Chapitre 3

Les jours sinistres

Sirius Black se réveilla en sursaut.

Encore un cauchemar, songea-t-il en haletant. La forme féminine à côté de lui remua légèrement, sans pourtant se réveiller. Le jeune homme de 24 ans s'assit sur le bord du lit et prit sa tête entre ses mains. Encore une fois, pour la millième fois au moins, il avait vu le visage cadavérique de Rogue, le maudissant de sa voix rauque et morbide.

Les mains tramblotantes, il s'empara du paquet de cigarettes laissé sur la table et en prit une, qu'il plaça entre ses lèvres avant de l'allumer. La fumée se répandit dans sa gorge, l'apaisant peu à peu. Fébrilement, il se passa la main libre dans les cheveux en soupirant et en prenant une autre bouffée. La femme dans le lit bougea de nouveau, et Sirius l'entendit se redresser légèrement.

« Sirius? » murmura-t-elle doucement. Ce dernier éteignit rapidement sa cigarette dans un cendrier.

« Je...je vais faire un tour... » répondit-il en se levant et en collectant ses vêtements éparpillés. « Rendors-toi, Alice. »

« Où est-ce que tu vas? » Alice se leva précipitamment et lui barra le passage avant qu'il ne sorte de la chambre.

Sirius fixa un point au-dessus de la tête de la jeune femme blonde et resta muet. Alice ne bougea pas, bien décidée à ce qu'il lui réponde.

« Tu as encore fait un cauchemar, c'est ça? » fit-elle en lui massant les bras. Sirius ne dit rien, mais à la façon dont son visage se contorsionna, elle sut qu'elle avait visé juste.

« Mon pauvre bébé, » susurra Alice en caressant le visage de son amoureux du bout des doigt et en lui embrassant le cou. En lui encerclant la taille de ses bras, elle lui demanda, tout bas :

« Tu veux que je te fasse chauffer une tasse de thé? Ça va te faire du bien... »

Sirius garda le silence pendant encore une vingtaine de secondes avant de retirer les bras de sa taille. La regardant droit dans les yeux, il répliqua :

« Je n'ai pas besoin d'une tasse de thé...Ce que j'ai besoin, c'est d'aller faire un tour. »

Alice laissa échapper un profond soupir en voyant son petit ami quitter la pièce, sans ajouter un mot de plus. Elle mit ses bras autour d'elle, comme pour se rassurer. Puis, doucement, elle s'assit sur le bord du lit, à l'endroit exact où se trouvait Sirius un peu plus tôt. En pensant à lui et à leur couple qui partait à la dérive, Alice Fairwell éclata en sanglots, la tête entre ses mains, dans un geste de désespoir et de résolution.

Quant à Sirius, il s'habilla prestement dans la cuisine avant de sortir de l'appartement. L'air glacée lui fouetta le visage et il s'emmitoufla davantage dans son manteau. Comment une simple blague pouvait lui avoir gâché la vie à ce point? À cette minute, il donnerait n'importe quoi pour voler un retourneur de temps et aller donner un gros coup sur la tête de son jeune lui. S'il avait été inconscient, il n'aurait jamais parlé à Rogue cette journée-là.

À présent, Rogue était mort, Rémus n'était plus son ami, James et lui avaient été renvoyés de l'école...Aucun n'avait pu réalisé son rêve. Sirius avait toujours Alice...mais il savait qu'elle commençait à se détacher de lui. Ce n'était qu'une question de temps avant qu'elle ne le quitte.

Brusquement, Sirius bifurqua dans une ruelle et il s'engouffra dans un pub miteux. Il se laissa tomber lourdement sur un tabouret au bar et commanda un whiski au barman.

« Bon sang, Patmol, on dirait un putain d'cadavre! » s'exlama-t-il.

Le jeune homme tourmenté laissa un faible sourire effleurer ses lèvres.

« La ferme, Cornedrue, et sers-moi ce foutu verre! »

« Oui, chef! » se moqua James Potter en se mettant au garde-à-vous.

Dès qu'il eut servit le verre à Sirius, celui-ci l'avala d'un trait, avant d'en redemander un autre. James hésita un instant, mais devant le regard que lui lança son ami, il remplit de nouveau son verre.

« Dis...ça va Patmol? »

« Ça pourrait pas mieux aller. Et toi? T'es toujours avec...Paula?..comment elle s'appelle déjà? » questionna Sirius en faisant un signe pour que Cornedrue lui redonne du whiski.

