Chapitre 5
Tout est Lolita Pille, J.k Rowling, et Necretia à moi.
Cette nuit dans Pré-Au-Lard, la moitié de la ville à sauté, Le ministère est pris de panique et paralysée, le monde entier s'inquiète et il a raison car… NOUS SOMMES TOUS MORTS DANS L'EXPLOSION.
-Bip ! Bip ! Bip !
Je sursaute. Ma main émerge des draps et se referme sur cette foutue machine de moldu :
-JE DORS ! Hurlai-je avant de raccrocher violemment.
Dix minutes plus tard, j'émerge. C'est-à-dire que je me remets à penser distinctement. Ce soir c'est dimanche, et je hais les dimanches. Je dis ce soir, et pas aujourd'hui, parce qu'il est déjà cinq heures de l'après-midi,, que je viens de me réveiller et qu'il fait NUIT puisqu'on est en novembre, le mois où les journées finissent avant que la mienne commence. J'ai donc perdu une journée de ma vie, ça m'énerve, en plus, le dimanche, il n'y a rien à faire, et en novembre il fait FROID, ça y est, je suis de mauvaise humeur.
J'essaie de me lever, tentative infructueuse, toutes les parties de mon corps se liguent pour demander grâce. Hier soir, je me suis laissé embarquer dans une after pathétique après la party et je suis rentrée chez moi à huit heures du matin. Là, j'ai fais tomber l'espèce de potiche monstrueuse qui gâchait mon entrée et qui ne la gâche plus puisqu'elle est en mille morceaux, le hic, c'est qu'elle coûtait très cher et tout ce boucan a réveillé mes parents qui ont hurlé à cause de l'heure, les yeux défoncés, la potiche et je leur ai dit qu'on en parlerait demain, puis je suis allée dormir ça j'en avais grand besoin.
J'appelle donc l'elfe de maison et je lui demande de vérifier si mes parents sont présents. La réponse est négative, je n'ai plus qu'a me doucher et m'habiller en speed, puis à m'éclipser avant qu'ils ne rentrent et qu'un drame éclate.
Il est huit heures, je suis enfin prête et j'ai de la chance
, beaucoup de chance qu'ils ne soient pas encore arrivés. Je porte un jean, des bottes, un pull noir sur lequel est écrit : « P.B » en cristaux swarowski et ma veste en cuir, je ne suis pas maquillée, je n'ai pas eu le temps et je file dans le couloir car le taxi m'attend en bas depuis dix minutes.
Ce soir on dîne au Coffee et le rendez-vous était fixé pour huit heures.
J'entre dans le restaurant, je suis la dernière et Necretia, Lydie, Laetitia, Chloé, Sibylle, Pansy et Charlotte se mettent à gueuler en même temps parce qu'elles m'attendent depuis une demi-heure, et qu'elles ont faim, elles m'ont déjà commandé un club et si je ne suis pas contente c'est la même chose, je n'ai qu'à arriver à l'heure, merde.
Je m'installe ne mentant, mes parents auraient tenté de me séquestrer pour me punir de briser les potiches, mais je me suis échappée par la fenêtre en volant sans balais comme Peter Pan.
Personne ne me croit et, de toute façon, un grand silence se fait car le serveur vient d'apporter les plats, et je constate que Chloé est habillé exactement comme moi, avec le même haut « P.B », ce qui m'exaspère, heureusement elle porte une pochette monogrammée, alors que la mienne est en cuir-épi.
La voix de Pansy m'arrache à ces méditations élevées, la bouche pleine de crostini, elle raconte aux filles l'after mémorable qu'elles ont ratée hier soir.
Nous avons atterri à quatre heures du mat chez un ami de son oncle, décorateur très en vue, qui fêtait son anniversaire dans son splendide château, la soirée avait commencé à dix heures du soir et, quand nous sommes arrivées, cinquante personnes bourrées et défoncées déambulaient dans l'appart une bouteille à la main et cassaient tout, le célèbre décorateur en tête. Ivre mort, celui-ci n'arrêtait pas de hurler : « Il ne faut pas construire, il faut détruire !»
-Puis on a retrouvé Benji le fou sans Cynthia, ton père, Sibylle, avec Vincent, Chris, A, et ce Français de trente-cinq ans super beau gosse, Julian.
