Un chapitre long, pour une fois, avec les copines gloussantes de Cho et Marietta en train de discuter histoires d'amour... J'espère ne pas avoir fait trop de hors-sujet, ne pas ennuyer les gens avec ma pseudo-philo de lycéennes, et aussi que les noms inventés aléatoirement que je cite ne vous gacheront pas la lecture! Christopher MacNee et Eccarius Cunningham sont des inventions de Yoda-ben, les autres personnages (ou plutôt "noms", pour ce qu'ils interviennent dans la fic) sont de moi.
"Je pense qu'il faut toujours avouer ses sentiments à la personne qu'on aime." déclama Lavinia Thompson au milieu d'une conversation avec Rafaela entrecoupée de rires. Elles avaient renoncé à regarder l'entraînement de Quidditch à cause de la pluie fine et froide, et discutaient autour d'une table dans le dortoir des filles de sixième année.
"C'est facile à dire." grommela Rafaela Starkey. "Et si Christopher ne veut pas de moi?"
"Eh bien, ce serait très triste, mais au moins, tu le sauras. Je ne vois pas quel problème il pourrait y avoir. D'une part, cela évite un cas où deux personnes sont amoureuses sans se le dire, et passent à côté de quelque chose. Et dans le cas où ça ne marche pas, hé bien, la sincérité est une bonne chose envers la personne qu'on aime. De plus, tuer l'espoir permet de passer à autre chose. Et enfin, si la personne aimée est quelqu'un de bien qui mérite l'amour qu'elle reçoit, il est clair qu'elle ne va pas rompre son amitié pour si peu. Et dans le cas contraire, on saura qu'elle n'en valait pas la peine."
Certaines Serdaigle, même quand elles parlaient d'amour, ressemblaient à une dissertation d'histoire de la magie en trois fois trois parties.
"C'est n'importe quoi!" dit Marietta, presque malgré elle.
Lavinia la regarda avec surprise. Marietta se sentit soudain gênée de s'être fait remarquer de cette façon, mais maintenant que le mal était fait, il fallait bien se justifier.
"Est-ce que ça veut dire que pour valoir la peine d'être aimé, il faut être infiniment gentil et tolérant? Je ne vois pas pourquoi. Si on aime quelqu'un, ce n'est pas que pour ses qualités, c'est aussi pour ses défauts, pour toute sa personnalité! Des choses qui peuvent bien ne plaire qu'à une personne, mais qu'elle aimera plus que tout. Ou alors..." et là, Marietta sentit une grosse boule au fond de sa gorge "ou alors il n'y a que les personnes parfaites qui peuvent être aimées, peut-être?"
"C'est pas ce que je veux dire..." dit Lavinia, gênée. "Mais quand même, quelqu'un qui n'accepte pas le fait que tu l'aimes, c'est... particulier. Ou alors, il n'a pas d'estime pour toi du tout?"
"Je ne pense pas que Christopher soit comme ça." dit Rafaela. "C'est juste que je ne veux pas savoir."
"Ce n'est pas possible." répondit Lavinia. "On a toujours, plus au moins, envie de savoir. Si tu penses ça, c'est que tu es sûre que c'est non. Ou alors, que tu ne veux pas que lui, il sache. Mais pour quelle raison? Tu n'aimes pas qu'on te cache des choses, non? Tu n'aimes pas qu'on ne te montre pas de vrais sentiments? Pourquoi le ferais-tu à ceux que tu aimes le plus?" Elle se retourna "Et toi, Marietta, tu n'es pas d'accord?"
"Il pourrait être gêné." répondit-elle.
Rafaela eut un rire amusé "Ce n'est pas trop son genre."
"Christopher et Rafaela sont vraiment proches!" dit Lavinia "Ils s'aiment beaucoup! Je suis à peu près sûre qu'il peut accepter de savoir la vérité sur elle, même s'il ne partage pas ses sentiments!"
"Hey!" s'exclama Rafaela.
