Alors, vous ne m'en voulez pas trop ? Aucune panique, la suite est là !


Charges Identiques

"Rien ne distingue les souvenirs des autres moments : ce n'est que plus tard qu'ils se font reconnaître, à leurs cicatrices. Ce visage qui devait être la seule image du temps de paix à traverser le temps de guerre, il se demanda longtemps s'il l'avait vraiment vu, ou s'il avait créé ce moment de douceur pour étayer le moment de folie qui allait venir"

xXx

Chapitre 1.

Hermione se trouvait tout en haut de cette fenêtre surplombant la cour du château, observant les élèves en contrebas. Ils courraient, s'amusaient innocemment, mais pas elle. Ce ne serait plus jamais le cas, en réalité.

L'innocence l'avait quitté depuis un petit moment, depuis ce soir-là où elle était entrée dans le dortoirs des garçons appartenant à sa maison. Elle voyait encore ses mains tremblantes secouer Neville pour le sortir de son sommeil si lourd.

Elle se rappelait de ce qu'elle lui avait dit.

« Je crois que j'ai besoin de ton aide. »

Il l'avait suivi jusqu'aux quartiers de Snape, puis jusqu'à sa cheminette pour rejoindre l'impasse du tisseur.

Elle n'avait pas pu franchir la barrière du salon, et avait vu la mine de Neville s'assombrir à son retour avant qu'il ne tombe sur les genoux. Elle l'avait supplié d'appeler Pomfresh dans la seconde, alors c'était la seule fois où elle avait vu son ami perdre patience et lui hurler qu'il était trop tard en la secouant. Il l'avait détesté un long moment pour lui avoir fait assisté à cet horrible spectacle.

Mais enfin… Qu'y pouvait-elle dans le fond ?

Elle n'avait pas compris sa colère, décidée à appeler la magicomage qui, à son arrivée, s'était tout aussi assombrie, puis s'était rendue blême, comme sur le point de vomir.

Personne n'avait jamais trouvé le coupable.

Depuis, Hermione errait comme une âme en peine, se laissant bousculer par les élèves pressés, cherchant presque le contact violent de leurs épaules contre les siennes, histoire d'avoir la sensation d'exister un peu.

Plusieurs fois, elle avait demandé à Neville s'il avait été sur de ce qu'il avait vu. Autant dire que systématiquement, le garçon s'en était énervé. La mort de Snape l'avait tellement abattu.

En état de sidération totale, Hermione se souvenait à peine de ce moment où elle avait découvert le corps inerte de Severus Snape. Tout ce qu'elle savait, c'est qu'elle avait voulu croire mordicus qu'il était vivant, ce qui ne concordait pas avec les descriptions terribles de Neville narrant les yeux ouverts du potionniste, ses lèvres cyanosées et son teint livide.

Elle n'avait rien vu de tel quant à elle. C'était comme s'il dormait, n'est-ce pas ? Il devait même encore dormir, quelque part. Elle gardait souvent cette idée en tête, bien qu'elle ait assisté à ses funérailles deux jours après.

Il n'y avait pas eu grand monde d'ailleurs. Quelques Serpentards, Dumbledore, ainsi que des professeurs. C'était tout. Ils avaient du être quoi, une douzaine, tout au plus ?

La cérémonie avait été sommaire, Snape avait été enterré dans un cimetière à Carbone-Les-Mines, tout près de celui des parents de Harry. D'ailleurs, ce dernier avait été présent pour soutenir sa meilleure amie, et tout deux avaient été fleurir la tombe de Lily et James Potter juste après.

Seulement, à l'abri des regards durant son enterrement, Hermione avait recouvert le corps de Snape de sa cape molletonnée, l'enchantant de son sort de chaleur habituel, au cas où il aurait froid. C'était un peu bête, mais c'était l'obsession qu'elle s'était faite alors que le cercueil descendait sous terre. Le froid. Il était tellement frileux…

Enfin, elle en avait quand même gardé une autre, celle d'été qu'elle avait récupéré dans son bureau caché à l'Impasse du Tisseur juste avant. Personne ne le savait. Elle l'avait mise d'ailleurs bien à l'abri, et ne la sortait qu'en de rare occasion. C'était qu'elle ne voulait pas entacher son odeur avec son propre parfum.

Hermione quitta le perchoir sur lequel elle avait pris l'habitude de se planter tous les jours pour se diriger vers la Grande Salle. Elle fixait alors la place habituelle de Snape vide avant que son remplaçant n'arrive. Dès cet instant, elle quittait la salle repas, et s'il arrivait avant qu'elle ne se mette à manger, alors elle n'avalait rien d'autre jusqu'au prochain repas, et ainsi de suite. Cela faisait des mois que c'était ainsi. Elle avait perdu pas mal de poids. Exit le chocolat et les sucreries, elle ne prenait plus plaisir à rien.

