C'est plusieurs jours après, au cours d'un calme silence pendant un repas familial, que Marietta se hasarda à demander, la voix anxieuse "Comment ça se passe, au ministère?"
Elle avait voulu amener la conversation là-dessus depuis son arrivée, mais elle se sentait plus à l'aise depuis que ses oncles, ses tantes et ses cousins étaient partis, peu de temps après Noël.
"Personne n'était vraiment heureux de retourner au travail." soupira Julius. "En plus, le magicien qui a réparé les coffres devait être saoûl. Avant qu'ils ne tombent en panne, on pouvait les ouvrir avec un mot de passe. Puis ils ont été ouverts en permanence, et maintenant, ils sont ouverts presque tout le temps, sauf quand quelqu'un prononce le mot de passe à côté! Nous avons envisagé de demander une augmentation pour des heures supplémentaire à psalmodier le mot de passe près du coffre en jouant aux échecs, mais ils ont préféré garder le gardien, ce qui est manquer d'humour..."
"Ce n'est pas de ça que je parle." dit Marietta, timidement quoique amusée. "Je parle de cette histoire de machination de Harry Potter et Dumbledore. Je veux dire : vous avez eu de nouveaux éléments? Je m'inquiète vraiment de ne pas savoir ce qui se passe."
Il y eut un silence, avant que Joan ne réponse "Non, rien de spécial."
"S'il vous plait!" s'exclama Marietta. "Ca me fait tout bizarre de voir les disputes entre mes différents professeurs, et de me demander qui exactement fait n'importe quoi, et pourquoi ils se détestent alors que je ne sais même pas avec qui je dois être!"
"Tu veux dire que tu ne sais pas si tu dois voir confiance en la presse officielle du ministère?" demanda Joan d'une voix calme.
"En fait... non." osa dire Marietta. Ses parents ne l'avaient encore jamais grondée ouvertement. Mais elle s'attendait à quelque chose de terrible.
Il n'y eut rien de la sorte. Julius eut un petit sourire crispé, alors que Joan restait grave.
"He bien vois-tu, ma fille." commença Julius "faisons un instant l'hypothèse purement abstraite que Vous-savez-qui ne soit effectivement pas tout à fait mort."
C'est ce genre d'hypothèses abstraites qui aurait suffi, l'été dernier, à faire trembler Marietta jusqu'au plus profond de ses os ; mais là, elle ne dit rien. Elle s'y était presque habituée.
"Dans ce cas-là" continua Joan, "qui devrait être mis au courant? Probablement les personnes qui peuvent vraiment y faire quelque chose. Pas forcément les étudiants. Ni même les gens qui n'ont rien à voir là-dedans."
"Pourquoi?" demanda Marietta.
"Pourquoi devraient-ils savoir?" demanda Julius. "Nous nous plaçons toujours dans une hypothèse qui n'a rien de réel, mais imagine à quel point ça serait mauvais pour l'économie, par exemple."
"Pour l'économie?"
"Certainement." dit Joan. "Crois-tu que les gens achèteraient encore beaucoup de choses s'ils s'attendaient à une guerre?"
"Sans compter" précisa Julius "le cas où on ne sait même pas si c'est vrai ou non. dans ce cas, pourquoi alerter les gens?"
"Je ne sais pas... pour qu'ils puissent se préparer?" demanda timidement Marietta.
"Quelqu'un qui n'est pas fait pour la guerre ne s'y préparera pas mieux en quelques années qu'en quelques jours..." soupira Julius.
"Mais il faudrait bien que quelques personnes sachent..." hasarda timidement Marietta. "Ceux qui peuvent, justement, préparer des trucs..."
"Exactement!" s'exclama Joan. "Et il serait aussi du devoir de ces gens de laisser vivre les autres tranquillement en paix sans les angoisser à l'avance! Je vois que tu comprends bien. Pourquoi devraient-ils le dire, après tout! Prenons un exemple au hasard : Dumbledore. Supposons qu'il aie entendu parler d'une telle chose. Il n'aurait vraiment aucune raison d'en parler à ses élèves. A moins qu'il ne veuille observer les mouvements de panique collective, évidemment..."
"Peut-être par amour de la vérité?" suggéra Marietta.
Joan pouffa de rire.
"Il semble que mon exemple choisi totalement au hasard ne marche pas dans ce cas-là." dit-elle. "J'aurais dû en prendre un autre..."
"Mais, Dumbledore..."
"Dumbledore, ma chérie, a autant de sens de l'amour de la vérité qu'un elfe de maison a le sens de l'honneur et de la gloire. Ne prends pas ça mal, ma chérie, ce n'est pas un reproche en soi. La dissimulation est une arme qu'on peut vouloir utiliser pour la bonne cause. Mais c'est une arme dangereuse, pour toi comme pour les autres."
"Techniquement, toutes les armes le sont." précisa Julius. "Même un parapluie, correctement empoisonné..."
"Oui, en effet." gloussa Joan. Puis elle se tourna vers Marietta. "Ma chérie, si tu veux comprendre ce qui est en train de se passer, ne t'attends pas à de l'amour de la vérité. Ne venant de nulle part."
"Mais alors, comment?" demanda Marietta.
"Comment comprendre? Mais c'est encore plus drôle comme ça, quand c'est un jeu, quand ce n'est pas tout fait! Au ministère, personne n'a l'ensemble de la vérité, et je crois que nulle part..."
Ses yeux étaient brillants. Julius protesta : "Chérie, tu t'emportes un peu."
"Je m'amusais." répondit-elle en faisant la moue.
"Les hypothèses abstraites sont bien amusantes." dit-il en clignant de l'oeil. Puis il reprit son sérieux, et sembla regretter ce qu'il venait de dire.
"Mais surtout, ma chérie, même si tu as le droit d'avoir ton opinion, ne fais rien qui puisse t'attirer des ennuis." conclut Joan. "Il faut respecter les décisions légales, surtout quand on n'a pas le niveau pour ne pas se faire prendre."
Marietta n'attendit la vérité de nulle part. Elle ne demanda plus rien à ses parents, ni sur la vérité, ni sur les hypothèses abstraites, et ne les crut pas vraiment non plus. Mais elle se dit plus tard qu'elle n'aurait pas dû demander. Les choses lui semblaient plus confuses et plus effrayantes encore alors qu'elle regagnait Poudlard.
