Elle dissimulait toujours son visage entre ses mains quand Ombrage revint la chercher. Bien sûr, jusqu'ici, il n'y avait eu personne dans la salle, mais peut-être que cela lui cachait un peu la chose à elle-même - la pièce dans laquelle elle cherchait vainement un miroir quelques instants plus tôt lui semblait maintenant emplie d'arêtes réfléchissantes traîtresses, prêtes à lui rappeler sa honte.

Elle aurait dû s'en douter, qu'elle ne pouvait pas s'en tirer impunément, que ce genre de choses vous rattrapait un jour ou l'autre. Mais ce n'était pas pareil de le sentir gravé dans sa chair.

"He bien, ma chère, il est temps de témoigner devant le ministre ! C'est votre heure de gloire !" vint lui dire Ombrage, sa voix déjà impatiente, si déplacée. Marietta la suivit, toujours son visage dans ses mains, parce qu'un scandale aurait été pire.

Elle avait trahi, maintenant, et elle ne pouvait plus revenir en arrière. Devant la porte de ce même bureau, elle avait eu toutes les possibilités devant elle, et plus rien ne la ramènerait à cet endroit et ce moment-là. Elle pensa à la confiance trahie de ses amis, à tout le monde qui le saurait, et pensa que jamais elle ne s'était fermé autant de futurs possibles en si peu de temps.

A travers ses doigts, elle put voir dans la salle Dumbledore, le ministre de la magie, trois employés du ministère qu'elle ne connaissait pas, et Harry Potter.

Peut-être que si elle ne disait plus rien, ce cauchemar allait s'arrêter ? Peut-être que si elle niait, les lettres s'effaceraient ? Non, elle le savait bien... Elle devait parler, pour qu'au moins Harry Potter paie aussi. Tout était de sa faute ! Les séances de l'AD qui l'avaient petit à petit séparée de Cho, et tout le reste !

Ombrage et le ministre - le ministre ! - l'inondaient de paroles douces et encourageantes, pourtant la référence à sa mère lui fit mal. Joan Edgecombe, qui pourtant prétendait toujours qu'on pouvait se sortir de n'importe quelle situation délicate, n'avait jamais vu aucune de ses machinations tourner aussi mal.

Elle voulut parler enfin, décidée, mais le ministre eut un mouvement d'horreur en la regardant - et alors elle recommença à sangloter, et se cacha le visage dans sa robe, parce que ses mains ne lui semblaient pas suffisantes, et parce qu'elle avait bien mal choisi son camp. Elle s'était trompée ; ici non plus ils ne l'accepteraient pas, tout était indifférence envers elle et vague mépris ici aussi, comme à l'AD.

Elle écouta avec presque de l'indifférence Dumbledore, Ombrage, le ministre et Harry Potter débattre de la légalité de la réunion à la Tête du Sanglier, et d'autres choses qui ne la concernaient pas, qui ne la concernaient plus.

Quand Ombrage se mit à lui poser des questions, il lui fallut quelques secondes pour revenir à la réalité. Elle ne pouvait pas refuser de parler maintenant, n'est-ce pas ? Surtout vu le peu qu'elle avait à dire.

En quelques signes de tête, elle résuma tout ce qu'elle savait, qu'il n'y avait pas eu de réunion depuis la Tête du Sanglier, jusqu'à ce soir. Elle avait paniqué, n'est-ce pas, de voir qu'ils allaient enfreindre les règles pour la première fois ? C'est la raison pour laquelle elle était là... ou peut-être parce qu'elle voulait annuler cette réunion où Harry Potter allait rencontrer Cho une fois de plus ? Comment avait-elle pu être aussi stupide ! Elle avait gaché sa vie et son lien avec Cho pour une raison si ridicule... Ce n'était pas possible !

Quand elle confirma qu'Harry Potter n'avait pas spécialement participé à la réunion de ce soir, pas plus qu'un autre, Ombrage se jeta sur elle et commença à la secouer ; cela faisait mal, mais pas autant que la certitude de sa stupidité. Elle la relacha, sur ordre de Dumbledore, ou d'un des deux hommes du ministère, elle ne savait pas ce qui avait joué. Mais c'est Dumbledore qui montra de la colère contre Ombrage, pour sa réaction.

Comment, comment avait-elle pu si mal choisir son camp ? Simplement parce qu'elle était fière de ne pas avoir suivi le mouvement généralisé ? Elle ne savait même pas, de toute façon, que c'était Dumbledore qui organisait tout cela - elle n'en avait entendu parler, pour ce soir, que par Cho et Padma, tout semblait oublié depuis la Tête du Sanglier, et elle ne s'était pas posé de questions sur le sens de cet étrange sigle, AD... Et maintenant, il allait se faire arrêter ?

C'était absurde. Comment un directeur pouvait-il se faire arrêter ? Il lui arrivait de raconter des histoires, mais il ne pouvait pas être vraiment contre le ministère ! Il avait juste des méthodes différentes et pas forcément recommandables, disaient ses parents ! Elle détestait la violence, elle détestait les combats, et pourtant, maintenant... il y eut une grande explosion, et elle aurait pu être blessée, si le professeur McGonagall ne les avait pas entraînés tous les deux, elle et Harry Potter, à l'extérieur du bureau.

Son premier sentiment fut de la reconnaissance envers son professeur de métamorphose, puis elle se demanda encore ce qu'elle avait fait de sa vie, ce qu'elle allait faire, et souhaita un instant avoir pu mourir dans l'accident, ou être défigurée de façon plus glorieuse, ou au moins avoir été gravement blessée pour que les gens lui pardonnent peut-être un peu ce qu'elle avait fait.

Mais c'est en parfaite santé qu'elle se retrouva à l'infirmerie, et seule après les premiers essais ratés de madame Pomfresh pour soigner les boutons qui la défiguraient, elle se demanda, et ce n'était ni la première ni la dernière fois, comment elle avait pu faire cela.