La Fiancée de l'Alséide

Chapitre 25: Le Dernier Combat

Tous. Ils étaient tous partis. Tous les soldats du campement. Gorde, Jajuka... ainsi que tous ceux dont j'ignorais le nom.

Le livre serré contre ma poitrine, je traversai le camp désert pleurant de désolation, et me dirigeait vers une petite colline qui surplombait la plaine sur laquelle devait se jouer le destin de Gaïa. Au loin, vers l'horizon, la citadelle de Zaïbacher s'élevait, crachant ses fumées toxiques comme un poison. Son odeur pestilentielle s'étendait à travers le champ de bataille, excitait la haine et la rancoeur...

A perte de vue, les Guymelefs des royaumes de Gaïa écumaient la plaine rocheuse, telle une armée d'apocalypse, prêts à partir à l'assaut de leur ennemi commun, l'Empire Zaïbacher. Le démon qui gangrenait Gaïa.

C'était du moins ce qu'ils s'imaginaient. Ils pensaient qu'avec la chute de Zaïbacher, s'achèverait toute guerre et tout tourment sur Gaïa. Mais ils ignoraient que le démon de la guerre sommeillait en chacun d'eux, et menacerait encore, longtemps après la disparition de l'Empire, la paix de la planète. Tout comme le démon qui était en moi menacerait à chaque instant de s'éveiller à nouveau... le tout était de savoir le reconnaître à temps, de l'accepter, et de s'en faire un allié. Une force positive.

Un ami.

Je m'agenouillai, le livre serré contre moi, et attendit que le dernier combat commence. En balayant l'horizon, je reconnus les armées d'Astria, et celles de Fleid. Je cherchai du regard Escaflowne, mais je ne le vis pas.

Devant moi, sous la colline, les armées de Zaïbacher s'apprêtaient elles aussi à partir à l'assaut. Perdu dans la masse, l'Oréades rouge de Dilandau et celui de Jajuka.

Jajuka. Le fidèle Jajuka, qui jusqu'au bout, aura protégé et veillé Serena, sans jamais douter un seul instant que je la ramènerai chez elle.

Fallait-il que je le rejoigne. Que je participe au dernier combat du démon... que je pilote à nouveau l'Alséide... ou devais-je rester spectatrice de ce combat...

Ma "mission" était-elle terminée, ou ne faisait-elle au contraire que commencer...

Quelque part au fond de moi, je savais que Dilandau était déjà vaincu, et que Serena ne tarderait plus à réapparaître. A chaque seconde qui passait, elle brisait encore un peu plus la coquille qui l'emprisonnait. Je pouvais sentir sa force. Sa force qui prenait peu à peu possession du corps et de l'esprit de Dilandau.

Fallait-il l'aider à sortir de sa coquille... ou bien attendre que sa renaissance se fasse d'elle même...

Fallait-il abréger au plus vite la souffrance de Dilandau... ou bien le laisser disparaître lentement, comme un soupir...

Tu le sais. Tu sais au fond de toi ce qu'il faut faire...

Un murmure tourbillonnait autour de moi. Une main immatérielle et protectrice se posa sur la mienne.

Celle de Chester.

Ramène-la, Maïa. Ramène-la chez elle. Ne la laisse pas seule.

Il souriait. Son visage était paisible. Si paisible.

Ramène-la chez elle. Et alors, nous pourrons rentrer chez nous, enfin. Tous les enfants perdus.

Des silhouettes spectrales m'entourèrent. Réunis autour de moi, les Chevaliers du Dragon étaient venus, eux aussi, disputer leur dernier combat.

- Mais où irez-vous... murmurai-je. Vous n'avez nulle part où aller... vous n'avez pas de famille... vous êtes orphelins...

D'un geste fluide, Chester me désigna le livre de conte. Comme si j'avais deviné ses pensées, je l'ouvris. Comme emportées par une force inconnue, les pages se mirent à tourner seules sous mes yeux émerveillés, et s'arrêtèrent sur la dernière gravure.

Celle qui représentait la petite fille perdue, entourée des enfants de Gaïa, de retour à la maison, enfin.

- Grâce à toi... fit Chester. Nous aurons un endroit où aller...

Alors, je compris. Je compris tout, enfin.

D'un bond, je me levai. Et aussitôt, les fantômes disparurent.


Un vent violent balaya la plaine. Alors, la voix de l'Esprit d'Atlantis résonna en moi comme une révélation.

