La Fiancée de l'Alséide
Chapitre 6. Blessures Secrètes
Les jours qui suivirent furent sombres et difficiles, et je pus voir à quel point les hommes de Dilandau pouvaient lui être dévoués. Ce furent eux qui le soignèrent, eux qui encaissèrent ses sautes d'humeur… avec une patience qui me décontenança.
Moi, je restais à l'écart de cette souffrance. Dilandau refusait de me voir. Il refusait que je m'approche à moins de cinq mètres de lui. J'imagine qu'il voulait me cacher son visage mutilé, et cela me troublait. Pourquoi cela le gênait-il tant… n'étais-je pas l'un des ses hommes, après tout ?
Pour éviter de l'irriter, je passais mes journées dans le hangar, avec mon Alséide. J'entretenais ses rouages, je pansais les plaies de sa carapace, j'aiguisais ses griffes… Je passais tant de temps avec lui, que j'avais même fini par lui parler. Parfois même, je lui chantais des chansons terriennes, les plus stupides qui pouvaient me passer par la tête.
Les autres soldats se contentaient de passer près de moi, sans même me regarder. La solitude commençait à me ronger. Seul Chester s'attardait parfois et hasardait un sourire. Un bien timide sourire. Il semblait être le seul à ne pas craindre le monstre que je semblais être aux yeux de tous les guerriers de Zaïbacher.
Chester… je me souviendrai toujours de cette nuit où la solitude avait eu raison de moi et m'avait conduit dans le hangar, au creux de mon Alséide. Cette nuit où j'avais surpris tes soupirs et ceux de Guimel dans un coin d'ombre.
- Promets-moi de ne rien dire au commandant Dilandau… je t'en prie… il… il considérait ça comme un signe de faiblesse…
J'avais observé ces deux enfants solitaires et perdus comme une mère. Je les avais surpris dans leur quête désespérée de chaleur et d'affection dans un monde ravagé par la guerre. Et je m'en voulais.
- Je ne dirai rien… vous avez ma parole… Dilandau n'en saura rien…
Ils s'étaient inclinés à mes pieds, comme si leur vie dépendait de moi, avant de s'enfuir.
Et j'étais restée seule. Seule face à mon propre manque de chaleur et d'affection. Ce manque qui m'avait suivi d'un monde à l'autre, sans que je puisse rien y faire. Cette faiblesse, qui me poursuivait même dans ma nouvelle destinée. Jusque dans l'armure de l'Escadron du Dragon, et qui se faisait plus intense encore depuis que j'avais été mise à l'écart du groupe, et je le compris plus tard, de Dilandau.
- Seule… je suis seule…
Des larmes avaient coulé le long de mes joues, et je m'étais réfugiée au creux de mon Alséide, avant de m'endormir d'un étrange sommeil.
Le lendemain matin, Chester vint me trouver dans le dortoir, alors que je revêtais mon armure. Il m'annonça que Folken désirait me voir, et ne fit aucune allusion aux événements de la veille. Je l'en remerciai en secret, et prit la direction de la grande salle à l'écran.
Folken m'y attendait. A mon arrivée, il esquissa un sourire qui me parut presque chaleureux. En un mot, suspect.
- Tu n'as pas l'air dans le meilleur de ta forme…
- J'imagine que vous ne m'avez pas fait venir ici pour prendre des nouvelles de ma santé…
Son regard se fit sombre.
- Le roi de Fanélia, Van Fanel, a trouvé refuge à Pallas, la capitale du royaume d'Astria…
- Voilà qui devrait intéresser Dilandau…
- J'entretiens depuis plusieurs années des relations diplomatiques avec le Roi Aston, le souverain d'Astria… et je pense qu'il sera enclin à nous livrer le dragon, Escaflowne, ne serait-ce que par peur de faire de Zaïbacher un pays ennemi au sien…
- En quoi cela me concerne ?
Je me rendis compte que j'éprouvais une réticence vis à vis de Folken, que je n'avais juste là pas encore remarquée. Il dut le sentir et son ton se fit plus dur.
