"Tu as lu le dernier numéro du Chicaneur?"

Dans tout Poudlard, c'étaient des discussions à ce sujet ; à voix basse, bien sûr, car la possession et la lecture en étaient strictement interdites. Ombrage déployait tellement les grands moyens pour l'interdire que même Lavinia avait fini par y jeter un oeil, après des jours de réticence ponctués de "Mais c'est quand même le Chicaneur! Vous ne vous attendez pas à ce que je lise ça!"

"C'est même possible que ça soit vrai..." murmura Rafaela à voix très basse.

"C'est vraiment bizarre, un article comme ça, dans le Chicaneur. C'est cohérent, et il n'y a même pas de fautes de français!" dit Lavinia.

"Il n'y a pas de fautes de français dans les autres articles non plus." protesta Padma.

"Ne me dis pas que tu les as lus!" s'exclama Lavinia.

"Ben si. Je voulais quand même avoir une idée de pourquoi les gens en disent du mal, je n'avais jamais ouvert un numéro. Et toi, comment tu sais qu'il est censé y avoir des fautes de français?"

"J'avais lu un article une fois, une amie me l'avait montré parce qu'il était complètement idiot. Et il y avait des fautes."

"Ca devait être le courrier des lecteurs." dit Padma d'une voix experte. "Et toi, tu y crois, Marietta?"

Encore une fois, Padma avait l'air incroyablement naturel, comme si les réunions de l'AD passées à discuter sur le sujet n'avaient pas eu lieu.

"He bien, je ne suis pas sûre que ça se soit exactement passé comme ça." dit Marietta. "Peut-être qu'il a exagéré le rôle qu'il y a joué. Lui, ou le journaliste, pour mieux vendre. Mais je pense..." elle avala sa salive. "Je pense que Vous-savez-qui est vraiment revenu, oui."

"Moi je n'en suis pas encore persuadée..." dit Lavinia. "Mais c'est vrai que vu comme ça, ça serait presque logique. Je me demande comment le ministère va réagir à cet article."

"C'est clair que l'interdire au lieu de faire une réponse argumentée pour le contester, c'était un peu rude de la part d'Ombrage." continua Rafaela. "Elle aurait au moins pu donner sa version de la chose. Parce qu'après tout, c'est vrai que Cedric est mort, et je ne crois pas qu'elle aie jamais donné la version du ministère là-dessus. C'est louche."

L'avantage de cet article est qu'elle pouvait maintenant parler de ça avec Lavinia et Rafaela, sans contraintes.

L'inconvénient de cet article est qu'Harry Potter était plus que jamais une star. Tout le monde le regardait, que ce soit pour l'admirer ou le conspuer. Il recevait aussi une quantité incalculable de courrier de lecteurs.

Cho avait lu l'article aussi, dès que les premiers exemplaires avaient circulé dans l'école, avant même que ce soit interdit.

"J'aurais aimé qu'il m'en parle à moi en premier..." avait-elle dit, toujours avec les larmes aux yeux, "mais c'est très courageux de sa part. Maintenant, tout le monde va savoir comment Cedric est mort. Tu sais que la dernière fois qu'on s'est vus, j'avais presque pensé qu'il devait ne pas aimer Cedric du tout, mais qu'il n'osait pas me le dire? Mais maintenant, je vois bien que c'est faux. Je l'ai sous-estimé. Et tu sais..." murmura-t-elle encore, "je crois que la dernière fois qu'il est parti en plein rendez-vous, c'est parce qu'il devait aller donner cette interview, justement. Les dates collent. Tout de même, est-ce que c'est vraiment Granger qui a pu écrire quelque chose comme ça? Ou il n'allait même pas la retrouver, et il me l'a fait croire pour rester incognito? Je l'ai si mal jugé! Je ne sais même pas s'il me pardonnera un jour!"

Elle s'était réconciliée avec Harry. Elle l'avait embrassé sur la joue. Peut-être sortiraient-ils à nouveau ensemble.

Marietta savait très bien que grosso modo, Harry et Cho étaient revenus au stade avant la Saint-Valentin. Ils étaient sortis ensemble, puis ils s'étaient fâchés, et ils allaient ressortir ensemble. Retour à la case départ.

Alors pourquoi, à chaque changement, avait-elle l'impression d'être plus malheureuse que la fois précédente? Pourquoi avait-elle l'impression de tomber?