Ils étaient dans un état… On s'est isolés dans un des salons et Julian a mis deux grammes sur la table. Ils ont tapé quelques lignes, puis Hell s'est levée et a soufflé sur la coke en gueulant que c'était pas bien, et en deux secondes il ne restait plus rien. Tout le monde voulait la tuer mais ton père s'est interposé, Sibylle, et personne n'a plus rien dit pendant que Hell hurlait de rire sur le canapé, puis elle s'est redressée, et elle a fait son procès à tout le monde, elle a traité Vincent d'embrouilleur et de gros sang de bourbe, elle a dit à Benji qu'il finirait à Azkaban, que sa meuf était une pute et qu'elle avait taillé sa première pipe pour dix mille à l'âge de quatorze ans, à Chris qu'il allait crever d'une overdose, à Julian que tout Londres savait qu'il avait acheté sa gonzesse, et qu'ils étaient tous grotesques, à dix huit ans, avec leurs vestes en cuir et leurs lunettes teintées, à sortir tous les soirs, et elle répétait « Voldemort, Voldemort » et « vous crèverez seuls, tous autant que vous êtes », ton père nous a emmenées, Sibylle, et nous a raccompagnées.
-C'est avec mon père que vous faites vos afters, maintenant ?
-Non Sibylle, dis-je, pas avec ton père, avec ton père et ton mec.
Sibylle se renfrogne et n'a rien à répondre.
Puis Pansy demande à Sibylle ce qu'elle fout avec Vincent, ce sale gigolo qui la plumera jusqu'au dernier sou.
-Arrête, l'interrompt Necretia, il ne lui a rien volé…
-Merci, Necretia.
-Laisse-moi finir, Sib, il ne t'a rien volé pour l'instant, ni argent, ni bijoux, ni tableau, il se contente de se faire inviter à dîner quatre fois par semaine, de conduire le ML de ton père et tu ne lui as offert qu'une affreuse veste FK qui t'a coûté la bagatelle de vingt mille gallions.
-C'était son anniversaire.
-Et alors, rétorqué-je, on se connaît depuis dix ans et tu ne m'as jamais fait de cadeau à vingt mille, je le prends très mal.
-Il court après ton oseille, Sib, intervint Chloé, c'est classique, pas dix balles et des goûts de luxe, t'as vu sa montre ?
- A ce propos, regardez ma nouvelle Boucheron, dit Lydie la bouffonne, mais personne ne l'écoute.
-J'ai un scoop, reprend Pansy, vous savez qui la lui a offert, son horrible JackDay pleine de diams, Bree Malefoy !
Je sais, dit Sibylle, il est sorti avec elle, mais il l'a quitté parce qu'elle l'a beaucoup déçu.
-Y a de quoi être déçu, une montre à cent plaques.
-C'est pas possible, elle à des prix chez Kerll ?
- C'était un cadeau d'adieu ?
-Tu fais pas le poids à côté, avec ta pauvre veste à vingt mille.
-Arrêtez de me saouler, éclate Sibylle, moi, en attendant, j'ai un mec !
-Excuse-moi, j'en suis pas encore à payer les mecs, répartit Necretia.
-Et d'ailleurs, continue Sibylle qui commence à s'énerver franchement, je préfère dépenser des fortunes pour Vincent que de courir après des cinglés comme Hell, ou d'être une pauvre nympho comme toi, Lydie, quant à toi, Pansy, tu fais la maligne, mais parlons-en des Malefoy, parce qu'il y a Bree qui offre des Kerll à tout va, mais il y a aussi son frère, Drago, qui t'a baisée puis t'a jetée comme une pute !
-C'est quoi cette histoire, Pansy, demandé-je, tu ne m'en as jamais parlé de ce Drago ? Je ne savais pas que Bree avait un frère ?
Elles me dévisagent, toutes, incrédules :
-Tu ne connais pas Drago Malefoy ?
Ca sort de leurs sept bouches comme une seul cri.
-Et voilà, Hell, dit Necretia sur un ton navré, à force de sortir tous les soirs et de n fréquenter que des sales mecs de boîte, tu n'es plus au courant de rien, tu ne connais que ton Cabaret, ta boîte ; tes vieux dégueulasses « qui t'amusent », A, B et tous tes copains drogués. Drago, c'est juste le mec le plus beau et le plus frais des Pur-Blood, le mec dont rêvent toutes les petites connes, que personne n'a eu et que personne n'aura jamais.
-Mais pourquoi?
