Tu devrais venir y passer quelques jours. Là-bas, tu serais au calme sans être tentée de travailler ou de méditer. Tu aurais de l'air pur et frais, ce que tes médecins t'ont sûrement conseillé. La neige est tombée tôt cette année, on en a déjà beaucoup. Il faut quelques heures de voyage, tu pourrais partir demain, ou après-demain, et rester pour noël. Je pense que te changer les idées ne te ferait pas de mal. J'arrangerai ton voyage. Penses-y. »

Et comme ça, sans attendre, elle partit, laissant Rei sans voix.

Et sans réponse.


Au final, s'éloigner de Tokyo avait divers avantages et cette idée avait plu non seulement à ses aînés et à son père mais également à son médecin.

Comme promis, Minako avait arrangé son voyage de A à Z. Après plusieurs heures, Rei arriva au nord de l'île dans une petite ville nichée au pied d'une montagne. Le tourisme d'hiver y était sans doute important, et l'ambiance de noël envahissait chacune des rues de la bourgade.

Le taxi l'emmena jusque dans la périphérie à l'ouest, dans un quartier assez isolé. La maison devant laquelle il se gara était sans prétention, avec un étage et un petit jardin, simple et familiale. La plaque désignant la famille y vivant ne trompait guère. Aino.

Le chauffeur sortit sa petite valise du coffre et Rei le remercia et sourit de sentir la couche déjà assez épaisse de neige craquer sous ses pieds. Il faisait plus froid qu'à Tokyo, mais l'air frais était revigorant. Un homme passa le portail avec un grand sourire. Il était grand, assez fort et plutôt âgé. Rei lui donnait une soixantaine d'années, peut-être davantage.

« Ah, bienvenue, Rei, » dit-il d'une voix chaude alors que le taxi partait. Il s'inclina avec un sourire chaleureux. Ses yeux doux brisaient l'image intimidante qu'il pouvait donner. « Je suis ravi d'enfin faire ta connaissance. Je m'appelle Toshio Aino, je suis le père de Minako. Entre, je t'en prie. »

Son visage ne laissa pas transparaître sa surprise. Son père ? Il devait avoir eu Minako à… environ 45 ans. Peut-être plus.

Rei eut un doute. Minako avait-elle des frères et des sœurs aînés ? Elle ne les avait jamais mentionnés, mais elle n'avait jamais été loquace quant à son passé ou sa vie personnelle…

La maison était bien tenue et chaleureuse. Il débarrassa Rei de son manteau et de son écharpe, elle retira ses chaussures puis il lui fit faire le tour de l'endroit. Il y avait quelques photos au mur et Rei sourit en voyant une Minako plus jeune avec ses parents. Comme monsieur Aino, madame Aino avait été assez âgée, et rien n'indiquait que l'idole n'était pas une fille unique.

Toshio la conduisit dans la chambre de sa fille. Il soupira dramatiquement en voyant les vêtements en vrac au pied du lit, le magasine sur le petit canapé en face de la télé et la valise près du bureau.

« Minako a tendance à oublier de ranger lorsqu'elle est ici et se montre toujours sur le départ, » s'excusa t-il. « Elle ne tient pas en place. Pose ta valise par ici. »

Rei sourit et hocha la tête. La chambre était petite, simple et sobre. Rien au mur, pas de poster ou de disque d'or. Ce n'était pas ce à quoi Rei se serait attendue, mais cela n'avait rien d'étonnant. C'était étrange de se dire que c'était dans cet environnement calme et posé que Minako avait grandi, que c'était peut-être sur ce vieux piano qu'elle avait appris la musique.

« Viens, on va devoir aller la chercher. Elle n'est pas encore rentrée. »

Alors que Monsieur Aino conduisait sa petite voiture vers, comme il le précisa, une petite station de ski plus fréquentée par les riverains que par les touristes, il posa diverses questions à Rei qui trouva l'homme doux, intelligent, observateur et gentil. Il n'avait rien en commun au premier abord avec Minako, étant tout à fait ouvert, honnête et bavard.

Lorsqu'ils arrivèrent à la station, ils entrèrent dans le café qui servait également d'accueil et Monsieur Aino retira son bonnet et salua les quelques personnes présentes. Rei remarqua derrière le gérant des photos dédicacées de Minako avec quelques personnes de la station.

« Tu serais pas où se trouve ma petite ? »

Le gérant sourit.

« Elle est toujours là-haut d'après ce que je sais. »

« Piste 3 ? »

« 3 ? » L'homme fronça les sourcils. « Ca m'étonnerait. Eh, Yosh ! »

« Quoi ? » demanda le serveur en se tournant vers son patron.

« Elle est à la piste 3 ? »

Le serveur sourit avec amusement.

« La popstar ? Ca m'étonnerait ! Essayez plutôt la 1 ! »

Monsieur Aino secoua la tête et soupira.

« Minako. »

« Viens, je t'y accompagne. »

Ils prirent une voiture adaptée et le gérant s'excusa auprès de Toshio.

« Tu sais, maintenant qu'elle est majeure… Et puis je croyais que c'était ok pour elle maintenant ? »

« C'est ok pour beaucoup de choses, mais certainement pas pour une telle piste de ski, et elle le sait parfaitement. Oh, Naoki, voici Rei Hino, une amie de Minako, de Tokyo. Rei, Naoki Kitawa, un vieil ami. »

« Salut, » dit le cinquantenaire. « Une amie, hein ? Une amie proche, pour être arrivée jusque là. Y'a du progrès ! »

« Naoki, » prévint Toshio.

