Coquille vide

Rating : M

Pairing : SS/HP

Disclamer : Rien à moi sauf la dépression des personnages

Avertissement : Slash (relation homosexuelle entre deux hommes) donc homophobes, s'abstenir. De plus, cette histoire sera assez sombre psychologiquement parlant et contiendra quelques scènes de sexe donc âmes sensibles s'abstenir aussi. Elles seront néanmoins assez longues à venir (les scènes de sexe, pas les âmes sensibles, lol) alors ne vous emballez pas.

Note de l'auteur : Si c'est pas une update rapide ça ? Hein ? Hein ? Oui je me jette des fleurs et alors ? Pour la peine, je vais même répondre à vos reviews :) Nah.

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Chapitre 15

Quelqu'un frappe à ma porte.

Je me fige et sens tout mon sang qui se glace.

En l'espace d'un dixième de seconde, j'ai le temps d'imaginer dix scénarios possibles. Et le nom d'Albus Dumbledore revient à chaque fois.

Il n'y a que lui. Ça ne peut être que lui. Parce qu'il est le seul à savoir. Et il est là pour m'enlever Potter. Je le sais. Je le sens. Je m'y attendais.

Une rage sans précédent m'envahit à cette pensée. Lui qui m'a plus ou moins autorisé à le faire, lui qui m'a quasiment encouragé à revenir vers ce maudit gryffondor, vers mon maudit gryffondor... Et maintenant il veut me le reprendre ? Maintenant que mes émotions se sont réveillées ? Maintenant que je me suis attaché ?

Non.

Il est hors de question que je repousse le gosse à nouveau. Ça le briserait. Et accessoirement, ça me briserait aussi. Alors non, ce sera un combat que je ne perdrai pas. Jamais auparavant, je n'ai ressenti un tel besoin d'avoir le dernier mot avec Albus. Habituellement, je me soumets à sa volonté. Aujourd'hui, je me battrai.

Bien décidé à ne pas laisser mon supérieur gagner cette manche, je prends une profonde inspiration alors que les coups à ma porte s'intensifient. J'avance vers ce qui me semble être la dernière guerre à laquelle je participerai. Une guerre pour Potter.

Oui, ma dernière guerre sera pour lui.

J'ignore soigneusement le tremblement de mes doigts quand ils atteignent la poignée et m'efforce de prendre un air dur et intransigeant en ouvrant la porte.

" Oh, Severus... "

Ma respiration se bloque dans ma gorge et une vague d'angoisse me submerge en reconnaissant la personne plantée dans le couloir.

" Minerva ? ", je déglutis difficilement.

Je crois que je ne l'ai jamais vue aussi pâle. Ses yeux brillent d'une lueur qui me tétanise et quand je vois son masque sévère se fissurer, je comprends immédiatement. J'ai tout juste le temps d'ouvrir les bras qu'elle s'effondre contre moi.

Alors que je sens les larmes de ma collègue rouler dans mon cou, alors que je refuse d'y croire, alors qu'elle me le confirme entre deux sanglots, alors que... alors que Potter est encore dans mon lit, sans rien connaître du drame qui se joue... Tout ce que je parviens à penser, c'est...

Joyeux Noël, Albus

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Qu'il a l'air fragile dans ce lit... J'ai du mal à le reconnaître tant il me paraît vulnérable. Tant il me paraît vieux.

En état de choc, je m'approche doucement. Sans un bruit. J'ai peine à croire que tout ça est bien réel. J'avais longtemps pensé partir avant lui. Si c'est un cauchemar, j'espère me réveiller très vite.

Mais ce n'est pas un rêve, je le sais. Au fond de moi, ça ne fait aucun doute. Alors je reste planté là, mes yeux fixés sur cet homme qui va nous quitter. Je ne peux en détacher mon regard et je parcours lentement les traits de son visage aux paupières baissées. En trente ans, j'ai eu l'occasion de voir tout un tas d'émotions sur ce visage : pitié, déception, colère, tristesse... et aussi espoir, rires, fierté et beaucoup d'affection... Mais surtout de la joie. Joie de vivre. Vivre...

C'est Albus, il est tombé

La voix hâchée de Minerva résonne dans ma tête et je respire avec difficulté. Alors que je tends un bras tremblant pour toucher la main rachitique de la première personne qui ait jamais cru en moi, je suis pris de vertige. Ma vue se trouble et je cligne fortement des yeux pour me reprendre.

Après la Grande Bataille qui s'est terminée par la mort de mon maître, une fois que j'ai compris que j'avais survécu au Seigneur des Ténèbres, j'ai réalisé que ce jour viendrait. J'aurais dû m'y préparer. Mais comment se préparer à ça... Je pensais sincèrement que le moment n'était pas encore venu. Que nous avions le temps. Qu'il avait du temps.

Maintenant que j'y repense, les indices étaient nombreux ces dernières semaines. J'aurais dû être plus attentif. Mais j'étais trop préoccupé par Potter. Lui aussi... Il se sera inquiété pour nous jusqu'au bout. D'ailleurs, j'imagine que nous n'avons rien arrangé à son état de santé. Ça n'ajoute qu'un peu plus de poids à mon sentiment de culpabilité.

" Albus... ", je murmure en refermant mes doigts sur le fin poignet. Je me sens trembler, j'ai si froid tout d'un coup. J'ai envie de pleurer. Mais mes yeux sont secs. Je me maudis à nouveau d'être incapable de verser la moindre larme.

