Coquille vide

Rating : M

Pairing : SS/HP

Disclamer : Rien à moi sauf la dépression des personnages

Avertissement : Slash (relation homosexuelle entre deux hommes) donc homophobes, s'abstenir. De plus, cette histoire sera assez sombre psychologiquement parlant et contiendra quelques scènes de sexe donc âmes sensibles s'abstenir aussi. Elles seront néanmoins assez longues à venir (les scènes de sexe, pas les âmes sensibles, lol) alors ne vous emballez pas.

Note de l'auteur : Après une longue absence, voici la suite :) Je ne répondrai pas aux RAR cette fois-ci, le temps me manque. Mais merci à tous de votre soutien et je vous souhaite une très bonne lecture.

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Chapitre 13

Le dîner s'est déroulé normalement, Albus a été aussi insupportable que d'habitude, c'était affreusement bruyant, les gens étaient trop bavards, trop amicaux, trop joyeux, trop, tout simplement. L'idée que je me fais d'un réveillon de Noël parfait est très loin de ce repas chaotique. Du calme et de la solitude, voilà comment fêter dignement le soir du 24 décembre.

Pourtant, ce n'était pas si horrible. J'irais même jusqu'à dire que c'était agréable et que je n'aurais manqué ça pour rien au monde. Si on excepte le comportement de Sybille un peu éméchée, bien entendu. Quand elle a posé son horrible main sur ma cuisse, j'étais sincèrement sur le point de lui envoyer mon poing dans la figure. J'avoue que ç'aurait été une réaction un peu barbare et typiquement moldue mais cette chose ne mérite vraiment pas que je me serve de magie pour m'en débarrasser.

Heureusement, je n'en suis pas arrivé là puisque Minerva est parvenue à détourner l'attention de ma soit disante collègue qui m'a lâché suffisament longtemps pour que je change de place. Et comble du hasard, je me suis retrouvé juste à côté de monsieur Potter en personne. Comme quoi les coïncidences sont parfois bien faites... Enfin bref.

Le sourire que m'a adressé mon nouveau protégé en me voyant s'asseoir près de lui a effacé toutes mes pensées négatives concernant ce dîner. Rien que d'y repenser et mon estomac se noue encore. Quelle sentiment étrange.

La suite du repas reste assez vague dans ma tête, sauf peut-être le moment où une poufsouffle et un serdaigle se sont montrés un peu trop 'amicaux' avec Potter. A lui toucher le bras, à lui sourire, à lui lancer des regards amourachés, à... Même moi, je ne me comporte pas ainsi avec lui ! Des envies de meurtre envers mes élèves, j'en ai eu plus qu'il n'en faut mais là, c'était vraiment limite.

Et puis, onze heures a sonné, la table fut débarassée par les elfes et tout le monde s'est gentiment séparé. Enfin quand je dis tout le monde, je devrais plutôt dire presque tout le monde. Car oui, mon gryffondor personnel m'a suivi jusqu'à mes appartements. Il a suffi d'un regard pour que je comprenne son intention de venir avec moi et je lui ai évidemment donné mon autorisation d'un discret hochement de tête. Même si aucun mot ne fut échangé, je pense que le fait qu'on parte ensemble n'est pas passé inaperçu. Peu importe, qu'ils pensent ce qu'il veulent, ça m'est égal. L'expression d'Albus à ce moment là aussi, m'est égal.

Et maintenant, nous descendons dans les cachots en silence. Un silence paisible et agréable. Nous n'avons rien à nous dire, le simple fait qu'il soit près de moi me suffit. Je déverrouille la porte de mes appartements et l'invite à entrer. Il se dirige aussitôt vers la cheminée devant laquelle il s'affale. Sur le tapis. Sur son tapis, depuis quelques temps déjà. Même quand il n'est pas là, je ne peux m'empêcher de sentir sa présence dès que mes yeux se posent sur cette place qui est désormais sienne.

Je me sers un verre. J'hésite. Je lui en sers un aussi. Je le pose près de lui avant d'aller me réfugier sur mon fauteuil. Mieux vaut prendre un peu de distance, je sais trop bien ce que je pourrais faire si je me laissais aller. Je ne veux pas tout gâcher.

