Coquille vide
Rating : M
Pairing : SS/HP
Disclamer : Rien à moi sauf la dépression des personnages
Avertissement : Slash (relation homosexuelle entre deux hommes) donc homophobes, s'abstenir. De plus, cette histoire sera assez sombre psychologiquement parlant et contiendra quelques scènes de sexe donc âmes sensibles s'abstenir aussi. Elles seront néanmoins assez longues à venir (les scènes de sexe, pas les âmes sensibles, lol) alors ne vous emballez pas.
Note de l'auteur : Je fais une petite pause dans 'Calice malgré moi' pour pouvoir vous offrir ce chapitre. Mais ma prochaine update sera la dernière partie de l'autre fic pour que je puisse à nouveau me préoccuper entièrement de celle-ci. Ce chapitre est un peu différent, j'espère qu'il vous plaira :) Bonne lecture.
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Chapitre 12
Je suis dans mes appartements, dans cette atmosphère familière et rassurante mais je crois que je n'ai jamais été aussi nerveux de ma vie. Il faut dire que je n'ai jamais accordé à Noël une grande importance et c'est la première fois que j'achète un cadeau pour quelqu'un que j'a...pprécie. Je grimace. Pourquoi faut-il que je bute sur ce mot à chaque fois.
Encore une fois, je suis en plein déni mais puisque j'en ai conscience, j'estime que c'est pardonnable. Et ce n'est pas comme si j'avais vraiment le choix. Si j'avouais que j'étais am...ical avec Potter, j'aurais encore plus de mal à me retenir de le toucher et je gâcherais sûrement tout ce que nous avons eu tant de difficulté à reconstruire..
Bon sang, mais qui est-ce que j'essaie de berner, là ?
Bien sûr que c'est une mauvaise excuse, bien sûr que j'ai simplement une trouille terrible de mes propres sentiments, bien sûr que je suis un lâche. Mais je suis un serpentard, pas un gryffondor. C'est dans ma nature d'être de mauvaise foi.
Le problème, c'est que je me suis entiché d'un rouge et or. Un vrai. Un courageux. Un avec un complexe de héros hallucinant. Il faut que je sois à la hauteur. Alors respirons et lançons nous. Si j'ai du mal à prononcer les mots dans ma tête, qu'est-ce que ça donnera quand je devrai les dire à voix haute... Pas que ça risque d'arriver de si tôt mais je me dois au moins d'être honnête envers moi-même.
Je... Je suis attiré par Harry Potter. Non, ça je l'avais déjà avoué il y a plusieurs semaines. Reprenons.
J'aime Harry Potter.
Je suis amoureux.
De Harry Potter.
Je crois que c'est le sentiment le plus bizarre qu'il m'ait été donné de vivre. Aimer Harry Potter. M'avouer que j'aime Harry Potter. Je ressens un indéfinissable mélange de paix et de terreur. Et une autre émotion que je ne connais pas mais que je pourrais presque apparenter à... du bonheur. C'est vraiment effrayant.
Mes mains se sont crispées sur le paquet que je souhaite offrir au gryffondor en question. Demain matin normalement. Ça sera une première pour moi, passer la journée de Noël avec quelqu'un d'important. Quelqu'un que j'a...pprécie. Oui , j'ai encore un peu de mal à me faire à l'idée. Une révélation à la fois, merci bien.
Je me force à respirer et je suis soulagé que Potter ne soit pas là cet après midi. Je ne lui ai pas posé de question quand il m'a prévenu qu'on ne se reverrait qu'au réveillon de ce soir. Il est libre. Il ne me doit rien. Je pense que je me le suis déjà suffisament approprié ces derniers jours. Semaines. Mois.
Je suis à nouveau installé dans mon fauteuil en face du feu mais aucune bouteille d'alcool ne m'accompagne aujourd'hui. J'ai découvert que le rouge et or était le plus parfait des remèdes contre l'alcoolisme. Je n'ose imaginer quel poivrot je deviendrai le jour où il partira.
