UN SECRET
Maria Ferrari
Avertissement / disclaimer
Les personnages et l'univers de Dragon Ball appartiennent à Akira Toriyama.
Base : Le manga (sauf la partie dix ans plus tard tout à la fin dont je n'ai pas tenu compte).
« Végéta ! Bouge-toi ! Tu vas être touché ! »
Il l'avait regardé se faire démolir pendant les longues minutes nécessaires à former le Genkidama. Ça aurait pu être tellement plus court si les humains avaient compris plus vite. S'ils ne s'étaient pas montrés si méfiants et si égoïstes. Végéta avait raison de dire que les humains devaient reprendre leur destin en main, on leur mâchait bien trop le travail ! Et c'était contre eux que cela se retournait aujourd'hui : son vaillant compagnon de combat gisait sur le sol, incapable de se lever, de s'éloigner, d'échapper à la boule d'énergie s'il la lançait.
Et comment la lancer dans ces conditions ? Cela avait déjà été une torture de le voir se faire battre à mort sans pouvoir l'aider, alors qu'il n'avait même plus l'énergie nécessaire pour se transformer en Super Saiyen, qu'il n'avait plus les moyens de se défendre. Tout ça pour faire diversion, pour gagner du temps, pour sauver la Terre... ou plutôt tenter de sauver la Terre.
« Imbécile ! Ne t'inquiète pas pour moi… Allez ! Vite ! »
La réponse de Végéta, lucide, pragmatique, alors même qu'il s'agissait de sa propre vie… peut-être justement parce qu'il s'agissait de sa vie : à sa place, Goku aurait agi de même, il aurait tenu les mêmes propos – ou presque : il n'aurait pas traité Végéta d'imbécile –, il aurait fait passé la survie du monde avant la sienne. Cependant, si les rôles avaient été inversés, Végéta n'aurait probablement pas hésité un instant à lancer la boule d'énergie pure, Goku sur la trajectoire ou pas il aurait tenu le même raisonnement froid et implacable qu'il soit d'un côté ou de l'autre.
Il n'était pas Végéta, et Végéta mourrait s'il lançait cette boule, Végéta l'auteur de cette idée pouvant sauver le monde, Végéta deux fois sacrifié. Son Goku avait été si content de voir qu'il avait ressuscité, lui qui avait donné sa vie pour tenter de tuer Boo. Et à peine revenu d'entre les morts, voilà qu'il devrait y retourner à nouveau ? Et ce ne serait pas des mains de Boo qu'il mourrait cette fois, mais des siennes.
Il ne supportait pas cette idée. Il refusait de le tuer. Il en était incapable. Pourtant, s'il ne lançait pas son attaque, s'il n'acceptait pas de tuer celui qu'il considérait son ami – la réciproque ne semblait pas toujours vraie –, alors Boo s'en chargerait, comme il se chargerait de le tuer lui et de détruire tout l'univers.
Il enviait la froide lucidité de Végéta.
Ces réflexions, longues à formuler, n'avaient duré que quelques secondes – et il n'avait pas réussi à se convaincre de lancer la boule –, un temps amplement suffisant à Boo pour lui lancer une attaque. Le temps de l'esquiver et… Végéta avait disparu !
Monsieur Satan, le pédant champion du monde, vantard, cabotin, tricheur et menteur, l'emmenait au loin sur son épaule, devenant ainsi le sauveur de Végéta et, par extension, du monde.
Pour de vrai cette fois.
~oOo~
C'est à ces instants qui avaient précédé la fin du combat – et de Boo – que Goku pensait alors qu'il pêchait avec son fils Goten. Deux mois s'étaient écoulés et il repensait à tout ceci avec sérénité, presqu'avec nostalgie. Le combat en lui-même avait été grandiose, à la fois angoissant et stimulant, mais surtout il avait eu l'impression que pour la première fois une vraie communion avait régné entre Végéta et lui. Et il y avait ce soulagement qu'il avait ressenti, quand il avait vu Satan emporter Végéta au loin – quel élan de reconnaissance l'avait alors submergé envers cet imposteur de champion du monde !
Savoir Végéta hors de danger. Lancer la boule d'énergie sans se poser de questions. Ça n'avait pas de prix.
