L'Île

à noter : Chaque chapitre est d'un point de vue et alterne. On commence avec Drago.

Chapitre 1 : Le crash

Rien ne peut sembler être pire que la situation dans laquelle ils se trouvent. Il a beau tourner dans tous les sens les événements qui viennent de se produire, il ne parvient toujours pas à y croire.

Pourtant, Drago est là, assit sur un tronc d'arbre couché, à regarder les valises éparpillées devant lui dans la forêt. La queue de l'avion fumant et vomissant des câbles, des sièges et des corps se tient derrière lui. Comment tout ça a-t-il bien pu se passer ? Il n'aurait jamais dû accepter cette mission, jamais. Aider le gouvernement, pour chasser un ancien mangemort sur une île presque déserte, partir avec Ronald Weasley et prendre l'avion. Rien n'est normal. Ils auraient dû atterrir sur le continent et venir ici en bateau. Cette île ne leur permettant pas de transplaner, tout était prévu selon un plan bien calculé. Ils n'auraient jamais dû s'écraser sur cette île maudite et dangereuse ! C'est clair pour lui, il va mourir ici.

Il relève enfin ses yeux d'une valise éventrée pour regarder Ron quand celui-ci pose une main sur son épaule.

« Hey... Faut qu'on bouge. On peut pas rester ici. Il y a un village pas loin selon la carte.

- Je peux pas. Ma cheville me fait mal et ma baguette est cassée. »

Il l'observe alors regarder les alentours inquiet, avec cette grimace qu'il a bien trop vue sur Weasley. Il sait pourquoi il fait cette tête. Avant de partir, ils ont eu le droit à un long discours expliquant en détails pourquoi ils ne devaient surtout pas rester plus de 24h sur cette île. Ils devaient venir en bateau au matin très tôt, être les plus discrets possible en cherchant le mangemort et rentrer le plus rapidement possible sur le continent. Il leur a été interdit de dormir sur l'île. Ils étaient d'ailleurs les seuls à accepter cette mission. Les souvenirs de Potter et Granger essayant une dernière fois de convaincre Weasley de ne pas partir avant le vol lui serre son estomac, déjà vide après avoir vomi suite à l'accident. Il soupire et se lève enfin quand Ron s'entête :

« On peut pas rester ici. Tu l'sais comme moi. D'après les rapports...

-Je sais. Allons-y. Mais pas trop vite. »

Il se met alors en marche, lentement à cause de sa cheville douloureuse. Mais Ron n'a pas le droit de se plaindre. Drago, malgré sa profession de docteur, ne peut pas se guérir avec une baguette qu'il a cassée en les protégeant tous les deux lors du crash. Il ne sait pas s'il lui est reconnaissant ou s'il s'en veut de ne pas avoir réagi, mais Ron ne dit rien. Il avance en lui jetant tout de même des coups d'œil de temps en temps.

Après une demie heure de marche, Drago n'en peut déjà presque plus. Sa cheville a enflé et il souffre. Il fronce les sourcils et arrête Ron en prenant son bras.

« Attends... J'en peux plus. Et en plus c'est débile de marcher vers ce village alors que dans le rapport ils nous disaient de ne parler à aucun « humain » qu'on croiserait. On devrait même pas aller là-bas.

-Ouais mais on vient de se crasher si t'as pas remarqué Malfoy. Alors j'en ai rien à faire qu'on ait pas l'droit de parler aux autochtones ! On a besoin d'aide pour partir et j'ai ma baguette. Au pire s'il arrive quoi que... »

