Bonjour tout le monde !

Laissez-moi vous présenter le fruit de mon NaNoWriMo 2020 !

Bienvenue, installez-vous confortablement.

Alors, il s'agit avant tout d'une sorte de thriller, la romance sera longue à se mettre en place. Il est venu à mes oreilles qu'il valait mieux prévenir pour pas décevoir des personnes qui seraient là pour la romance.

Dans cette fic, il y aura une quarantaine de chapitres, à peu près, je posterai à un rythme régulier, j'ai énormément d'avance là-dessus. (UPDATE : Non, pas 40 chapitres, plus 90 chapitres).

Merci à mes trois beta-lecteurs, LapinDepice, Kalyn40 et Toinety, qui m'ont supportée tout au long de l'écriture.

J'espère que ça vous plaira, n'hésitez pas à laisser un petit mot !


Chapitre 1

La voiture stoppa sa course au pied d'un immeuble du centre-ville, dans un des quartiers les plus prisés et la portière s'ouvrit pour laisser apparaître un jeune homme aux longs cheveux bruns. Le chauffeur s'inclina avec déférence, alors que l'autre le remerciait d'un hochement de tête, dirigeant son attention vers le sommet de la tour, redressant ses lunettes rectangulaires sur l'arrête de son nez. Il porta un œil à sa tenue pour s'assurer que ses vêtements étaient en ordre puis il jeta un regard vers le personnel de son oncle :

— Au dernier étage, je suppose ?

— Oui, monsieur. Il vous attend.

Itachi détourna les yeux et s'avança dans l'allée, ignorant la rumeur qui gonflait dans les rues adjacentes. L'été était déjà bien entamé et les nuits étaient courtes, même si elles s'allongeaient toujours plus. Les badauds erraient dans la ville, à la recherche d'une place en terrasse où ils pourraient savourer la vue sur les montagnes en sirotant une boisson fraîche, s'éventant comme ils le pouvaient et tentant de réchapper à la moiteur ambiante.

Les quelques mètres qui le séparaient de l'entrée de l'immeuble furent rapidement franchis et la porte automatique s'ouvrit quand il avança. Il salua d'un signe de tête le réceptionniste qui lui adressa un mot avant d'empoigner son téléphone pour indiquer son arrivée à Madara.

Comme toujours, ce dernier avait fait les choses en grande pompe. Il ne venait pas aussi régulièrement qu'il l'aurait souhaité, mais chaque fois qu'il était en ville, il ne manquait pas de dîner avec son neveu préféré, s'assurant qu'il avait tout ce dont il avait besoin. Il en profitait pour se tenir au courant de sa carrière, affirmant qu'il était bon de passer un moment en sa compagnie. Itachi adorait son oncle, sincèrement, et c'était toujours un plaisir de partager un repas avec lui dans le meilleur restaurant de la ville. Aussi pressa-t-il le pas pour rejoindre l'ascenseur, le portier lui adressant un regard poli. Il n'eut même pas besoin de préciser quel était l'étage où il se rendait. Madara s'arrangeait toujours pour privatiser les lieux, de sorte qu'ils pussent être en tête-à-tête sans personne qui venait les interrompre.

Pendant la montée, Itachi s'examina une dernière fois dans le miroir. Ses rétines brunes derrière ses lunettes étaient entourées de légers cernes, dus à la semaine passée qui avait été épuisante. Il avait les yeux un peu rougis – il supportait mal les lentilles qu'il avait dû porter pour le tournage – mais son teint n'était plus aussi blême qu'encore deux jours avant. Les quelques mèches qui entouraient son visage retombaient à la perfection et il avait pris soin de mettre des vêtements qui lui avaient été offerts par Madara, quelques années plus tôt. La montre qui pesait à son poignet lui indiqua qu'il était pile à l'heure, quand il jeta un regard dessus.