« Laura... » dit James d'un air vague. « Non...on est plus ensemble. Elle a fichu le camp il y a trois jours. »

« Merde...pourquoi t'es pas venu me voir? J't'aurais remonté le moral. »

« Ouais, comme tu t'remontes le moral en ce moment? »

Sirius partit d'un grand rire - celui qui ressemblait à un chien quand il aboit – puis, il ingurgita le contenu de son troisième verre.

« Donne-m'en un autre, tu veux? » et comme Cornedrue s'exécutait, il ajouta : « pourquoi elle est partie au juste?

« Elle a dit que j'étais trop renfermé...ou un truc du genre. »

« Renfermé? Qu'est-ce que ça veut dire ça, renfermé? »

« Je crois qu'elle voulait dire que je ne lui parlais pas assez... »

« Une affaire de bonne femme, oui, » marmonna Sirius en faisant un autre signe.

« Un autre? Merde! Tu trouves pas que ça suffit? »

« Ne me dit pas quoi faire, James! T'es pas ma mère...et même si tu l'étais, je ne t'obéirais pas, » aboya Sirius à l'intention de son meilleur ami, « Sers-moi un autre verre! Je suis un client et tu dois me servir, t'as compris? »

Potter fronça les sourcils, et le rouge lui monta au visage.

« Ouais, j't'ai compris...mais tu sais quoi? J'viens de décider d'appeler mon droit de ne pas servir le client. »

« Parfait! » s'écria Sirius en se levant, faisant tomber son tabouret par terre. « J'vais aller voir ailleurs! »

Alors qu'il sortait par la même porte où il était entré cinq minutes plus tôt, il entendit la voix de James lui crier :

« Est-ce que c'était le cadavre ou le moment où ils l'ont cassée en deux? »

Les épaules de Sirius s'affaissèrent et il revint, penaud, reprendre sa place au bar. Il remit le tabouret sur ses pattes et se rassit dessus, ignorant tous les regards posés sur lui.

« C'était le cadavre, » dit-il en un souffle.

« Je vois, » fit Cornedrue en servant un verre à un autre client. « Tu veux m'raconter? »

Patmol hocha la tête et il raconta son mauvais rêve.


Harry s'ennuyait ferme. Du temps où il fréquentait Poudlard, ses amis venaient au moins lui rendre visite. Là, il n'avait personne. Il n'avait que madame Pomfrey, qui ne cessait de marmonner.

En plus d'être ennuyé, Harry était inquiet. Depuis qu'il avait pensé à Sirius, il ne pouvait penser à autre chose. C'était devenu comme une obsession. Harry savait que si Sirius était coupable dans la mort de Rogue, il était certain qu'il avait été renvoyé de l'école et qu'on avait cassé sa baguette en deux.

« Comment vas-tu, Harry? »

Le jeune homme sursauta, le rythme de son coeur en accéléré. De l'ombre, surgit le professeur Dumbledore. Harry se demanda, l'espace d'un instant, comment il avait fait pour arriver là sans qu'il le voit, mais il se garda de poser la question lorsqu'il vit le verre fumant dans la main du professeur.

« Est-ce que c'est...? »

« La potion de métamorphis, c'est exact, » confirma Dumbledore en s'approchant du lit du malade.

« Maintenant, Harry, est-ce que tu sais comment fonctionne cette potion? »

Sans quitter le récipient des yeux, Harry répondit :

« Je dois penser à une apparence précise alors que je bois ce truc. Si l'apparence n'est pas suffisamment précise dans mon esprit, la potion n'aura aucun effet. Si, dans le cas contraire, elle fonctionne, les effets dureront vingt-quatre heures. Si je bois une autre potion de métamorphis immédiatement après, je prendrai automatiquement la même apparence. Si toutefois, je veux prendre une autre apparence, je vais devoir attendre deux jours. »

« Exact. As-tu réfléchi à l'apparence que tu aimerais avoir? N'oublie pas…c'est celle que tu auras pendant tout ton séjour ici… »

Harry fit signe que oui. Il avait pensé être toujours lui, mais avec quelques différences, comme des cheveux roux, des yeux bruns, un nez un peu plus différent et aucune cicatrice.