Ron quant à lui, était revenu après son exclusion temporaire. Hermione avait entendu Harry lui conter à quel point le rouquin était parti en furie du château et pourtant, à son retour, il semblait penaud, soucieux, honteux même. Toute rage semblait avoir disparu de son corps.

Elle n'avait pas eu la foi de le quitter, pas après… pas après la disparition de Snape, espérant de lui un soutien qu'elle n'avait pas vraiment eu.

Plus rien n'avait été comme avant de toute façon.

Ron la calculait à peine, et depuis que Harry était parti à la chasse aux horcruxes avec Dumbledore, c'était pire encore. Le vieux sorcier sommait parfois son meilleur ami de l'accompagner dans les endroits les plus dangereux et improbables. Ron ne s'était pas fait prier pour aider Harry dans sa quête. Tout prétexte semblait de toute façon, bon à prendre pour éviter ses responsabilités. Mais Hermione elle, n'avait guère eu envie de participer à cette farce.

Ça avait enragé Harry, mais peu lui importait. Dumbledore lui sortait par les oreilles.

Lorsque Snape était mort, il lui avait extirpé toutes les informations qu'elle avait eu en sa possession de sa période durant laquelle elle s'était retrouvé dans son corps.

Autant dire que c'était faible. A part l'altercation avec Mulciber et les deux sucres que mettait Snape dans son café au lait, elle n'avait franchement rien pu lui dire de plus. Alors, elle lui avait demandé quand cesserait tout ce remue ménage dans sa salle de classe, car après tout, ne serait-il pas en colère en la voyant si dérangée ? C'était que son remplaçant avait tout repensé en terme d'aménagement…

Albus s'était contenté de la dévisager, puis de lui lancer un « ma pauvre jeune fille » d'un air faussement compatissant, d'une pitié qu'elle avait détesté d'emblée. Elle était ressortie de son bureau plus furax que jamais après ça.

Concernant ses quartiers, l'affaire s'était corsée depuis hier.

Hermione n'avait jamais voulu donné le mot de passe permettant de faire bouger la statue en gardant l'entrée, prétextant une sorte d'amnésie. Bien sur, elle avait espéré naïvement, que le directeur en resterait là. Mais depuis la veille, Dumbledore était parvenu à les ouvrir à l'aide d'un sort puissant. Hermione le savait, car elle avait déposée discrètement une alarme lui permettant de détecter toute intrusion.

Alors, elle avait débarquée comme une furie. Les meubles du maître des cachots avaient déjà été à moitié débarrassés à son arrivée. Le professeur McGonagall s'était tenue au milieu de ce salon vide d'où il ne restait qu'un pauvre siège un peu sali par le temps, en compagnie du directeur. L'enseignante en métamorphose n'était jamais apparue avec une mine aussi sombre, si abattue, mais elle eut tout de même la force de calmer les protestations vives de son élève soutenant que Snape allait « être hors de lui » lorsqu'il apprendrait qu'ils avaient ainsi jetés toutes ses affaires.

Compatissante, la vieille sorcière était parvenue à accorder un délai à Dumbledore, afin de permettre aux élèves de ne pas assister à ce déménagement. Alors, il avait été convenu que tout serait débarrassé aux vacances de printemps.

Hermione avait marmonné dans sa barbe avant de convenir que c'était une solution acceptable, et de se sauver de là.

Sauf que ces vacances étaient prévu pour après demain. Elle le savait, car un bal était organisé. Non qu'elle n'y fut pas invitée, mais elle ne tenait pas particulièrement à s'y rendre. Neville lui avait demandé de l'accompagner pourtant, mais elle avait répondu qu'elle n'en savait trop rien.

Ron, lui… Il ne lui avait pas parlé depuis au moins trois jours.

Hermione soupira de lassitude, quittant la Grande Salle, comme à son habitude.

C'était décidé : elle n'irait pas à ce fichu bal. Ça n'avait aucun sens ! Son petit ami n'en avait même strictement rien à faire d'elle.

« Hermione ! entendit-elle au loin. »

Oh tiens, quand on parle du loup, on en voit la queue.

« Quoi, soupira la jeune femme avant que le rouquin n'arrive à sa hauteur.

_ Tu… Est-ce que tu accepterais de nous accompagner durant notre prochaine mission, moi et Harry ? »

Elle qui pensait qu'il allait l'inviter au bal, quelle naïveté.

« Non, conclut Hermione, catégorique avant de rebrousser chemin.

_ Dumbledore a insisté, se sentit-il obligé de préciser en lui barrant la route.

_ Ça me fait une belle jambe que ce vieux sénile veuille de ma présence.

