Fin Alternative
Epilogue 2
Promets-moi que si ça arrive, tu vivras. Que tu continueras. Que tu retrouveras la joie. Promets-moi.
La mort était quelque chose d'étrange.
Quelque chose de froid. Quelque chose d'effrayant. Quelque chose d'inconnu et d'inévitable. Certains la recherchaient quand d'autres s'évertuaient à la fuir.
Minako Aino connaissait ces deux sentiments. Elle était aussi la seule personne au monde à connaître intimement la mort, car elle était la seule à en être revenue. Elle savait donc qu'elle n'était pas toujours inévitable.
Non, la mort ne l'était pas.
En revanche, le destin, lui, l'était. Insensible, injuste, glacé et incontournable.
Minako Aino, qui personnifiait la déesse de l'amour et de la lumière, n'avait dans le cœur et l'âme que haine et tourments. Elle haïssait la vie, haïssait l'injustice, et haïssait plus que tout le destin qui lui avait arraché la moitié d'elle-même malgré tous leurs efforts pour le modifier.
On ne modifiait pas le destin. On l'acceptait.
L'ennui était que Minako n'avait jamais été du genre à simplement accepter, à se plier à des règles qui ne lui convenaient aucunement.
Le soleil se couchait. Son mobile sonnait, encore et toujours. Comme souvent, elle n'y répondit pas et observa la lumière pâle embrasser les toits européens avant de s'éteindre.
Elle était comme cette lumière que le temps imperturbable effaçait lentement, si lentement que la conscience humaine ne pouvait s'en apercevoir avant qu'il ne soit trop tard.
Elle leva son verre, un toast amer et tremblant, but le reste de l'alcool et laissa le cristal se briser au sol à ses pieds.
Cela faisait un an jour pour jour que la vie lui avait arraché Rei.
Malgré sa vision, malgré leur prudence, elles n'avaient pu empêcher le destin de s'accomplir. On ne pouvait contrer son propre futur.
Alors quand Minako avait ressenti cette douleur immense et ce vide glacé l'envahir une année auparavant juste alors qu'elle retournait dans leur propriété, elle avait su avant même de passer la porte qu'elle arrivait trop tard. Elle avait trouvé Rei au sol de leur salon, et Rei n'avait plus jamais posé ses magnifiques yeux sur elle car ses yeux avaient été grands ouverts sur le vide, Rei ne lui avait plus jamais parlé car sa voix douce et chaude s'était éteinte avec elle, Rei ne l'avait plus jamais embrassée car ses lèvres s'étaient glacées et figées en même temps que son souffle.
Rei était morte malgré tout, et Minako vivait alors qu'elle aurait dû mourir à 14 ans. Parfois, dans ses pires instants de solitude, celle qui avait un jour été une idole se surprenait à songer qu'il aurait été mieux qu'elle reste morte. Et dans ces moments douloureux, elle se souvenait de ses 12 années partagées avec Rei, du bonheur et de la paix, de l'amour, et elle ne regrettait plus rien.
Mais avoir de nouveau à affronter la vie seule alors qu'enfin elle avait réussi à faire confiance et avait connu l'amour et la famille, se retrouver si violemment sans son âme sœur alors qu'elle avait expérimenté une telle osmose et un tel bonheur était le pire des châtiments possibles. Avoir à continuer sans Rei était un enfer de souffrance et de désespoir.
C'était impossible.
Son téléphone sonna de nouveau. Minako n'avait plus mis un pied au Japon depuis qu'elle l'avait quitté après avoir dit adieu à Rei. Ses amis essayaient toujours de la faire revenir parmi eux, de l'aider, de lui réapprendre le goût de vivre.
Minako ne s'en sentait pas la force, et alors que le temps avançait il emportait avec lui sa lumière, sa force, sa vie.
Et sans amour, sans lumière, l'enfant de Vénus ne pouvait survivre.
Promets-moi.
« Pardonne-moi, Rei. »
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