Un sourire pointa au bord de ses lèvres quand les portes s'écartèrent sur la salle du restaurant. Au centre, une table était dressée pour deux avec goût et, près de la baie vitrée, la silhouette imposante de Madara était tournée vers l'extérieur. L'homme adorait les paysages de cette cité, il aimait laisser son regard et ses pensées se perdre sur les montagnes. Itachi sortit de l'ascenseur et signala sa présence, son oncle se tournant vers lui avec un large sourire.

— Tu es réglé comme une horloge, fils, lança l'homme d'affaires depuis l'endroit où il se trouvait.

Itachi s'approcha avec empressement pour finalement aller à la rencontre de Madara et lui adresser une large accolade.

— Mon oncle, jamais je ne saurai vous faire attendre. J'avais hâte de vous revoir, vous m'aviez manqué, ces derniers mois.

— Des affaires m'ont retenu à l'étranger, soupira Madara en désignant la table d'un geste large. Je n'avais pas prévu de rester absent si longtemps. À quand remonte notre dernier dîner ?

— Au mois d'avril, renseigna Itachi en se dirigeant vers la table.

Un employé s'approcha pour tirer sa chaise afin qu'il pût s'installer, fit de même avec Madara et se retira pour aller chercher des cartes qu'il tendit aux deux hommes avant de leur proposer un apéritif qu'ils refusèrent tous deux.

— Raconte-moi, s'exalta Madara, comment se passe le travail ?

Itachi se tortilla un peu sur sa chaise, écarta légèrement les genoux, puis tira la serviette en tissu – pliée avec goût et complexité – qu'il posa sur ses cuisses, avant de sourire largement à son oncle.

— Nous avons fini le tournage de Time Travel, pour l'adaptation en réalité virtuelle qui devrait sortir au mois de décembre, pour les fêtes. Jiraiya a absolument tenu à sortir celui-ci, d'où mes yeux un peu rouges, s'excusa-t-il, ce sont les lentilles de contact.

Madara fronça les sourcils en examinant le regard de son neveu, se penchant légèrement au-dessus de son assiette pour les voir de plus près.

— Dois-je faire en sorte qu'on t'obtienne des outils de travail corrects ? s'enquit-il avec colère.

Le jeune acteur secoua lentement la tête et son regard s'orienta sur les poignets de son oncle. Il portait une montre semblable à la sienne, et pour cause : c'était Madara qui la lui avait offerte à ses vingt ans.

— Ce n'est pas la peine, mon oncle. C'était un vieil accessoire, il n'était pas totalement adapté à mes yeux, mais celles que j'utilise dans mes autres films sont très bien.

Sèchement, Madara hocha la tête avant de saisir la carte pour la consulter, ses rétines parcourant rapidement les lignes, ses lèvres murmurant le nom des plats. Itachi finit par faire de même, lisant le menu, puis il choisit quelque chose qu'il n'avait pas pu manger depuis longtemps. Ce restaurant n'était pas un de ceux qu'il fréquentait d'ordinaire : trop chic, trop guindé, il se sentait déplacé dans de telles ambiances. Il n'y avait guère qu'en présence de Madara – et en l'absence de tous les autres – qu'il parvenait à apprécier ce genre de lieux.

Le serveur revint vers eux pour enregistrer leur commande, ramenant avec lui une bouteille d'un vin d'excellence qu'il s'empressa de faire goûter à Madara.

— C'est la maison qui offre, précisa l'homme avec emphase.

Madara trempa ses lèvres dans le verre, puis il approuva et le serveur emplit les deux récipients avant de s'éloigner vers les cuisines. Itachi détourna ses prunelles vers la baie vitrée, observant avec attention le soleil qui disparaissait derrière les montagnes, puis il revint vers son oncle.

— Et vous ? Comment vont les affaires ? Que vous soyez retenu loin d'ici si longtemps est un peu inquiétant.

— Non, trancha Madara, je suis seulement entouré d'incompétents. Il n'y a qu'Izuna qui sache se montrer efficace. Nous avons eu un souci sur des stocks. Un cargo a coulé et il nous a fallu nous occuper de tout ça.

