Chapitre 7
Je rappelle que TOUT est à Lolita Pille, auteur de Hell. Ce n'est pas de moi. J'ai mixé ce roman avec les personnages et l'univers de J.K Rowling, puis y ai mis ma petite touche personnelle.
Encore un réveil difficile. Pendant dix minutes, je maudis toutes ces nuits blanches, ces verres superflus, ces cigarettes dont je n'avais pas envie, ces lignes de coke qui n'ont servi à rien, et je prend la résolution de ne plus jamais sortir, arrêter de boire, de fumer, me coucher plus tôt, ne plus manger que des sushis et des fruit frais.
J'allume une clope et la chaîne, j'ai encore les yeux fermés. Et soudain, le pire me revient en mémoire.
Je déjeune avec mes parents dans une heure.
Pourquoi moi, et pourquoi aujourd'hui ? Il faut se traîner jusqu'à la salle de bains et prendre une douche chaude qui ne soulage absolument pas mon mal de crâne, boire un verre d'eau, prendre trois comprimé, mettre un CD de Muse pour me secouer (inefficace), et tout faire pour avoir l'air présentable car déjeune quand même avec détenteur des cordons de la bourse au ministère et compte lui annoncer prolongation année sabbatique.
Séchage de cheveux, produits Nickel lendemains de fête, après minutieux examen dans armoire à glace exposée fenêtre, décide de garder lunettes noires pendant tout déjeuner.
Et merde, aujourd'hui, emploi du temps très chargé : avais pris rendez-vous chez Narita pour épilation, soin du visage, manucure, et avais promis à Sibylle de l'accompagner acheter de la coke car elle a peur d'aller voir son dealer toute seule. Appeler Narita avec voix mourante et annuler, filtrer Sibylle jusqu'à demain.
J'enfile une robe médiocre, je met mes lunettes, prends mon sac dans lequel je glisse des médocs, le Chicaneur, du maquillage, mon agenda et mon étui à lunettes, puis je part en courant car j'ai trois quarts d'heure de retard.
Chope taxi et vole comme l'éclair jusqu'au Trois Luxurieux où attendent parents sans doute déjà tendus.
-On vient d'arriver… vu qu'on t'avait donné rendez-vous à une heure, on s'est dit qu'en arrivant à deux heures moins le quart, on aurait le plaisir de ne t'attendre que dix minutes.
Je m'écroule plus que je ne m'assois. Je ne suis pas en état de repartir dignement à ce genre de remarques, mon esprit vogue et je scrute les plaques d'immatriculation des Porsche noires à travers la vitre…
-… commencer cette année un peu sérieusement, tu as déjà eu six mois de vacances, c'est trois mois de trop, n'oublie pas que ton avenir de joue et tu peux enlever tes lunettes de soleil quand je te parle ?
Je secoue négativement la tête.
On vient prendre la commande et je demande des cigarettes, l'idée seule de manger me donne envie de vomir mais, si je ne prends rien, ma mère va encore croire que je suis anorexique.
Je commande une soupe de crevettes coco citronnelle puis j'explique à mon père que je ne compte décidément rien faire cette année, que les Buses ça m'a crevée, que je me ferais virer de n'importe quelle école à cause de mes conneries, que le système scolaire ne me convient en fait, et qu'il faut que j'expérimente ce que c'est que le néant de ne rien foutre pour avoir réellement envie d'activité, ce qui s'avérera bénéfique à long terme et que rien, rien ne me fera changer d'avis.
Mon père est atterré, il proteste. Qu'il proteste.
Je ne touche pas à mon assiette, ce qui alarme maman, et ce que je redoutais a lieu, elle part en live :
-Tu ne manges rien, tu es malade ? Tu n'arrêtes pas de renifler, tu dois être enrhumée, tu devrais aller chez le médecin, tu veux que je te prenne rendez-vous ? Remarque avec la vie que tu mènes, ce n'est pas d'un médecin dont tu as besoin, c'est qu'on t'interdise de sortir, non mais tu as vu tes cernes, tu maigris à vue d'œil, tu es toujours dans les vaps, tu n'es pas anorexique, j'espère ?