Il m'adresse un sourire, prend son verre et regarde les flammes. Moi, j'en oublie mon verre et l'observe en silence. Même quand j'étais au fond de l'abîme, je ne pouvais détourner les yeux de lui. Encore aujourd'hui, j'en suis incapable. Je ne me lasse pas. Je suis émerveillé par le simple fait qu'il soit là. Volontairement. Seul chez moi. Avec moi.

Je m'égare. Avec un soupir, j'attrape le livre posé sur la table basse et essaie de me concentrer sur les mots. J'y parviens presque quand une main se pose soudain sur mon genoux. Je me fige et retiens mon souffle. Je ne suis pas sûr de vouloir relever les yeux mais ils le font d'eux-même et je me retrouve plongé dans deux orbes vertes étincelantes. Un peu nerveuses je crois. Mais pleines de confiance.

" Lisez à voix haute. ", me demande-t-il dans un demi-sourire.

Puisque mes neuronnes semblent avoir momentanément déserté mon esprit, il me faut un moment avant de réussir à lui répondre. Merlin, s'il continue à me fixer comme ça, je ne donne pas cher de ce qui lui reste d'innocence. Je tousse nerveusement à cette pensée et me reconcentre sur le livre.

" C'est un livre de potions, Potter. "

" Peu importe, je veux juste entendre votre voix. "

Comme d'habitude, je suis incapable d'argumenter. Ses yeux trop verts pour ma capacité de réflexion ont raison de mes protestations et j'entame la lecture avec un brin de nervosité. Je perçois vaguement qu'il s'asseoie à mes pieds mais je sens tout à fait sa tête se poser contre mon genoux. Mon coeur bat tellement fort que j'entends à peine ma voix.

Et je lis. Pour lui. Je ne comprends même pas les phrases que je prononce, je suis trop conscient de sa présence tout contre moi. A un moment donné, une de mes mains a délaissé le livre pour venir se glisser dans les mèches brunes du gosse. Je crois que je continue à lire en découvrant, fasciné, la douceur de cette nuque qui m'est interdite, de ces cheveux avec lesquels je joue distraitement, je savoure l'abandon et la confiance qu'il m'offre. Je suis pratiquement sûr d'avoir sauté des mots, peut-être même des phrases. Mais je crois que ni l'un ni l'autre n'y attache vraiment d'importance.

Les aiguilles de la vieille horloge accrochée au-dessus de la cheminée tournent, je n'en ai pas conscience. Les pages se succèdent, ma voix se fait plus somnolente, lui ne bouge plus. Tout comme mes doigts qui enveloppent sagement la base de sa nuque. L'instant est tellement parfait que j'en ressens une intense émotion que je suis bien incapable de déchiffrer. Ca pourrait être tellement plus simple. Mais ça ne l'est pas.

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J'interromps ma lecture et je soupire. Mes yeux se ferment. Mon esprit se concentre sur le contact de mes doigts sur sa peau. Sur ce que je meurs de toucher d'avantage mais que je m'interdis. Sur ce qui bouge soudain contre mon genoux.

Dans un léger sursaut, mes yeux s'ouvrent et se fixent sur un Potter à moitié-endormi. Apparemment, le fait que j'arrête de parler l'a réveillé. Merlin que ce gosse est bizarre... Sa tête pivote vers moi, ma main glisse sur son visage et il sourit en enfouissant son nez dans ma paume. Je jurerais avoir senti ses lèvres y déposer un baiser et mon coeur se serre de manière indéfinissable. Puis son regard ensommeillé retrouve le mien, ma main tombe mollement contre le fauteuil, on n'entend plus que le tic tac des aiguilles.

" Quelle heure est-il ? "

" Un peu plus de 2 heures. "

" Alors, c'est Noël... "

Oui, c'est Noël. Je lui réponds en pensée mais ne m'en rends même pas compte. A vrai dire, la seule chose que j'arrive à enregistrer, c'est le fait qu'il s'est redressé et qu'il se penche vers moi. Si près. Bien trop près. S'il continue, je ne réponds plus de moi. Il n'a pas conscience de la torture qu'il m'inflige. En fait, si j'en juge par le regard brillant qu'il plonge dans le mien, je n'en suis plus tellement sûr. Il y a tellement de détermination dans ces prunelles. Ce n'est pas le regard d'un enfant que je vois là. Quand donc est-il devenu si mâture, je me demande. Comment veulent-ils que je le repousse, je ne me le demande plus.

