Chapitre 6 : Il y a des gens bien !...
Elle secoua la tête, étonnée par ces paroles, vaguement différentes de celles qu'elle entendait habituellement du capitaine. Quelle mauvaise pièce étaient-ils en train de jouer ?!
« - De quel sentiment tu me parles ?
Quelques pas de plus, et Jack n' était plus qu'à quelques centimètres d'elle, sans aucun sourire sur le visage, ses yeux noirs la dévorant.
Elle ressentit un manque.
Pourquoi n'affichait-il pas son éternel sourire ?
- De quels sentiments crois tu que je parle, Trésor ?
- Quels que soient ces sentiments dont je te parle, il faut que je parte. T'arriveras pas à me retenir.
Jack baissa la tête et soupira.
- C'est pas mon but, petite.
Elle s'énerva franchement, et agita ses bras pour ponctuer ses paroles, adoptant inconsciemment le mode opératoire du Moineau.
- Qu'est-ce que tu veux alors ?! J'en ai assez, Jack ! Arrêtons ce petit jeu et passons à autre chose !
Celui-ci n'avait pas relevé les yeux, et gardait encore le ton du secret.
- Comment pourrait-on passer à autre chose ? Le livre est à peine entamé…
- Je ne comprends pas… Je ne comprends RIEN !
- Non, chérie. Tu ne veux pas comprendre, nuance. Ton caractère buté fait que quoiqu'il arrive, tu ne comprendras jamais, si on ne te force pas à réfléchir un peu.
Elle ouvrit la bouche pour protester, mais Jack leva la tête, la mâchoire serrée et les yeux flamboyants. Elle se tut, surprise.
Crois ce que tu veux, mais il y a des gens bien, dans ce monde. Suffisamment bien pour te pardonner tes faiblesses et tes échecs, où pour te tendre la main et t'aider à grandir.
Imperceptiblement, le capitaine pirate se rapprocha d'elle, mais elle ne fut pas dupe de son manège et recula d'un pas en arrière. Même lui l'avait trahie, alors pourquoi pas d'autres ?
- C'est faux ! Ce n'est pas vrai ! Jack, t'es qu'un idéaliste, tu crois toujours qu'il y a des gens bien, mais c'est faux ! Regarde toi ! T'as été abandonné deux fois sur une île déserte, t'as été battu, volé, déshonoré, bafoué, t'es passé à ça de la potence, et tu veux me faire croire qu'il y a des gens bien ? T'es qu'un menteur, et si t'arrives à te mentir à toi-même, n'essaie pas de me convaincre de tes conneries, ça prendra pas !
A bout de souffle tant sa rage était présente, elle ne pris même pas la peine de respirer. Comment, comment pouvait-il se permettre de lui faire la morale ? LUI, ce type qui l'avait trahie après l'avoir embobinée, qui l'avait volée, qui s'était servi d'elle, et qui en prime…
Tes histoires de conscience, tes beaux discours et tes ronds de jambes ne valent rien ! T'es rien, même pas un pirate digne de ce nom ! Regarde tes foutues blessures, tes deux marques de balles, ton bras cramé et ce P marqué au fer rouge ! T'en as tellement honte que tu les caches à tous ! Va pas me faire croire que c'est quelque chose que t'ont fait des gens bien, PAS A MOI !
A l'évocation de ses blessures, Jack eut un petit rire ; ce genre de rire amer, qu'on a par cynisme. Le genre de rire qu'elle n'avait que peu entendu chez lui, et qui mourut aussitôt. Il ancra son regard dans le sien, l'empêchant de regarder ailleurs.
- J'vais pas te mentir, j'ai beau être le « célèbre et invincible » Cap'taine Jack Sparrow, ma vie n'a pas été une sinécure, avant d'arriver là où j'en suis. Mais …
Elle secoua la tête, sentant la boule dans sa gorge se reformer. Allait il réussir à la faire pleurer avec ses beaux discours ?
Tout, tout mais ne pas fléchir !
- Et c'est pour ça que tu m'en fais baver ? C'est pour ça que tu trahis ceux qui t'entourent ! T'es comme les autres, et t'as rien de…
Elle s'interrompit, sa phrase s'éteignant en pleine lancée. Une fois encore, elle ne trouvait pas ses mots, stoppée par le sentiment étrange que quelque chose n'allait pas, que tout ce qu'elle disait n'était pas cohérent. Comment dire de telles choses à cet homme qui, même s'il l'avait trahie une fois, lui avait tant apporté par la suite?
Et au fond, qui était-elle pour cracher son venin à Jack Sparrow, un homme dont peu de gens savaient quelque chose d'utile. Un homme qui attendait patiemment qu'elle finisse sa phrase, qui l'avait laissée embarquer sur son navire, malgré tout ce que les marins attribuaient aux femmes et son apparente fragilité, et qui à présent…
Elle inspira et se força à se calmer.
Qui es tu, Jack Sparrow ? Qui es tu pour agir aussi étrangement ? Tes gestes et tes actions, tout semble dénué de tout sens, et pourtant, tu restes quelqu'un en qui tout le monde croit. Pourquoi ? De quel pays viens tu ? De quel monde...
Il ne répondit pas, le regard douloureux et les lèvres closes, immobile.
Sa voix se fit toute petite. En ce moment, elle n'était plus une pirate ; elle était redevenue cette gamine qui s'échappait à peine de ce « chez elle » dans lequel on l'avait forcée à grandir, après l'avoir séparée du peu de famille qu'il lui restait. Celle qui découvrait que la vie n'était pas faite que de coups et de larmes…
Je t'en prie, Jack. Comprends moi et laisse moi partir…
Lentement, il posa une main chaude sur son épaule, la faisant frissonner, tant le froid de la nuit commençais à la mordre, et murmura.
-Tout le monde n'est pas aussi mauvais que tu peux le croire, Annamaria. Et même les méchants ont leurs propres raisons.
Elle leva la tête, rencontrant un sourire naissant et des yeux de nouveau pétillants.
Si tu dois partir, alors pars, je te retiendrai pas, c'est pas mon job. Mais n'oublie pas ce que je viens de te dire. Parce qu' il serait dommage que tu te détruises à petit feu à cause de choses… stupides. Pas vrai, chérie ? »
Elle lui rendit son sourire.
Non, elle n'oublierait pas…
et voilou ! il reste un chapitre, que je dois terminer d'écrire (et c'est pas évident, je veux quelque chose, mais mes mots partent naturellement vers une autre direction... en attendant, jéspère que ce chapitre vous a plu ...), et l'histoire sera terminée !