L'autre rit.

« On est arrivés. »

Ils sortirent de la voiture pour se rendre en bas de la piste. Seulement deux skieurs étaient présents. Apparemment, il s'agissait d'une piste assez dangereuse réservée aux confirmés.

« Ah. C'est elle. »

Rei leva les yeux pour voir une forme dévaler la piste, prendre une bosse et se servir de son élan pour effectuer une salto arrière. La réception, plutôt réussie, la poussa néanmoins vers le bord de la piste et la poudreuse ce qui déstabilisa la skieuse qui dérapa pour s'arrêter et parvint à se stopper à quelques mètres d'eux, avant de se laisser tomber sur le côté.

Toshio siffla.

« Eh ben. Elle est plutôt… douée. »

« Un peu trop, » soupira Toshio. « Tu devrais savoir que le sport ne lui pose pas de problème, depuis le temps. Et les risques non plus, malheureusement. »

Ils se dirigèrent vers Minako qui venait de retirer ses skis et de s'asseoir.

« Tu ne sais plus compter ? »

La jeune femme se figea, avant de se lever et de se tourner vers eux, un grand sourire aux lèvres. Elle retira ses lunettes et hocha la tête.

« Papa ! Ca fait longtemps que tu es là ? » demanda t-elle d'une petite voix.

« Assez pour savoir que tu n'as pas cessé d'aimer les acrobaties. »

« C'était un accident. Un total accident. Bien sûr. »

« Bien sûr. Et confondre le 3 ou tout autre chiffre avec le 1 l'est aussi ? » demanda Toshio, pas vraiment fâché.

Minako fit la moue.

« Mais les autres ne sont pas amusantes ! »

Elle prit ses skis et les suivit vers le chemin du retour.

« Salut, Reiko. Tu as fait un bon voyage ? »

« Oui, merci. »

Lorsqu'ils arrivèrent à la station, Minako tourna la tête vers Naoki et sourit.

« T'as vu ? » demanda t-elle à mi-voix. « Cool, hein ? »

« Super cool, » confirma t-il. « Ou as-tu appris à faire des sauts comme – »

« Ne l'encourage pas, s'il te plait. »

« Mais papa ! »

« Tu sais ce qu'a dit le médecin. Et si jamais tu te cassais quelque chose, hein ? Tu t'es engagée pour ce concert, je te le rappelle. »

La mention de sa conscience professionnelle poussa Minako à hocher la tête. Mais elle semblait toujours diablement fière et ravie de sa démonstration.


Une falaise. Un cri déchirant. Des pleurs.

La tombe sous la pluie, mais cette fois, elle ne parvenait pas à lire les inscriptions.

La douleur, la peine, le désespoir.

La falaise, le cri.

Le sang.

Trois coups de couteau. Soleil. Trois coups de couteau.

Son père. Ses mots.

La Fondation.

La tombe, la douleur.

Le cri.

Rei se réveilla en sursaut, légèrement malade. Il lui fallut quelques secondes pour comprendre où elle se trouvait. Puis elle remémora sa vision et fronça les sourcils. Certains détails étaient nouveaux, d'autres avaient changé. Mais qu'est-ce que l'ensemble signifiait ?

« Reiko ? Ca va ? »

Rei leva la tête pour voir Minako l'observer dans la pénombre, de son lit. Rei dormait sur un futon juste à côté.

« Oui. Juste… un rêve bizarre. »

« Oh. Ok. »

Minako ne posa pas plus de question. Rei songea que c'était sans doute en raison de ses propres mauvais rêves et de sa réticence à les évoquer.

« Tu ne dors pas ? »

« Non. Mais Artémis ronfle. »

« J'entends, » sourit Rei. « Ca fait longtemps que tu es réveillée ? »

Minako haussa les épaules, et Rei eut du mal à percevoir le mouvement. Par contre elle vit aisément son amie se glisser hors de son lit pour retomber sur le futon de Rei et se glisser à ses côtés.

« E… eh, » protesta t-elle faiblement, rougissant lorsque Minako se blottit contre elle tranquillement.

« Artémis prend tout le lit, » se justifia l'idole.

Rei lui lança un regard dubitatif qui passa inaperçu, puisque d'une, elles étaient toujours dans la pénombre, et de deux, Minako, qui semblait se trouver très confortablement installée, avait fermé les yeux. Rei ne voyait de toute façon pas comment un chat en peluche de la taille de son avant-bras pouvait prendre toute la place dans un lit.

Mais elle appréciait l'odeur des cheveux de Minako, et la façon dont la tension qu'elle avait sentie en elle semblait quitter son corps petit à petit.

« Et ton père ? »

« Il n'entre jamais dans la chambre le matin. Dors, » ordonna t-elle avant de déposa un baiser sur le cou de Rei qui la fit frissonner.

Finalement, puisque après tout elle était bien installée, Rei ferma les yeux et passa un bras autour de Minako avant de se rendormir.

Un sentiment d'urgence s'était pourtant insinué en elle. Il fallait qu'elle trouve la signification de ses visions chaotiques.

Et vite.