VIII.

« Alors, de nouveau seule ? » sourit Makoto en entrant dans la chambre de Rei quelques jours après la rentrée.

La miko lui sourit.

« Plus maintenant. Comment ça va depuis la semaine passée ? » demanda t-elle avec un air taquin. « Tu n'as plus trop mal à la tête ? »

Makoto s'assit près d'Ami en croisant les bras.

« Non, merci. Tu ne prendrais pas cet air-là si un jour tu avais subi ce que j'ai subi. »

« Tu as simplement trop bu, » s'amusa Rei.

« Et dit des choses très intéressantes, » compléta Ami.

« Tu ne vas pas t'y mettre ! Dommage qu'Usa n'ait pas pu venir, elle elle aurait pris ma défense ! »

« Pauvre petite, » soupira Rei. « Embêtée de toute part. »

« Tout à fait ! Alors, ces vacances avec Minako, c'était comment ? »

« Bien, on en a déjà parlé à la fête la semaine passée. »

« Rapidement, » précisa Makoto avec un sourire avide de potins amicaux. « On sait que vous ne vous êtes pas ennuyées à cause de ce détraqué, mais c'est bien tout. »

« On a fêté noël et passé du temps avec son père. C'était calme et sympa, » expliqua la jeune femme évasivement.

« Sympa, hein ? »

« Pourquoi tu me regardes comme ça ? »

« Oh, allez, V et toi sembliez très proches ce week-end. Et puis ces regards, ces murmures, ces contacts discrets,… »

Mal à l'aise, Rei croisa les bras et tourna la tête.

« Ca va pas, non ? Tu es tombée sur la tête ! »

Le doux rire d'Ami attira leur attention. Celle-ci essaya de se calmer puis secoua la tête.

« Je suis désolée. »

« Le génie est de mon côté, » remarqua Makoto, satisfaite.

« Quel côté ? » rétorqua Rei. « Tu es cinglée. »

« Moi ? Eh, dis, pour des filles qui ont passé deux semaines ensemble, Minako et toi sembliez plutôt ne pas vous être vues pendant des mois. Vous aviez beaucoup de mal à ne pas être l'une près de l'autre. »

« Tu as fini ? »

« Elle est partie avant-hier alors ? » demanda Ami pour calmer le jeu.

« Oui. Son premier concert est dans deux jours. »

« Et voilà », soupira dramatiquement Makoto, « elle est repartie pour sa vie excitante de star et nous sommes coincées à l'école à nous ennuyer toute la journée. »

Rei leva les yeux au ciel.

« Nous serons diplômées dans quelques semaines, pas Minako. Elle a encore une année de cours devant elle. »

« Comme si elle en avait besoin. Il va falloir que j'y aille. Motoki doit m'attendre. »

« Vous ne vous quittez plus ces temps-ci, » remarqua Rei avec un sourire vengeur. « C'est pour quand l'emménagement ensemble ? »

Makoto la fusilla du regard.

« Arrête d'utiliser tes dons de voyance comme ça, sorcière ! »

« Vous allez emménager ensemble ? » s'étonna Ami en levant le regard vers son amie. Elle trouvait que dix-huit ans était un peu jeune pour cela, mais elle était néanmoins ravie pour la jeune femme qui était présentement en train de rougir. « Quand ? »

« Peut-être cet été, » offrit Makoto presque timidement.

« Je suis contente pour vous deux. »

« Moi aussi, » confirma Rei avec un chaud sourire. « Vous devrez nous inviter à dîner pour fêter ça. »

« Je vous préparerai un festin, » promit-elle. « J'espère que Minako pourra venir, nous pourrions fêter deux choses en même temps comme ça, » taquina t-elle ensuite.

« Je ne vois pas du tout de quoi tu parles. »

« Il paraît qu'Artémis a rendu visite à Luna et Usagi. Tout le week-end, » expliqua Makoto avec un sourire qui en disait beaucoup. « Etrange que Minako et toi n'étiez plus joignables la plus grande partie de ce week-end, tu ne trouves pas ? »

Rougissant bien malgré elle, Rei se leva et la poussa gentiment vers la sortie de sa chambre.

« Non. Je travaillais, c'est tout. Oust, va rejoindre ton futur compagnon. »

Lançant un coup d'œil amusé et espiègle à la miko par-dessus son épaule, Makoto eut un petit rire.

