Ils ne pouvaient pas la guérir, finalement.
Madame Pomfresh avait essayé, pourtant. Vraiment essayé, sans mépris, sans laisser entendre qu'elle méritait ces marques sur son visage. Et cela rendait peut-être les choses encore pire, parce que si elle n'y était pas arrivée de cette façon, alors ce n'était pas sûr que quelqu'un y arrive un jour.
Marietta n'avait pas encore osé se demander comment elle allait vivre sa vie avec ces marques sur le visage. Par contre, elle avait perdu suffisamment d'espoir pour se demander comment elle allait vivre son retour en classe.
Elle allait revoir Cho, avec la marque de sa honte sur le visage... ce serait horrible. Elle ne pouvait pas croire qu'elle allait vivre ça.
Elle avait pensé à des réactions extrêmes ; elle avait pensé à mourir, tout simplement, mais en fait, elle n'en avait pas vraiment envie. Ce n'était pas une idée plaisante en soi, juste la seule façon qu'elle voyait de ne pas vivre ce retour en classe, mais qui était presque aussi désagréable. Elle n'en aurait pas le courage, de toute façon, de même qu'elle n'avait pas eu le courage de prendre quelque chose de coupant pour voir si les boutons réapparaîtraient ensuite, si elle enlevait toute la peau à cet endroit.
(Ce serait moins grave, n'est-ce pas, si elle était défigurée mais que tout le monde pouvait oublier comment c'était arrivé ? Mais vraiment, rien ne prouvait qu'ils ne repousseraient pas, alors ça ne valait pas la douleur d'essayer.)
C'était horrible, ce qui lui arrivait, incroyablement injuste. Après tout, elle n'avait fait que dire la vérité, et puis on l'avait plus ou moins forcée à signer ce papier, ça ne comptait pas vraiment.
C'était agréable de penser ça. Non, pas vraiment, mais penser que ce n'était pas tout à fait injuste était bien pire.
Elle se rappelait, au moment les plus inappropriés, les livres de Padma. Il y avait une très belle femme, qui s'appelait Rowena Ravenclaw. Elle avait toujours fait ce qu'elle voulait, sans jamais se soucier du regard des autres. Et même quand elle aidait ses amis, c'était pour eux, et par fierté, et souvent même elle ne voulait pas que cela se dise.
Et oui, quelqu'un d'admirable n'aurait jamais fait ce qu'elle avait fait, n'aurait pas dénoncé ses amis, pas même pour aider ses parents, pas même quand une seule d'entre elles était son amie. Oui, c'était mal et lâche.
Eh bien, elle avait toujours su qu'elle n'était pas une personne admirable, ni héroïque. Cela valait-il d'être puni, vraiment ? Si oui, pourquoi était-elle la seule ? Pourquoi était-ce aussi horrible ?
Elle était en train de repenser une fois de plus à tout cela, bien malgré elle - parfois elle arrivait à se plonger dans les révisions, mais là elle avait passé le point de saturation - quand on frappa à la porte. Elle était seule dans la salle.
Instinctivement, elle se couvrit le visage en criant, sa voix un peu étouffée par son drap "Madame Pomfresh n'est pas là !"
Mais c'est une voix familière - même si elle ne l'avait pas entendu depuis des jours - qui reprit "Marietta ? Je peux entrer ?"
"Oui !"
C'était Cho ; elle n'avait même pas réfléchi à ce qu'elle allait dire, à combien cela serait dur. Elle pouvait entrer, c'est tout. Même si elle était venue pour se moquer... mais non, ce n'était pas son genre. C'était surprenant, d'ailleurs, que personne ne soit encore venu pour ça.
Cho entra, et Marietta n'enleva pas son drap de son visage.
"Bonjour." dit la jeune brune. "Comment ça va ?"
"Et toi ?" demanda Marietta ; et ce n'était pas pour détourner la question, juste parce que ça lui semblait très important aussi.
"Ca va." dit-elle. "Tout est redevenu normal."
"Oh. C'est bien."
"Marietta, je voudrais savoir... pourquoi tu as fait ça ?" Elle fit une pause, hésita. "Ils t'en veulent horriblement, tu sais."
Alors ça voulait dire que Cho elle-même ne lui en voulait pas, ou pas horriblement ? Pourtant, même en s'accrochant à cet espoir, elle ne savait pas quoi répondre. Elle s'était déjà posé ces questions à elle-même, et elle n'était arrivée à aucune réponse satisfaisante.