_ Et si moi, je te le demande ? »

Hermione grogna avant de contourner son ami. Mais Ron ne se laissa pas démonter. Il la suivit de nouveau, bien décidé à ne pas lâcher l'affaire.

« Tout ce qu'on sait, c'est qu'on doit absolument trouver ces horcruxes et les détruire pour vaincre Voldemort, mais on ignore encore comment.

_ Demandez de l'aide au directeur dans ce cas.

_ Impossible. Dumbledore est de moins en moins présent. Il a l'air préoccupé par quelque chose. Il devient parano, il dit souvent à Harry qu'il sent que quelque chose va lui arriver, que Voldemort va chercher à le tuer car il sait comment l'anéantir, qu'il est plus en sécurité à Poudlard.

_ Donc il vous envoie au casse pipe ? »

Hermione émit un faible rire jaune par le nez, secouant la tête, pas vraiment amusée, mais plus exaspérée par cette situation. C'était ainsi qu'il avait toujours agi, elle l'avait réalisé après cet incident de potions, et plus encore lorsque Snape était mort.

Elle en voulait au directeur, elle lui en voulait tellement pour son manque d'humanité. Dire qu'il l'avait interrogé comme si elle était son agent double, comme si elle lui devait quelque chose ! Dire qu'elle avait exploité Snape toutes ces années, qu'il avait profité de son serment, qu'il avait joué sur ses remords en l'empêchant de faire son deuil et d'aller de l'avant. Elle lui en voulait pour sa mort.

« Ecoute, va le voir.

_ Que j'aille voir Dumbledore ? Tu te moque de moi j'espère, siffla-t-elle.

_ Je t'assure Hermione, il a changé. Il semble vraiment terrorisé par la situation, il insiste pour que tu nous accompagne car tu pourrais nous être d'une grande aide, qu'il ignore s'il pourra encore nous assister. J'espérais pouvoir te convaincre, mais force est de constater que… que je n'ai rien à t'offrir pour t'inciter à accepter. »

Ron se mordit la joue en baissant les yeux.

Il le pensait sincèrement.

Hermione se secoua la tête.

« Je ne pense pas que ce soit une bonne idée, Ron.

_ Réfléchis-y sérieusement. S'il te plait… »

La sorcière prit une profonde inspiration. Elle le contourna pour partir, sans un mot de plus.

Elle ne l'avait pas contredit lorsqu'il avait affirmé n'avoir rien à lui offrir. Elle songeait que c'était la vérité. Ron n'avait rien à lui donner, ni lui, ni quoi que ce soit car la seule chose qu'elle voulait était morte, reposant six pieds sous terre au cimetière d'une banlieue des Midlands.

Ce qu'elle voulait était inscrit sur cette pierre tombale qu'elle allait fleurir deux fois par semaine depuis deux mois et demi en passant par l'impasse du tisseur dont elle avait encore l'accès, plus pour très longtemps d'ailleurs. Elle connaissait le chemin par coeur.

Qu'il pleuve ou qu'il vente, elle s'y rendait toujours afin de déposer une gerbe de roses bleues qu'elle matérialisait par magie. Puis, elle enlevait les feuilles mortes, la poussière créée par les bourrasques et la terre. Il avait la plus belle tombe de tout le cimetière.

Parfois, elle restait un peu plus longtemps, assise devant cette pierre portant son nom.

Severus Snape, 9 janvier 1960 - 4 janvier 1997

Elle le lisait, encore et encore, se repassant le film de ces dernières semaines en boucle. Dire qu'elle ne lui avait jamais avouer. Elle aurait du lui courir après, ce jour-là. Elle aurait du se foutre des autres élèves, se foutre qu'ils soient en plein cours et lui dire qu'elle l'aimait à s'en déboiter les poumons.

C'était ce à quoi elle pensait ce soir, comme pour beaucoup d'autre. Juste après que Ron lui ai demandé de réfléchir, et à défaut d'avoir d'autres endroits où aller, elle s'était de nouveau rendu ici. C'était à la fois réconfortant et d'une torture tragique de s'asseoir en tailleur, juste là où il gisait.

Il devait avoir si froid.

« Aujourd'hui, Ron est venue me voir, parla-t-elle tout haut. »

Seul le bruit de la brise répondit à ce qu'elle était en train de raconter. Il était tard en plus… Le cimetière était censé fermer bientôt, mais Hermione s'en fichait bien. Elle avait piqué la cape d'invisibilité de Harry pour passer incognito à côté du gardien et l'avait retiré à son arrivée. Comme si elle pensait que cette relique la protégeait de son regard.

Hermione se mit à observer le coucher de soleil au loin, tout près de la rivière parcourant la ville dans laquelle Snape était né et avait grandit. Une ville dont elle ne connaissait qu'un seul chemin, allant d'une rue à trois autre avant de rejoindre cet endroit, allée 8, place 6.