Sentant mes jambes se dérober sous moi, je m'appuie au matelas puis m'agenouille par terre, aux côtés de mon supérieur. Je le fixe longuement puis porte sa main glacée à mon front brûlant et me force à respirer.

" Bien sûr, il fallait que vous nous fassiez un coup pareil le jour de Noël ", je finis par remarquer en sentant ses doigts glisser doucement dans mes cheveux.

J'ai toujours refusé ce genre de geste paternel et tendre de sa part. Mais je le regrette aujourd'hui. Merlin seul sait combien cet homme va me manquer. Je peux moi-même à peine l'imaginer.

" Je me suis dit... Tant qu'à partir, autant le faire en beauté. ", me répond-il dans un petit rire rauque qui me fait frissonner.

Quand je relève les yeux, je vois les siens qui pétillent de cette lueur si affectueuse. Si rassurante. J'ai toujours pensé que tant que ce regard existait, le monde s'en sortirait. S'il part... Je ne suis pas sûr qu'il existe quelqu'un capable de le remplacer. Ma gorge se noue rien que d'y penser.

" Je suis désolé Albus. ", je soupire finalement et je sens quelque chose se briser en moi.

Les prunelles bleutées se teintent aussitôt de tristesse et il m'ébouriffe les cheveux avec un pâle sourire.

" Tu vois Severus, ce n'était finalement pas si dur que ça de prononcer ces mots. "

Un renifflement sarcastique m'échappe. C'est bien la première fois que je m'excuse à voix haute et il le sait. Il a même osé me tutoyer. Il doit être fier de lui, il m'aura vraiment manipulé jusqu'au bout. Quant à moi, je suis bien incapable de lui en vouloir.

" Mais ne le sois pas mon garçon. Je suis tellement... tellement fier... "

Sa voix n'est plus qu'un murmure, ça sonne comme un adieu. Ça me glace. Je comprends que c'est le moment où jamais pour moi d'exprimer tout ce que je n'ai jamais pu lui dire. Même s'il a toujours su lire en moi. Même s'il n'y a aucun doute qu'il soit déjà au courant. Même si ce sont les derniers mots qu'il pourrait entendre de ma part.

Submergé par l'émotion, j'ai du mal à retrouver ma voix. Il me faut quelques secondes pour que je me râcle la gorge et me lance.

" Je sais que je ne vous l'ai jamais dit. Je sais aussi que vous le savez mais... Albus, je... ", je tente mais suis coupé dans mon élan par ses doigts qu'il a portés à mes lèvres pour m'empêcher de continuer.

Ses yeux brillent de manière bien plus intense que son pétillement amusé habituel. Ce regard a raison de mes dernières barrières et je sens mon coeur se fissurer. Il y a tant de douceur dans cette façon de me fixer. Moi je ne suis plus que souffrance.

" Ne le dis pas, Severus. Ces mots seront pour Harry. Il mérite d'être le premier à les entendre. "

Contre toute attente, il vient de m'accorder sa bénédiction. Il accepte mes sentiments. Il les approuve. Et je n'avais jamais réalisé jusqu'ici combien c'était important pour moi. Alors que le gryffondor en question entre soudain dans l'infirmerie, plus blanc que jamais aux côtés de sa directrice de maison toute aussi pâle, je ne peux qu'ajouter avec un sourire douloureux mais sincère :

" Merci pour tout Albus. Merci. "

Tout a été dit, je repose sa main en lui promettant intérieurement que les dernières paroles qu'il m'aura adressé seront un jour réalité. En le voyant hocher difficilement la tête avec son éternel regard pétillant, je suis sûr qu'il a deviné mon serment. Néanmoins je n'ajoute rien ni ne lui fais le moindre signe complice. Je me contente de me relever et laisse ma place à la personne qui compte aujourd'hui le plus pour moi.

Maintenant que mon père spirituel est sur son lit de mort, il ne me reste plus que lui. Et pour la première fois depuis que j'ai réalisé mes sentiments pour le gosse, je les accepte. Mieux, je les chéris. Et je me dis que je ne suis peut-être pas si pathétique que ça.

" Ne pleure pas Harry, l'âge m'a rattrapé mais la mort n'est pas une fin en soi. Elle n'est qu'une nouvelle aventure. "

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Je laisse Potter et Albus se faire leurs adieux et rejoins Minerva qui est assise sur une chaise de l'autre côté de la pièce. Ses yeux éteints fixent son meilleur ami qui se meurt et je n'y perçois qu'un profond fatalisme mêlé d'une peine encore plus forte que la mienne. Si j'avais encore des doutes sur le lien qui les unissait, maintenant je suis fixé.

Je ne suis pas très doué pour consoler les autres mais m'assieds près d'elle en silence. Au bout de quelques secondes, c'est finalement elle qui me prend la main et elle s'y accroche bientôt comme si sa vie en dépendait.

Mon regard se pose nerveusement sur nos doigts liés, je ne cherche pourtant pas à me dégager. J'espère juste pouvoir la soutenir par ce geste. Mais surtout, je tente d'ignorer les sanglots silencieux qui la secouent. Ce n'est pas évident et avant de m'effondrer moi aussi, je fais la seule chose qui me donne encore la force d'avancer.

Je fixe celui qui m'a ramené à la vie.

Et quand il relève ses yeux douloureux vers moi, si verts, si beaux... Quand j'y lis un appel au secours, quand je le vois si dépendant de moi, je réalise que je suis vraiment loin d'être pitoyable.

Au contraire, malgré ce triste jour de deuil, je me sens chanceux.

A suivre...