Car il le fera. Je le sais et je me suis fait à l'idée. Je pourrais me morfondre et être malheureux à chaque instant en sachant que ça ne va pas durer mais j'ai préféré au contraire ne pas trop y penser et savourer le moment présent. Je fais preuve là d'une sagesse admirable, si je puis me permettre.
Une pensine recouverte de papier argenté sur les genoux, je me rejoue la conversation de la veille. Je n'avais même pas pensé à lui acheter quoique ce soit jusqu'ici. Mais après ce qu'il m'a dit... C'était comme une évidence. Je ne pouvais pas... ne pas le faire...
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Il est allongé devant la cheminée et moi je suis assis dans mon fauteuil, occupé à faire semblant de lire. Je sais que je ne berne personne et il doit sentir mon regard sur lui mais je n'en fais pas grand cas. De toute façon, je suis incapable de détourner les yeux. Je suis hypnotisé.
Les flammes ornent sa peau de couleurs châtoyantes qui lui donnent un petit air irréel. Ses yeux verts brillent d'intérêt alors qu'il lit le livre que je lui ai prêté. Ses lèvres remuent de la plus charmante des façons, ses sourcils se froncent légèrement sous la réflexion, ses joues rougissent quand mes yeux s'attardent un peu trop sur lui. Il est magnifique. Je sais que tout le monde ne partage pas mon avis mais à mes yeux il est la créature la plus fascinante que cette Terre puisse porter.
Je soupire doucement pour ne pas briser l'instant de paix qui s'installe comme souvent entre nous et je me force à retourner au grimoire que je suis censé être en train de lire. Potter a vraiment une mauvaise influence sur moi.
" Pourquoi vous ne m'avez jamais posé de question ? "
Sa voix me fait pratiquement sursauter mais j'arrive heureusement à garder mon flegme légendaire. Mon coeur s'est cependant emballé et je sens mes mains devenir moîtes de nervosité. Serait-ce enfin la conversation que j'ai attendu si longtemps ? Est-il prêt ? Que suis-je censé lui répondre ?
Je le jauge longuement avant de parvenir à déglutir et je me râcle légèrement la gorge dans l'intention évidente de gagner du temps.
" Quel genre de questions, Mr Potter ? "
" Vous le savez très bien. "
Il ne me regarde pas et mes yeux en font soudain autant. Nous sommes tous les deux en train de fixer les flammes, parfaitement conscients de l'instant décisif que nous sommes en train de vivre. Il m'est difficile de trouver les mots. J'ai peur de faire une erreur et de tout gâcher.
" Me répondriez-vous si je vous posais ces fameuses questions ? "
Un silence nerveux me répond et je retiens mon souffle. Je ne suis pas sûr de vouloir qu'il me réponde par l'affirmative. J'hésite. Notre petite routine innocente me plait assez comme ça, cette conversation risque fort de briser la quiétude fragile qui s'est créée entre nous.
" Je ne sais pas, certaines peut-être. "
Je prends ça comme une invitation et je me surprends à refermer mon livre pour le poser sur l'accoudoir. Il y a tellement de choses que j'aimerais savoir. Je ne sais même pas par où commencer. En fait, je ne sais même pas si je veux vraiment commencer. Mais il le faut bien, il est prêt, il a fait le second pas et a visiblement besoin que je le suive dans cette direction. Advienne que pourra.
" Arrivez-vous à dormir ? "
" Grâce à l'occlumencie. Un peu. "
J'interprête ça comme il se doit, le garçon connaît des nuits difficiles. Ça ne m'étonne pas, je m'en doutais depuis longtemps.
" Pourquoi ne pas m'avoir demandé des potions de sommeil sans rêve. "
" Je ne voulais pas vous inquiéter. "
Je soupire et il baisse les yeux pour observer ses mains d'un air nerveux. Je suis obligé d'user de toutes mes forces pour ne pas fondre sur lui et le serrer contre moi. Il ne faut pas que je me déconcentre. Ni que je le déconcentre. Cette conversation est trop importante.
" Qu'est-ce qui vous hante, Potter ? "
C'est sans doute la question primordiale à poser mais je pense qu'elle ne fait pas partie de ces 'certaines'. Je sais qu'il ne me répondra sûrement pas. Je crois que je peux survivre à ça. Sûrement.