« Il veut que je les aide à chercher les horcruxes, soupira-t-elle. Mais je n'ai pas envie. Je n'ai pas le coeur à ça. Enfin, en quoi pourrais-je être d'une si grande aide, et pour quoi faire au juste ? Nous éviter de mourir ? Tu es bien mort, toi… »

Hermione trifouilla pensivement la feuille du chêne qui traînait devant elle.

« Tu m'as demandé de ne pas pleurer, mais c'était complètement idiot. Bien sûr que j'ai pleuré. Qu'est-ce que tu espérais ? »

De nouveau, seul le vent lui répondit par un silence de plomb.

« Et tu ne m'as même pas laissé en placer une, comme d'habitude. grogna-t-elle. Je suis sure que c'était toi cette nuit-là. »

Hermione reçut une goutte sur le nez, puis deux. Mais ne s'abrita pas pour autant.

« Je suis certaine que d'une façon ou d'une autre, tu voulais me prévenir que tu n'allais plus être là. Cette nuit dont je te parle, ce n'était pas un rêve, tu m'as dis au revoir. C'est ce que j'essaie de me dire. Mais je suis si triste, parce que tu ne m'as pas laissé le faire, moi. »

Vite, une pluie s'abattît sur la tête de la jeune femme qui s'en accommoda. Ses cheveux s'aplatirent pour ne plus former qu'un rideau autour de son visage, dont les gouttes coulaient jusqu'à mourir dans son dos. Elle frissonna.

« Je t'en veux. »

Trempée, elle observa pourtant les roses qu'elle avait déposée prendre l'eau, et sous la force des gouttes, certaines pétales tombèrent par terre.

« Mais si tu étais devant moi… là, maintenant, je ne pourrais même pas me mettre en colère. Ironique quand on sait à quel point j'aimais qu'on se prenne le bec, et que tu l'appréciais autant que moi, non ? »

Hermione sourit mélancolique, avant de ramasser les pétales qui commençaient à s'amonceler.

« Je pense que tu reviendras. Personne ne peut mourir de cette façon, aussi brutalement, non ? »

Cette fois, ce fut la pluie qui lui répondit. Hermione soupira avant de regarder la montre qu'elle avait au poignet et qui appartenait à Snape. Trop grande, elle était parvenu à la rétrécir pour qu'elle soit tout pile à sa taille.

« Je dois y aller. C'est après demain qu'ils doivent finir de débarrasser tes affaires, et s'ils pensent que je vais les laisser faire, ils se mettent le doigt dans l'oeil. J'ai bien l'intention de tout récupérer, tes fioles, tes ingrédients, tes livres et tes affaires. Et puis, il faut que je trouve le moyen de continuer de me rendre chez toi, parce que ta cheminette était le seul accès possible vers l'impasse du tisseur. Je sais que tu ne prenais pas grand soin de cette maison, mais quand même. Sans parler de ce putain de bal. Oh seigneur, tu imagine si tu avais été là ? Je crois que je t'aurais invité à danser pour t'embêter. »

Hermione se leva et secoua ses cheveux.

« Moi non plus, je n'ai jamais été aussi bien qu'avec toi Severus, lui glissa-t-elle en caressant la pierre tombale avant de remettre sa cape sur le dos. »

Alors, elle avança tranquillement le long des allées, avant de se rendre vers la sortie qu'elle enjamba avec difficulté, manquant de se casser lamentablement la figure.

Foutu gardien, grognait-elle sur le chemin du retour. Ça faisait trois fois qu'il lui menait la vie impossible celui-là !

La pluie rendait le chemin du retour glissant, et Hermione entendait les voitures rouler sur le bitume mouillé jusqu'à l'impasse du tisseur. Aussi étrange que cela puisse paraître, ce bruit la rassurait… Comme si la vie continuait son cours tout autour d'elle.

Elle arriva jusqu'à la vieille maisonnée pas franchement accueillante, et dont le portail en fer grinça après qu'elle ne l'ait ouvert. Hermione traversa ainsi le tout petit jardin pas franchement entretenu avant d'ouvrir la porte d'entrée magiquement, réparée par ses soins depuis cet horrible soir du mois de janvier. C'était le cadeau d'anniversaire qu'elle lui avait réservé, quelque part.

Hermione soupira de lassitude avant de se défaire de la cape d'Harry. Si elle ne rentrait pas vite à Poudlard, elle allait tomber sur Rusard et sa chatte de malheur. Alors qu'elle entrait dans l'âtre de la cheminée, la jeune femme sourit avec chagrin.

Elle se souvenait de cette fois où Snape l'avait pétrifié.

