L'histoire à l'envers.

CHAPITRE 1

Storybrooke était une petite ville portuaire perdue au beau milieu de nulle part dans l'état du Maine et justement c'était ce que Regina Mills cherchait, une petite ville que personne ne connait, une petite ville sans intérêt, où elle pourrait se faire oublier.

Elle avait franchi la limite de la ville alors qu'il faisait déjà nuit, passant devant un ravissant panneau de ''Bienvenue'' mais pour l'instant elle était toujours en pleine forêt. C'est après encore dix bonnes minutes de route qu'elle arriva enfin dans la petite bourgade et rejoignit la rue principale. Il était tard et tout semblait paisible et endormi, personne dans les rues, les rideaux métalliques des vitrines étaient tirés, et seul le néon grésillant d'un petit Restaurant-Auberge était encore allumé.

Regina gara sa New Beetle violette et en sortit en s'étirant les bras et le dos, ses heures interminables de route lui avaient courbaturées le corps tout entier. Elle passa sa main dans ses courts cheveux noirs et légèrement ondulés pour se recoiffer habillement, elle sonda d'un regard l'endroit où elle avait atterri puis elle soupira lourdement. Elle n'avait pas le choix.

Regina Mills était une femme magnifique, c'était une chose totalement indéniable. Un charme et un charisme fou, mais aussi un tempérament de feu qui ne lui valait, la plupart du temps, que des emmerdes. Elle portait des bottines et était habillée d'un pantalon et d'une veste en cuir noir, avec une chemise couleur écarlate. Elle était le genre de femme particulièrement sexy, même quand elle ne cherchait pas à l'être, c'était simplement ancré dans ses gênes, une femme avec de l'allure quoiqu'elle porte sur le dos et un visage d'une beauté exceptionnelle qui ne laissait d'ordinaire personne indifférent.

Elle pénétra dans le restaurant où quelques clients finissaient de diner mais elle aperçut derrière le passe que les lumières des cuisines étaient éteintes, elle allait donc devoir renoncer à diner malgré la faim qui la tenaillait. La jeune femme au comptoir la dévisagea allégrement, sans même tenter de faire cela discrètement, elle en déduisit que les touristes ne devaient pas se bousculer par ici. Regina commanda un verre d'alcool, elle avait besoin de se remettre les idées en place après avoir conduit pendant plus de dix heures d'affilées.

La jeune serveuse, pas très aimable et baillant aux corneilles, la servit nonchalamment mais contre toute attente, elle lui glissa une assiette avec une des dernières parts de tarte aux pommes qui restait du service du soir. Regina la remercia d'un petit signe de tête reconnaissant puis elle lui demanda s'il y avait des chambres de libre à l'Auberge. Evidemment, il n'y avait que ça des chambres de libres, elles étaient toutes libres et Regina se fit la réflexion qu'au moins cette nuit, elle n'aurait pas à dormir dans sa Beetle.

~SQ~

A la Mairie, tôt le matin, le ton montait lors de la réunion du conseil d'administration. Madame le Maire tapa du poing sur la large table en bois d'acajou et tous ses administrés sursautèrent avant de baisser la tête. Aucun ne voulait la contrarier et chacun préféra se taire. Madame Emma Swan était une femme à qui on ne disait jamais « non », et à qui on ne s'opposait que très rarement.

Elle était belle, intransigeante, perspicace, sophistiquée et instruite. Elle pouvait vous faire plier en un seul regard, elle pouvait vous terroriser en quelques mots ou même parfois simplement en restant silencieuse justement. Elle dirigeait la ville d'une main de fer, elle était respectée et crainte, tout comme l'était aussi le reste de sa famille : sa mère, Mary-Margareth Nolan, était la Directrice de l'école, une petite femme autoritaire et très sévère son père, David Nolan, était le Shérif, un homme un peu austère mais juste la plupart du temps et même son fils, Henry, était un petit caïd, un gamin intelligent, populaire et un brin insolent.

Debout, au bout de la table de réunion, dans un tailleur chic et parfaitement ajusté à sa fine taille, ses cheveux blonds tirés en un chignon élégant et ses lunettes de vue à la monture doré sur le nez, elle était folle de rage et elle n'en était que plus splendide - pour ceux qui osaient relever le regard vers elle.

Encore une fois, elle avait eu le dernier mot et tous ses collaborateurs retournèrent bosser d'un pas pressé sans oser la contredire.