"Mais non, c'était juste une supposition pour Marietta! Je pense que tu as tes chances, tu sais! Enfin moi, je détesterais qu'on me cache des choses aussi importantes. Je me sentirais trahie si je le découvrais, même après, quand c'est fini depuis longtemps. ca me rend toujours triste quand les gens en qui j'ai confiance me mentent."
"Tu n'es pas forcée de le savoir un jour..." objecta Marietta.
"Mais quand même! J'aime savoir ce que les gens pensent de moi, au fond, et je pense que je ne suis pas la seule. Et puis, cacher quelque chose d'aussi important qu'un ancien amour toute sa vie, c'est glauque, non?"
"Pourquoi?" demanda-t-elle. "Peut-être qu'elle a peur aussi de le rendre triste pour elle!" Marietta sentait qu'elle parlait d'une voix plus passionnée qu'elle n'aurait dû.
"Mais si on raisonnait comme ça, on ne parlerait jamais d'aucun de ses problèmes à aucun de ses amis, parce qu'ils seront toujours tristes! Et puis, imagine qu'il fasse le même raisonnement de son côté. Vous vous rendez compte de ce qu'il perdrait? Vous savez que Victoria Abbott et Mercurius Andrews ont attendu un an entier avant de se mettre ensemble, parce que les deux croyaient que l'autre préférait qu'ils restent amis?"
"C'est pas vrai!" s'exclama Rafaela. "Comment tu sais ça?"
"C'est Victoria qui me l'a raconté, après avoir commencé à sortir avec lui... Tout ça pour dire que si on n'envisage, dans toutes les situations, que le mal qu'on peut faire à quelqu'un et pas le bien qu'on peut lui faire, c'est normal qu'on ne fasse jamais rien! Mais personne ne peut vivre comme ça."
"Et si elle était sûre que ça ne marcherait pas?" demanda Marietta. "Tu lui conseillerais de le dire quand même?"
"Il y a un garçon qui t'intéresse, toi aussi, pour que tu prennes des conseils?" demanda Rafaela avec un sourire en coin.
"Oh oh!" s'exclama Lavinia.
"Non." répondit Marietta, se sentant coupable et gênée, sans vraie raison, car ce n'était pas un mensonge, après tout. "C'est pour d'autres raisons."
"Le problème est plus difficile." répondit Lavinia. "Mais moi, si quelqu'un était amoureux de moi, j'aimerais qu'il me le dise."
"Tu n'auras pas de la peine pour lui?" demanda Marietta.
"Si, bien sûr!" s'exclama Lavinia. "Mais même si je suis forcée de dire non et que je le fais souffrir, je veux le savoir. Ca m'évite de faire des impairs, de lui parler de mes histoires d'amour, de le blesser involontairement. Je n'aime pas être idiote et faire du mal à mes amis sans le vouloir."
"Ceci dit, si on n'est pas spécialement proche de quelqu'un, on peut vouloir qu'il nous le dise aussi." dit Rafaela. "Quand Matthias Lowell me courait après, c'était super-gênant parce que je n'arrivais jamais à savoir si c'était de la drague ou s'il voulait qu'on soit amis, et ce n'est pas évident de dire "Je ne sortirai pas avec toi." à un mec qui n'a rien demandé. Mais en même temps, peut-être qu'il voulait que je comprenne sans oser me le dire..."
Marietta eut un rire étouffé en repensant à cette histoire, qui avait fait hésiter Rafaela pendant des heures.
"Oui..." dit Lavinia. "L'ennui, avec les codes pour trouver un petit ami, c'est que ce n'est pas aussi universel que les mots, tout le monde ne les utilise pas pareil. Alors ça me met mal à l'aise. Si quelqu'un était amoureux de toi, Marietta, tu voudrais qu'il ne te le dise pas?"
"Je ne sais pas..." dit-elle, gênée. Elle ne s'était jamais posé la question dans ce sens là. Il faut dire que c'était une idée vraiment fantaisiste, comme Lavinia en introduisait souvent, juste comme exemples...