- Je dois m'entretenir avec le roi Aston à Pallas, et j'aimerais que tu m'accompagnes…
- Moi ? Mais pourquoi…
Le regard que me lança à ce moment précis le général en chef des armées de Zaïbacher me parut vaguement hostile.
- J'ai la conviction que tu as un autre rôle à jouer que celui de « fiancée de l'Alséide »… je sais que tu feras pencher le destin en ma faveur par ta présence à Pallas…
- « Fiancée de l'Alséide »… ?
Qu'est-ce que cela signifiait ? Folken ne semblait pas décidé à me formuler de plus amples explications.
- Des vêtements civils t'attendent dans ton ancienne cellule… mets-les et rejoins-moi ici… je ne veux pas que tu m'accompagnes vêtue de cette armure…
- Mais… je ne vous ai pas dit si j'acceptais de vous accompagner…
J'étais décontenancée. Je ne parvenais pas à m'imposer. C'était comme si ma fulgurante assurance m'avait soudain lâchée. Comme si mon ancienne personnalité gagnait du terrain un peu plus chaque jour.
Je ne parvenais pas à me l'expliquer. Mais quelque chose me disait que Folken connaissait une partie de la réponse… et que si je voulais m'en approcher, je devais accepter de l'accompagner à Pallas.
Et puis, il y avait la curiosité. J'avais très envie de découvrir à quoi ressemblait une ville de Gaïa.
Alors, je quittai la pièce et me dirigeai vers mon ancienne cellule. Sur le lit, je découvris une robe blanche délicatement pliée. Je la revêtis, plutôt satisfaite de quitter ma lourde et encombrante armure. La légèreté du tissu sur ma peau me donna une incroyable sensation de liberté et de fraîcheur. Au pied du lit, j'aperçus les bottes qui allaient avec, et les enfilai. Elles m'arrivaient en dessous du genou, juste au niveau où était coupée la robe.
Je frissonnai un peu en reprenant le chemin du couloir. Au moment où j'allais pénétrer dans la salle, les échos d'une dispute me firent reculer.
- Folken, on peut savoir à quoi tu joues avec cette fille… Elle est l'un de mes hommes, je te rappelle… Elle est sous mes ordres, et je refuse qu'elle t'accompagne à Pallas…
- L'Empereur Dornkirk a repéré un nouveau bouleversement dans le déroulement du Destin… il pense que cela vient d'elle… il se pourrait qu'un nouveau Destin l'attende, et je crains que la guerre n'en fasse pas partie…
- Je me fiche de tes histoires de sorcier, Folken… tu ne m'enlèveras pas le plus doué de mes hommes…
A ce moment, je me décidai à entrer. Dilandau et Folken se tournèrent vers moi. Le jeune commandant pâlit. Folken sourit ironiquement.
- Le plus doué de tes hommes… décidément, Dilandau, tu es encore plus aveugle que je ne le pensais…
Je lus dans les yeux de mon supérieur le reflet d'un malaise que je me refusai à analyser.
Le trajet vers Pallas fut l'un des plus éprouvants de ma vie. Une calèche nous attendait au pied de la forteresse. Folken me tint la porte, tandis que je montais en refusant son aide.
La route était cahoteuse, et la cabine empestait une odeur que je me refuse encore à identifier, qui devait provenir de l'étrange animal qui la propulsait. La forte nausée qui me tortura durant le voyage m'empêcha de profiter réellement du paysage des campagnes d'Astria qui environnaient Pallas.
Au bout d'un temps qui me parut incroyablement long, j'aperçus la mer, et le long de la côte, une ville qui avait toutes les caractéristiques d'une cité médiévale terrestre.
Encore ce primitivisme, qui faisait tant contraste avec les technologies de Zaïbacher. Je me demandai alors à quoi pouvait bien ressembler la capitale de l'empire. J'avais beaucoup de mal à me l'imaginer, mais quelque chose me disait que le destin m'y mènerait un jour.
