Coquille vide
Rating : M
Pairing : SS/HP
Disclamer : Rien à moi sauf la dépression des personnages
Avertissement : Slash (relation homosexuelle entre deux hommes) donc homophobes, s'abstenir. De plus, cette histoire sera assez sombre psychologiquement parlant et contiendra quelques scènes de sexe donc âmes sensibles s'abstenir aussi. Elles seront néanmoins assez longues à venir (les scènes de sexe, pas les âmes sensibles, lol) alors ne vous emballez pas.
Note de l'auteur : Toujours en retard, toujours en retard... Je ne sais pas à qui j'ai répondu et à qui je ne l'ai pas fait alors je vais me contenter de dire un grand merci à tout le monde et vous souhaiter une bonne lecture.
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Chapitre 14
Je le dépose dans mon lit, à cet endroit où il avait déjà dormi plusieurs semaines plus tôt. Cette partie du matelas que j'avais fini par appeler 'son côté' alors qu'il n'y avait passé que quelques heures. C'est plutôt pathétique. Une seule petite nuit et ça avait suffi à tout bouleverser. À tout gâcher.
Heureusement, les choses se sont arrangées. Mais peut-être pas. Alors que je l'observe, fine silhouette perdue sous mes draps, je suis partagé entre soulagement et culpabilité. Il est si jeune... Comment ne pas m'en vouloir... Quoiqu'il arrive et quoi qu'on devienne, je crois que c'est un sentiment qui me poursuivra toute ma vie.
Je soupire et j'hésite. Ce serait si facile. C'est si tentant... Pourtant, je me contente de le border sans oser le toucher et je me lève. Je quitte la chambre.
Je n'ai plus l'âge de dormir sur un canapé, mon dos et ma nuque vont sûrement me le rappeler dès mon réveil. Mais je ne peux pas le rejoindre, ce serait mal à tellement de niveaux que je ne saurais même pas par où commencer. Bien sûr, je ne suis pas naïf au point de ne pas savoir qu'on en finira là un jour... Néanmoins, je ne veux rien précipiter.
J'essaie de me convaincre que c'est seulement pour laisser du temps à Potter, pour ne pas lui faire peur, pour que notre relation démarre sur des bases solides et ne repose pas seulement sur l'attirance physique ou sur le sex. Je me dis que quand il partira, peut-être qu'il lui restera ainsi un peu de respect pour moi, que même dix ans après, il se remémorra que son premier amant avait attendu qu'il soit prêt, qu'il n'avait pas simplement profité de son corps, qu'il y avait eu plusque ça. Peut-être que son premier amant restera au moins un bon souvenir.
Mais je me mens. Je le sais. C'est par lâcheté. C'est moi qui ne suis pas prêt. Ou qui le suis trop. Sincèrement, j'ai peur de ne pas me contrôler, j'ai peur de trop m'impliquer. J'ai peur de trop m'attacher... Je suis confus. Mon sentiment d'insécurité me donne des sueurs froides. Je sens que non seulement je vais être tout courbaturé, mais qu'en plus je ne vais pas fermer l'oeil de la nuit.
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Finalement, j'ai plutôt bien dormi, ce qui ne m'était pas arrivé depuis la fin de mon apathie. Vu les circonstances, j'en suis le premier surpris.
Je m'étire et grimace en entendant mes cervicales craquer quand je tourne la tête. Je sens mes muscles se mettre en boule et mon dos n'est bientôt plus qu'un paquet de noeuds douloureux. Je savais que je n'aurais pas dû dormir sur le sofa... La prochaine fois, c'est le gosse qui en héritera. Ou pas.
Les yeux toujours fermés, j'abandonne l'idée de me lever et essaie de trouver une position plus confortable. Sans grand résultat à vrai dire. Avec un soupir, je tente donc de me décontracter et me replonge dans un demi-sommeil.
Un bruit.
Un froissement de tissu.
Une respiration.
Sur le point de me rendormir, ma capacité de réflexion a laissé place à mes instincts. Trop d'années à guetter le moindre danger. Trop d'années à attendre qu'on m'attaque dans le noir. Trop d'années à rester vigilant, à voir le mal partout, et peut-être aussi à incarner ce mal.