En réalité, elle ne put s'empêcher d'en rire petit à petit avant de prononcer le nom des cachots. Lorsqu'elle se matérialisa dans les quartiers de Snape, Hermione sursauta de surprise.

« Miss Granger, je ne voulais pas vous effrayer. »

Soudain, le sourire qu'elle affichait se mua en mine froide et noire.

Albus Dumbledore se tenait là, sur le fauteuil de Snape. De quel droit ?

Le vieux sorcier vit le poing de la jeune femme se serrer, et prit une profonde inspiration avant de se lever. Elle se contenait de ne pas lui sauter à la gorge, c'était évident.

« Je suis désolé, finit par prononcer le directeur.

_ Oh, vous êtes désolé, siffla Hermione en commençant par rassembler ses affaires sans tenir compte du respect qu'elle devait au directeur de Poudlard, ni au fait qu'il n'était pas censé savoir qu'elle se rendait ici. Figurez-vous que moi aussi, je suis désolée.

_ J'ignore ce qui est arrivé à Severus, et croyez-moi que sa mort ne me laisse pas indifférent.

_ Cela ne change strictement rien professeur Dumbledore. Je me doute que sa disparition vous met dans l'embarras concernant la suite de votre mission à propos de Voldemort, mais je pense que vous pouvez tout à fait rebondir. »

La jeune femme s'apprêta à se dérober à cette conversation déplaisante, mais fut retenue par ces doigts s'enroulant autour de son bras. Elle fixa alors cette main, étrangement pourvu d'une vilaine marque noire, puis redirigea son regard noir vers le visage pourtant compatissant de Dumbledore.

« Miss Granger, il ne fait pas grand bien de s'installer dans les rêves en oubliant de vivre… »

La jeune femme se détacha de la poigne du directeur avec force.

« Je connais vos vieux crédos professeur. Je suis désolée, mais ça ne marche pas avec moi. Pourquoi me cherchiez-vous ? Pour me convaincre d'aider Harry ? Ron a pourtant compris qu'il n'avait rien à m'offrir qui ne puisse m'intéresser pour poursuivre cette tâche.

_ Je sais… Mais j'espérais que quelqu'un d'autre puisse avoir cette force de persuasion dont nous manquons tant. »

Dumbledore sortit alors de sa poche… une pierre, étrange, noire, et pourvu d'un symbole qu'elle n'avait jamais vu jusqu'à maintenant. Cet objet l'intrigua, ainsi que ce seau composé d'un rond dans un triangle coupé en deux par une longue ligne.

« Qu'est-ce que c'est ?

_ Un rêve… le votre. C'est cette pierre qui m'a causé cette blessure dont Severus a pourtant tenté de me protéger. Elle se trouvait sur une bague ensorcelée.

_ Alors pourquoi…

_ Le destin. »

Tout ceci était si mystérieux. La jeune femme jeta un coup d'oeil bien étrange au vieil homme, qui ferma pourtant la main avant qu'elle ne puisse atteindre la pierre.

« Je vais mourir, Miss Granger. »

Hermione prit les paroles de Dumbledore au sérieux… Et bien qu'elle ne l'appréciait guère depuis toutes ces histoires, ce qu'il venait de lui révéler lui tordit les tripes.

« Je le sais depuis que je suis en possession de cette relique. Ainsi, j'ai besoin d'être certain que vous ainsi que vos deux camarades puissent mener la fin de cette guerre vers le bon côté, et non la voie de la facilité. Harry aura besoin de vous plus que jamais. Et je sais que Severus… peut ainsi m'aider une dernière fois dans ma tâche. »

Les sourcils de la jeune femme se levèrent haut avant que le vieillard n'ouvre de nouveau la paume et la laisse se saisir de cette pierre.

« Ce soir, le bal de printemps est prévu. Vous y rendrez-vous ?

_ Ce soir ? répéta Hermione, surprise. Mais je croyais que c'était demain !

_ Vous devez avoir mal compris. Monsieur Weasley ne vous y a pas invité ?

_ Non. Et j'aurais refusé, dans tous les cas.

_ Je vous conseille d'être particulièrement prudente Miss Granger et de ne pas vous laisser enfermer dans un cercle sans fin. Si je vous confie le soin de cette pierre, c'est que je vous pense capable de surmonter tout cela.

_ Professeur Dumbledore, je… commença à protester Hermione, plus vraiment sure de vouloir avoir cette chose en sa possession.

_ Miss Granger, je vous laisse. Je dois me préparer à un rendez-vous. La tour d'astronomie. Quel dommage que je ne puisse pas assister à la première valse. »

Hermione ouvrit la bouche, mais Dumbledore ne la laissa pas terminer.