Itachi grimaça légèrement, empoignant son verre pour goûter le vin à son tour. Il n'avait jamais été un amateur, mais les bouteilles de ce restaurant valaient le détour. Il apprécia le goût fruité que laissa l'alcool sur ses papilles avant de répondre :

— Il est heureux qu'Izuna soit à vos côtés. C'est presque dommage qu'il ne soit qu'à la tête du service des ressources humaines.

L'homme d'affaires esquissa un sourire.

— Il est bien plus que ça. Ne lui dis pas, mais sans lui, mon business aurait sans doute coulé depuis longtemps. C'est trop silencieux, ici, murmura-t-il.

Il redressa la tête, cherchant des yeux quelqu'un et le serveur revint vers eux, courbant l'échine.

— Toutes mes excuses, Maître Uchiha, je vais remédier à ce souci.

Rapidement, de la musique vint emplir leurs oreilles et Madara ferma les paupières, pendant qu'Itachi cillait, toujours aussi impressionné par le pouvoir qu'avait son oncle. Il lui suffisait de murmurer une demande pour que n'importe qui l'entendant s'exécutât aussitôt.

— J'espère que tous vos soucis sont réglés, tout de même, s'inquiéta-t-il alors que son oncle balayait d'un geste de la main lesdits problèmes.

— Bien sûr. Je ne serais pas ici s'ils ne l'étaient pas, ne te fais pas de cheveux blancs pour moi. As-tu finalement décidé, pour ton appartement ? Vas-tu vendre ?

Itachi soupira. L'appartement qu'il avait acheté lorsqu'il avait touché son premier gros salaire en tant qu'acteur était beaucoup trop grand pour lui. Isolé de sa famille, il ne recevait que peu de visites – à part celles de quelques amis, comme Kisame ou Hinata – et il se sentait seul. Il avait envisagé de revendre pour acheter plus petit, mais Kisame lui avait conseillé une autre voie, à moitié pour plaisanter. L'idée avait fait son chemin, pourtant, et il hésitait toujours, n'osant pas se rendre à Kagemane Immobilier pour soumettre sa requête.

— Je me disais que, peut-être, je pourrais envisager la colocation, souffla-t-il. Le problème, c'est principalement que je me sens seul et je ne me vois pas me mettre en ménage. Alors ça me paraissait être un entredeux acceptable. Qu'en pensez-vous, mon oncle ?

Madara sembla considérer l'option pendant un moment, puis il hocha la tête, offrant un sourire à son neveu.

— Ça me paraît être une bonne idée, mais il vaut mieux que tu soumettes des critères stricts à ton agence. Tu aurais tôt fait de tomber avec quelqu'un qui n'est pas digne de connaître quelqu'un comme toi.

Itachi sourit, levant les yeux au ciel, amusé.

— Vous êtes presque pire que mon père, quand il s'agit de mes fréquentations, rit-il.

— Je tiens à m'assurer de ton bien-être.

Il se tut quand les plats approchèrent en même temps qu'Izuna et le serveur hésita, laissant au cadet de Madara décider qui aurait la priorité. Izuna s'avança et Itachi eut un léger mouvement de recul. Il ne parvenait pas à se faire à la ressemblance frappante qu'il y avait entre le frère de Madara et Sasuke. Ils possédaient les mêmes traits fins, le même teint pâle et le même regard hautain.

Izuna se pencha, murmurant quelque chose à l'oreille de Madara qui fronça les sourcils en s'exclamant « eh bien, occupe-toi de ça, fais comme d'habitude ». Le cadet prit l'ordre et se retira finalement, laissant au serveur la liberté de poser les assiettes, enlevant celles qui étaient dressées pour la décoration.

— Un problème ? s'enquit Itachi auprès de Madara qui fit claquer sa langue sèchement.

— Encore un incompétent. Nous allons nous en charger.