La calèche nous arrêta près d'un petit pont en bois, à l'orée de la ville. Quelques paysans qui passaient par là nous jetèrent un regard interloqué, que je leur rendis.
- On se croirait revenus plusieurs siècles en arrière dans l'histoire de la terre… fis-je plus pour moi-même qu'à l'attention de Folken.
Celui-ci ne releva d'ailleurs pas ma remarque et s'enfonça dans les rues de la ville, dans lesquelles régnait une agitation prodigieuse. Des odeurs mélangées, plus ou moins agréables, emplirent mes narines. Des couleurs, des flashs d'un autre temps. Des sons et des voix si étrangers à ceux que j'avais connus jusqu'à alors.
Décrire toutes les images qui se bousculèrent devant mes yeux lors de mon court passage à Pallas serait impossible.
Je retiendrais juste la lourde porte du palais, par laquelle un garde nous fit entrer discrètement. Très discrètement même, tout en me jetant un regard empli de curiosité.
L'intérieur du château était richement décoré. Des tapis et des tapisseries décoraient les murs, et une légère senteur parfumée emplissait chaque pièce que nous traversions.
On nous conduisit dans la salle du trône, où une assemblée d'hommes pompeusement habillés et coiffés nous attendait. Avec une classe extraordinaire, qui en disait long sur son expérience de diplomate, Folken s'inclina face à un gros homme, que je pris pour le Roi Aston.
- Je l'imitai, et remarquai les murmures qui accompagnèrent mon entrée.
- Seigneur Folken… fit le gros homme d'un ton intéressé. Qui es-donc cette jeune fille, et que fait-elle ici ?
- C'est ma compagne… je souhaite qu'elle assiste à notre entrevue…
Je rougis bien malgré moi, plus par colère qu'autre chose. J'étais frustrée de me voir réduite à ce rôle.
- Elle me paraît bien jeune… observa le roi. Quel âge a-t-elle ?
- Quinze ans… répondit Folken sans hésitation.
Je ne me rappelais pas lui avoir donné mon âge. Le roi Aston émit un petit rire qui me déplut.
- Pourquoi avoir amené ta compagne… cette réunion est officielle… ce n'est pas une affaire de femmes…
- Je sais, mais je tiens à ce qu'elle soit présente… cette condition n'est pas discutable…
Le ton déterminé de Folken sembla faire un grand effet sur l'assemblée.
- Bien… j'imagine que tu as tes raisons… mais tout de même…
A ce moment, un homme vint chuchoter à l'oreille du roi. Celui-ci fronça les sourcils et annonça sombrement.
- Le chevalier Allen est arrivé… Dois-je le faire entrer ?
Folken acquiesça, et les lourdes portes de la salle s'ouvrirent pour faire place au jeune chevalier. Dès que je le vis, je ne pus m'empêcher de serrer les poings.
Lorsque son regard croisa le mien et celui de Folken, il pâlit.
- Allen… commença le roi d'un ton paternaliste. Le Seigneur Folken prétend que tu aurais attaqué sa forteresse…
- C'est lui qui nous attaqué en premier… il a fait brûler notre forteresse, et fait enlevé Van Fanel, le roi de Fanélia, qui était sous ma protection…
- As-tu des preuves de ce que tu avances ? Es-tu sûr que ce sont les Zaïbacher qui t'ont attaqué…
Allen serra les dents et me fusilla du regard.
Je ne pus m'empêcher de sourire. Des preuves, il n'en avait pas. Voilà pourquoi Folken semblait si sûr de sa victoire.
- Nous sommes disposés à oublier ce petit malentendu et à conserver de bonnes relations avec nos alliés Astriens… enchaîna Folken. Si vous nous livrer Escaflowne et son pilote…
C'était le coup de grâce pour Allen. A partir de cet instant, le destin sembla réellement peser en la faveur de Zaïbacher. J'ignorais si cela était dû à ma présence ou non, même si c'était ce que semblait croire Folken.
Il déclina l'invitation à déjeuner du roi Aston, et quitta la salle du trône.