« Bonne chance. »

xXx

Hermione soupirait pour la énième fois, assise dans ce seul et unique fauteuil du salon rendu vite de Snape. Il faisait chaud pourtant dans ces quartiers, et pour cause : Hermione peinait à maintenir le sort de chaleur aidant à avoir cette température dans cette pièce reculée des cachots.

Elle continuait de fixer cette pierre d'obsidienne avec une fascination certaine, avant de la faire rouler entre ses doigts.

Elle était étrangement taillée, ses bords semblant si coupants. Même si elle paraissait minuscule, la jeune femme espérait qu'elle lui tranche un peu la peau à force de la manipuler, comme lorsqu'elle laissait la foule la bousculer, elle qui se sentait si morte de l'intérieur.

Une fois encore, elle continuait d'observer ce noir profond qui paraissait aspirer son âme, ainsi que ce symbole étrange. Que signifiait-il ? Connaissant Dumbledore et ses mystères, nul doute que cela devait encore avoir un sens caché.

Accoudée à ses propres jambes, elle sentit néanmoins une main froide venir caresser la base de sa nuque. Hermione fronça les sourcils. Son sort de chaleur devait encore avoir perdu de sa puissance.

Elle sortit ainsi sa baguette, mais, alors qu'elle venait de se lever, elle tomba sur les fesses une fois chose faites, le regard rond et effrayé.

« Oh mon Dieu, Severus ! »

Elle l'entendit émettre une faible expiration amusée, avant de fixer étrangement sa main tendue vers elle. Hésitante, Hermione s'en saisit. Elle était froide, comme elle le craignait, et pourtant, Snape la redressa sur ses deux jambes sans vraiment de problème.

« Toujours en train de tomber à ma vue. »

Hermione lui jeta un regard rempli de reproches, elle ne pouvait s'en empêcher. Mais… Mais elle le savait, elle savait qu'il allait revenir ! Alors, sa méfiance se transforma en joie, un bonheur hors de contrôle et un sourire immense lui barra le visage avant qu'elle ne l'enlace avec tant de force qu'il sembla en avoir le souffle coupé s'il en avait eu encore.

« Tu m'as tellement manqué, sanglota-t-elle. »

Mais son corps, il était si glacé !

Hermione se recula un peu de cette étreinte afin de l'observer. Snape avait toujours eu une carnation bien blanche, mais là, elle l'était plus que d'habitude… pas autant qu'un fantôme, ça non, mais cela s'en rapprochait. Enfin, son teint, son allure n'avait rien d'humain, mais rien de fantomatique pour autant. Lorsqu'elle tentait de fixer ses traits, ils semblaient un peu flou, mais elle s'en fichait bien pour l'instant. Après tout, elle pouvait le toucher, lui parler. C'était déjà tellement !

« Vous n'allez quand même pas vous mettre à pleurer de nouveau ? souffla-t-il.

_ Je ne pleure pas, nia-t-elle en séchant pourtant quelques larmes de ses joues. Imbécile. »

Snape grogna avant de la pousser gentiment. Hermione ricana alors et se lova contre lui. Elle ferma ainsi les yeux, le visage posé contre cette poitrine dont elle ne sentait aucun battement, touché par cette main glacée qui caressait ses cheveux. Il venait de poser sa joue sur sa tête, elle le sentit et eut un frisson désagréable qui parcourut ses bras.

Hermione eut beau faire tous les efforts du monde, rien n'égala ces moments où il l'avait enlacé de son vivant, cet instant semblant si froid alors que ses souvenirs eux, gardait tant de chaleur dans son coeur. Alors, elle redressa un visage un peu plus triste vers lui.

« Vous êtes mort.

_ Je sais.

_ Comment pouvez-vous être là dans ce cas ?

_ La pierre. »

Il lui désigna alors l'objet qui avait atterrit par terre pendant qu'elle s'était élancée dans ses bras.

« Vous… Vous êtes vraiment avec moi ou est-ce un souvenir ?

_ Je ne sais pas, personne ne sait. Je suppose qu'il vaut mieux se référer à ce qu'on préfère croire.

_ Je préfère croire que vous êtes là… »

Hermione soupira avant de renifler un peu.

« Et en même temps, si vous l'êtes, alors cela voudrait dire qu'il n'y a plus aucun espoir pour que vous reveniez vraiment. Alors… disons que je ne sais pas non plus. »

Snape eut un sourire attendrit avant de caresser sa joue du plat de l'index. Hermione lui adressa un sourire mélancolique avant de froncer les sourcils.

La première valse venait de commencer là haut, elle l'entendait depuis les cachots.

« Severus, qui t'as tué ?