"L'ennui, en plus, avec tous ces gens qui ne se déclarent rien, c'est que quand on veut devenir amie avec un garçon, sans rien de plus, il va croire qu'on veut sortir avec lui! Par exemple - racontons ma vie..."
"Voui, voui!" s'exclama Rafaela.
"J'aimais beaucoup John Fortner, parce qu'il était sympa, drôle, et un peu fou dans sa tête. Mais je n'étais pas amoureuse de lui! Eh bien lui s'est mis à se comporter souvent de façon vulgaire ma compagnie, parce qu'il croyait qu'il m'intéressait, et qu'il voulait éviter ça."
"Et alors?" demanda Marietta, curieuse malgré elle.
"Et alors, j'ai compris, et je l'ai trouvé encore plus sympa, drôle, et fou dans sa tête."
"On peut le dire." gloussa Rafaela.
"C'est vrai," continua Lavinia, "qu'arrêter de se faire aimer, dans l'absolu, c'est peut-être plus subtil que d'envoyer un rateau... mais imaginez si ce plan avait marché! Je n'aurais rien gagné, parce qu'en fait je ne lui courais pas après, et j'aurais peut-être même perdu confiance dans l'existence de types sympa et drôles! Je ne trouve pas que ça soit une bonne idée de mentir aux gens, même pour leur bien. Parce que justement, si on expose la situation telle qu'elle est, on peut leur demander ce qu'ils veulent. tandis qu'essayer de mentir pour leur bien, ça revient à être persuadé qu'on sait mieux qu'eux ce qui est bon pour eux."
"Et tu ne penses pas que ça puisse être vrai?" demanda Marietta, qui repensait malgré elle aux théories de sa mère.
"Eh bien... Peut-être que des fois, des gens savent mieux que d'autres ce qui est bon pour eux, c'est bien pour ça qu'il faut élever et punir les petits enfants, je pense. Mais penser ça de quelqu'un dont on est amoureux, et donc qu'a priori on aime de façon égalitaire, c'est quand même bizarre. Et donc voilà, si j'aimais quelqu'un, même sans espoir, je le lui dirais." conclut Lavinia.
"Et moi, qu'est-ce que je ferais si Christopher avait une petite amie?" se demanda Rafaela d'un air nerveux. "Je ne pourrais pas lui dire dans ces moments-là! Je pense que je préfèrerais m'éloigner de lui, et ne revenir que quand j'aurais réussi à y renoncer, pour ne pas avoir à lui cacher des trucs, ni à lui dire des choses embarrassantes."
"Mais si ça lui fait de la peine, que tu le voies moins?" demanda Marietta, qui n'arrivait pas à recoller ces théories avec sa situation. "Tu disais que c'était un ami?"
"Je pense qu'il peut comprendre..." dit Lavinia. "Et rien n'empêche de redevenir aussi proches qu'avant, par la suite."
"Et si il a vraiment d'autres problèmes, et qu'on n'a pas envie d'en rajouter, ni en lui racontant ses malheurs, ni en s'éloignant de lui? Je suis sûre que là, il vaut mieux ne rien dire, au moins pour l'instant! C'est la solution qui rend tout le monde le plus heureux." s'exclama Marietta.
"Ben, pas vraiment toi." dit Rafaela. "Parce que c'est plus difficile d'arrêter d'être amoureux de quelqu'un quand on le voit trop souvent. En tout cas, c'est comme ça pour moi."
"Mais pourquoi arrêter?" demanda Marietta. "C'est trop triste, d'arrêter d'aimer quelqu'un."
"On ne parle pas d'arrêter d'aimer." dit Lavinia, "mais d'arrêter d'être amoureux. Etre amoureux sans réciprocité entraîne la souffrance. On peut aimer quelqu'un énormément, vouloir son bonheur, sans avoir les effets négatifs - on aime peut-être moins, mais on aime toujours. Penser que c'est négatif, cette évolution, que c'est un manque, ça me semble un peu malsain - c'est se glorifier de sa souffrance, juste parce qu'elle est liée à un sentiment fort. Ou alors, c'est avoir trop peur de changer pour oser. Mais c'est toi qui disait qu'il valait mieux que tout le monde soit heureux."