Les rêves peuvent se réaliser par delà les mondes et le temps... tel est la puissance d'Atlantis.. tel est le pouvoir qui sommeille en chaque être humain... nous avons tous le pouvoir de matérialiser nos rêves...

Le vieillard ailé apparut face à moi. Comme animé d'une vie propre, le livre mystérieux s'échappa de mes mains, et se mit à flotter à travers l'espace.

Ce livre est une création de notre peuple, et comme toutes les créations atlantes, c'est un lien entre les mondes... entre les êtres... c'est un conte, un conte atlante...

- Une vieille légende de Gaïa... enchaînai-je, répétant mot pour mot ce que Jajuka m'avait expliqué, il y a de cela quelques jours. Une éternité...

Le vieillard sourit. Le livre se déposa entre mes mains.

L'histoire peut encore se réaliser, Maïa... et la fin ne dépend que de toi... à présent...

Sans plus hésiter, je me précipitai vers le campement.

Adossé contre un arbre, dans la pénombre, un Alséide m'attendait.

- Tous... déclarai-je en forme de serment. Nous rentrerons tous chez nous...

Je me fondis dans l'Alséide.

Et glissait vers la plaine.

Vers le champ de bataille.


La charge venait d'être lancée.

Partout autour de moi, les Alséides s'envolèrent à la rencontre de leurs ennemis. Les voix des pilotes résonnaient à travers la cabine, haineuses et cruelles. Aveuglées par le démon de la guerre.

- Zaïbacher vaincra !!

A présent, je ne partageais plus cette haine. A présent, le démon n'avait plus aucune emprise sur moi.

La plaine avait des allures d'apocalypse. De tous côtés, les hommes tombaient. S'entretuaient. Souffraient…

Se haïssaient.

Je cherchais du regard l'Oréades de Dilandau. Mais je ne le voyais nulle part.

Trouve-le, Maïa. Trouve-le.

La voix de Chester me guidait, m'encourageait à poursuivre la lutte.

J'écumai le champ de bataille à la recherche de Dilandau, volant suffisamment haut pour qu'aucun guymelef ne puisse m'atteindre, guettant le moindre projectile qui aurait pu m'atteindre.

Mais personne ne me vit. Personne ne fit attention à moi.

C'était comme si je n'existait pas. Comme si je n'étais qu'un fantôme.

A mes pieds, des hommes hurlaient, blessés. Je fermai les yeux, afin de ne pas les entendre. Afin de les oublier.

Cette souffrance. Toujours cette souffrance. Il fallait que tout cela cesse.

J'augmentai la puissance de l'Alséide, et filai de plus en plus vite à travers la plaine.

Attention, Maïa !

La voix de Chester balaya mon esprit comme un raz de marée. Je me figeais.

Je pouvais sentir la peur. La peur de Chester.

Abrite-toi, Maïa. Vite !

Sans chercher à savoir quel danger il venait de ressentir, je m'abritai dans la grotte d'une colline rocheuse surplombant la plaine, pressentant quelque chose d'horrible.

Et cela vint.

Un sifflement horrible balaya la plaine. Une intense lumière blanche m'aveugla. Sa répercussion sembla atteindre Gaïa toute entière, et fit trembler mon âme.

Un terrible pressentiment m'envahit.

J'entendis les cris. Les cris des autres soldats à travers la cabine.

Tous. Ils étaient tous en train de mourir.

Je regardai vers la plaine, et découvrit le plus horrible panorama qu'il m'ait été donné de voir.
Tous. Tous les guymelefs. Tous les soldats. Quels que soient leur nation. Ils avaient été balayés. Anéantis par une force qui avait tout l'air d'être une bombe.

- Qui... bégayai-je, horrifiée. Qui a bien pu utiliser ça...

Je serrai les dents.

- Fous... ils sont tous devenus fous...

Je sortis de mon abri et glissai vers la plaine, plus déterminée que jamais à retrouver Dilandau. A ramener Serena chez elle. Loin de toute cette folie.

Autour de moi, c'était la confusion la plus totale. Les survivants du cataclysme, encore choqués par ce qui venait de ce se produire, n'avaient pas eu le temps de reprendre leurs esprits. De réaliser l'étendue du désastre.

Le pouvaient-ils seulement...