_ C'était un guet-apens, se mit-il à lui expliquer. J'ignore ce qu'il s'est passé, mais je pensais me rendre à une réunion. J'ai été accueilli à la place par une bande de trois sorciers qui ont réussi à me lancer un sort de jambencoton avant que je n'ai le temps de réaliser ce qu'il m'arrivait. Ils m'ont tabassé mais après ce que Weasley m'avait fait subir, autant te dire que j'étais paré.

_ Quoi, de quoi est-ce que tu parles ?

_ Il ne t'en a pas parlé ? »

Hermione fronça les sourcils avant de nier de la tête. Elle ne comprenait rien. Qu'est-ce qu'avait bien pu fabriquer Ron ?

« Tu lui demanderas. Quoiqu'il en soit, j'ai réussi à me défaire de leur emprise et à me téléporter chez moi. Ils n'avaient pas l'air de vouloir me tuer, mais je ne tenais franchement pas à subir des Doloris à foison. Et puis, je n'étais pas dans mon élément là bas, alors que chez moi, j'avais l'avantage du terrain. Sauf que… hé bien, tu connais mon égo démesuré. Ils ne voulaient pas que me torturer et je suis mort. »

La jeune femme soupira avant de grogner. Voilà qui ne l'avançait guère ! Même lui ne connaissait pas les raisons de son trépas.

« Hermione, n'utilise plus cette pierre veut-tu ?

_ Quoi ? Mais pourquoi ? demanda-t-elle soudain avec une plus grosse émotion encore.

_ Je veux que tu vive. Cette relique là va te rendre folle, tu vois bien… comme c'est différent. »

Snape posa sa main gelé sur la joue chaude de la jeune femme dont le regard s'embruma.

« Je suis sure qu'il y a un moyen pour changer ça.

_ Non, nia-t-il. On ne défit pas la mort, on la fuit dans le meilleur des cas et moi, je n'ai pas su le faire. Il est trop tard.

_ Ne dit pas de bêtise, souffla-t-elle.

_ Je l'ai moi-même éviter pour les raisons qui t'ont amené à l'utiliser. Dumbledore ce vieux sénile a du devenir dingue pour te l'avoir confié. Pourquoi a-t-il fait un truc pareil ?

_ Il voulait que tu me convainc d'aider Harry, se vexa-t-elle.

_ Je ne suis personne pour te dire ce que tu dois faire.

_ Il est naïf, argumenta la jeune femme, lasse.

_Tu suivras le chemin qui te semble être le bon, c'est la seule chose dont je suis sur. »

Hermione émit une expiration un peu blessée avant que Snape ne fronce les sourcils. Il s'apprêtait à lui faire promettre de garder cette pierre loin d'elle avant d'être interrompu par un air étrange qui lui vrilla les tympans.

« Qu'est-ce que c'est que cette musique horrible ? »

La jeune femme oublia son ennui avant de rire plus franchement. Il était là, son professeur de potions sarcastique et désagréable ! Il l'avait toujours été.

Mais d'ici, elle entendit aussi cette valse composée de piano, de quelques notes de flutes et d'une flopée de violons.

« Figure toi que je t'ai appelé pour te demander de danser.

_ Tu plaisante j'espère ? gronda la terreur des cachots.

_ Absolument pas, lui lança-t-elle, fière de le mettre une nouvelle fois dans l'embarras.

_ Il en est hors de question, trancha-t-il. Je suis venu, c'est déjà beaucoup trop. Et en plus, je ne sais pas danser.

_ Professeur Snape, laissa trainer Hermione alors que l'homme semblait sur le point de partir de la pièce.

_ J'ai dis non.

_ Je suis sure que personne ne vous l'a jamais demandé.

_ Si, Aurora, durant ce bal stupide de Noel et j'ai dis non ! répéta Snape.

_ J'ai cru comprendre que Dumbledore avait donné de nouvelles directives pour ses bals, et qu'un professeur était obligé d'accepter la première danse lorsqu'on la lui proposait, mentit-elle.

_ Qu'est-ce que c'est que cette règle absolument stupide ? Ça ne m'étonne même pas venant de ce vieux timbré.

_ Bref, vous n'avez donc pas le droit de refuser. »

Snape grogna, les bras croisés. Il regarda ailleurs, avant de jeter un coup d'oeil pas franchement rassuré vers la Gryffondor.

« Très bien, mais après, je me casse.

_ D'accord. »

Snape soupira et Hermione attendit, commençant à s'impatienter. Elle songea même qu'il allait définitivement refuser, mais le sorcier lui tendit sa main qu'elle fixa avant de s'en saisir avec précaution. Le froid que cela lui occasionna lui parcourut l'échine, et ce fut pire lorsqu'il posa son autre main au creux de ses reins avant de l'amener contre lui. Mais elle lutta contre ce gel et serra sa paume dans la sienne.

Il était là. Et c'était tout ce qu'il comptait.

