Chapitre 4

tout est à Lolita Pille, auteur de Hell et à J.K rowling, et à moi pour Necretia.

Je ne me suis pas encore présentée. Mes parents m'ont appelée Ella, et j'ai toujours haï ce prénom de petite fille sage et adulée que je ne suis pas. Pour mes amis, j'étais Elle, mais ça ne me plaisait pas plus, m'appeler comme la fille qui passe dans la rue, ou un magazine féminin ou un super-top model, ou celle qui a fait la bêtise.

Alors je me suis rebaptisée pour moi seule, et pour ceux qui comprendront.

Je m'appelle Hell ; je suis prédestinée.

J'ai toujours aimé la souffrance. Je me complaisais à exacerber mes déceptions, mes réflexions amères ; la communication boiteuse avec mes parents, l'incompréhension des autres enfants dans l'ensemble cruels et limités et avec qui je ne pouvais donc prétendre à aucune connivence, mise à l'écart qui se prolongea jusqu'à la fin de l'adolescence quand je compris qu'il valait mieux paraître en savoir moins que les autres et, à tout prendre, avoir l'air bête….

C'est à peu près à ce moment là que je commençai à pressentir que la vie était absurde, ce qui me fut confirmé par de nombreuses lectures, que je touchai du doigt le mal-être, que la question « à quoi bon ? » revint de plus en plus souvent et me parut intolérable, les diverses corruptions de l'être humain en qui je voulais croire, le trou noir de l'avenir qui amènerait inéluctablement la mort, et le véritable trou noir, et d'autres réflexions du même ordre contre lesquelles je ne cherchais même pas à me débattre.

Puis je me suis fait avorter. Je n'ai rien ressenti d'abord, qu'une forme abjecte de satisfaction de voir se réaliser cette intuition que j'étais fait pour souffrir.

Et cet étonnement : je ne souffrais pas.

La prise de conscience eut lieu devant ce magasin de vêtements pour enfants, quelques heures après l'opération. J'eus le souffle coupé, l'impression qu'une gerbe d'étincelles éclatait dans ma tête…

La crise qui suivit m'effraya moi-même.

Non par sa véhémence, mais parce qu'elle «était incontrôlable.

Par un paradoxe étrange, la contemplation de mes émotions m'avait mise à l'abri des souffrances que j'appellerai tangibles, parce qu'elles ont une origine définie, j'étais une machine à ressentir, pleurant quand je voulais pleurer, riant quand je voulais rire.

Mais la douleur occasionnée par la perte de cet enfant n'était pas contrôlable, et ses manifestations ne m'étaient pas intelligibles ; par exemple, ce qui me fait le plus de mal quand je pense à lui, c'est de ne pas savoir où regarder, et de regarder le ciel.

J'avais dix-sept ans à ce moment-là, quand j'ai compris que la souffrance n'était pas qu'un moyen d'échapper à la platitude, d'accéder au sublime.

Pourtant, ce n'est pas cette épreuve et la douleur qu'elle me causa et me cause encore qui ont fait de moi ce que je suis.

J'ignore tout de ce désespoir hurlant contre lequel je ne peux rien.