Quoiqu'il en soit, dès que mon cerveau enregistre cette présence non identifiée, dès que je sens quelque chose frôler mon front, avant même que cette main n'ait le temps de se retirer en me sentant bouger, je bondis du canapé, pousse l'intrus contre le mur et lui plante ma baguette sous la gorge.
Ma respiration est saccadée mais ma prise est ferme. Mes réflexes de survie ont du bon. Je me sens peut-être vieux dernièrement, mais il semblerait que j'ai encore des ressources.
" Heu... Professeur ? ",vient soudain briser le silence un brin tendu.
Oh Merlin... Bien sûr, je reconnais cette voix très vite, elle me hante suffisament ces derniers temps. L'esprit encore un peu embrumé par ce réveil en sursaut, je me rejoue la séance de la veille, me souviens de la raison de sa présence dans mes appartements et je réalise que j'ai failli envoyer un très mauvais sort à ce foutu gamin.
Un profond sentiment de dégoût envers moi-même m'envahit et l'adrénaline m'ayant abandonné aussi vite qu'elle était venue, je relâche l'épaule du gosse, recule d'un pas et perçois vaguement le bruit de ma baguette qui vient de tomber par terre. Je suis encore plus dangeureux pour lui que je ne le pensais.
" Potter... Vous voulez vous faire tuer, ou quoi ? "
" Désolé... Je me suis réveillé tout seul et... "
" Et vous vous êtes dit : Tiens, et si j'allais tester les réflexes de mon professeur de potions ? "
Mes mots sont durs. Mon ton est dur. Mon regard l'est aussi certainement mais il ne peut le voir dans l'obscurité. Je sais que ce n'est pas très rationnel de passer ma colère sur lui alors que c'est à moi que j'en veux, mais bon sang, il a failli se faire tuer ! J'ai failli le tuer ! Je me fais horreur.
" Et j'ai crû que vous m'aviez abandonné... "
Il n'ajoute pas 'encore' mais je l'entends dans sa voix. Un peu secoué par tout ça, je me passe une main moîte sur le visage et essaie de me calmer. De reprendre mes esprits. Je ne réalise même pas que je me suis mis à trember.
" Est-ce que... Je vous ai fait mal ? ", je finis par demander un peu inquiet. Tout s'est passé très vite mais je sais que je n'y suis pas allé de main morte. Heureusement que j'ai abandonné l'habitude de dormir avec un poignard sous l'oreiller.
" Non. Enfin un peu, mais ça va. "
" Bien "
Comme si 'bien' est vraiment le mot qui convient. Il n'y a rien de bien là dedans. C'est même le contraire de bien. Je lui ai fait mal et je me sens mal. J'ai quelques peines à retrouver mon souffle et je suis pris de frissonnements. J'ai d'ailleurs très froid alors je croise les bras sur mon torse dans l'espoir d'arrêter de trembler.
Nous ne parlons plus. Je ne bouge plus. Une main se pose bientôt sur mon poignet et remonte à tâtons vers mon épaule. Une autre en fait autant de l'autre côté et je le sens se rapprocher. Je ferme les yeux, je reste immobile. Je le laisse m'entourer de ses bras mais je ne l'encourage pas. En fait, je suis sur le point de le repousser.
" Je suis désolé. ", me murmure-t-il tout contre mon oreille. Je ne réponds pas immédiatement et m'interdis mentalement d'apprécier la situation. Il faut que je l'éloigne de moi.
" J'aurais pu vous faire très mal, Potter. "
Ou pire.
" Si vous ne m'aviez pas laissé tout seul, je ne vous aurais pas cherché. "
Sale gosse. Ne se rend-il pas compte que c'est pour lui que je m'inquiète ? Ne sait-il pas ce qu'il risque si je le rejoignais sous les draps ? Ne comprend-il pas que je ne suis pas quelqu'un de gentil et que je suis même dangeureux ?
" La prochaine fois, faites en sorte qu'il y ait un peu de lumière avant de me réveiller. Ce sera moins suicidaire. "
" La prochaine fois, vous dormirez avec moi. "
Et comme pour me convaincre, ses bras se serrent autour de mon cou et ses lèvres se posent sur ma joue. Je l'ai déjà dit, je ne suis pas un saint. Ma conscience a des limites. Alors je décroise les bras pour envelopper sa taille et le tenir tout contre moi. J'enfouis mon nez dans ses cheveux et inspire fortement jusqu'à m'enivrer de son odeur. J'ai peut-être perdu cette bataille mais j'en savourerai chaque seconde.