-Parce qu'il est taré, me répond Necretia, encore plus taré que toi. J'ai entendu des histoires démentes sur son compte des gonzesses à qui il a fait des trucs incroyables…
-Raconte.
-Un soir en boîte, il attrape Cynthia, il la raccompagne, il monte chez elle et il ne la touche même pas. Elle ne comprend pas, va prendre une douche, lui demande de la rejoindre, il refuse, elle sort de la douche à poil, elle se jette sur lui, elle essaye de le déshabiller, rien à faire, au bout d'une heure, il lui dit qu'il doit y aller et il la laisse en plan. Il la rappelle le lendemain et lui dit qu'en fait, elle lui a fait perdre ses moyens, qu'il la kiffe et qu'il veut dîner avec elle.
Il lui donne rendez-vous au Butterfly, à l'époque, ça venait d'ouvrir et, pour ne pas aller la chercher, lui dit qu'il a cassé sa Porsche. Résultat : il n'est même pas venu, il dînait au Trois Balais avec tous ses copains pendant que la pauvre fille était comme une conne. Elle l'a attendu jusqu'à minuit puis elle est allée voir aux fontaines s'il y était. Il y était, bien entendu, et elle s'est mise à lui hurler dessus... Lui faisait semblant de ne pas la voir, de ne pas la connaître et ce soir-là, devant elle, il a attrapé Angelina Lardcker et s'est barré avec. La pauvre Cynthia les a poursuivis jusque devant la boîte, en larmes, et elle suppliait Dray de lui expliquer pourquoi il faisait tout ça, il paraît qu'elle s'est carrément accrochée à la portière de la voiture et qu'elle est tombée par terre quand il a démarré.
-Le salaud !
Je n'en reviens pas. J'adore.
-Mais ce n'est pas fini, reprend Necretia, dans la voiture, il explique à Angelina qu'il est sous médoc, donc qu'il a des problèmes de libido et qu'il a besoin d'un certain contexte pour réussir à bander. Cette salope d'Angelina lui promet de faire tout ce qu'il voudra pourvu qu'il la saute, Dray l'emmène donc aux Chandelles, il descendent dans les salons, il la motive, il lui file un peu de coke, et il lui explique qu'elle doit y aller avant lui, qu'il faut qu'il mate un peu pour réussir à bander, il la lâche en pleine partouze, puis il se casse et retourne aux fontaines. La fille est devenue folle.
Angelina Lardcker est une espèce de bombe atomique refaite de partout, elle roule en Porsche et s'habille exclusivement chez DarkSusane. Je la déteste.
-Eh, dit Chloé, et la fille qu'il a laissée menottée au radiateur pendant tout un week-end, c'était qui ?
-Quoi ! M'exclamé-je.
-C'était Isolde, la sœur de Chris, elle était folle de lui et disait qu'elle était prête à tout pour baiser avec lui. Alors un soir, il l'appelle, il lui dit de venir chez lui, il la pécho puis il dit qu'il ne la baisera que menottée au radiateur, elle finit par accepter, il l'attache, puis il se rend compte qu'il n'a plus de clopes, alors il part a la tête de sanglier et, en chemin, il rencontre un de ses potes qui partait en Transylvanie.
-Et ?
-Il est parti en Transylvanie, il y a passé le week-end.
Isolde est resté menottée au radiateur, à poil, pendant deux jours, sans rien manger, c'est l'elfe de maison qui l'a trouvée le lundi matin.
-Elle n'a pas porté plainte ?
-Non, c'est ça le pire, elle était amoureuse de lui, elle n'a pas voulu porter plainte.
-Et Chris ?
-Chris voulait le tuer, il l'a coincé place de la baguette, devant chez Goyle et c'est Drago qui lui a cassé la gueule.
-Mais pourquoi il fait ça ?
-J'étais à Hogwarts avec lui, intervint Laetitia, et un jour il m'a dit, je cite : Je n'aime personne et je ne fous rien, je ne veux pas tenter de me distraire, ou de m'occulter la vérité, la vie est une saloperie, et chaque seconde de lucidité est un supplice.
Je souris.
-Et toi Pansy, qu'est-ce qu'il t'a fait ? En fait, tu peux t'estimer heureuse qu'il t'ait baisée, ce n'est pas donné à tout le monde.
-Je refuse de parler de ce connard. Je lui souhaite la mort, je le déteste.