-Non, c'est la drogue.
-Tu te trouves drôle ?
J'allume une quatrième clope et je bois un grand verre d'eau, j'ai mal à la gorge.
C'st à ce moment que je remarque que nous sommes assis à une table de quatre, il y a une chaise vacante à côté de moi. A qui est destinée cette chaise ?!??
Je crains le pire, et le pire se produit, Catherine entre dans le restau, tend son manteau à l'hôtesse.
Catherine est la meilleure amie de ma mère, et la haine que je lui voue est largement proportionnelle à l'affection injustifiée que lui porte maman ; Amanda Woodward sur le retour qui n'a pas compris que le style executive woman, c'est fini depuis les années 80, mal mariée, divorcée, pas d'enfants et qui projette sur moi, qui projette… Je la subis depuis dix-sept ans, à tous les dîners, pendant les vacances, elle me gâche tous mes anniversaires, à cause d'elle, je n'ai pas le droit d'être mangemort ; je la déteste !
Elle s'installe, elle me parle, elle me saoule, je ne suis pas en état de faire des efforts… alors je suis désagréable. Et la tempête éclate, mes parents donnent enfin libre cours à leur hystérie latente (en temps normal, ils sont trop bien élevés pour le faire mais là, j'ai manqué à la politesse la plus élémentaire, j'ai dit à ma presque seconde maman de ne pas me gonfler s'il te plaît), moi, j'ai mal à la tête : je préfère encaisser en silence jusqu'au moment où ça devient intolérable, j'élève la voix et je crie :
C'est ça, coupez-moi les vivres, j'irai me prostituer pour subvenir à mes besoins et vous serez contents !
Morts de honte devant les tables voisines d'avoir engendrés pareille tarée, mes parents se taisent enfin, et je peux m'allumer une clope, au calme.
Malheureusement, ce petit éclat n'est pas sans effet sur Catherine qui saute l'occasion d'exercer ses talents usurpés de psychanalyste ratée. Elle me questionne sans relâche, n'écoute même pas mes réponses monosyllabiques, se sert dans mes clopes, et je sens l'exaspération monter, je me contiens
-elle m'a offert un sac Carabosse pour Noël…
Ca y est. Elle s'attaque à mes rapports aux mecs : « Tu te souviens dans Pretty Woman, quand Vivian dit qu'on la surnommait l'aimant à minables »… Et elle m'applique son propre cas, en plus… Et elle me parle de mon père… Je me crispe. Besoin d'une cigarette, mais ses ongles rouge sang se referment sur la dernière, c'est la goutte.
-Ecoute Catherine, depuis que toi et tes semblables avez lu Freud, vous avez l'œil torve et la vision faussée. Le moindre objet contondant est un symbole phallique, la moindre voiture de sport un substitut phallique et l'engeance humaine ne « pense qu'à ça ». C'est Freud qui ne pensait qu'à ça, ce vieux pervers. On se fait analyser, c'est le dernier must-have, on analyse les autres, c'est du dernier casse-couilles.
J'en ai marre de me faire assener d'un ton péremptoire que je suis victime d'un « Œdipe mal géré », d'abord je suis une fille, pas un garçon, alors si j'ai mal géré quelque chose, c'est mon Electre, pas mon Œdipe, mesdames messieurs les apprentis psys distingués. Ah je suis amoureuse de mon père et je lui sauterais bien dessus si ce n'était pas mon père ? Pendant que tu y es, conseille-moi donc de lui piquer les clefs de sa Jaguar, de le renverser avec et de lui rouler dessus jusqu'à lui broyer les couilles, puis, armée du liquide séminal recueilli dans l'écrasement et de la force phallique que représente la grosse bagnole qui coûte cher, de violer virtuellement ma mère jusqu'à procréation de cette connasse d'Antigone. Parricide, inceste et lesbienne, j'aurai enfin exprimé tous mes fantasmes refoulés et serai, en plus, l'heureuse maman de ma petite sœur. Voilà.