Discuter avec Lavinia était parfois frustrant, pensa Marietta. Ses arguments étaient parfaitement logiques, ils étaient difficiles à contrer, mais ils ne convainquaient pas vraiment.
Padma passait justement par là et attrapa la conversation au vol. "Eccarius Cunningham disait l'autre jour que cette notion de bonheur comme bien suprême n'existe pas dans toutes les sociétés, loin de là, mais que ça marque les sociétés en état de décadence. Il disait aussi que l'interdiction du meurtre, et même du meurtre sur certaines personnes de ta famille, est aussi quelques choses qui dépend des sociétés, et que dans les civilisations moldues ou magiques, il y en a eu des nombreuses dans lesquelles c'était autorisé, et que l'idée d'une morale absolue et intemporelle est une utopie. Il disait aussi que la seule chose qui est mal vue dans toutes les sociétés, c'est la trahison et le mensonge. Et encore, qu'on était en train de progresser de ce point de vue-là, et que bientôt ça serait considéré comme autant une affaire de préférences personnelles que le reste."
Lavinia eut l'air horrifié "Il pense que n'importe quoi est autorisé?"
"Non!" s'exclama Padma. "Il dit qu'il faut des règles pour faire tenir une société, des règles faites pour la perpétrer en en protégeant les individus, mais que l'idée de les lier à une notion abstraite de Bien et de Mal absolus est une tentative désespérée de décourager les gens de contourner les lois, même quand ils sont surs de ne pas se faire prendre." Elle haussa les épaules. "De toute façon, il ment assez peu, pour un Serpentard. Sa spécialité, c'est plutôt de mentir par omission, de dire la vérité en faisant croire autre chose. c'est assez drôle, d'ailleurs, d'essayer de deviner ce qu'il pense vraiment avec juste les indices. C'est pour ça que j'aime bien lui parler - en plus du fait qu'il lit plein de livres sur l'époque des Fondateurs, bien sûr."
"C'est vrai qu'il y a bien pire." dit Rafaela. "Je n'ai jamais entendu Morgana Square dire la vérité. Elle ment même quand elle sait qu'on ne va pas la croire, ça ne fait pas très Serpentard, je me demande comment elle y est entrée."
"On n'aurait pas voulu d'elle ailleurs." dit Lavinia en ricanant. "Mais de toute façon, parler avec des Serpentard, c'est souvent éprouvant. Là, tu vois, Padma, on parlait de déclarations d'amour, et je n'aurais pas aimé que Martha Campbell soit là pour nous sortir ses théories comme quoi une histoire d'amour est une histoire de sexe qui a mal tourné, qui est devenue de la dépendance."
"Elle a vraiment... je veux dire, elle parle d'expérience?" demanda Rafaela, étrangement gênée. "Ce n'est pas le genre de choses qui pourraient se faire, ici, à Poudlard."
"C'est peut-être pendant les vancances?" suggéra Padma. "Mais ce n'est pas ce que je veux savoir. Vous parliez de déclarations? Qui va se déclarer à qui?"
"Rafaela à Christopher MacNee!" s'exclama Lavinia. "Et Marietta à un mystérieux inconnu dont l'identité est secrète, chut!" Rafaela gloussa, un peu rouge, à moitié embarrassée, à moitié amusée.
"Je ne vais me déclarer à personne!" s'exclama Marietta.
"Peut-être que tu devrais." lui dit Lavinia. "C'est pour toi que je le dis, et même pour lui, même si tu n'as pas l'air de le penser. Tu ne pourras jamais vraiment y renoncer sinon."
"C'est qui, c'est qui!" demanda Padma, avec un air suppliant.
"Personne, je dis! C'est Lavinia qui raconte n'importe quoi!"
"Dis-moi, dis-moi, dis-moi!" Marietta renonça, et quitta la conversation, à la grande déception de Padma.