Puis elle a dévié la conversation, nous avons comparé la puissance de nos baguettes, nous avons débattu de la mode des bas résilles, qui selon Charlotte était complètement has-been, ce qui a désespéré Laetitia qui venait d'acheter les Carabosse à mailles larges, et quelle montre valait-il mieux se faire offrir par nos parents pour nos dix-huit ans ? La fourrure, signe extérieur de cruauté, ne devait se porter qu'avec un dégoûtant Yorkshire, plus personne n'allait à Hogwarts et une nouvelle famille vient de s'installer.
-Bon, qu'est-ce qu'on fait ? S'impatiente Necretia.
Nous avons fini de dîner depuis une demi-heure, et nous avons vidé trois bouteilles de rosé, il est temps de décider ce que nous allons faire ce soir, la moitié d'entre nous penche pour le théâtre, l'autre irait plutôt prendre un verre. Après dix minutes de Chamailleries sans résultat, Necretia décrète qu'on ira au théâtre, PUIS prendre un verre, et personne ne moufte.
On s'entasse à huit dans le ML du père de Sibylle, qu'elle conduit sans permis, et on remonte l'avenue, la musique à fond, en chantant et hurlant, nous allons voir une prestation de Tristan et Iseult et Sibylle gare la voiture sur le trottoir.
Il y a dix mètres de queue, mais nous avons pris les places par hiboux, il ne nous reste plus qu'à passer devant tout le monde et à payer.
Quand nous arrivons dans la salle, c'est le commencement, et tout le monde se retourne en criant « chut » car nous faisons beaucoup de bruit.
Au moment où nous prenons place, Necretia me montre une rangée tout au fond en pouffant de rire, et je me retourner et j'aperçois A, avec une blonde pas terrible, Benji le fou, la pauvre Cynthia, Julian, Chris, et toute la bande qui me regardent de travers et comme pétrifiés, excepté A, qui n'a aucune raison de m'en vouloir. Je lui fais un signe de la main et lui demande comment ça va, il sourit.
Puis des appels fusent de toute part, des connaissances se lèvent et viennent dire bonjour, et ceux qui ne se lèvent pas nous téléphonent, nous sommes en R3, Necretia jette des dragées surprises de Bertie Crochu sur une fille qu'elle n'aime pas, nous terrifions les profanes (profanes : ne sont pas de notre monde, ne comprennent pas que, dans un théâtre, salle de spectacle ou l'on fait jouer des acteurs à des fins divertissantes et non sociales, une trentaine de personnes puissent se connaître. Ils ne comprennent rien à notre social, ils ignorent que Voldy est social, il ne fallait pas aller au théâtre à Pré-Au-Lard-Nord), ils se lèvent à leur tout, crient « chut, et « bande de petits cons », se rassoient, puis l'effervescence retombe et chacun regagne sa place.
Plus jamais, le théâtre le dimanche, dis-je à Necretia, qui acquiesce, et nous constatons que la pièce a commencé depuis au moins cinq minutes.
Minuit et demi, je sors du théâtre en me jetant sur une cigarette, la pièce était un abominable navet, nous sommes toutes d'accord, à part Lydie, qui a adoré.
C'est normal, c'est une conne. Personne n'a envie de dormir et nous décidons d'aller prendre un verre au Trois Balais.
C'est alors que Pansy éclate de rire, prend mon bras, se met à chanter et m'entraîne dans son délire, le contrecoup des trois bouteilles de vin sans doute, je la suis-je ne sais pas pourquoi, et nous virevoltons grotesquement sur le trottoir devant le théâtre quand soudain une Porsche noire surgit de la rue de la Mornille et manque de nous renverser, elle est immatriculée 750NLY75, et mon cœur se met à battre sourdement.
La voiture freine dans un bruit d'enfer et recule, la vitre s'abaisse lentement et un ange apparaît.
Décidément, je te vois toujours dans des états…Je te ramène ?
Je ne fais ni une, ni deux, je m'empare de la poignée, je m'engouffre dans la voiture et nous filons sur Pré-Au-Lard à une allure certainement illégale.
-Je ne sais même pas comment tu t'appelles.
-Comme tu veux…
-Ca commence bien.
-Tu préfères pas savoir où j'habite, je croyais que tu me ramenais?
Il arrête la voiture, coupe le moteur et se tourne vers moi.
-Comment-tu-t'apelles ?
-Je m'appelle Hell.
-Comme l'enfer ?
-Exactement, absolument.
Il redémarre.
-Drago.