« Tu n'étais pas au temple. On le sait, Ami et moi on est venues te voir samedi matin pour te parler de la fête parce qu'on n'arrivait pas à vous joindre. Alors, c'est aussi bien qu'on le dit, la vie dans un hôtel de luxe ? »

De plus en plus écarlate, Rei cessa d'essayer de mettre son amie dehors et la fusilla du regard.

« Je n'en sais rien, » s'entêta t-elle. « Tu demanderas à Minako. »

« Oh mais je n'y manquerai pas, » dit Makoto en commençant à quitter la pièce. Juste avant de partir, elle s'arrêta une dernière fois. « Au fait, Reiko, il est comment, le room service ? » lança t-elle avec un clin d'œil très suggestif.

Lorsque Rei fit un mouvement pour l'attraper, Makoto éclata de rire et se sauva rapidement. Rei retourna auprès de Ami, écarlate et frustrée.

« Elle ne perd rien pour attendre, » maugréa t-elle, avant d'apparaître tout à fait misérable lorsque l'autre jeune femme éclata de rire. « Ami ! »

« Je suis désolée, » s'excusa son amie entre deux gloussements. « Tu aurais dû voir ta tête ! »

« Je n'ai jamais fait état de votre vie privée, même quand j'ai su que certaines choses étaient arrivées entre vous et vos copains ! »

Ami haussa un sourcil.

« Je me souviens très distinctement quand l'année passée tu as taquiné Mako sur le fait que Motoki avait dormi chez elle, parce que tu savais je ne sais comment que justement ils n'avaient pas seulement dormi, ce que nous n'avons su que des jours plus tard. »

Rei fit la moue.

« Ok. Mais elle l'avait cherché ! »

« Ce n'est pas faux. Alors, Minako et toi, vous avez bien dormi ? »

« Pas toi ! » se plaignit Rei, rougissant effroyablement de nouveau. « Je ne parlerai pas de ça ! Ma vie privée est privée, merci. Ou on pourrait parler de Nephrite et toi ? »

Ami rit un moment avant de se reprendre.

« Ok, c'est vrai. Je suis tout à fait d'accord. Mais c'était si bien de vous voir si proches toutes les deux, enfin. Je reprends les mots d'Usagi en disant que vous étiez adorables toutes les deux. »

« Laisse-moi deviner, nous avons été le sujet de vos commérages dès que nous avions le dos tourné. »

« Bien sûr ! » remarqua Ami en riant face au grognement qu'émit Rei. « Les garçons s'y sont donnés à cœur joie ! Motoki et Mamoru sont presque pire qu'Usagi, tu sais. »

« Génial. »

« Minako l'a bien vu, et je crois que ça l'amusait beaucoup. »

« Bien sûr, » dit Rei en secouant la tête. « Ca ne m'étonne pas du tout. »

Elle s'installa plus confortablement et songea à ces vacances qui avaient mal démarré mais s'étaient superbement finies. L'arrivée très mal venue de ce psychopathe dans leur vie avait paradoxalement permis aux deux femmes de se rapprocher en très peu de temps et d'enfin laisser tomber les barrières entre elles. Elle avait aussi poussé Minako à partager des choses avec Rei qu'elle ne lui aurait peut-être pas dites avant longtemps et qui expliquaient beaucoup de ses décisions.

Si seulement Minako n'avait pas eu à partir pour des semaines pour sa tournée… Bien sûr, Rei était heureuse pour sa petite amie et sa carrière, mais elle devait avouer que leurs coups de fil (souvent tard la nuit de la part d'une Minako très espiègle) auraient prochainement du mal à combler l'absence. Elle se sentait liée à l'autre femme d'une façon très étrange depuis ses visions et ces vacances, et l'idée qu'elle serait bientôt à Kyoto pour son entraînement et que Minako serait toujours plus ou moins sur les routes lui serrait le cœur.

« Rei ? »

« Hmm ? » demanda la jeune femme en sortant de ses pensées et en posant le regard sur une Ami plus sérieuse, et plus soucieuse.

« Finalement, tu as parlé à Minako de ta vision ? »

L'image de sa propre tombe envahit l'esprit de Rei, qui contrôla habilement sa réaction.