Un craquement dans un arbre les fait taire. Ils se mettent soudain tous les deux accroupis en s'observant mutuellement. Ils attendent en silence quelques secondes. Leur cœur tape dans leurs oreilles et la pression sanguine est plus forte. Un second craquement plus proche fait réagir Ron qui fait un signe de tête pour lui indiquer de s'éloigner. Il ne sait pas si c'est un « autochtone » ou un animal mais il n'a pas envie de le savoir. Il préfère suivre Ron avec l'estomac noué et les mains tremblantes. Sa cheville est toujours douloureuse mais elle semble moins être comme l'adrénaline de la peur le fait bouger. Il n'ose pas se retourner alors qu'il entend un autre craquement encore plus fort. Ça se rapproche. Ça semble gros. Ce n'est pas un homme. On dirait quelque chose avec des sabots. La forêt descend en pente là où ils arrivent et si l'animal est derrière eux, il va les voir depuis la côte. Il est peut être inoffensif mais ils ne peuvent pas prendre de risque. C'est une île presque totalement inconnue. Il a été vu des créatures que nul autre n'avait vu. Cet animal peut donc être un véritable danger. Mais la chance leur sourit. À quelques mètres d'eux, un arbre déraciné a retourné la terre et leur crée une talus derrière lequel se cacher. Il se faufile derrière Ron et collé l'un à l'autre, ils attendent. Drago fixe le sol alors que Ron le couvre entièrement d'une cape qu'il sort discrètement et lentement de son sac. Les sabots sont juste à côté d'eux quand il entend comme un gémissement. C'est le son d'un homme qui souffre. C'est une longue agonie qui le fait frissonner et redresser la tête pour chercher d'où provient le son. Il tombe alors horrifié sur une créature cauchemardesque. Ça doit atteindre les trois mètres. Ça a le corps d'un cerf mais au bout de son long coup, ce n'est pas la tête d'un animal mais des bustes d'hommes qui pendent. Aucun ne semble valide pourtant les bras bougent et parmi ces morceaux de corps, une mâchoire noire et à peine visible sort comme pour renifler les alentours.

Drago a un haut le cœur et doit poser une main sur sa bouche pour étouffer un hurlement de terreur. Il referme les yeux alors que l'image de ce monstre ne le quitte pas. Il sent Ron se serrer plus fort contre lui et maintenir la cape sur leurs corps. Il l'a vu aussi. Cette chose.

Elle se remet à bouger mais aucun n'ose regarder dans quelle direction elle part. Mais elle s'éloigne. Les craquements des branches sur son passage se font de plus en plus faibles. Pourtant, ils ne bougent pas. Il ne sait pas combien de temps ils sont restés là, immobile, mais ça lui a semblé plusieurs heures. Le murmure de Ron à son oreille le fait sursauter. Est ce qu'il s'était évanoui ?

« C'est parti. On devrait continuer à avancer.

-Non. »

Sa voix est plus qu'un murmure et il ne sait pas comment Ron fait pour l'entendre.

« Malfoy, si ce truc revient... »

Il sait bien. Ils ne peuvent pas rester éternellement ici. Mais il n'est même pas sûr que ses jambes le porteront. Et la nuit va tomber. Il regarde le tissu sur eux. Il comprend que c'est la fameuse cape de Potter.

« D'accord. Mais on garde la cape sur nous.

-...Ok. Bonne idée. »

Il se met debout lentement en même temps que Ron et il attrape un morceau de la cape pour être sûr d'être caché. Ron regarde une dernière fois les alentours avant de reprendre leur marche vers le village. Ils sont encore plus lents qu'avant. Mais ils ne veulent pas prendre le risque d'être découvert par cette chose. Le terrain est en pente vers le village. Village dont ils ne sont pas sûr de vraiment s'approcher. La nuit tombe et la lecture de la carte se fait difficilement, mais Ron n'a pas envie d'utiliser lumos et d'être repéré. Pourtant au bout de deux longues heures de marche, ils aperçoivent enfin des lumières. Il y a des feux dans le village et ils entendent du bruit. Malgré les avertissements donnés par le Ministère à Londres, Drago est soulagé de voir des humains.

« On y est, murmure-t-il avec un sourire et un soulagement visible.

