Cho pleurait encore.
Ce n'était pas inhabituel, bien sûr. Ses crises de larmes restaient fréquentes. Mais d'habitude, les réunions de l'AD réussissaient au moins à lui remonter un peu le moral.
"Qu'est-ce qui se passe?" voulut demander Marietta. Mais avant qu'elle aie ouvert la bouche, Cho lui dit, avec des sanglots "Je suis la fille la plus stupide du monde."
Marietta avait bien une idée de ce qui s'était passé. Après tout, Cho lui avait fait signe impérieusement de partir avant elle, de la laisser seule avec Harry Potter, ce qui l'avait fait grincer des dents. Mais que pouvait-il s'être passé, exactement? Harry l'avait-il rejetée? Si c'était le cas, elle le haïssait plus que tout au monde, et devant le désespoir de Cho qui lui tordait l'estomac, elle ne pouvait pas y voir quelque chose de positif, ne serait-ce qu'une seule seconde.
Elle doutait qu'elle puisse y faire quoi que ce soit, mais il lui fallait essayer quand même, sinon elle se sentirait encore plus mal.
"C'est Harry Potter?" demanda-t-elle faiblement, avec des difficultés à articuler. Puis, plus nettement : "Si c'est lui qui t'a fait pleurer, je ne lui pardonnerai jamais!"
"Non!" s'exclama Cho. "C'est... c'est entièrement ma faute!" Elle soupira "Je peux te raconter?"
"Mais bien sûr!" s'exclama Marietta, avide de connaître mieux Cho, même quand c'était douloureux. Puis, brusquement gênée, elle ajouta "Enfin, fais absolument comme tu veux. Je ne veux pas te forcer, mais..."
D'une voix entrecoupée de sanglots, Cho parla sans se faire prier : "Je voulais lui parler... le remercier et le féliciter pour ses cours... et puis peut-être voir s'il m'inviterait quelque part... parce que je l'aime bien... j'ai l'impression qu'il m'aime bien... et à la place j'ai pleuré... et je lui ai parlé de Cédric..."
Elle fit une pause. Marietta avait l'impression de ressentir en elle un miroir de la douleur de Cho, de souffrir avec elle, complètement désemparée.
"Je pense toujours à Cédric... Je ne veux pas qu'on croie que je l'ai oublié... Je ne veux pas qu'il le croie, mais pourquoi, pourquoi je lui en ai parlé à ce moment? Il a dû penser que je ne voulais lui parler que pour parler de Cédric, et il va m'en vouloir! Et ce n'est pas vrai, je ne veux pas seulement ça, mais..."
Elle fondit en larmes à nouveau, puis reprit, sans finir sa phrase "Je l'ai embrassé!"
Marietta sursauta de surprise. "Et... qu'est-ce qu'il a fait?"
"Je l'ai embrassé, mais je pleurais toujours, je n'ai rien su dire, il était gêné, et il va penser que je suis stupide, et c'est vrai, et... oh, je n'oserai plus jamais lui parler à nouveau!"
Marietta ne savait pas quoi dire. Si elle avait été la soeur de Cho, ou une amie... normale, elle aurait pu la consoler en la prenant dans ses bras, en lui serrant la main, en lui disant qu'elle l'aimait, mais là dans leur situation, cela lui semblait si inapproprié, si inadéquat pour plein de raisons, que même son esprit qui, tournant à toute allure, essayait de lui assurer que ça ferait plaisir à Cho, que ça lui ferait plaisir à elle, et qu'elle aurait dû le faire si elle voulait que sa couverture soit parfaite, ne pouvait la convaincre.
A la place, elle dit. : "Mais non, ce n'est pas si grave! Enfin, je ne veux pas dire que vous n'allez pas passer des mauvaises vacances de Noël, mais il t'a vue de nombreuses fois avant, il te verra encore après, et il ne peut pas rester sur juste une mauvaise impression!"
"Tu crois!" lui demanda Cho.
"J'en suis sûre!" s'exclama Marietta. "Je crois que tu lui plais vraiment, tu sais, à la façon dont il te regarde." C'était douloureux de dire ça, vraiment. "Alors il ne changera pas d'avis comme ça. Tu sais bien que Padma nous a dit qu'il n'était sorti avec personne, à sa connaissance. Donc c'est sérieux, ce n'est pas ce genre de garçon..."
Cho eut un pâle sourire : "Merci."
"Tu sais quoi? Pendant les vacances, tu auras tout le temps pour élaborer des stratégies qui permettront de rattraper ce faux pas, et tu seras blindée, et tu iras lui dire bonjour comme si rien ne s'était passé, et tu verras qu'il te fera un grand sourire beta et que ça ira bien!"
"Merci, merci..." dit Cho. Elle sourait maintenant, même s'il restait des trainées de larmes sur son visage. "Tu es une vraie amie, Marietta."
"Non, non!" cria l'esprit de Marietta. "Une vraie amie dirait la même chose, et serait sincère, ça ne la déprimerait pas d'avoir raison!"
"Moi je suis juste une dissimulatrice." murmura-t-elle sans s'en rendre compte.
"Qu'est-ce que tu disais?" l'interrogea Cho!
"Rien, rien!" la rassura Marietta. "Tu vas voir. Tout ira bien."