" Stupide gryffondor. ", je murmure avec plus de tendresse que de colère.
" Vous venez vous recouchez ? Avec moi cette fois-ci ? ", il sait qu'il a gagné mais il insiste.
" Comme si j'ai le choix. ", je grogne pour la forme.
" On a toujours le choix. "
Il sourit. Je ne le vois pas mais je sais qu'il sourit. Alors pauvre de moi, je le suis.
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Je me réveille à nouveau, mais cette fois-ci avec un Harry Potter dans les bras. Ou plutôt, c'est moi qui suis dans ses bras. Pour ma défense, il a refusé de me lâcher et cela même après qu'on se soit couché. Il devait craindre que je ne le laisse à nouveau. Comme si l'idée m'avait seulement traversé l'esprit.
En fait, j'y ai pensé. Environ deux secondes et demi. Et après, j'ai senti son souffle dans mon cou. Ses doigts entrelacés aux miens. Ses jambes contre les miennes. Et je me suis dit que j'étais très bien où j'étais. Surtout qu'il semblerait que je sois capable de me contrôler puisque je ne l'ai pas encore violé. Ça aussi j'y ai pensé d'ailleurs, mais après mûre réflexion, j'ai décidé que ce chaste câlin me suffisait amplement. Je crois même que je pourrais m'en contenter, c'est tellement plus fort que tout ce que j'ai connu jusque là.
Je parcours sa paume du bout des doigts, j'apprends par coeur chaque trait, chaque ligne, chaque courbe et interstice. Un jour, j'en ferai autant pour chaque partie de son corps. Et quand je serai seul et vieux, je me souviendrai avec nostalgie que pendant un temps, il aura été à moi. Je me remémorrerai chaque détail. Et je mourrai heureux.
L'idée n'est pas déplaisante. Elle ne me ressemble pas mais après tout, qui sait ce qui me ressemble vraiment. La seule chose importante, c'est que je me sens bien. Et qu'il s'est réveillé.
" Re-joyeux Noël, Mr Potter. "
" M'ci, v'ossi. "
Apparemment, il est plus du soir que du matin. Pas que ça me pose problème, puisque moi je ne suis ni du soir, ni du matin. Je déserre un peu ses bras et me retourne pour pouvoir le regarder. Ses yeux verts sont encore voilés de sommeil mais je ne perçois rien du trouble qui les hantent habituellement. Cette constatation m'emplit d'une émotion indescriptible et je ne peux m'empêcher d'embrasser son sourire endormi. Le baiser reste paisible, aucun de nous ne l'approfondissons. C'est très bien comme ça.
" J'imagine que vous avez faim. "
" Moui mais avant, je veux mon cadeau. "
Il ne manque pas de toupet... Et pour un dépressif, il sourit beaucoup ce matin. Il est magnifique.
" Qui vous dit que j'ai un cadeau pour vous ? "
" Je le sais, c'est tout. "
Ce serait presque tentant de ne pas le lui offrir. Presque.
" J'ai bien peur qu'il ne soit pas à la hauteur du votre. "
Il rougit et je ne peux m'empêcher d'hausser un sourcil moqueur. Après la scène de cette nuit, c'est tout de même amusant qu'il se sente gêné pour ça. Ce gamin est incrompréhensible. Son innocence, adorable.
Le sourire en coin qui menaçait d'étirer mes lèvres disparaît pourtant très vite quand je pense à la pensine. Ça me semble toujours un choix judicieux mais j'ai peur que ça ne brise l'atmosphère tranquille qui vient de s'installer entre nous. D'ailleurs, son regard se fait déjà plus lointain quand il le détourne de moi pour le poser sur les rideaux traversés de quelques rayons de soleil.
Je me dégage finalement de son étreinte, lui embrasse le front et son visage s'illumine dès que ses yeux reviennent à moi. Je m'interdis de ressentir quoique ce soit à ça. Alors je ne montre rien de mon trouble et sors de la chambre pour aller chercher le paquet caché dans mon bureau.
Alors que je traverse le salon, un bruit. Je me fige.
Quelqu'un frappe à la porte.
A suivre...