Combien de temps s'écoula avant que je ne retrouve enfin Dilandau. Je suis incapable de le dire. Il me sembla errer pendant des heures, à travers les ruines et les cadavres de cette plaine désolée, avant que l'ombre de son Oréades ne recouvre la mienne.

Il avait survécu. Le démon avait survécu au cataclysme. Mais comment pouvait-il en être autrement ?

Comme toujours, il se battait. Les soldats de tous les royaumes de Gaïa venaient d'être décimés, mais pourtant, il continuait de se battre. Les survivants continuaient tous de se battre contre Zaïbacher, comme des pantins aveugles.

- Dilandau...

J'allais l'appeler, mais quelque chose m'en empêcha.

Un bruit étrange.

Je vis une lueur. Une lueur qui provenait de Zaïbacher.

Un éclair vert balaya la plaine. Un vert apaisant. Etrangement apaisant...

Durant une fraction de secondes, les soldats survivants cessèrent le combat, paralysés par la surprise.

- Qu'est-ce que c'est que ça… murmurai-je. Serait-ce…

Oui… fit une voix à travers mon crâne. C'est elle. La Sphère du Bonheur Absolu. La force qui exauce les rêves des hommes… La même force que celle qui nous a détruite.

Je levai les yeux. Flottant au-dessus de mon Alséide, L'Esprit du Peuple d'Atlantis, contemplait le triste spectacle qui s'offrait à lui.

L'homme descendu de la Terre est finalement parvenu à son but… Il a réactivé notre machine… quelle folie…

Une peur terrible grimpa en moi.

A présent… annonça l'Ange. Ils vont se détruire, eux aussi…

- Mais pourtant… criai-je, en proie à la panique. Je croyais que cette machine pouvait exaucer les rêves des hommes… en utilisant et en canalisant la force de leurs esprit combinés… !

Justement… répliqua l'Ange. Voici leur rêve… un rêve qui fut également le nôtre...

Il désigna la plaine, en proie à un chaos indescriptible.

Gagnés par la panique et la haine, les survivants s'entretuaient, les anciens alliés s'entretuaient, se retournaient les uns contre les autres, au lieu de mettre fin à la boucherie. Chacun voulait la victoire.

Sa victoire.

- Comment… bégayai-je. Comment peuvent-ils rêver de se détruire…

L'Esprit du Peuple d'Atlantis sourit sombrement.

Souviens-toi, Maïa il n'y a pas si longtemps, cela a bien été ton rêve, à toi aussi…

- Oui… me défendis-je. Mais maintenant, j'ai appris à connaître le démon qui m'habitait… j'ai appris à le maîtriser… Pourquoi n'en feraient-ils pas autant ?

L'Ange soupira.

Il reste un espoir… il reste Hitomi Kanzaki…

- Hitomi est revenue sur Gaïa… ?

Il ne répondit pas.

En ce moment même, elle livre un combat contre le démon qui habite Gaïa… Espérons que la puissance de son esprit, cette même puissance qui l'a menée jusque Gaïa… surpasse la volonté du démon…

- C'est donc ça… murmurai-je. C'est donc ça la raison de sa présence ici…

Il déploya ses ailes, prêt à disparaître.

Toi aussi, Maïa, tu peux faire entendre ta volonté… Toi aussi, tu peux chasser le démon… le chasser à tout jamais… si tu le souhaite vraiment… à présent, tous les rêves te sont permis…

Il prit son envol et s'évapora dans l'atmosphère.

Je sus alors exactement ce que j'avais à faire.


Je cherchai l'Oréades de Dilandau, à travers les cadavres et le chaos qui régnait à travers la plaine. Une odeur infecte infestait mes narines, mais je poursuivais mes recherches, inlassablement, priant pour que le Destin me conduise jusqu'à mon but.

Alors, j'aperçus Escaflowne, à quelques mètres de moi. Sa blancheur spectrale me fit l'effet d'une apparition surnaturelle dans ce décor d'apocalypse.

Mon instinct me dit que c'était là que je trouverais Dilandau.

Et il ne me trompa pas.

L'Oréades rouge surgit face à Escaflowne. Le rêve de Dilandau allait pouvoir se réaliser : il allait enfin pouvoir tuer Van.

Et je devais l'en empêcher, à tout prix…


Sa voix rauque résonna à travers toute la plaine, comme un tremblement de terre. Un tremblement de terre qui s'apprêtait à tout détruire sur son passage.