- J'attends votre décision au plus vite, Roi Aston…
Je le suivis, non sans avoir jeter un dernier regard en direction d'Allen. Un regard victorieux et rempli de mépris.
Un regard qui n'était pas vraiment le mien.
J'aurais voulu m'attarder un peu plus à Pallas, mais Folken glissait sur les pavés, impassible, indifférent à la foule qui l'entourait. Alors je m'efforçai d'enregistrer toutes les scènes étranges qui se jouaient autour de moi. Les visages des passants, tous plus insolites les uns que les autres. Des enfants, des vieillards, des soldats, des marchands ambulants, des ménestrels… Je vis même un homme chat, qui achetait des babioles à un étalage. Beaucoup se retournaient à mon passage, et je les entendais murmurer des paroles inquiètes et hostiles, à travers lesquelles résonnait le nom de Zaïbacher.
Je remarquai alors que ma robe était différente de celles que portaient les femmes de Pallas. Sans doute sa coupe était-elle typique de l'empire. Sans doute était-ce elle qui m'avait trahie.
En tout cas, ces réflexions m'encouragèrent à marcher le plus près possible de l'ombre de Folken, qui s'enfonçait dans une petite ruelle sombre. Il me sembla entendre des pas derrière nous, mais lorsque je me retournai, je ne vis personne.
La calèche nous attendait toujours de l'autre côté du petit pont. Folken me faisait monter dans la cabine, lorsque j'entendis une voix l'appeler.
- Frère !
Il se retourna. Je reconnus le roi de Fanelia, qui l'observait du haut du pont. C'était sans doute ses pas que j'avais cru entendre. Il avait du nous suivre depuis le palais.
Pourquoi appelait-il Folken « frère » ? Possédaient-ils un lien de parenté, ou alors était-ce ainsi que s'adressaient les hommes entre eux sur cette planète ?
La voix de Folken résonna tristement.
- Es-tu décidé à m'accompagner, Van ?
Le jeune garçon serra les dents. Je ne lui trouvai aucune ressemblance avec Folken. Mais cela m'importait peu. Mes doigts s'enfoncèrent dans le cuir du fauteuil de la calèche. Une rage subite venait de me submerger.
Il était si près. Il aurait été si facile de l'atteindre. Si seulement j'avais eu une arme, j'aurais pu me venger…
Mais me venger de quoi au juste ? A ce moment précis, je ne me posai pas la question.
- Van, as-tu réfléchi à ma proposition…
Le jeune homme serra les dents.
- Van, rejoins-moi, ensemble nous aiderons Dornkirk à bâtir un monde sans guerre et sans haine… je sais que c'est ce que tu veux… ton destin est de te battre à mes côtés…
Cette phrase résonna étrangement à travers la campagne d'Astria. Van sembla hésiter un instant. Quelque chose me disait qu'il était prêt à accepter la proposition de Folken, pour une raison qui m'échappait. Quelque chose me disait que Folken manigançait quelque chose à l'insu de Dornkirk. Pourquoi voulait-il rallier l'ennemi à notre cause ? Etait-ce pour mieux s'emparer du dragon mécanique… d'Escaflowne ?
A cet instant, un éclair déchira l'air. J'aperçus la fille du nom d'Hitomi, qui surgit derrière Van et le plaqua au sol, au moment où une lame allait s'abattre sur lui.
- Dilandau… pensai-je aussitôt en levant les yeux vers la forteresse.
Le visage de Folken se décomposa.
- Folken, est-ce que c'est ça que t'ont appris les Zaïbacher ? cracha Van en se relevant, aidé de la fille.
- Je t'assure que je n'y suis pour rien…
Il serra les dents, tout en remontant dans la calèche.
- … mais à quoi bon me justifier maintenant, tu ne me croirais plus…
La calèche démarra. Je jetai un regard en arrière. Des soldats venaient d'arriver sur le pont et encerclaient à présent Van et la fille. Le Roi Aston n'avait pas tardé à retourner sa veste…
- Ce Dilandau… siffla Folken avec une rage contenue. J'étais presque parvenu à mes fins…
- Alors c'est ça… le roi de Fanélia est votre frère… c'est pour ça que vous vous acharnez tant à le faire capturer…
- Ce n'est pas lui qui m'intéresse, c'est son Guymelef, Escaflowne… et il est le seul à pouvoir l'activer…
Je lus dans son regard que ce n'était qu'une partie de la vérité.