-Pardon ?
-Tu as très bien entendu.
Tout s'éclaire soudainement, le visage livide de Pansy quand je suis montée dans la voiture, l'impression au dîner que ce Drago, avec ses discours nihilistes et son inégalable perversité ne m'était pas totalement inconnu – le contraire aurait été étonnant dans le monde où nous vivons – et l'exaltation que j'ai ressentie deux mois auparavant, avenue des Gallions, alors que je venais de subir le pire, cette exaltation que ma culpabilité m'avait fait réprimer, au point de rayer de ma mémoire cette rencontre, et qui ressurgit avec violence, cette exaltation en parfait accord avec ce que semble inspirer le personnage qu'on m'a décrit.
-J'ai mauvaise réputation, pas vrai ? dit-il.
Depuis une minute, depuis, en fait, qu'il m'a révélé qui il était, j'ai les yeux dans le vague et je ne dis rien.
-Si tu savais, réponds-je.
Il ne le dit pas tout de suite, il attend quelques secondes, puis se tourne vers moi en souriant à peine :
-Toi aussi.
Puis il me demande si j'ai faim et, à ma réponse négative, il m'explique l'extrême pudeur qui tempère son indubitable encire de rester en ma compagnie, aller vers les autres est tabou dans notre société, et il faut dissimuler les penchants les plus désintéressés sous d'égoïstes prétexte ou, encore mieux, de noirs desseins pour ne pas passer pour un con : me faire croire qu'il chercher seulement quelqu'un, n'importe qui pour l'accompagner dîner, ou pire qu'il avait envie de baiser, que je me suis trouvée là, et que j'ai fait l'affaire, tout, plutôt qu'avouer qu'il est attiré, intrigué par moi, que ça fait deux mois qu'il ne peut s'empêcher de penser nuit et jour à cette rencontre éclair devant chez Baby Carabosse, et que c'est providentiel de m'avoir trouvée là, dans cette rue noire, un dimanche à minuit, et de m'avoir enlevée. Puis il ajoute que je ne peux être sûr de rien de ce qu'il dit, que c'est à moi de choisir, et je le regarde dans les yeux en disant que je meurs de faim.
Il récupère l'avenue Gauche et se gare devant une lourde porte en bois sculpté. Un videur, grand escogriffe l'air mal luné, passe la tête, Drago doit être un habitué des lieux car Cerbère esquisse presque un sourire à sa vue.
Il nous fait entrer. Un bouge, un misérable troquet.
Une pièce minuscule, basse de plafond, où sont disséminés quelques mafieux de bas étages, flanqués de putes déchues. Nous prenons place, je dévisage les personnes présentes. Des cas sociaux. Les hommes ont le visage figé en un rictus amer. Un gros à bajoues, deux putes mal blondies, les seins dans l'assiette, me fixent, hébétés. L'une vieille, marquée par la mauvaise vie, abîmée. L'autre a l'air si jeune…
La mère et la fille ? La maquerelle et sa victime ?
La musique est sinistre. Devant les cuisines, deux voyous sans âge se disputent une liasse tachée de billet étrangers et s'insultent en Allemand. La scène de deuxième zone. Je commande un carpaccio et des clopes. Il se fait apporter une bouteille de vodka. Tentative de se mettre dans l'ambiance ? Je croyais qu'il avait faim. Je ne comprends pas pourquoi il m'a emmenée là. Ca pue la décadence. Je touche à peine à mon carpaccio, et mes bonnes manières détonnent.
La musique s'arrête. Que se passe-t-il encore ? Un règlement de compte, une partouze générale ? Je lève le nez de mon assiette. Au centre de la pièce, un affreux sorcier, muni d'une guitare à douze cordes, tend la main à la jeune qui rougit. Elle se lève, il plaque quelques accords, un violoniste surgi e nulle part lui fait un écho, un autre… E t j'entends la voix de la pute. C'est une chanson que je connais, une chanson russe, magnifique. La pute et le sorcier sont en complète osmose, et leurs deux chants mêlés ont des accents d'infini. Le lieu m'apparaît soudain complètement différent. Drago me sert et me ressert. Je suis pénétrée par la beauté inattendue du duo de ces deux paumés, je frissonne. Tout, jusqu'aux chaises vermoulues, prend un sens nouveau.
La chanson se termine, mon regard illuminé croise celui du sorcier. Il s'approche de moi.
-Vous chantez mademoiselle ?