- Ma guerre à moi n'est pas terminée, Van….

Il allait charger, mais Van le précéda dans son attaque, et le repoussa violemment.

Quelque chose me disait, que cette fois, Dilandau n'aurait pas le dessus sur Van. Mais je n'osai pas interférer entre les deux géants. Je me serais faite écraser comme un vulgaire insecte.

Je me sentis impuissante.

Dilandau chargea une nouvelle fois. Avec une puissance incroyable, Escaflowne déchira la carapace de l'Oréades rouge, qui s'aplatit contre le sol, en soulevant des torrents de poussière, avant de tomber dans l'inertie.

- Dilandau !!

Cette fois, je ne réflechis plus. Je courrai vers l'Oréades, sans me soucier d'Escaflowne.

Lorsqu'il me vit, Van s'immobilisa.

Sans réflechir, je m'éjectai hors de la cabine de l'Alséide, et le laissai retomber, inerte, derrière moi.

- Encore toi... cracha Van.

Je m'agrippai à l'Oréades, cherchant à extraire Dilandau de la carapace. Celui-ci tentait de se relever, afin de repartir au combat. Encore.

- Arrête, Dilandau !! Tu n'es pas obligé de continuer à te battre !! Tu n'es pas obligé de haïr… je t'en prie, arrête ! Arrête de haïr et de répandre la destruction… je t'aiderai… je t'aiderai à ne plus haïr… à nous deux, nous pouvons y arriver… oublier toute cette souffrance… Dilandau !!

Il sembla m'entendre. L'Oréades s'immobilisa.

J'entendis sa voix, irréelle, s'élever à travers l'espace.

- Maïa…

Une voix d'une douceur que je ne lui connaissais pas. Et qui n'était pas celle de Serena.

C'est alors qu'Escaflowne chargea. Et avec lui, la voix haineuse de Van.

- Mourrez, démons !!

Je fermai les yeux. Un éclair déchira le ciel.

Puis j'entendis une voix. La voix de Jajuka.

- Seigneur Dilandau !!!

L'Oréades de Jajuka venait de s'interposer entre Dilandau et Van.

Le protecteur de Serena avait pris, à la place de Dilandau, l'épée d'Escaflowne, en plein flanc.

Je laissai échapper un cri de désespoir, à l'unisson de Dilandau.

- Jajuka !! cria-t-il. Jajuka !!

Tétanisée par la scène qui se jouait devant moi, je restai figée sur place.

Les derniers mots de Jajuka, celui qui n'est pas humain, résonnèrent à travers la plaine.

Le souhait de Jajuka, son rêve… résonna en moi comme un adieu.

- Ca suffit maintenant, Dilandau !! Redeviens… redeviens la douce Serena !!!

L'Oréades de Jajuka s'écroula. Le sol trembla. Je ne pus réfréner mes larmes.

- Jajuka…


Des souvenirs. Des images se bousculèrent dans ma tête. Mes propres souvenirs. Les moments que j'avais partagé avec Jajuka... des moments si courts. Trop courts. Et pourtant si intenses.

Depuis le début, cela avait été comme si je le connaissais depuis toujours. Depuis des années. Comme s'il avait veillé sur moi... depuis que j'étais toute petite, sans même que je le sache.

A présent qu'il n'était plus, je me sentais perdue. Incroyablement perdue. Mais ce n'était pas vraiment mes sensations que je percevais à ce moment précis.

Non, pas vraiment les miennes...

- Jajuka... ne me laisse pas seule... Jajuka...

Ces mots... était-ce moi qui les avaient prononcés... ou bien quelqu'un d'autre...

Aujourd'hui encore, je l'ignore.

Je levai mes yeux embués de larmes vers le ciel.

Devant moi, Escaflowne s'apprêtait à charger à nouveau. Et il l'aurait fait, si le Guymelef d'Allen n'avait stoppé sa course.

Leurs épées s'entrechoquèrent. Un bruit de métal froissé résonna à travers la plaine.

- Allen…

Il était venu au secours de sa sœur. Au secours de Serena. Tout comme Jajuka.

J'étais la seule. La seule à être venue au secours de Dilandau. La seule pour qui il existait. Il existait vraiment….

- Je ne te laisserai pas le tuer, Van… !! cracha Allen d'une voix rageuse, que je ne lui connaissais pas.