« Non. »

Ami soupira doucement.

« Tu devrais lui dire. »

« Les choses sont compliquées. Pendant les vacances chez Monsieur Aino j'ai appris certaines choses… et je ne voulais pas en parler alors que tout allait si bien. Et puis… »

Rei hésita. Elle avait besoin de parler, mais elle ignorait quelles en seraient les conséquences.

« Rei ? Qu'est-ce qu'il y a ? »

« Avec la résolution des meurtres ma vision s'est enfin éclaircie et j'ai pu comprendre. »

« Comprendre quoi ? »

« Que ce que je voyais était faussé et n'était qu'un reflet de la vérité. »

« Alors ce n'était pas votre futur ? »

« Si, » protesta Rei faiblement, la gorge serrée. « Seulement ce n'était pas celui que je croyais. »

« Je ne comprends pas. »

« Aiko… n'existe pas. C'était… c'était des fragments d'autres visions greffées à la vision que je ne pouvais encore comprendre ou accepter, » dit-elle, ne sachant comment l'expliquer à Ami autrement.

« Alors cette vision, c'était quoi ? » demanda Ami prudemment, sentant sans doute en Rei une partie des réponses.

« La tombe, c'était… c'était la mienne. »

Ami resta silencieuse un moment.

« La tienne ? »

« Je voyais par les yeux de Minako, et pas par les miens. Ce que je ressentais, le vide, la douleur, le désespoir… ils n'étaient pas miens. »

Pâle, Ami hocha la tête.

« C'est logique, en fait. Minako et toi vous étiez enfin rapprochées et comprises, tu étais prête à voir votre futur commun alors la vision s'est mise en place. Et… Non. On peut sans doute l'empêcher. Je veux dire que tu as empêché nombre de tes visions de s'accomplir avant, non ? »

« Je vois le présent ou le futur très proche, il est très rare que je puisse changer quoi que ce soit. »

« Mais cette vision est celle d'un futur de plus d'une décennie ! Tu ne l'aurais pas reçue si tu ne pouvais la changer. »

« Il est possible que j'ai reçu cela pour une autre raison que celle de sauvegarder ma vie. Peut-être que… je dois faire autre chose. »

« Tu sais comment ça arrivera ? »

« Mon cœur. »

Ami encaissa le choc, puis hocha la tête d'un air déterminé. Elle prit la main de Rei dans la sienne et plongea son regard dans le sien.

« On trouvera un moyen pour éviter cela. Je surveillerai ta santé au fil du temps, je serai ton médecin. On s'est battues contre la fin du monde, et on se battra contre ça. »

Ses yeux emplis de larmes brûlantes, Rei ne put qu'hocher la tête et sourire à son amie, impressionnée de la voir si forte et quelque part rassurée par ses mots et son aura brillante.

« Merci. »

« Je crois qu'il faut vraiment que tu en parles à Minako, tu sais. »

« Je comptais aborder le sujet à son retour. Elle a d'autres choses à penser en ce moment. »

« Ok. »

Rei inspira longuement et réussit à reprendre le contrôle sur elle-même. Depuis qu'elle avait compris, les cauchemars avaient cessé, tout comme les horribles émotions de souffrance ne la hantaient plus. Tout semblait presque rentré dans l'ordre.

L'ennui, c'était que Rei savait à présent qu'il y avait des chances qu'elle n'atteigne pas ses 32 ans. Elle restait décidée à croire en la vie et à profiter du temps qui lui était donné, et peut-être que c'était cela qu'elle était censée faire.

Elle songea à l'image de Minako, brisée et en larmes sous la pluie, et fronça les sourcils.

Son inquiétude première allait vers la femme qu'elle aimait, et elle avait même considéré cesser leur relation durant les vacances avant de s'apercevoir qu'elle ne pourrait jamais briser cette connexion entre elles et qu'elle ne pouvait abandonner et rendre les armes avant même d'avoir cherché à se battre.

Elle le devait à Usagi qui les avait tous sauvés, le devait à ses parents et à son grand-père, le devait à la vie elle-même.

Et avant tout, elle le devait à Minako.

Et elle se battrait. Elles se battraient ensemble, comme toujours.

Et elles ne seraient pas seules.

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