Hermione leva un visage timide vers les traits toujours si durs de son professeur. Il n'avait pas changé, en dehors de sa carnation si livide. Son regard la transperçait avec toujours autant de force. Hermione lui lança un rictus timide et anéanti à la fois. Elle savait qu'il était mort et pourtant, elle n'arrivait pas à se faire à cette idée.

Timidement, il l'amena à suivre ses pas, légers de prime abord. Et Hermione se concentra pour ne pas s'empêtrer plutôt que d'écouter cette boule de désespoir qui lui enserrait la gorge. Il la faisait ainsi danser avec légèreté et elle ignora le froid qui envahissait son corps tout entier, pressant ses doigts autour de sa paume. Elle déglutit, et sa main commençait à devenir douloureuse et engourdie.

La respiration de la jeune femme se fit tremblante, était-ce d'émotion ou de gel ? Snape remarqua ses yeux se remplir de larmes qu'il ne pouvait même pas sécher. Alors, il y mit plus de coeur, même si le sien ne battait plus. Hermione souriait tendrement, laissant pourtant les sillons se former sur ses joues. Il la serra contre son corps qu'il savait si glacé, même s'il avait envie de la lâcher afin d'apaiser sa peine.

Elle n'était plus pour lui, mais il avait tellement envie qu'elle le soit de nouveau. Il le savait, cela lui occasionnait comme une douleur fantôme dans l'estomac. C'était comme s'ils n'étaient plus raccordés sur le même plan, comme si cet amour un peu interdit qu'ils avaient nourri était rendu à l'ordre de l'impossible et que leur constitution respectives le leur hurlait.

« Ne pleure pas, lui chuchota-t-il avec peine. »

Hermione hocha la tête avant de sangloter. Toujours contre lui, il la fit tournoyer, et elle rit avant de s'empêcher de pleurer. Alors, elle se serra contre lui aussi fort qu'elle le put.

« Ce n'est pas juste, sanglota-t-elle.

_ Je t'ai dis de ne pas pleurer, lui rappela-t-il avec douceur en caressant ses cheveux.

_ Pardon. »

Snape continua de la faire danser, alors que tout deux tentaient avec désespoir d'y mettre tant de conviction et de normalité. Elle aurait tellement aimé qu'il le fasse de son vivant, sentir son coeur battre contre le sien, et la chaleur de son corps dans lequel elle s'était lové avec délice. Hermione ferma les yeux de toute ses forces, tentant de se persuader qu'il était là, que rien n'avait changé. Elle passa même sa main dans ses cheveux, mais cela ne changea rien.

Son parfum avait disparu, son coeur ne battait plus, ne restait-il que des miettes d'un amour perdu.

Elle regrettait tellement de ne pas avoir assez profiter de lui de son vivant, et elle commençait aussi à maudire ce morceau qui était en train de se terminer.

« Je dois partir, lui glissa-t-il. Si je reviens, ce sera de pire en pire.

_ J'ai besoin de vous.

_ Plus tard, Hermione.

_ Pas plus tard, maintenant, insista-t-elle en refusant de se redresser, s'entêtant à se serrer contre lui, même si ses lèvres commençait à bleuir sous le froid.

_ Les notes faiblissent, je vais disparaître. C'était le marché.

_ Reste, s'il te plait reste, sanglota-t-elle en s'accrochant à son cou. »

Elle sentit sa tête nier à travers ses cheveux qui lui chatouillaient la nuque.

« C'est pour ton bien, rajouta-t-il en une caresse à travers ses cheveux.

_ Je me fiche de mon bien.

_ Les morts ne peuvent pas s'accorder avec les vivants, lui murmura-t-il alors qu'elle sentit un baiser au creux de son cou qui lui arracha une expiration douloureuse à travers un vent glacial.

_ Dans ce cas, dis-moi que c'est dans ma tête. Dis-moi que ce n'est pas réel, supplia-t-elle.

_ Bien sûr que c'est dans ta tête Hermione. »

La Gryffondor manqua de suffoquer, sous l'émotion, le désespoir, le froid et la désolation. Elle sentit la main glacée de son professeur serrer sa tête, sa joue se poser sur la sienne et la chaleur à deux doigts de définitivement quitter son corps agité de tremblements.

« Mais pourquoi faudrait-il en conclure ça n'est pas réel ? »

Hermione manqua de tomber en avant lorsqu'elle ne fut plus soutenu. Le silence envahit alors les quartiers vides de son ancien professeur de potions et elle s'écroula sur le sol. Ses lèvres étaient encore cyanosée, et elle était pétrie de froid. Pourtant, elle ne prit même pas la peine de se couvrir et finit par pleurer, ses larmes réchauffant peu à peu son visage.

La musique s'était terminée.