"Je veux dire, je ne peux pas comprendre comment tu as pu faire ça ! C'était tellement bien, les réunions de l'AD ! Nous apprenions tellement de choses !"
Marietta prit un temps de réflexion, pour essayer de comprendre ce qu'on lui disait "Pardon ?"
"Je sais bien que des fois tu n'y arrivais pas, mais quand même, tu avais fait beaucoup de progrès !"
"Je..." Elle secoua la tête. "Je ne me rappelle plus !" Elle regarda Cho, espérant que ce n'était pas vrai, mais Cho n'était pas menteuse et ne faisait pas ce genre de blagues non plus.
Et apparemment, à en juger par son air perdu, mais sérieux, elle était en train de penser la même chose de Marietta.
"Il parait que quand Dumbledore s'est enfui, il y a eu un combat... de la violence... c'est peut-être une suite du choc... tu aurais oublié une partie de ce qui s'est passé."
Etait-ce vrai ? Mais non, elle savait mieux que personne qu'elle n'avait rien subi du choc physique, rien !
Elle essaya de reconstituer la scène de ce soir-là. Elle n'y arrivait pas ! Elle avait de la mémoire, pourtant, cela l'avait marquée, c'était récent... bien sûr, elle n'avait pas eu envie d'y repenser. Mais il y avait dedans des vides, des endroits où son esprit refusait de se fixer. Soudain, elle se rappela certaines choses que sa mère lui avait dites et poussa un cri.
"Oh, je suis sûre qu'ils m'ont lancé un sort d'Oubliette ! Pour que je ne parle pas ! Dumbledore, ou Harry Potter !"
Cho semblait perdue. "Harry ne ferait jamais ça... et Dumbledore, c'est lui qui a été la victime de tout cela, il n'y aurait eu aucun intérêt."
C'était vrai. mais alors qui avait fait ça ? Ombrage ? Non, elle non plus n'avait rien à y gagner... Pourtant, elle devenait de plus en plus sûre que c'était ça... et elle avait peur de toute ce que cela impliquait, tellement peur...
"Mais j'étais avec toi à ces séances ? Enfin, je veux dire..."
"Bien sûr ! On faisait équipe ! Je ne vois pas qui aurait fait ça..."
"Ca veut dire..." Elle ne finit pas sa phrase, commença à pleurer amèrement, toujours son visage dans son drap. Ca veut dire qu'ils m'ont volé tout ça pensait-elle avec horreur, oh, déjà que je suis perdue dans leurs histoires, déjà qu'elles me font du mal et que je n'y comprends rien, qu'ils n'aillent pas me voler ce qui n'appartient qu'à moi, me prendre mes souvenirs de celle que j'aime, et elle ne pouvait plus s'arrêter de pleurer, plus du tout, elle avait l'impression qu'elle ne s'arrêterait jamais.
Cho ne disait rien, et elle ne comprenait probablement pas tout ce que Marietta avait perdu, elle ne devait pas savoir, c'était l'idée après tout, mais elle semblait quand même sincère quand elle dit "Je n'arrive pas du tout à imaginer comment ça fait d'avoir perdu une partie de ses souvenirs... mais c'est horrible... ça me fait peur..."
Pourtant, Marietta finit par se calmer, parce qu'en vrai, on ne peut pas pleurer éternellement. Elle réussit même à échanger quelques mots avec Cho sur les cours qu'il faudrait rattraper, et sur d'autres choses normales. Et même si bien sûr il était bon de se faire de nouveaux souvenirs, il y avait des pertes irréparables...
Au moment où Cho allait enfin partir, elle eut le courage de mettre les choses au clair, même s'il fallait peut-être éviter le sujet. "Alors, tu ne m'en veux vraiment pas... pour ce que j'ai fait ?"
"Non." Cho se reprit. "Ca ne veut pas dire que j'approuve, bien sûr ! Tu n'aurais pas dû ! Mais tu es ma meilleure amie, et cela n'y change rien !"
Plus tard, restée seule, Marietta avait l'impression à la fois d'avoir été profondément trahie et volée, et de flotter sur un petit nuage, elle ne savait même plus dire si elle était triste ou pas.
Elle réalisa plus tard qu'elle ne lui avait pas montré son visage du tout, que Cho n'avait rien demandé ; et elle se demanda ce que madame Pomfresh avait pu lui dire.
