Coquille vide

Rating : M

Pairing : SS/HP

Disclamer : Rien à moi sauf la dépression des personnages

Avertissement : Slash (relation homosexuelle entre deux hommes) donc homophobes, s'abstenir. De plus, cette histoire sera assez sombre psychologiquement parlant et contiendra quelques scènes de sexe donc âmes sensibles s'abstenir aussi. Elles seront néanmoins assez longues à venir (les scènes de sexe, pas les âmes sensibles, lol) alors ne vous emballez pas.

Note de l'auteur : Yeah, voici le grand tournant de la fic ! Après, d'ici deux chapitres je pense, tout va s'accélérer et je vais enfin pouvoir les rapprocher. Intimement je veux dire, même si je veux que ce soit progressif et pas trop rapide. En attendant, ça va pas être la joie pour nos deux protagonistes (moi sadique ? Mais nan, c'est pour le bien de l'histoire)

Sinon, si vous avez l'impression que le chapitre est court, ce n'est pas le cas. Il est aussi long que les précédents mais l'absence des RAR donnent cette impression. En fait, je pense que je vais supprimer les anciennes RAR des chapitres précédents, pour faire plus propre et éviter les problèmes. Mais je continuerai à vous répondre, ne vous en faîtes pas. (par contre, je ne sais plus du tout à qui j'ai répondu donc pardonnez-moi si vous je vous ai oublié... Pour le prochain chapitre, j'essaierai de le faire au fur et à mesure sans en manquer ! Et même si je ne vous ai pas répondu, ne pensez pas que votre review ne m'a pas fait plaisir, bien au contraire. Ça me motive, vous avez pas idée !)

Alors un merci général à tous :) et bonne lecture !

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Chapitre 8

Voilà bien une bonne demi-heure que je l'observe dormir. Il s'est finalement calmé et sa respiration est si paisible qu'elle finit par me détendre. C'est étrange. C'est agréable. C'est dérangeant...

Mais je ne peux me contrôler, je ne peux m'empêcher de l'admirer ainsi étendu entre mes draps. Car oui, je l'ai emporté dans mes appartements. Et je l'ai installé dans mon lit. A cette place vide que personne n'a plus occupée depuis bien longtemps. Cet espace glacé, de l'autre côté du matelas où je ne pénètre jamais même quand je dors.

Alors que je le fixe, je me surprend à penser qu'il a l'air à sa place ici, que ce côté inoccupé de mon lit n'attendait que lui. Que j'aimerais me glisser sous les couvertures pour le rejoindre. Je me dégoûte.

Ça ne peut plus continuer, ça ne doit pas continuer. Je perd le contrôle de la situation et j'ai horreur de ça. Ce gosse me rend fou, il me fait ressentir un étrange sentiment de complétude mêlée de haine. Haine envers moi-même. Qui suis malsain. Qui suis faible.

Qui suis pathétique.

J'ai même essayé de justifier sa présence dans ma chambre. Je me suis presque convaincu que n'importe quel professeur aurait fait de même et que je n'avais rien à me reprocher. Mais je me mens. Je le sais et pourtant je nie les faits. Ce serait avouer trop de choses. Je ne suis pas prêt. Le gosse n'est pas prêt. Il ne le sera jamais.

Alors je ne vais pas plus loin, je ne concrétise pas mes pensées. Je me contente de l'admirer en silence. Admirer ce que je n'aurai jamais. Admirer ce que je ne mérite pas et qui pourtant semble déjà m'appartenir. Puisqu'il est là.

J'ai bien peur d'avoir souillé le gamin. Il est trop innocent sentimentalement parlant pour lui infliger ça et pourtant je crains qu'il ne soit trop tard. Ou je l'espère, c'est assez flou comme sentiment. Encore une fois, je me fais horreur. Je sais où tout ça est en train de nous mener. Ça a déjà commencé et j'ai envie de continuer. C'est presque un besoin vital de continuer. Si je perdais cette étrange intimité, complicité, relation... avec Potter... Alors... Je redeviendrais sûrement cet être froid et apathique que j'étais. Insensible. Vide.