- Je suis désolé que tu aies assisté à cette scène, Maïa…
Un silence pesant accompagna le chemin du retour.
La nuit commençait à tomber, lorsque nous atteignîmes la forteresse.
Lorsque je revêtis l'armure de l'escadron du Dragon, dans la solitude de la cellule, un étrange sentiment me submergea.
Je me sentais enfin moi-même. J'étais de retour parmi les miens.
Je regardai la robe posée sur le lit, comme une chose étrangère et inconnue. Dehors, les étoiles commençaient à pointer dans le ciel.
Je décidai de rentrer à la caserne.
Comme je m'en étais doutée, Dilandau m'attendait, recroquevillé sur la chaire de la salle au lion doré.
- Je commençais à me demander si tu allais revenir un jour…
Sa voix était amère. La mienne retrouva l'assurance qui m'avait tant fait défaut ces derniers jours.
- Les robes de parade, ce n'est pas vraiment mon truc…
Il soupira, ironique.
- C'est Folken qui sera déçu… lui qui semblait porter tous ses espoirs en toi…
Il se leva et fit émerger la lame de son épée.
- Puisque tu es enfin redevenue toi-même, nous allons pouvoir poursuivre ce que nous avions commencer…
Je sortis mon épée juste à temps pour repousser sa première attaque.
- Ta formation est encore loin d'être terminée…
La confrontation fut d'une violence inouïe. Jamais encore Dilandau n'avait dépensé autant de rage et d'énergie dans un simple duel d'entraînement. Je sentis qu'il m'en voulait de quelque chose, mais j'ignorais au juste de quoi.
Je redoublai de force et d'adresse afin de lui renvoyer toute cette violence à mon tour. J'avais besoin de me défouler, d'expulser tous les doutes qui se bousculaient dans mon esprit, d'oublier…
J'allais frapper pour l'énième fois, le visage ruisselant de sueur, lorsqu'il me lança une réflexion qui me fit perdre mes moyens. Plutôt inattendue.
- Tu me hais, n'est-ce-pas ?
Mon épée valsa et vint s'écraser plusieurs mètres plus loin. Le bruit du métal résonna comme une cloche dans mon crâne.
Le choc m'avait fait tomber à la renverse. Son épée caressait mon visage. Son regard brillait dans le néant tel un brasier.
- Tous mes hommes me craignent… mais toi, tu me hais…
Il s'agenouilla près de moi. Je pouvais sentir son souffle sur mon front. Ses doigts se resserrèrent autour de mon cou. Je déglutis.
- Que faut-il que je fasse, pour que tu me craignes…
Un large pansement recouvrait sa blessure. C'était la première fois que je voyais son visage d'aussi prêt depuis que Van lui avait déchiré la joue.
- Tu ne peux plus craindre un visage comme celui-là, n'est-ce pas ?
Sa voix tremblait.
Il me parut différent. Ou alors, peut-être était–ce mon regard qui était différent.
A quoi pensait-il à cet instant précis ? Avait-il eu l'intention de m'étrangler ? Cherchait-il à me faire peur ?
Quoi qu'il en soit, la pression sur mon cou se relâcha, et il se laissa tomber sur le dos, contre le sol froid, en soupirant. Sa respiration était sifflante, douloureuse.
Je compris alors à quel point cette blessure le faisait souffrir. Quelque chose me disait qu'elle avait ranimé des démons enfouis depuis longtemps en lui.
Je me demandai quels genres de démons pouvaient hanter le diable…
Nous restâmes ainsi pendant de longues minutes, allongés l'un à côté de l'autre, sans dire un mot. Sans parvenir à trouver un quelconque réconfort.
Jamais de ma vie je ne m'étais sentie aussi seule…