" C'est... compliqué. "
Je ne dis rien. Il se met à trembler et se recroqueville sur lui-même devant les flammes. Si fragile, si brisé. Mais pourtant si puissant d'une certaine façon. La vision est tout simplement à couper le souffle. Je ne m'en veux même plus de ressentir ça.
Puis il lève les yeux vers moi et je suis bouleversé par l'intensité de ce regard. Je ne pense pas avoir montré la moindre réaction mais je suis troublé. Une telle quantité d'émotions se bousculent dans ces prunelles vertes... De la culpabilité, de la peur, de l'inquiétude, de la haine... Mais ce qui me terrifie le plus, c'est cet espoir qu'il semble placer en moi. Je ne suis pas certain de le mériter, d'être à la hauteur. J'ai toujours eu peur des responsabilités.
Sans en prendre conscience, je me lève et m'asseois près de lui. Je ne le touche pas, ce n'est pas le moment. Je lui apporte juste une présence, un soutien. Je veux qu'il sache que je suis là et que malgré mes doutes, je compte bien faire mon possible pour l'aider. Lui apporter ce dont il a besoin.
Ses yeux se ferment un court instant et il retrouve une partie de son calme. Il me fixe à nouveau. Et la question est là. Elle me brûle les lèvres. C'est presque contre mon gré qu'elle s'échappe.
" Pourquoi moi ? "
Pour toute réponse, je n'ai droit qu'à un sourire. Mais quel sourire... Loin de ceux à peine prononcés qu'il m'a accordés jusqu'ici, loin de ceux hantés, loins de ceux qui n'atteignaient pas ses yeux. Un sourire magnifique, total, d'une intensité qui m'angoisse. Un sourire qui arrive à dépasser son état semi-dépressif.
Mon coeur se serre. J'ai du mal à respirer.
Je suis perdu. J'ai perdu. C'est finalement le gosse qui a gagné.
Son sourire vient d'avoir raison de mes dernières barrières.
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Je soupire encore en réalisant combien j'ai en effet perdu. Mais ce que j'ai gagné en contrepartie m'apparaît valloir amplement le coup. Potter est un cadeau que je ne méritais pas. Mais puisque je ne suis pas quelqu'un de foncièrement honnête, je vais en profiter comme il se doit. Tout ce qu'il acceptera de m'offrir, je l'accepterai avec reconnaissance.
Mes yeux tombent à nouveau sur la pensine. Ce n'est pas la solution ultime à son problème, il devra faire face à ses souvenirs et ses peurs un jour ou l'autre. Mais de manière temporaire, ça l'aidera. Et je lui apprendrai. Je le soutiendrai quand il se replongera dedans. Petit à petit. De temps en temps. Jusqu'à ce qu'il accepte. Jusqu'à ce qu'il guérisse. Jusqu'à ce qu'il n'ait plus besoin de moi.
J'espère juste qu'il ne pensera pas que je veux profiter de cette pensine pour violer ses pensées. Jamais je ne le ferai sans son autorisation et jamais ne me viendrait l'idée de la lui demander. Non, tout ce que je souhaite, c'est que ça l'aide à remonter la pente. Cet enfant est trop brisé, il a vraiment besoin d'exorciser ses démons.
Une vague de tristesse me transperce à cette idée mais je refuse de lui accorder la moindre attention. Je ne ferai pas machine arrière. Je suis égoïste, certes. Alors je le serai pour Potter. Je m'effacerai peut-être quand je ne serai plus d'aucune utilité mais pour l'instant, je n'en ai aucune intention.
Sur cette pensée, je lève les yeux sur l'horloge au dessus de la cheminée et je vois qu'il est temps de dîner. Le réveillon de Noël m'attend. Mes collègues et quelques élèves m'attendent. Mais le plus important, Potter m'attend aussi.
Je cache la pensine dans le tiroir de mon bureau et j'enfile rapidement ma cape noire. C'est étrangement paisible et silencieux que je pars donc rejoindre cet adolescent aux yeux désarmants. Que je n'ai pas vu depuis hier soir. Et qui me manque déjà.