Mon portable sonne à cet instant et me sauve. C'est un appel masqué et je formule un « allô » interrogateur mais je sais déjà qui est au bout du fil.
-T'es où ?
-Trois Luxurieux. Parents. Fini de déjeuner.
-Je passe te chercher dans cinq minutes.
Je prends mes affaires et je pars sans au revoir.
Dehors, il fait froid, je reste debout face au vent, offrant mon visage au fouet, simplement heureuse de l'attendre. Il s'arrête en double file et je monte dans la voiture.
-Qu'est-ce que tu veux faire ?
En temps normal je déborde d'imagination, mais en l'occurrence je suis prise de court, mon « ce que tu veux » est lamentable.
-Ce que je veux ? Tout ce que je veux ?
-Bien sûr que non.
-Je m'en doutais. Tant pis, si on ne baise pas, on va s'occuper comme on peut. C'est embêtant que tu aies déjà déjeuné, je meurs de faim.
-Je n'ai rien mangé.
-Allons déjeuner alors. Tu as envie de quoi ?
-D'italien.
Il prend le périph, il dépasse la porte féerique, que fait-il, il n'y a rien après la porte féerique ? Je pensais qu'il m'emmènerait au Relais du Moccador ou au Carpaccio du Royal Lutin. Les portes se suivent et le monde magique décline, Drago a mis la musique à fond, impossible de lui adresser la parole, nous filons à deux cents et les voitures s'écartent de la file de droite comme si nous leur faisions peur, je me laisse bercer par la vitesse, tout m'est égal, il pourrait m'emmener n'importe où. Il prend une autoroute qu'il quitte à la sortie Monde Moldu et je comprends tout à coup.
Nous sommes partis à Monaco en Falcon 50. Nous avons atterri à Nice, en France, où le chauffeur est venu nous chercher pour nous conduire chez Rampoldi. Nous sommes restés quatre heures à table, à boire des amarretto, je n'ai pas vu le temps passer, pas même remarqué que la nuit tombait, nous étions seuls au monde et j'étais fascinée.
Puis nous sommes repartis dans la 600, je n'ai pas voulu l'embrasser. Quelque part au-dessus de tout, je me suis endormie dans ses bras.
A minuit, il m'a déposée chez moi.
Le lendemain, nous sommes allés skier à Saint Moritz, le surlendemain j'ai attendu son coup de téléphone toute la journée. Il avait refusé de me donner le sien pour garder la main, et je me suis rongée jusqu'à dix heures du soir, heure à laquelle il vint me chercher pour m'emmener au casino de Deauville où nous perdîmes cinquante mille avec le sourire, le jeudi, il m'a emmenée faire du shopping à Milan, puis ce fut de nouveau la Côte et un dîner sur un yacht au large de Saint-Tropez. Plus les jours passaient, mieux nous nous entendions, mais mon obstination grandissait avec le temps, et je me refusais toujours à céder… Loin d'être déstabilisé, il restait calme, sûr de lui, jamais à court d'anecdotes ou d'idées. Mes refus l'amusaient et ça m'exaspérait.
Nous avions passé la semaine à écumer toutes les villes d'Europe, oubliant la plus belle. Samedi soir, relâche : pas de jet, pas de destination surprise, pas de moldus, nous avons dîné au Magic Orange Duck, d'un turbot et de beaucoup trop de chablis puis nous avons roulé dans Pré-Au-Lard pendant des heures, du Nord au Sud, et nous sommes descendus de la voiture pour admirer le château de Hogwarts.