Avait-il remercié Végéta pour ce qu'il avait fait ? Pour son sacrifice ? Pour son idée ingénieuse ? Pour s'être laissé cogner dessus dans le seul but de gagner du temps ? Pour n'avoir pas hésité une seconde à lui ordonner de le sacrifier une nouvelle fois ? Il ne s'en souvenait pas. Ça n'avait pas grande importance : Végéta n'avait que faire des mercis, surtout venant de sa part. Sans compter que ce qu'il avait fait, il l'avait fait pour sa famille et donc un merci lui semblerait d'autant plus idiot. Goku s'attirerait un regard méprisant, un de plus. Pourtant, ce dernier sentait que cela manquait, que c'était la moindre des choses.
« Je vais aller voir Végéta », dit-il en se tournant vers son fils. Celui-ci eu à peine le temps d'hocher la tête que déjà son père portait deux doigts à son front et disparaissait.
~oOo~
Goku se matérialisa sur une pelouse verdoyante, le terrain attenant à l'immense maison des parents de Bulma. Végéta était assis à même le sol, adossé contre un arbre, plongé dans un livre, paisible il n'avait pas sursauté à son arrivée, ni montrer aucun signe qu'il l'avait aperçu. Goku fit deux pas vers lui en silence pour combler le peu de distance qui les séparait.
« Qu'est-ce que tu me veux, Carot ? » demanda Végéta sans quitter son livre des yeux.
Bien sûr, il avait déjà repéré son aura. Admirable d'indifférence.
« C'est marrant, je ne t'aurais jamais imaginé en train de lire.
— Figure-toi que m'entraîner, me battre et me faire éclater par des monstres dix fois plus puissants que moi ne sont pas mes seuls passe-temps dans la vie. Et j'aime lire. Que me veux-tu ? »
Le ton n'était guère aimable, Goku ne s'en offusqua pas. Il faisait rarement attention à ce genre de choses. Et Végéta lui parlait toujours de cette façon-là. Et puis, il fallait avouer que sa remarque était stupide : pourquoi Végéta ne lirait-il pas ? Peut-être avait-il cette idée en tête parce que lui-même ne le faisait pas, il s'était découvert un certain nombre de points communs avec Végéta – du fait de leurs origines communes – et il finissait par penser qu'il n'était qu'un autre lui-même avec un caractère impossible et un passé délicat en primes – l'un étant peut-être la conséquence de l'autre.
Sa démarche apparut vaine à Goku. Il n'était plus aussi convaincu qu'un merci manquait après tout, c'était vrai qu'il coulait de source. Il lui dit quand même ce qu'il avait sur le cœur, le remercia pour son attitude lors du combat. Les yeux de Végéta roulèrent dans leurs orbites.
« Pourquoi tu viens me dire ça ? Pourquoi maintenant ? Comme si j'en avais quelque chose à faire !
— Je ne sais pas », répondit Goku. Pure vérité. Tout comme il ne savait pas non plus pourquoi il se sentait peiné par la réaction brusque de Végéta qui était, somme toute, prévisible. Végéta était déjà retourné à son livre, façon de lui donner congé. Goku se dirigea vers la maison.
~oOo~
« Le grand Son ! »
Un sourire éclaira le visage de Bulma lorsqu'il la croisa dans la maison.
« Bulma, ça me fait plaisir de te voir.
— Ça crève pas les yeux. Tu ressembles à un chien battu.
— Oh, c'est rien. Je viens de me faire envoyer promener par Végéta.
— J'aurais cru que tu y étais habitué, fit remarquer Bulma dans un rire.
— Oui, mais je pensais qu'avec le temps il finirait par m'apprécier. »
Bulma cessa de sourire et, l'air circonspect, observa un instant son vieil ami. Il semblait malheureux comme les pierres à l'idée que Végéta ne l'aime pas. Elle se mordilla la lèvre, pinça nerveusement le tissu de sa robe.
« C'est si important que ça qu'il t'apprécie ? demanda-t-elle prudemment.
— Moi, je l'aime bien. Mais lui me déteste et il est dit que ça sera toujours ainsi. »
Goku accompagna ses paroles d'un pauvre sourire et d'un haussement d'épaules qui semblait signifier : « C'est pas grave. » Il la salua et prit le chemin de la sortie.
« Il ne te déteste pas. »
Cette parole de Bulma le fit se retourner. Il haussa un sourcil, pencha la tête de côté.
« C'est pas l'impression qu'il donne.
— Il donne l'impression qu'il veut donner, ce n'est rien d'autre qu'un mode de défense. Ça aussi tu aurais dû le comprendre depuis le temps. »
Goku fit la moue et, levant les yeux au ciel, poussa un profond soupir : si Bulma avait raison, Végéta était vraiment désespérant.