- Il est dévoré par la haine... s'emporta le jeune roi de Fanélia. Je détruirai la haine qui ronge Gaïa...!! Je tuerai Dornkirk de mes mains !!!

- Dilandau est ma sœur ! lâcha Allen, de plus en plus agressif, comme s'il ne l'entendait pas. Peu importe si elle a été manipulée par Zaïbacher… Ses crimes sont mes crimes !!

- Tu plaisantes, Allen ?! répliqua Van, en se dégageant de l'offensive du chevalier d'Astria.
Si tu veux le tuer, tu devras d'abord me tuer... moi, le Chevalier Céleste Allen Schézar !

Le frère de Serena dressa son épée face à son ancien compagnon d'armes.

La réplique d'Escaflowne ne se fit pas attendre. Leurs épées se rencontrèrent avec une violence inouïe.

Nul doute qu'ils étaient prêts à se battre jusqu'à la mort... à s'entretuer, eux aussi, animés par le démon qui sommeillait au fond d'eux.

Etait-ce leur rêve, à eux aussi…

- Hitomi... ne pouvons-nous pas faire cesser toute cette haine... Hitomi...

Au moment où cette pensée me traversa l'esprit, la carapace de l'Oréades s'ouvrit.

Je reculai, à la fois terrifiée et angoissée.

Mon regard croisa celui de Serena.

Le rêve de Jajuka avait été exaucé.


Sans réfléchir, je tendis la main à Serena, et l'aidai à s'extraire du Guymelef de Dilandau.

Elle ne parut pas me reconnaître. A peine sortie de la cabine de pilotage, elle lâcha ma main, comme si je n'existais pas... et se dirigea vers Van et Allen, qui poursuivaient leur duel effréné.
Je m'apprêtai à la suivre, mais la main de Chester m'en empêcha.

Non, Maïa. Laisse-la. Laisse-la partir. A présent, c'est à elle de se souvenir. C'est à elle de décider si elle veut rentrer chez elle...

Elle resta longuement à les regarder, comme si elle cherchait à se souvenir… à se souvenir de quelque chose. Je restai à l'écart.

Un silence pesant envahit l'espace.

Puis enfin, la voix, la véritable voix de Serena s'éleva à travers la plaine.

Réelle, bien réelle.

- Frère !!

Allen cessa le combat. Son Guymelef s'immobilisa. Van en profita pour lui asséner un coup d'épée. Le coup d'épée fatal.

Mais quelque chose arrêta son geste. Une voix.

Celle d'Hitomi.

Arrête, Van !!

Aussitôt, sa volonté s'accomplit, et Escaflowne tomba dans l'inertie. Son épée tomba à terre, vaincue.

Arrêtez, tous !!

Partout à travers la plaine, les soldats entendirent la voix d'Hitomi. Et abaissèrent leur armes.
Telle était sa puissance. La puissance de l'envoyée du Destin.

- Serena !!

Allen venait de sortir de son Guymelef et rejoignit sa sœur.

- Grand frère… murmura-t-elle. Je voulais tant te revoir…

- Serena… fis Allen, au bord des larmes, en la serrant contre lui. Tu me reconnais, Serena…

Je m'agenouillai, épuisée par les événements qui venaient de se succéder.

- Van… cria Allen en direction d'Escaflowne. Ecoute ce que te dis Hitomi…

Il ajouta, avec un sourire.

- Elle t'attend…

Alors, Escaflowne se muta en Dragon, et s'envola en direction de la citadelle de Zaïbacher.

Hitomi avait vaincu le démon qui gangrenait Gaïa… le démon qui gangrenait Van. Tout comme Jajuka avait vaincu celui qui gangrenait Serena.

Grâce à la Sphère du Bonheur Absolu, son rêve avait été réalisé...

Et en voyant le Dragon caresser le vent, Serena laissa échapper une phrase que j'avais déjà entendue, il y a bien longtemps déjà.

- Regarde, Allen… Un Dragon… un Dragon blanc dans le ciel…

Partout à travers le champ de bataille, les soldats, les yeux levés vers le ciel, répétèrent, à l'unisson, les paroles de Serena.

Le symbole de leur innocence retrouvée…

Cette fois, le combat était terminé. C'était la fin de la guerre qui gangrenait Gaïa. La fin du combat de Dilandau et de Serena.

L'ange et le démon ne formaient plus qu'un… ils s'étaient réconciliés, enfin.