Le reste de la soirée fut agréable, Itachi ponctuant le repas d'anecdotes de tournage qui firent rire Madara à gorge déployée. Quand ils se séparèrent quelques heures après, Itachi rentra chez lui et décida de lire un peu avant d'aller s'allonger : il avait commencé un thriller haletant dont il avait hâte de connaître la fin, quitte à se coucher bien plus tardivement qu'il n'en avait l'habitude.


Le doigt fusa jusqu'à l'interrupteur de l'écran, l'enclenchant avec impatience, puis Nagato se leva, repoussant son fauteuil et saisissant ses clés et son portefeuille. Dix-neuf heures avaient sonné depuis quelques minutes, il ne lui restait plus beaucoup de temps. Il s'était une nouvelle fois laissé happer par un dossier et n'avait pas vu l'heure défiler, le menant à être presque en retard.

Sortant précipitamment de son bureau, il claqua la porte, faisant vibrer la vitre fumée qui portait la mention « Inspecteur Nagato Uzumaki – brigade financière », puis il verrouilla la serrure, avant de se détourner rapidement, traversant le commissariat pour atteindre la salle d'accueil du public. Il s'arrêta quelques secondes devant les vestiaires, passant la tête par l'entrebâillement en remarquant son meilleur ami, Yahiko, qui revenait visiblement de l'entraînement.

— J'y vais, annonça-t-il.

Yahiko sursauta, portant sur son ami un regard un peu perplexe, avant de se souvenir.

— Ah, c'est vrai, tu dînes en amoureux, ce soir. Salue donc Konan de ma part !

— Sans faute, à demain !

Yahiko grogna vaguement et Nagato tourna les talons, s'empressant de sortir. Il plissa les paupières quand les différences de luminosité heurtèrent ses yeux puis il tira son téléphone de sa poche, souriant à la vision de son fond d'écran. Il s'agissait d'une photo de lui et sa fille, que son épouse avait prise à l'automne précédent. Souriant devant l'air malicieux de l'enfant, il finit par déverrouiller l'appareil pour envoyer un texto à Konan : « Je suis en chemin, mon amour, à de suite », puis il s'avança avec impatience dans le dédale des rues de centre-ville qui le conduiraient jusqu'à l'endroit où il avait réservé une table.

Cela faisait une éternité entière qu'ils n'avaient pas pu passer du temps rien que tous les deux et il avait hâte de retrouver leurs débuts, avant la naissance de Mikan. S'il adorait sa fille de tout son cœur et même plus encore, il devait bien reconnaître que devenir parents avait sacrément joué sur son mariage. Et ce soir, enfin, ils pourraient de nouveau se retrouver ensemble, amoureux comme au premier jour.

Il avait pris une table dans le restaurant où ils avaient eu leur premier rencard ; c'était aussi là qu'il lui avait demandé sa main – et il se rappelait encore combien elle avait été surprise, avec quel empressement elle lui avait dit oui, c'était un de ses souvenirs les plus précieux.

Il lui fallut une vingtaine de minutes pour parvenir jusqu'au restaurant. Une nervosité inédite le saisit à l'approche de l'établissement et il ralentit l'allure pour savourer cette sensation, un renouveau de passion.

Par la fenêtre, il put remarquer qu'elle était déjà présente. Elle jouait avec le pendentif de son collier, tapotant un rythme nerveux de son autre main et scrutant avec impatience les tables alentour, espérant sans doute le voir arriver. Il profita de cet instant volé pour se rappeler à quel point il était un homme chanceux d'avoir une telle femme dans sa vie.

Ses yeux glissèrent sur ses cheveux noués, sur sa silhouette ; elle portait une robe qui soulignait sa beauté, et l'alliance qui brillait à son doigt le réjouit. Il se décida alors à passer la porte pour la rejoindre.

Quand il parvint à la table, il se pencha pour déposer un baiser sur ses lèvres, qu'elle abrégea en s'éloignant, l'observant avec attention.

— Tu es en retard, commença-t-elle.

— Je suis désolé, je suis sur un gros dossier, ces temps-ci, je n'ai pas vu le temps passer.

