Au fur et à mesure que le bal approchait, il arrivait de plus en plus souvent à Marietta de se sentir mal à l'aise.

Oh, bien sûr, le bal était encore loin, mais on pouvait l'entendre approcher, pas à pas, dans les conversations des jeunes filles en train de rêver à leur cavalier, et sans doute aussi dans celles des jeunes garçons, mais Marietta préférait ne pas savoir ce qu'ils en disaient.

Elle pouvait parler avec les autres de belles robes et même de musique. Mais elle avait toujours l'impression d'être percée à jour, l'impression que les beaux yeux noirs de Cho pourraient lire dans son esprit, que son secret serait dévoilé et que les choses ne seraient plus jamais comme avant, quand...

Quand justement, Padma Patil s'étonnait se son manque de réaction dans ces discussions et lui posait une question de ce genre.

"Je ne sais pas, c'est quoi comme genre de mecs que tu trouves bien, toi, Marietta?

- Euh..." elle fut prise de court, chercha rapidement qui pourrait être intéressant, finit par dire le premier nom qui lui vint à l'esprit et qui ne paraissait pas trop absurde. "Cedric Diggory, de Poufsouffle, tu vois qui c'est?"

Bien sûr, le fait qu'il soit attrapeur de Quidditch, et qu'il ait des traits fins de fille, n'avait aucun rapport avec son choix. C'était vraiment... au hasard. Se sentant soudain vulnérable, elle espéra que le hasard ne l'avait pas démasquée. Mais non, les filles hochaient toutes la tête.

Peut-être était-ce elle qui se faisait des idées. Sans doute personne ne se rendrait-il compte de rien. C'était rassurant, ça aurait du l'être, mais cela voulait-il dire aussi que personne ne pouvait voir sa fascination pour Cho? Cela lui semblait pourtant si tangible, à elle...

"Bon exemple." dit Lavinia Thompson.

"Je savais bien que tu avais quand même un peu de goût." dit Padma Patil.

C'est peu de temps après cette conversation que Cho entraina Marietta à l'écart des autres...

"Je voulais que tu sois la première à le savoir." lui dit Cho. "Tu sais que Cedric Diggory m'a invitée pour le bal?

"Oh..." répondit Marietta. Elle savait depuis longtemps que Cho irait forcément au bal avec un garçon, qu'elle-même finirait par accepter l'invitation du premier venu, que c'était normal, et que cela ne signifiait pas forcément quelque chose. Elle s'était préparée à répondre naturellement.

Mais là c'était Cedric Diggory, un des participants au concours de la coupe de feu, un septième année, qui semblait à Marietta infiniment éloigné des quatrième année normaux, et elle ne dit rien pendant quelques secondes, puis redit "Oh." avant de reprendre normalement. "Et tu vas accepter, je pense?

- Je crois..." dit Cho, nerveuse. "Ce ne te dérange pas? Je sais que tu avais dit que tu l'aimais bien..."

- Oh non..." répondit Marietta, confuse. "C'était juste une remarque, comme ça. Et puis de toute façon, c'est seulement pour aller ensemble au bal, non? Ce n'est pas important.

- C'est-à-dire que..." continua Cho, toujours gênée. "Ca serait mieux si ça l'était, non?

- Oh." reprit Marietta, se maudissant de ne trouver rien d'intelligent à dire.

"Tu es sûre que ça ne te dérange pas?" demanda Cho.

Les aveux de Cho auraient déjà été difficiles à supporter en temps normal, mais là, avec cette question si mal à propos, posée dans un sens tellement faux, Marietta se sentait échapper à son propre contrôle. Elle sentait le monde se transformer petit à petit en quelque chose d'étrange et de déplaisant, et même quand elle revint à la réalité, des réponses potentielles lui bouillonnaient dans la tête, de l'aveu franc de ses sentiments à un "Même si je te disais que ça me dérange, ça changera quelque chose?"

Puis une certitude émergea : elle ne voulait pas se facher avec Cho, pour rien au monde. Même un tout petit peu. Cho était son amie, la personne la plus proche d'elle, celle qu'elle aimait plus que tout.

Mais elle ne voulait pas lui mentir non plus, et elle se força à articuler une réponse détournée.

"Cho, je te promets que Cedric ne m'intéresse pas du tout! Sois sans crainte de ce côté-là.

- Tout va bien, alors." lui répondit Cho avec un de ses grands sourires qui faisaient toujours fondre Marietta.

Mais tout n'allait pas bien. Pas du tout.