« En quoi ça serait si grave qu'il ne me déteste pas ? Pourquoi veut-il à tout prix me faire croire que c'est le cas ? Après tout ce qu'on a traversé ensemble – surtout pendant le combat contre Boo –, je ne vois pas ce que ça aurait de gênant. D'ailleurs, j'ai bien remarqué qu'il s'entendait bien avec Yamcha, et aussi avec Krilin, et Gohan et… et on ne peut pas dire qu'il s'en vante, mais il ne s'en cache pas non plus. Pourquoi ne pourrait-il pas faire la même chose avec moi ?
— Parce qu'avec toi, c'est différent.
— En quoi ? » Goku était excédé. Il poussa un nouveau soupir, le regard tourné vers le plafond. « Non, réponds pas, je sais : je suis son éternel rival, il n'a jamais réussi à me vaincre, j'ai toujours une petite longueur d'avance sur lui et ça l'agace, et bla, et bla, et bla. Pourtant il m'avait semblé qu'il avait dépassé ce stade, vu ce qu'il m'a dit pendant qu'on se battait contre Boo.
— Qu'est-ce qu'il t'a dit ? »
Bulma paraissait intriguée, un peu inquiète aussi.
« Qu'il comprenait que j'étais plus fort que lui. Ça n'avait plus l'air de le gêner. Enfin, ça, c'était quand il pensait que j'étais capable de tuer Boo et qu'il croyait que je ne me battais pas à fond pour préserver sa fierté. Après, j'ai bien peur d'avoir à nouveau dégringolé dans son estime. »
Il se mit à rire. Ça sonnait faux. Bulma le regarda avec un drôle d'air. Elle se sentait à la fois soulagée et déçue, et par la même chose : que Goku ne s'aperçoivent pas des sentiments de Végéta. Cette lutte entre deux émotions contraires durait depuis des années. C'était terrible à dire, mais d'une certaine façon la mort de Goku, tué par Cell, l'avait soulagée : Végéta avait pu faire son deuil. Et lorsqu'il était revenu, elle avait été heureuse de revoir son meilleur ami, mais l'épanouissement de Végéta en avait de nouveau pris un coup. Leur couple en était revenu à son point de départ, comme au début de leur relation. Au début de leur arrangement, devrait-elle dire.
Elle se mordit la lèvre, Végéta lui avait fait promettre de toujours se taire, et d'ailleurs cela ne lui plaisait pas d'en parler : Végéta était à elle, pas complètement certes, mais autant qu'il pouvait l'être et c'était très bien ainsi.
« Il ne te déteste pas, répéta-t-elle. En fait, c'est tout le contraire, il t'ai… »
Elle se tut brusquement, le regard fuyant. Elle s'était retenue, avait réussi à se retenir. Végéta lui avait fait promettre, c'était mal de ne pas tenir une promesse, et stupide se parjurer alors que c'était contraire à ses intérêts.
« Il quoi ? Il m'aime ? C'est ça que tu allais dire ? »
Elle ne s'était pas retenue assez vite. Elle le regretterait probablement. Elle le regrettait déjà.
« Je ne t'ai rien dit. Oublie ça. S'il te plaît.
— Pourquoi ? »
Goku ne comprenait plus rien. La supplique de Bulma avait sonné comme une confirmation. « Il t'aime », c'était bien ça qu'elle allait dire avant de s'interrompre, il en était sûr. Mais c'était vraiment bizarre, lui aussi l'aimait bien. Pourquoi prendre ça autant à cœur ? Pourquoi en faire tant de mystère ? Et quelle différence entre « Il ne te déteste pas » et « Il t'aime » ? En fait, si, il y avait une différence, une énorme différence. Pourtant… non, c'était impossible.
Il ne fallait pas chercher midi à quatorze heures : Végéta l'aimait bien et c'était dans son tempérament de vouloir le cacher, du fait de leur supposée rivalité.
« Il me considère comme un ami, mais il est trop fier pour le montrer, c'est ça ? »
Cela n'expliquait pas l'air catastrophé de Bulma, mais c'était la seule explication logique.
« Oui, c'est ça », murmura Bulma après quelques instants.
Le visage de Goku s'éclaira d'un sourire. « Cool », l'entendit-elle murmurer avant de lui faire un petit aurevoir de la main.