Elle s'apprêta à dire quelque chose, mais ravala ses récriminations et sourit, un sourire un peu crispé qui échappa à Nagato. Le brouhaha qui flottait au-dessus de leur tête changeait avec délices du silence dans lequel il s'enfermait toute la journée. Elle massa ses tempes, fatiguée et il l'interrogea du regard. Secouant la tête, elle baissa ses yeux sur la carte, mordillant ses lèvres.

— Konohamaru n'était pas disponible pour garder Mikan, lança-t-elle comme se souvenant sur le moment du désistement de leur baby-sitter.

— Qui s'en occupe, alors ?

— Moegi.

Nagato pinça les lèvres en refermant le menu, contemplant sa femme avec incompréhension.

— Mikan ne l'aime pas, tu es sûre que c'est une bonne idée ?

Konan hocha la tête, refusant de lever les yeux de la carte. Quand elle le fit, elle sourit à retardement, posant l'objet qu'elle tenait sur celui que son mari avait abandonné en bout de table. Il saisit sa main et elle se dégagea pour porter les doigts vers la carafe, emplissant leurs verres.

Il fallut un peu de temps pour que le serveur prît leur commande, encore plus afin que les plats fussent servis. Quand ce fut fait, Konan attendit un peu qu'ils eussent mangé pour déglutir et entamer la conversation, mais il lui coupa l'herbe sous le pied.

— C'est ici que je t'ai demandée en mariage, rappela-t-il avec un sourire doux. À cette table.

Konan avait noté ce détail et elle avait trouvé ça ironique. Elle tenta de sourire à son tour, mais ne parvint qu'à lui offrir un rictus pâle qui le fit froncer des sourcils.

— Quelque chose ne va pas, mon amour ?

Elle exhala, se laissant aller contre le dossier de la banquette où elle était installée, plantant finalement son regard dans celui de son mari.

Quelque chose clochait. Nagato sentit sa respiration se troubler en contemplant les gestes nerveux de son épouse, les hésitations répétées. Elle baissa de nouveau les yeux et se pencha légèrement sur la table. Il posa ses couverts pour porter ses mains sur ses genoux, inquiet.

— Quelque chose ne va pas, confirma-t-elle.

— Quoi donc ?

— Notre mariage.

Accusant le coup, il lui jeta un regard perplexe.

— Je ne suis pas sûr de comprendre, murmura-t-il, éberlué. Qu'est-ce que tu veux dire par là ?

Elle leva les yeux vers le plafond, mordillant encore ses lèvres et ce geste, Nagato le connaissait bien. C'était le signe de son angoisse, elle craignait de lui dire quelque chose et il refusait de réfléchir à ce qui pourrait bien suivre cette phrase à la fois si claire et tellement cryptique. Les petites goulées d'air qu'il avalait ne l'aidaient pas, il sentait son cœur commencer à s'emballer avec force, rejetant les options qui s'offraient à lui, une à une.

Elle humecta ses lèvres et murmura en direction de la table :

— Tu as bien dû remarquer que… Eh bien, tu as forcément remarqué…

Il secoua la tête, toujours aussi sonné.

— Oui, on… Toi et moi avons eu beaucoup de travail, ces temps-ci, mais c'est temporaire, on peut arranger ça.

— Je… Peut-être, admit-elle finalement en refusant de croiser son regard. Peut-être, mais… Écoute, j'aimerais qu'on fasse une pause, qu'on… Je suis sûre que… J'aimerais… Je…

— Une vraie pause, ricana-t-il en laissant ses mains sur la table, ou une excuse pour pouvoir me quitter ?

Elle porta ses doigts sur ceux de son mari avec empressement, cherchant son regard qui commençait à s'embuer d'un voile de tristesse. Elle serra avec conviction.

— Une pause, confirma-t-elle. Une vraie pause. Recommencer à avoir des rendez-vous. Se voir sans la petite. Comme un retour aux sources ? suggéra-t-elle.

