A la rentrée, Cho avait eu l'air d'aller très bien.
Elle était souriante, elle riait aux plaisanteries de tout le monde, elle disait qu'elle avait eu d'agréables vacances dans un pays exotique.
Et puis, il y avait eu une grande discussion sur des sujets divers et variés. La conversation avait commencé à s'attarder sur un jeune homme qui interessait Rafaela, et d'un seul coup, Cho s'était mise à pleurer à chaudes larmes.
Elle s'était essuyé les yeux, elle s'était excusée, mais il y avait eu un froid dans la conversation.
Cela n'était plus arrivé souvent, ensuite. Pas tous les jours. Peut-être même pas toutes les semaines. Sans doute parce que Cho se forçait moins, parce qu'elle avait fini par comprendre que les gens ne s'attendaient pas forcément à ce qu'elle soit toujours la même. Cho Chang, souriante, ouverte, toujours enthousiaste sauf quand il s'agissait de dire du mal des gens, où elle prenait un air réprobateur.
Du moins, Marietta l'avait parfaitement compris. Cho avait le droit d'être encore malheureuse. Elle avait, bien sûr, le droit d'avoir peur de l'avenir, même si elle n'en parlait pas. Elle avait le droit de parler de Cedric, et même d'une façon qui brisait le coeur de Marietta.
Mais il n'était pas si évident que les autres l'avaient compris aussi.
Ce n'est pas qu'elles ne parlaient plus à Cho. Elle ne l'avaient jamais rejetée, elles n'étaient pas volontairement froides. Elles écoutaient quand elle participait à la conversation, et peut-être se forçaient-elles un peu à prendre l'air naturel, parce qu'elles se rappelaient l'avoir vue pleurer sans raison la fois d'avant. Mais comme sans doute, Cho se forçait un peu à prendre l'air naturel aussi, cela n'avait rien de méchant. Elles ne lui parlaient jamais de ses entraînements de Quidditch qui se passaient parfois très mal. Mais Cho n'était plus le centre du groupe, celle à qui tout le monde allait parler quand ils la voyaient. Marietta le ressentait - elle se rendait bien compte qu'elle était de plus en plus souvent seule avec Cho, mais cela ne la rendait pas aussi heureuse que cela aurait dû.
Et puis, bien qu'elle continuât à participer aux autres conversations, Cho avait souvent envie de parler de Cedric. C'était comme un besoin vital, qui lui permettait d'exposer sa douleur aux yeux des autres, de la transformer ainsi en nostalgie presque douce, et de ne pas exploser.
Marietta le savait, et elle était de plus en plus l'objet des confidences de Cho, car la plupart des autres commençaient à s'en fatiguer, même si elles ne montraient pas leur ennui, ou pas exprès.
Mais cela n'ennuyait pas Marietta. Le mélange qu'elle éprouvait entre la joie d'être une confidente privilégiée, si proche, de presque rentrer dans l'intimité de Cho... et la douleur de l'entendre parler de son amour pour un autre pouvait être rapproché de la plupart des sentiments les plus forts, mais pas de l'ennui. Jamais de l'ennui. Pas avec Cho.
"Je me souviens," dit Cho, "comme au début j'avais peur que ça te dérange que je sorte avec Cedric. parce que je croyais qu'il te plaisait, tu te rappelles?"
Marietta hocha la tête.
"Et puis, au fur et à mesure, tu as fini par trouver que nous allions très bien ensemble. Je me rappelle que tu ne l'as pas trouvé tout de suite, tu me disais que tu avais un peu peur qu'un beau garçon comme ça ne soit pas si gentil qu'il en avait l'air et qu'il ne me rendrait peut-être pas heureuse. Mais tu as fini par le connaître. Je me souviens que tu boudais presque de t'être trompée... Mais il était tellement adorable..."
Encore une fois, un mélange confus de sentiments forts, la tristesse de se voir si mal comprise mêlée à la fierté de dissimuler si bien... Et puis la révolte.
"Oui, je me souviens aussi, et j'avais tort!"
Cho la regarda d'un air surpris.
"Il n'a pas pu te rendre heureuse, puisqu'il est mort en te laissant toute seule. Si j'avais su que ça allait se terminer comme ça, jamais je ne l'aurais laissé t'approcher! Quelqu'un qui t'aurait vraiment rendue heureuse ne serait pas mort, c'est tout!"
Marietta ne comprit que plus tard à quel point elle avait influencé Cho dans le sens qu'elle aurait dû éviter.