~SQ~

Epuisée par les heures de routes qu'elle avait faites, Regina avait dormi d'un sommeil de plomb. Et le silence bienheureux qui régnait dans cette tranquille petite ville, lui permis d'étendre sa nuit dans une grasse matinée bien méritée. De toute façon, elle vivait la nuit et son rythme de vie était bien différent de celui de la plupart des gens alors elle descendit prendre un petit déjeuné sur les coups de onze heures du matin.

Attablée, seule au fond du restaurant, elle se faisait plaisir avec une énorme assiette de gaufres recouvert de chocolat et de morceaux de fraises, avec un grand café bien noir. Dans un coin de sa tête résonnait une sentence de mort et elle savourait son petit déjeuner comme s'il s'agissait du dernier repas du condamné. Elle avait trouvé refuge dans cette petite bourgade perdue au fond de la forêt, elle espérait qu'on ne la retrouverait pas, mais elle se savait en sursit alors pour une fois, elle ne faisait pas attention à son régime et se gavait de gaufres.

Dans le restaurant, il y avait peu de monde, l'heure du petit déjeuné était largement passé et ce n'était pas encore l'heure du rush de midi, donc il n'y avait que quelques habitués qui semblait presque faire partie des meubles. Regina s'en soucia peu, jusqu'à ce qu'un silence tenu lui fasse relever la tête. Plus personne ne mouftait dans la salle depuis l'arrivée d'une femme, talons hauts, trench-coat noué très serré à la taille, chignon blond impeccable et lunettes noires sur le nez. Regina en laissa tomber sa fourchette dans son assiette et ce seul bruit résonna dans le silence.

La femme en question s'avança vers le comptoir et la jeune serveuse lui tendit immédiatement un gobelet de café, qui avait déjà l'air d'être prêt, comme si cette femme passait tous les jours à une heure bien précise pour réclamer sa dose de caféine à emporter. Elle reparti aussitôt, mais juste avant de passer la porte, elle baissa un instant ses lunettes de soleil et porta son regard au fond de la salle, dévisageant la nouvelle arrivante en ville, la belle inconnue qui mangeait seule à une table.

Regina en eut le souffle coupé mais soutenu son regard sans sourciller et puis la femme disparut en laissant claquer la porte derrière elle. Un simple regard, quelques secondes à peine et cette femme venait de l'atteindre en plein cœur. Elle ne comprenait même pas le sentiment qui l'animait à cet instant, la peur, le désir, l'étonnement, l'attirance, la méfiance ? Elle ne savait pas mais ça avait été violent au point de devoir reprendre ses esprits avant de pouvoir finir son assiette et de penser à autre chose.

Cette petite ville, où elle ne s'attendait qu'à croiser des marins-pêcheurs et des éleveurs de chevaux, avait au moins un atout et pas des moindres : cette femme-là.

~SQ~

Emma retourna au bureau avec son grand gobelet de café, qu'elle prenait tous les jours à onze heures et quart du matin au Granny's Diner, quand elle s'octroyait une pause pour son besoin de caféine afin de tenir le rythme soutenu qu'elle s'imposait. Ça lui permettait de tenir la journée, elle commençait à 8heures à la Mairie, elle déjeunait à 14 heures chez l'Italien avec des collaborateurs pour parler boulot ou bien sa secrétaire allait lui chercher un repas léger, puis elle finissait tard, lorsque tout était bouclé, lorsqu'elle estimait que tout avait été fait au mieux.

C'était un bourreau de travail et depuis qu'elle avait été élue, elle s'efforçait de remettre la ville à flot. Elle avait réglé tous les problèmes logistiques lié à l'activité de la pêche et la détérioration du Port, elle avait fait faire tous les travaux de voiries nécessaires qui avait été laissé en plan par son prédécesseur, elle avait fait rouvrir la bibliothèque et la médiathèque, et rénover certains commerces pour qu'ils reprennent leurs activés. Elle avait remis tout à niveau, elle avait fait de cette petite ville qui partait en lambeau, une petite ville dans un tout nouvel essor et elle comptait bien ne pas s'arrêter là.