Il prononça les derniers mots avec incrédulité, cillant et il secoua la tête.

— Dis-moi que tu n'es pas en train de me quitter, supplia-t-il. Et que c'est seulement temporaire, que c'est… Que…

— Je te le promets, dit-elle en caressant sa joue.

Il hocha la tête, hébété, puis demanda l'addition.

— D'accord, souffla-t-il. D'accord, je… Qu'est-ce que… Qu'est-ce que je peux faire pour améliorer les choses ? Et pour que tu n'aies plus envie de me quitter ?

— Je suis sûre que tu trouveras, murmura-t-elle.

Elle le laissa régler le repas à moitié consommé, puis elle quitta la table, le laissant la suivre jusqu'à l'extérieur. La nuit était tombée et il leva les yeux sur le ciel noirci, avant de les reporter sur son épouse qui ajustait son sac à main sur son épaule.

— Je vais dormir chez une amie pour les prochains jours, souffla-t-elle d'une voix contrite. Je suis désolée.

Il papillonna des cils en la regardant tourner les talons puis il l'interpela finalement alors qu'elle s'éloignait. Arrêtant sa marche, elle accepta de patienter le temps qu'il la rejoignît et il arriva près d'elle.

— Est-ce que tu veux que je t'accompagne ?

— Non, répondit-elle avec douceur, c'est comme ça que ça marche, une pause, on part chacun de notre côté… J'ai laissé une enveloppe sur le buffet dans l'entrée, il y a de l'argent pour payer Moegi.

— D'accord, pardon, je… On se voit bientôt ?

Elle approuva, lèvres pincées et porta les yeux sur son poignet. Il suivit le regard et s'excusa de nouveau : il ne s'était pas rendu compte qu'il avait attrapé sa main. Elle partit finalement et il contempla sa silhouette s'éloigner avec lourdeur, puis il fit le chemin dans l'autre sens, rentrant chez lui.

Comme dans un brouillard épais, il salua l'adolescente qui s'occupait de Mikan et qui lui détailla son comportement, puis il lui remit l'enveloppe prévue par son épouse avant de raccompagner Moegi jusqu'à la porte qui claqua derrière elle.

Toujours hébété, il se retrouva devant le battant entrouvert de la chambre de sa fille et il y jeta un œil, comme pour s'assurer qu'elle dormait bien. Il sentit ses traits se détendre en contemplant ceux de son enfant. Depuis qu'elle était née, elle était devenue la femme de sa vie, celle pour qui il ferait tout. Le coup de foudre qui l'avait traversé quand il avait saisi dans ses bras le bébé, quand elle avait porté sur lui un regard encore presque aveugle, n'avait jamais été égalé. Personne ne compterait autant que Mikan pour lui, jamais. Elle était son tout et le prouvait une fois de plus.

Comme si son cœur s'était apaisé et comme s'il parvenait enfin à sortir du brouillard depuis que Konan lui avait annoncé son désir de faire une pause dans leur mariage.

Il redescendit, se laissant tomber dans le canapé et dégainant son téléphone pour parcourir son répertoire. Il parvint jusqu'au nom de son meilleur ami et il appuya dessus, déclenchant l'appel. Il fallut quelques sonneries avant que Yahiko ne décrochât, légèrement essoufflé.

— Je te dérange ? questionna Nagato avec angoisse.

— Non, j'ai dû courir pour ne pas rater l'appel. Que se passe-t-il ? Tu ne devais pas dîner avec Konan, ce soir ?

— Elle…

Il s'interrompit pour déglutir, ravaler les larmes qu'il sentait poindre au bord de ses cils.

— Je suis complètement paumé, avoua-t-il. Elle veut faire une pause.

Le silence dans lequel tomba sa déclaration le laissa penser que la ligne avait été coupée. Il hésita à relancer Yahiko, s'assurer qu'il l'avait bien entendu quand celui-ci s'écria :

— Quoi ?