Sur le chemin du retour, en passant devant les cafés, j'étouffe. J'ai une envie soudaine d'aller me promener dans les jardins de Malica La Magnifique. Nous discutons à ce moment là de notre vie d'enfants gâtés, trop de chablis m'est monté à la tête et je suis dans cet état d'esprit mourant où je déteste tout. Je marche, frissonnante, le regard errant sur les pavés, et je pense tout haut :
-On vit… comme des cons. On mange, on dort, on baise, on sort. Encore et encore. Et encore. Chaque jour est l'inconsciente répétition du précédent : on mange autre chose, on dort mieux, ou moins bien, on baise quelqu'un d'autre, on sort ailleurs. Mais c'est pareil, sans but, sans intérêt. On continue, on se fixe des objectifs factices. Pouvoir. Fric. Gosses. Sang pur. On se défonce à les réaliser. Soit on ne les réalise jamais et on est frustrés pour l'éternité, soit on y parvient et on se rend compte qu'on s'en fout. Et puis on crève. Et la boucle est bouclée. Quand on se rend compte de ça, on a singulièrement envie de boucler la boucle immédiatement, pour ne pas lutter en vain, pour déjouer la fatalité, pour sortir du piège. Mais on a peur. De l'inconnu. Du pire. Et puis qu'on le veuille ou non, on attend toujours quelque chose. Sinon, on se tuerait à coup de Avada Kedavra, on appuierait sur la lame de rasoir jusqu'à ce que le sang gicle…
On tente de se distraire, on fait la fête, on cherche l'amour, on croit le trouver, puis on retombe. De haut. On tente de jouer avec la vie pour se faire croire qu'on la maîtrise. On roule trop vite, on frôle l'accident. On prend trop de coke, on frôle l'overdose. Ca fait peur aux parents, des gènes de ministres, de mangemort, de sang pur bien sûr, d'hommes d'affaires, qui dégénèrent à ce point-là, c'est quand même incroyable. Il y en a qui essaient de faire quelque chose, d'autres qui déclarent forfait. Il y en a qui ne sont jamais là, qui ne disent jamais rien, mais qui signent le chèque à la fin du mois. Et on les déteste parce qu'ils donnent tant et si peu. Tant pour qu'on puisse se foutre en l'air et si peu de ce qui compte vraiment. Et on finit par ne plus savoir ce qui compte, justement. Les limites s'estompent. On est comme un électron libre. On des gallions à la place du cerveau, un aspirateur à la place du nez, et rien à la place du cœur, on va en boîte plus qu'on ne va en cours, on a plus de manoirs qu'on a de vrais amis, et deux cents numéros dans notre répertoire qu'on appelle jamais. On est la jeunesse argentée. Et on n'a pas le droit de s'en plaindre, parce qu'il paraît qu'on a tout pour être heureux. Et on crève doucement dans nos appartements trop grands, des moulures à la place du ciel, repus, bourrés de coke et d'antidépresseurs, et le sourire aux lèvres…
Il ne répond pas, jette son manteau sur mes épaules et me serre dans ses bras. Il m'embrasse sur le front.
Une larme roule sur ma joue, puis une autre. Je ne peux plus les retenir, c'est le trop-plein des émotions contraires qui bouillonnaient en moi qui s'épanche sans que je puisse rien faire. Trop vécu trop jeune, et trop seule. Je ne mérite pas qu'on s'occupe de moi. Je ne comprends pas. Je n'ai besoin de personne.
On cherche l'amour, on croit le trouver. Puis on retombe. De haut. Mieux vaut tomber que ne jamais s'élever ? Tu fais de ta vie un calvaire. Des visages implorants, la solitude, des mains sales, un bébé qui pleure, la nuit, le néant… Le néant est une question de point de vue… Des bras m'enserrent et annihilent ma détresse, je sens une caresse dans mes cheveux, sur mes yeux qui me brûlent, sur mes joues inondées, sur mes lèvres avides. Je ne sais plus pourquoi je pleurais. Je ne pleure plus. Plus vraiment ? Ca coule toujours mais c'est bien parce que je ne peux pas l'arrêter. Je sui si bien. L'espoir renaît du fond du gouffre. Ré-illusionnée.
Peut-être que ce sont des larmes de joie…
Je ne sais pas.