C'est la première fois que je ne le souhaite pas.

Bien que ça me fasse peur et que je sache qu'il mérite mieux que l'homme brisé que je suis, il semble que je sois trop égoïste pour tenter de le préserver. Le sauver des autres n'a jamais été un problème mais le sauver de moi... Ce serait me condamner à mon tour.

Pourtant, c'est une habitude chez moi de refouler mes sentiments. Pour le bien de cet être fragile qui s'est volontairement abandonné à moi. Ce corps frêle, minuscule dans le lit immense. Trop petit. Trop mince. Et pourtant si magnifique à mes yeux.

Je me secoue mentalement, puis finit par me lever et détourner le regard. Je dois prévenir Albus et Minerva de la situation alors je ne vais pas continuer à l'observer comme un vieux voyeur pervers, il vaut mieux que ça. J'ai promis de le sauver. Et je le ferai, même si ce n'est pas ce que je veux. C'est la routine. J'ai l'habitude.

Je sens une amorce de sourire courber mes lèvres. Je ne me vois pas mais je sais que ce n'a rien de chaleureux. C'est le sourire d'un homme amer. D'un homme triste. D'un homme devenu mauvais par la force des choses.

D'un homme trop vieux pour toutes ces conneries.

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Me voilà à nouveau dans le bureau de mon cher directeur. Avec une tasse de café à la main et une sucrerie quelconque dans l'autre. J'ai comme une impression de déjà-vu.

D'ailleurs, je me sens étrangement non-concerné par ce qu'il me raconte. Si je n'étais pas si tendu par les derniers évènements, j'aurais pu croire à un brusque retour en arrière de quelques semaines. Mais ce n'est pas le cas. La voix d'Albus me le confirme.

" J'aimerais tellement pouvoir l'aider moi-même mais vous êtes le seul à pouvoir le faire Severus. C'est vers vous qu'il s'est tourné et j'ai bien peur qu'il ne s'éloigne peu à peu de ses amis. "

" Ce qui n'est pas plus mal si vous voulez mon avis. Weasley l'a plongé dans une des pires crises d'angoisse qu'il m'ait été donné de voir. "

Nul besoin de préciser que ma carrière m'a donné l'occasion d'en voir beaucoup. Il a très bien compris. Nous sommes devenus très adroits pour accumuler les non-dits et éviter les sujets sensibles. La guerre est finie. Aucun de nous n'aimons reparler de ça.

" Mr Weasley ne savait pas combien notre jeune Harry est fragile, il s'en veut beaucoup. Il ne faut pas lui en tenir responsable. "

Je ne peux retenir un reniflement sarcastique. Albus et son besoin de protéger à tout prix ses élèves... Mais désolé vieux fou, rien ne m'empêchera de punir comme il se doit ce crétin de rouquin. Il m'est avis que Molly a suffisamment de fils pour se remettre de la perte du plus jeune. Et Arthur... Arthur est beaucoup moins effrayant que sa femme, je devrais survivre.

" Severus... "

Le ton est clairement réprobateur, il sait très bien à quoi je pense. Parfois je ressens une haine profonde envers mon supérieur. Malheureusement pas autant que l'affection que j'ai pour lui. Il le sait et me sourit. Je le déteste.

" Je crois que je suis pédophile. "

Woh, là il me semble que je peux mourir sans regret. Je viens de choquer le grand Albus Dumbledore en personne... Le pire c'est que je ne suis même pas désolé, ni honteux, c'est sorti tout seul. J'ai besoin d'en parler et il est le seul qui ne criera pas au meurtre. Peut-être que lui pourra m'aider. Nous aider. Potter aussi est concerné.

Le vieillard toussote nerveusement pour faire passer la gorgée de thé qu'il vient d'avaler de travers. Je le vois qui hésite, il ne sait sans doute pas quoi dire. C'est une première. En tout cas, je ne l'aide pas et un silence tendu envahit la pièce. Il faut qu'il parle. Mes mains sont moites. Ma migraine se réveille. J'étouffe.