-Ouais. On va pouvoir leur demander de l'aide. »

Ils n'attendent pas plus et finissent la descente vers le village. Pourtant, malgré le soulagement et le bonheur de trouver le village, quelque chose les pousse à garder la cape d'invisibilité. Au fur et à mesure qu'ils s'approchent et voient les silhouettes, ils ralentissent. Mais quelque chose fait se stopper Drago. Il attrape alors le bras de Ron, voulant être sûr de ce qu'il voit. Il entraîne l'aurore à se mettre à genoux avec lui derrière une clôture en pierre pour lui montrer sa découverte. Devant eux, sur des grands bûchers, des morceaux de corps humain sont en train de cuire. Et autour de ce feu de joie, des hommes tordus et diformes, courent et dansent en poussant des cris inhumains.

« On aurait jamais dû venir ici Weasley. Ils vont nous bouffer. On aurait dû rester à l'avion !

-Pour qu'ils nous trouvent ? Et j'te ferai dire que cette chose dans la forêt tenait le corps d'un des cadavres devant l'avion. Ça veut dire qu'il venait de là bas. Il a dû y arriver quand on en est parti. »

Cette révélation lui glace le sang et il a envie de pleurer. Il a peur. Il se sent en plus vulnérable sans sa baguette et avec une cheville blessée. Sa voix tremble alors qu'il regarde Ron, espérant trouver chez le gryffondor du courage et de l'espoir.

« Qu'est ce qu'on fait alors ? »

Il observe avec de plus en plus de désespoir le visage du rouquin rester perplexe et immobile face au spectacle. Il ne sait pas. Il n'a aucune idée, lui non plus. Ils sont complètement perdus.

Mais alors que Ron ouvre la bouche pour parler, un cri strident et guttural est poussé derrière eux. Ils se retournent vivement alors que Drago se rend compte que la cape a glissé et qu'ils sont visibles. Un de ces monstres est alors derrière eux et semble appeler ses congénères. Ron ne prend pas le temps de réfléchir et il saisit la main de Drago pour l'entraîner rapidement vers la forêt. Mais c'est trop tard, les sauvages sont déjà derrière eux. Avec une cheville abîmée, ils n'arriveront jamais à les semer. Mais l'aurore a sa baguette. Ron se retourne alors et leur lance un sort d'immobilisation puis un sort pour ligoter avec une corde les autres qui ont évité le petrificus totalus. Le temps que la dizaine derrière passe par-dessus les corps des autres tombés à terre, Drago indique un énorme arbre à Ron sur lequel ils pourront grimper. L'adrénaline et la peur les fait escalader rapidement les branches de l'imposant chêne. Dès qu'ils arrivent en son centre, une petite plate-forme créée par les branches qui s'écartent dans tous les sens, leur permet de se poser. Mais ils ne prennent pas le temps de respirer. Ron remet sur eux la cape d'invisibilité. Les cris se rapprochent mais les cannibales ne font que passer sous l'arbre sans même le regarder. Drago est tremblant de peur et de douleur. Il ne s'en est pas rendu compte mais il tient fermement le poignet de Ron. Il est terrifié et sous le choc parce qu'ils viennent de vivre. Il était sûr qu'ils seraient rattrapés et tués. Il parvient à murmurer une fois le silence revenu autour d'eux :

« Heureusement que tu as ta baguette.

-Ouais, répond Ron en tournant son regard sur lui, sinon on était mort. »

Drago ne peut que hocher la tête alors qu'il déglutit. La nuit est tombée et là où ils sont, sous les larges branches de l'arbre et ses épaisses feuilles, la lune ne traverse pas. Il n'arrive plus à voir Ron mais il sent toujours son poignet. Il se rend alors compte qu'il le tient. Il rougit de honte mais il a trop peur et il a encore trop besoin d'être rassuré par la présence de l'aurore pour le lâcher. Il profite alors que Weasley ne le vire pas. Il ferme les yeux puisque l'obscurité les a déjà envahi. La douleur à sa cheville se réveille et il sent que le sang pulse autour de son pied. Il a mal, il souffre, mais l'épuisement est plus fort que le reste. Tous ses muscles sont endoloris. Il est tellement fatigué, qu'il n'a même pas faim, ni soif. Il entend au loin Ron chuchoter des mots qui l'aident à dormir :

« Tu devrais dormir. Je monte la garde en premier. »

Et c'est ainsi qu'il sombre complètement dans le sommeil.