" J'ai longtemps réfléchi au cadeau que je pourrais vous offrir. ", me murmure-t-il un peu plus rouge qu'à l'accoutumée. Il est adorable. Magnifique. Je ne réponds pas. J'en suis incapable. Il se rapproche. Encore. Je sens son souffle tout contre mes lèvres. Mon coeur va exploser.

" Joyeux Noël, Severus Snape. "

Et il me frôle. Le temps s'arrête. Il hésite et caresse à nouveau mes lèvres des siennes. Le contact est léger, d'une douceur exquise mais bien trop éphémère à mon goût. Je ne peux plus me retenir. C'est impossible. Il m'a fait goûter à l'interdit mais bien trop peu. Il n'a pas idée du besoin que j'ai d'avoir plus. Beaucoup plus.

Je ne me contrôle plus et mes bras s'enroulent autour de sa taille. Je resserre ma prise et le rapproche de moi. Il ne se débat pas. J'aurais peut-être préféré. C'aurait été tellement plus sage. Mais sincèrement, le monde entier peut bien être sur le point de sombrer que seul cet être que je retiens enfin contre moi me semblerait digne d'attention. Alors je laisse mes peurs et mes doutes, j'oublie d'hésiter, j'oublie tout ce qui n'est pas lui. Je plonge.

J'embrasse ses lèvres. Avec légereté. Je m'attarde, je caresse, je découvre. Le baiser est chaste, parfait. Je dévie vers son menton, je remonte le long de sa joue, je m'arrête sur une paupière. Puis l'autre. Je glisse sur son front et marque une pause à sa cicatrice. Que je redessine. Que j'embrasse. Lui ne bouge pas, ses mains sont serrées sur mes épaules et son corps est lové contre le mien. Il s'accroche. Il soupire. Il aime. Alors je redescends. Et cette fois, je mets plus de pression, plus de passion. Je ne force pas ses lèvres, je n'en ai pas besoin. Il ouvre les siennes et je le goûte enfin.

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Il s'est endormi. Dans mes bras. Il a beau n'avoir que la peau sur les os, mes jambes sont engourdies par son poids. Mon cerveau aussi est engourdi mais par toute autre chose. Je l'ai fait. Ou plutôt, nous l'avons fait. Nous nous sommes embrassés dans ce fauteuil. Longtemps. Si longtemps que je n'ai aucune idée de l'heure.

Nous avons brisé les derniers non-dits, les dernières barrières. Les derniers tabous... Je suis redevenu un criminel. Aux yeux de la société car aux miens, c'est plutôt de ne pas le faire qui aurait été criminel. Mais ça ne change pas le fait que ma vie ne sera plus jamais la même, maintenant. Et pourtant...

Je ne regrette rien.

C'est presque hilarant, ne trouvez-vous pas ? Je l'ai rejetté, je l'ai repoussé, j'ai fait tout mon possible pour que ça ne se passe pas mais nous en sommes tout de même arrivés là. Pour combien de temps. Combien de temps lui faudra-t-il pour comprendre que je ne suis pas celui qui lui faut. Je ne sais pas. Mais ça viendra. Trop vite. Ce genre de choses viennent toujours trop vite.

Je resserre mon étreinte à cette pensée et il soupire dans son sommeil. Mon coeur se serre et j'enfouis mon visage dans ses cheveux. Je respire son odeur, je l'imprime à jamais dans ma mémoire. Pour que je ne l'oublie jamais. Pour que je me la rappelle quand il sera parti. Quand il aura compris.

Le regard triste d'Albus m'apparaît en esprit. Je repousse le plus loin possible cette image, je ne veux surtout pas y penser. Pas maintenant. Pour l'instant, je veux juste savourer ce moment. C'est presque douloureux. Noël ne sera plus jamais pareil, aucun réveillon ne sera aussi parfait. Aucun cadeau ne pourra jamais plus me combler. Le mien attendra son réveil. Il a besoin de dormir, je suis bien placé pour le savoir. Quant à moi, je sais qu'une nouvelle nuit blanche s'annonce. Mais ça n'a pas d'importance.

A part lui, rien n'a plus d'importance.

A suivre...