" J'imagine qu'il s'agit d'Harry ? "

Il se montre prudent, il tâte le terrain. Quant à moi, je ricane amèrement et lève ma tasse comme pour porter un toast. Pourquoi fait-il soudain si froid ?

" Comme toujours, le seul et l'unique. Foutu. Harry. Potter. "

Sur ce, j'avale une longue gorgée de café qui me brûle méchament la gorge. De la douleur, voilà ce qu'il me faut. Peut-être que ça m'aidera à supporter le fiasco qui s'avance à l'horizon. J'ai envie de sortir. J'ai envie de disparaître. Je hais ma vie.

" Hum... Severus... Je conviens avoir été surpris que vos entretiens se passent aussi bien... Et que vous l'ayez laissé dormir chez vous... "

" Dans mon lit Albus, pas sur le canapé ou dans une chambre d'amis. Dans mon lit. "

" Oui... Mais... Vous ne l'avez pas... touché... n'est-ce pas ? "

Je roule des yeux avec agacement. Un Dumbledore choqué, c'est encore pire que celui habituel.

" Bien sûr que non ! Pour qui me prenez-vous ! "

Ses joues rosissent. Ça me rend nerveux et je sens ma migraine s'accentuer. Je n'aurais peut-être pas dû aborder le sujet.

" Merlin soit loué, vous m'avez fait peur. "

Il sourit, comme rassuré. J'ai l'impression qu'il a mal interprêté quelque chose. J'hésite entre préciser le fond de ma pensée et amoindrir le poids de mes propos. Je ne suis qu'un lâche.

" Laisser Harry dormir chez vous et vous attacher à lui ne fait pas de vous un pédophile, Severus. "

Le moment de vérité est là. Je peux continuer à jouer le jeu et profiter de ce que m'offre le gosse. Ou je tiens ma promesse et je le sauve. De moi, cette fois-ci. J'hésite. Je le revois me fixer avec confiance. Je le revois dans mon lit. Je me souviens de mes rêves. Les images se succèdent, j'en crève. Mais ça me suffit. Ma décision est prise alors je prend une profonde inspiration. J'ai l'impression de me jeter du haut d'une falaise.

" Peut-être mais je vous assure que mes rêves sont assez convaincants, eux. "

Ça y est, c'est dit. Je me sens étrangement soulagé et je finis mon café avec un calme qui me surprend. Albus lui ne dit plus rien et m'observe. Mon esprit est bien gardé. Encore une fois, il ne lira pas en moi. Pas besoin de toutes façons, tout est dit. Enfin, presque...

" Ce n'est pas tout, Albus. Je pense que c'est réciproque. "

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Il dort encore. Seul dans ce grand lit, il paraît encore plus vulnérable. Et moi, je me sens encore plus coupable. Mais c'est bientôt fini, je vais regagner le peu d'estime personnelle qui me restait et je vais le perdre. De toute façon, on aurait fini par se détruire tous les deux.

Je m'asseois à côté de lui et retourne à ma contemplation. Quand je tend la main vers son visage, son souffle me caresse doucement la peau. C'est stupide mais ça me fascine. Alors j'en profite, je frôle ses lèvres du bout des doigts, puis ses joues, je retrace ses traits si fins et m'attarde sur sa cicatrice. Je ne me reconnais pas.

En cet instant, mon désir de torturer le jeune Weasley me semble secondaire. La conversation avec Albus me semble bien loin aussi. Les dernières remarques que nous avons échangées n'a plus d'importance. Plus rien n'a d'importance.

Car c'est l'unique et dernière fois.

Qu'il est dans mon lit...

Que je le regarde dormir...

Que je suis seul avec lui...

Et que je peux le toucher.

Ça n'a même pas commencé et aussi triste que ce soit, c'est déjà fini. Je passe le flambeau à un autre.

Je hais ma vie.

Au revoir, Harry.

A suivre...