Emma Swan vivait pour son travail et pour son fils, c'était les deux seules choses qui lui importaient, mais ce jour-là, sur le chemin du retour, au lieu de penser aux chiffres et aux contrats, elle pensait à tout autre chose. Elle pensait à cette inconnue dans le restaurant, cette femme brune, magnifique qui lui avait fait louper un battement de cœur. D'ordinaire imperturbable, Emma ne cessait d'être assaillit par l'image de cette femme, pantalon en cuir noir et débardeur, qui lui avait rendu son regard sans vaciller, alors que tous les autres baissaient systématiquement les yeux en face d'elle.

Emma n'avait plus qu'une question en tête : qui était-elle ?

~SQ~

Après avoir fini de manger, Regina décida d'aller se balader dans les rues de cette petite ville qui lui était encore totalement inconnue, n'ayant eu qu'un bref aperçu de quelques rues en pleine nuit.

Bottines, pantalons de cuir, débardeur et veste en cuir nonchalamment balancé sur une épaule, Regina arpenta quelques rues, en faisant, comme à son habitude, tourner quelques têtes sur son passage. Etais-ce son allure ? Etais-ce parce qu'elle était nouvelle ici ? Elle n'en savait rien et s'en fichait pas mal. Elle avait l'habitude de sentir les regards sur elle, trop l'habitude même. Chaque nuit à New-York, depuis des années, quand elle était sur scène, accrochée à une barre de pole dance, des centaines d'yeux étaient braqués sur elle et elle savait y faire abstraction pour n'entendre que la musique et faire bouger son corps en rythme. C'était ça sa vie.

Regina était une fille de la nuit. Pour survivre, elle avait fait tous les boulots possibles qui nécessite qu'elle n'ait qu'à faussement sourire pour satisfaire : serveuse, hôtesse, barmaid, danseuse et même stripteaseuse. Regina était une Reine de la Nuit, elle était même la Reine des Ténèbres en personne.

Son charme et son physique s'étaient révélés être des atouts majeurs qu'elle n'avait pu ignorer pour trouver du boulot et très vite, les plus grosses boites de nuit et clubs privés se l'étaient arraché et elle avait largement gagner de quoi subvenir à ses besoins, elle avait même mis de côté un sacré pactole en réalité – sans jamais avoir eu besoin de vendre son corps, la prostitution était sa limite, jamais elle n'était tombée aussi bas.

Seulement, le Monde de la nuit avait bien des revers, l'alcool, la violence, la lourdeur des clients, mais elle avait eu de la chance jusque-là. Avec son caractère bien trempé, elle ne se laissait jamais impressionner et son succès faisait que la sécurité des clubs où elle bossait veillait à ce qu'aucun client ne dépassent les bornes et, le plus souvent, elle était passé à côté de ses désagréments. Pourtant un soir, très tard ou plutôt très tôt le matin, alors qu'elle sortait des vestiaires, elle avait été témoin d'un meurtre commis par le grand patron du Club. Alors elle avait fui pour sauver sa peau, avant qu'il ne la rattrape. Elle était repassée chez elle en vitesse avec la peur au ventre de voir les hommes de mains de son patron débarquer pour la faire taire. Elle s'était débarrassée de son téléphone portable puis elle avait pris le volant et quitter la ville sans se retourner.

Voilà comment elle était arrivée là avec simplement un sac de fringue, une tonne d'argent en liquide et un carton d'affaires personnelles prit en quatrième vitesse – fuir était devenue une seconde nature chez elle. Depuis le décès de ses parents, des gens modestes mais aimants, alors qu'elle n'avait que 15 ans, elle avait décidé de se débrouiller toute seule, elle avait fui les foyers, puis fuit des petits amis ingérables, puis des boulots inconvenants. Bref, ce n'était pas la première fois qu'elle prenait le large sans un regard en arrière.

Regina était une femme assumée, fière d'elle, consciente de ses limites et de ses attraits, mais aujourd'hui, elle avait un sombre doute quant à son avenir. Elle avait trente ans, elle était toujours la plus célèbres des danseuses de son Club mais elle avait fui pour sauver sa peau, parce que bien que son patron soit conscient de son talent, elle l'avait vu tué un homme de sang-froid et elle n'avait aucun doute sur le fait que si elle était restée, elle serait déjà morte à l'heure qu'il est. Alors maintenant, elle se demandait bien ce qu'elle allait pouvoir faire.

La journée passa lentement, elle se balada sur la plage, profitant de la vue sur l'horizon et du soleil qui s'installait en ce début d'été. Puis elle rentra diner au Restaurant et retrouver sa chambre à l'Auberge. Elle se sentait vider mais elle était vivante.

~SQ~