Je décline la proposition. Il insiste. Les autres musiciens s'y mettent, Drago s'y met, tout le monde s'y met. Je suis coincée. Je me lève comme dans un rêve absurde, je m'empare du micro. On me demande si je connais le français, on me propose des titres, le seul que je connaisse est de Léo Ferré.
La lumière vacillante d'un projecteur vétuste se braque sur moi. Le silence s'est fait. Je suis le point de mire. Je contracte mes épaules nues, je tremble. La grandiloquence désuète de cette chanson si vraie et mon ivresse juvénile s'accordent à la perfection. Je titube sur mes bottes. Je me balance d'une jambe à l'autre. J'entonne le couplet :
-Avec le temps… avec le temps va, tout s'en va…
Je me compose un air languissant, ma voix prend des inflexions mélodramatiques.
-Avec le temps…
Je regarde Drago.
-Tout s'évanouit…
Il me fixe, et son regard me bouleverse.
J'ai réussi à m'emparer des clefs de l'atmosphère occulte de cet endroit peuplé d'esthètes déchus. Je suis une des leurs à présent.
-Avec le temps…on n'aime plus.
C'est fini. On m'applaudit. Je salue en souriant. Un sourire moqueur. A ma propre adresse.
Je me rassois au côté de Drago, il me sert une vodka. Aux tables voisines fusent des compliments. Ces gens que je ne regarderais même pas si je les croisais dans la rue. Je souris encore, avec reconnaissance.
Et le défilé se poursuit. Moi, je discute avec Drago, et je ne comprends pas le rapport entre lui et ces horreurs que Necretia m'a racontées.
On parle des restaurants qu'on préfère, de déco, il me dit qu'il aime l'Angleterre, qu'il ne pourrait pas habiter ailleurs, qu'il est allé à Hogwarts, et sa sœur à Durmstrang…
Je l'interromps et lui demande pourquoi il fait toutes ces misères aux filles, s'il est pédé, impuissant, s'il a des problèmes avec sa maman.
Il rigole et me dit que je suis une sacrée pétasse, je lui demande si je dois le prendre comme un compliment. Il répond que oui, car lui-même se considère comme un petit con, se revendique même en tant que petit con, ce qui est, d'après lui, l'alter ego masculin de la pétasse, de celle que je suis en tout cas, ou plutôt que je joue.
Je lui demande alors comment il définirait un petit con, il me répond qu'être un petit con c'est chercher par tous les moyens à exaspérer les gens ; occupation dont il fait un art de vivre. Puis il se met à m'expliquer que le vaste monde est composé à 99 pour cent d'imbéciles qui se prennent au sérieux, gonflés de suffisance et d'égoïsme dissimulés, que lui n'aime rien tant que de faire chier les imbéciles, les mystifier. Je l'interroge sur les moyens qu'il emploie ; il suffit, dit-il, de pas se prendre au sérieux, d'afficher un je-m'en-foutisme à toute épreuve, de tourner en dérision les Valeurs telles que l'argent, le statut social, le politiquement correct, il faut creuser les sujets tabous, affirmer tout ce qu'on cache, tout ce que les autres cachent, n'avoir honte de rien.
-Et j'aime persécuter des connes, toutes ces gonzesses inutiles qui croient que tout leur est dû parce qu'elles sont mignonnes, je ne fais que leur faire comprendre que le monde ne tourne pas autour d'elles.
Je suis sous le charme, j'ai l'impression de m'entendre. Jamais ressenti une empathie pareille avec qui que ce soit. Autour de nous, la salle s'est vidée, plus personne ne chante, je redoute le moment où il faudra partir et Drago se penche vers moi, et je n'ai qu'une envie, c'est de me laisser aller… J'ai un mouvement de recul, mon instinct, l'instinct d'envoyer chier tout le monde prend le dessus, je me dérobe, attrape mon sac :
-Faut que j'y aille, merci pour le dîner.
Il se décontenance à peine. Il sourit :
-Je t'en prie, à bientôt.
Je sors de l'endroit, j'inspire une longue bouffée d'air et j'exhale un mince nuage de fumée grise…
Je marche vers l'avenue pour attraper un taxi. Je m'arrête devant sa voiture… 750NLY75, ça me fait sourire. Et je me mets à danser dans la rue, à sautiller, je n'ai pas froid, j'ai le cœur qui bat à cent à l'heure et ça ne m'est jamais arrivé.