~oOo~
« J'ai bien failli dévoiler ton secret. »
Végéta releva le nez de son livre.
« Quel secret ? »
Bulma se contenta de s'asseoir à ses côtés. Elle ne répondit pas.
« A qui ? » demanda-t-il alors, espérant que le nom de la personne lui donnerait un indice sur le secret en question. Pas qu'il ait tant de secrets que ça. Encore moins que Bulma pouvait se vanter de connaître. Mais il ne voyait pas de quoi elle parlait.
« A Goku. »
Le livre tomba de ses mains, ses yeux s'écarquillèrent.
« Tu m'as fait une promesse ! Tu m'as juré de garder ça pour toi !
— Je l'ai fait, je n'ai rien dit. Enfin… je me suis interrompue et il a donné un autre sens à mes propos.
— Un autre sens ? » répéta Végéta.
Il n'osait se réjouir avant d'être sûr que Bulma avait réussi à rattraper sa bourde et que Goku ne se doutait de rien.
« Il croit que tu l'aimes bien et que ta fierté t'empêche de l'avouer.
— Que je l'aime bien ? C'est tout ?
— Oui. »
Il parût soulagé. Un moindre mal. Bulma ne savait pas quoi penser. L'impression que quoi que vous fassiez, ça sera mauvais. Qu'elle ne dise rien ? Elle serait pour toujours l'amoureuse officielle de Végéta, tout en se sachant second choix et devant vivre avec, sans compter qu'il y aurait pour toujours ce fond de tristesse en celui qu'elle aimait. Qu'elle le dise ? Elle risquait de perdre Végéta. Et pour quoi ? Pour rien : Goku était avec Chichi.
Même en considérant que son ami ne soit pas vraiment amoureux de Chichi. Ce qui était possible, leur mariage avait été si précipité, et à la seule initiative de son épouse, Goku, bonne pomme, n'avait fait que suivre le mouvement.
Typique de lui.
Et même si Végéta assurait que les Saiyens ne connaissaient rien à toutes ces idioties d'homo, d'hétéro, de bi et compagnie, Bulma ne pouvait s'empêcher de penser que Goku n'aimait pas les hommes, sexuellement parlant. Sans compter qu'il était quelqu'un de très loyal – l'argument de Végéta, son propre terme, celui que les Saiyens employaient là où les humains parlaient de fidélité – aimer Végéta, ce serait trahir Chichi.
De toute façon, Goku amoureux de Végéta ? Sérieusement, cela ne se pouvait pas – ça aussi c'était un argument de son homme, un de ceux qu'il lui avait sortis quand elle s'était rendu compte de ce qu'il ressentait pour son rival, avant qu'ils ne se mettent ensemble, quand elle était encore avec Yamcha.
Cela l'aurait amusée de voir Végéta se mettre en couple avec Goku à cette époque. Elle n'aimait pas trop Chichi et avait toujours estimé que Goku avait fait une erreur en se mariant avec. Depuis, c'était elle qui s'était mise avec Végéta. Et elle en était amoureuse.
Dans ces circonstances, voir ces deux hommes ensemble serait beaucoup moins distrayant.
Peut-être bien qu'elle n'était qu'une sale petite égoïste, peut-être bien que c'était de s'en rendre compte qui la dérangeait, plus encore que de se savoir second choix ou que Végéta soit insatisfait et malheureux.
« Tu devrais lui dire.
— Hors de question. »
Voilà, elle lui avait dit ce qu'il devrait faire et c'était lui qui refusait. Elle n'était pas égoïste, elle avait invité Végéta à tout révéler, à tenter le coup, c'était lui qui ne voulait pas, qu'y pouvait-elle ?
Elle ne pouvait être considérée comme responsable.
« Comme tu voudras, mais tu as tort », dit-elle en se relevant. Elle enfonçait le clou, se sentait presque fière d'elle. Elle risqua un œil vers son homme, celui-ci la regardait étrangement.
« Qu'est-ce qui te prend ? demanda-t-il. Tu sais bien que c'est impossible, je te l'ai déjà expliqué. De toute façon, c'est vieux, et je m'étais trompé : je ne ressens rien pour lui. »
Menteur.
Elle croisa les bras, réprobatrice en façade et rayonnant à l'intérieur. Il avait raison : c'était impossible. Il mentait : il ressentait de l'amour pour Goku. Elle était égoïste : que cela soit impossible l'arrangeait bien.
Pourquoi changer ?
—Fin—