— Je… Je ne sais pas ce que ça veut dire… Comment on fait une pause dans un serment comme le mariage ?

— Mais comment ça, une pause ? insista son ami.

Nagato se redressa sur le canapé, déglutissant de plus belle, souffla pour éviter que les larmes qui coulaient finalement le long de ses joues ne s'entendissent au téléphone.

— Elle a dit que notre mariage n'allait pas et qu'elle… Qu'elle veut faire un retour aux sources… Et d'autres choses comme ça… Elle… Elle a dit que c'était temporaire et qu'elle savait que je trouverai comment la séduire de nouveau, mais elle est allée dormir chez une amie…

— Je t'avoue que je ne comprends pas, affirma l'autre policier.

— Moi non plus, trembla Nagato en passant sa main libre sur ses yeux pour évacuer l'eau qui s'y accumulait. Qu'est-ce que je dois faire ? Aide-moi, comment je peux récupérer mon épouse ?

Il y eut un nouveau silence, puis Yahiko soupira.

— Ok, alors, déjà, vous ne pouvez pas vivre ensemble. Elle reste longtemps chez son amie ?

— Quelques jours…

— Tu devrais en profiter pour… Trouver un appartement. Aller ailleurs.

Nagato secoua la tête puis, se rappelant que Yahiko ne pouvait pas le voir, il murmura son refus.

Tu n'as pas vraiment d'autres choix, marmonna son meilleur ami. Et tu sais combien elle aime votre maison… Ce serait un premier pas pour montrer que tu fais des efforts ? suggéra-t-il.

— Mais c'est chez moi… Tu voudrais que j'aille où ?

Il exhala.

— Je… Demain, proposa-t-il. On en parlera demain. Je voulais seulement te prévenir. Je… Je dois aller dormir. J'ai promis à Mikan de l'amener pique-niquer en montagne demain midi. Je. D'accord ?

Très bien, rappelle-moi demain, on en parlera à tête reposée.


Yahiko raccrocha le téléphone et darda un regard furibond sur Konan qui s'était allongée près de lui.

— Une pause ? s'énerva-t-il. Tu te rends compte dans quelle situation tu me mets ? Tu devais le quitter !

Elle baissa les yeux, lissant du plat des mains les draps qu'elle avait tirés sur elle.

— Je n'ai pas pu, s'excusa-t-elle. Il avait l'air tellement… Tellement content d'être avec moi que… Je n'ai pas pu lui faire tant de mal.

L'agacement qui se lisait dans les gestes de l'homme s'apaisa pourtant quand il constata qu'elle avait les rétines embuées de tristesse. Il se pressa contre elle, la serrant contre son torse nu, embrassant ses cheveux avec douceur.

— Je sais bien, excuse-moi… C'est seulement que j'en ai marre d'attendre mon heure…

— C'est mon mari, soupira-t-elle, et le père de ma fille, je ne… Je n'ai pas pu… Je me dis que… Si… Si je dis qu'on fait une pause, il… apprendra à vivre sans moi et… J'ai même l'espoir qu'il se rende compte qu'il ne m'aime plus, que c'est seulement l'habitude…

Yahiko porta ses yeux bleus sur le plafond avec découragement. C'était peine perdue de croire une telle chose. Nagato était profondément amoureux de Konan, c'était bien loin d'être seulement un confort de situation qui le gardait près d'elle.

— Tu comptes sur moi pour le mener sur cette voie ? devina-t-il.

Elle hocha la tête en se lovant contre lui, ses yeux examinant la pièce.

— Oui…

— Tu te rends compte que lorsqu'il comprendra, il nous tuera tous les deux ?

Il ne put réellement contrôler la terreur au fond de sa voix et elle lui jeta un regard perplexe.

— Il ne comprendra rien, assura-t-elle. Il suffit d'agir avec intelligence. Je veux seulement le ménager, il ne mérite pas de souffrir comme ça.


Voilà, j'espère que ça vous a plu, on se retrouve prochainement pour la suite !