La Tête du Sanglier était définitivement un endroit sinistre, indépendamment même de la présence d'Harry Potter.
Marietta constata avec surprise qu'elle le détestait déjà, plus qu'elle n'avait jamais détesté Cedric. Elle y réfléchit, et arriva à la conclusion que c'est parce que Cedric avait rendu Cho heureuse. Cho n'avait pas l'air heureuse quand elle parlait d'Harry Potter : elle avait l'air inquiète, nerveuse, comme si elle se sentait coupable de quelque chose, ou comme si elle avait peur. Il n'avait vraiment rien pour lui.
Et pourtant, Cho le regardait d'un air admiratif et timide, comme s'il valait mieux qu'elle. C'était ridicule.
Il y avait beaucoup de monde, constata Marietta. Outre Padma et Cho, Harry Potter, suivi comme d'habitude de Hermione Granger et Ronald Weasley, elle reconnut Luna Lovegood de quatrième année, trois garçons qui s'appelaient Anthony Goldstein, Terry Boot et Michaël Corner, beaucoup de Gryffondor dont la soeur de Padma et la petite amie de Michaël Corner, et quelques Poufsouffle qu'elle ne connaissait pas pour la plupart. Aucun Serpentard.
C'est Granger qui commença à parler, très nerveuse. Marietta avait plus confiance en elle qu'en Harry Potter. Elle semblait avoir la tête sur les épaules, c'était une fille, et de l'avis de Lavinia qui la connaissait un peu, elle aurait clairement dû être à Serdaigle. De plus, elle parlait de l'indigence des cours de défense contre les forces du mal, et malgré les recommandations de ses parents, Marietta ne pouvait s'empêcher d'être d'accord avec elle.
C'est pour cela qu'elle fut si choquée quand Hermione affirma "Parce que Lord Voldemort est de retour."
Elle poussa un cri aigu, et se rendit compte qu'elle venait de renverser sa Bièraubeurre sur ses vêtements. Mais le ridicule ou le nettoyage de sa robe étaient les dernières choses auxquelles elle pensait à ce moment. Pendant tout cet été, ni son père ni sa mère ni elle, bien sûr, n'avait prononcé ce nom, ni osé envisager une telle chose.
Les élèves interrogeaient Harry Potter, avec curiosité, avec un peu d'incrédulité aussi, mais juste un peu.
Ne comprenaient-ils pas qu'on parlait du mage noir le plus terrifiant de l'histoire?
Ils semblaient rassurés parce qu'Harry Potter leur racontait les faibles victoires qu'il avait remportées contre Vous-savez-qui. Marietta en retenait surtout que d'après ce qu'il disait, il n'avait réussi ni à l'empêcher de tuer Cedric, ni surtout à récupérer un corps et s'apprêter à la conquête du monde, mais il le regardait tous comme s'il pouvait y avoir un espoir, pas seulement pour Harry Potter, mais pour eux, les gens normaux qui n'ont pas d'histoire et ne combattent pas le mal. Comme si le seul espoir n'était pas que tout ça ne soit pas vrai.
Et Cho qui rappelait les épreuves de l'année précédente, avec les yeux brillants, comme si gagner une compétition sportive avait le moindre rapport avec affronter le mal.
Marietta se demanda si ses phrases rendaient Harry Potter aussi heureux que cela la déprimait, elle.
A la fin, tout le monde était d'accord avec ces idées de réunion, sauf peut-être un Poufsouffle de l'équipe de Quidditch qui s'appelait Zacharias Smith. Marietta se demanda si ils avaient tous l'espoir que ces cours pourraient les rendre aussi capables d'affronter les forces du mal qu'Harry Potter le prédestiné l'était. Elle ne voyait pas ce qui pouvait les pousser d'autre que cette illusion collective. Elle-même savait que cela ne suffirait pas, bien sûr. Elle se rendit compte avec horreur qu'elle avait fini pas presque accepter le retour de Celui-dont-on-ne-doit-pas-prononcer-le-nom, et que la terreur s'emparait d'elle. Même si Harry Potter n'était pas un affabulateur, elle le détestait encore plus. Alors, il venait leur dire que Vous-savez-qui était revenu, mais qu'il ne se sentait pas capable de l'affronter tout seul! Sans leur permettre d'oublier, il leur laissait le choix entre le désespoir et la possibilité de s'accrocher à lui comme à une bouée de sauvetage! Et tout le monde trouvait ça normal, et Cho le voyait comme un sauveur, alors qu'il n'avait rien sauvé du tout, et qu'il ne sauverait probablement rien!
Elle signa le papier comme les autres, parce qu'elle n'avait pas le courage d'être seule contre tous, et elle ne voulait pas embarrasser Cho, qui n'avait pas besoin. Elle avait trop pleuré depuis la rentrée pour que Marietta puisse supporter l'idée d'une nouvelle crise par sa faute. Elle était sa meilleure amie. Elle devait la soutenir. Elle savait que c'était important pour Cho ; juste peut-être pas assez. Et puis, elle ne voyait pas du tout l'intérêt d'en parler à qui que ce soit, qui se moquerait probablement de tout cela. Mais il lui sembla tout de même qu'elle était en train d'approuver ces histoires, et elle se dit que jamais, jamais, elle n'aurait dû venir ici. Elle était en colère, non seulement contre Harry Potter et Hermione Granger, mais contre elle-même, et contre Cho qui n'avait sans doute rien de mieux à faire que de l'inviter à admirer Harry Potter.
A la fin, elle entraîna Cho de force, tellement elle ne refusait de la laisser avec Harry Potter, et tellement elle avait envie d'exploser, maintenant, et de lui dire ce qu'elle pensait.
A peine étaient-elles sorties et éloignées des autres - Cho l'avait suivie, même si c'était avec réticence - qu'elle l'apostropha vivement.
"Alors comme ça tu fais partie des gens qui pensent que... que c'est vrai! Qu'il est vraiment revenu!"
Cho hocha la tête d'un air grave.
Tous les beaux arguments de Marietta pour démontrer que ça ne pouvait pas être vrai s'étaient enfuis, elle n'en retrouvait plus un seul, et ce fut une résignation quand au lieu de crier elle ne put que demander d'un air plaintif, d'une voix fausse : "Et pourquoi tu ne m'en as jamais parlé?"
Cho lui répondit : "Je ne pensais pas que tu voudrais en parler."
Quelle idée! Bien sûr qu'elle ne voulait pas en parler! Mais tout de même, Cho n'avait pas le droit de s'éloigner d'elle comme ça, en ne lui parlant pas de ce qui était si important pour elle. Mais ce n'est pas pour autant qu'elle devait l'emmener à des réunions où il y avait tant de monde et où on ne parlait que d'Harry Potter, alors que n'importe qui se serait retranché derrière le ministère, Dumbledore, tout ce qui pouvait avoir de la force!
Elle ne put plus répondre à Cho, et s'éloigna d'elle, rongeant son frein, essayant de trouver les paroles qu'il fallait pour la convaincre qu'elle faisait une erreur, sans jamais y parvenir.
Oui, ça avait été une mauvaise semaine.