« Bien...et je t'ai amené quelques vêtements, » dit Dumbledore en pointa une malle qu'Harry n'avait pas remarquée, « de confection moldue. J'ai cru comprendre que tu avais vécu avec des moldus pendant une bonne partie de ta vie. Je me suis dit que tu serais content d'avoir des vêtements qui te seront un peu plus familier. »

« Merci monsieur. »

Le professeur Dumbledore ne dit rien et lui tendit le gobelet qui répandait une odeur âcre et une fumée pas très engageante. En prenant une grande inspiration, et en se remémorant l'apparence désirée, Harry avala le contenu du verre et fit la grimace, avant de se rendre compte que ce n'était pas si mauvais après tout.

Enfin, les effets commencèrent à se faire sentir. Harry eut l'impression que son visage était tiré par des centaines de fils invisibles, et que ses os se rompaient sous lui. En se pliant en deux, il remarqua d'un vue floue que des poils noirs poussaient sur ses mains et sur ses bras.

Ce n'est pas normal, songea Harry en paniquant, je suis supposé être roux.

Harry ouvrit les yeux. La lumière aveuglante de l'infirmerie lui fit mal et il dut les refermer quelques secondes avant de réessayer.

« Est-ce que je suis resté inconscient longtemps? » demanda-t-il d'une voix pâteuse à personne en particulier.

Ce fut Dumbledore qui lui répondit :

« 12 minutes et 33 secondes, très exactement. »

En se rappelant les poils noirs, Harry regarda de nouveau sa main, et son coeur cogna furieusement dans sa poitrine quand il vit qu'ils y étaient réellement.

« Ce n'est pas normal...je n'étais pas supposé... » bégaya-t-il avant de s'arrêter. Sa voix était différente.

Mais le pire était que cette voix ne lui était pas inconnue.

« Est-ce que je pourrais avoir un miroir, professeur? »

« Bien sûr, Harry, » dit doucement Dumbledore en lui tendant un miroir, qui reposait jusqu'alors sur la table à son chevet.

Harry se regarda, et il n'en crut pas ses yeux...De longs cheveux noirs, des yeux gris cernés, des rides autour de la bouche...

Devant lui, le regardait Sirius Black, tel qu'il le connaissait.

« Je dois admettre, Harry, que je suis surpris...j'aurais cru que tu aurais pris l'apparence d'un garçon de ton âge, » lui parvint la voix du vieil homme, mais Harry l'entendit à peine.

« C'est pas ça...je ne devais pas ressembler à ça, » dit Harry en relevant la tête. Il sonda le regard de Dumbledore, comme dans l'espoir de trouver une réponse à ce problème.

« Je vois...mais le problème, Harry, est que la potion de métamorphis a pris l'apparence que tu désirais. C'est toi qui a choisi d'avoir cette allure. Peut-être que ta tête voulait autre chose, mais dans ton coeur, c'est à cet homme que tu voulais ressembler. Et je suppose qu'il était très important pour toi, je me trompe?»

« Non...vous avez raison, professeur. »

« Tu devrais t'habiller, Harry, » lui conseilla le professeur en se levant du lit où il était assis, « quelqu'un devrait arriver bientôt pour t'emmener au chemin de Traverses. Je ne crois pas me tromper en disant qu'il te faut d'autres vêtements et une nouvelle baguette. »

« Oh! J'allais oublier, » fit Dumbledore sur le pas de la porte, « si j'étais toi Harry, je penserais à un nouveau nom de famille...au cas où, » il lui fit un clin-d'oeil et il partit aussi silencieusement qu'il était entré.

Harry continua de fixer la porte où Dumbledore avait disparu longtemps après son départ. Il ne savait pourquoi, mais il avait l'impression que la personne qui viendrait le chercher était le professeur Evans. Harry s'imaginait en train de lui parler et y réfléchissait à ce qu'il pourrait bien lui dire.

« Hum hum! »

Vivement, Harry se retourna et vit le professeur Sinistra qui était entrée par l'autre porte. Elle avait l'air d'avoir environ 30 ans, et sans être une beauté, elle était néanmoins jolie. Malgré cela, Harry fut un peu déçu de ne pas voir sa mère.

« Harry…c'est ça? » demanda-t-elle de sa voix qu'Harry reconnaissait bien.

« Copperfield…Harry Copperfield, » il ne savait pourquoi, mais ce nom lui était venu tout d'un coup. Peut-être parce que, tout comme le jeune David, il était lui aussi orphelin.

« Je suis le professeur Danielli Sinistra. J'enseigne l'astronomie, ici, à Poudlard, » se présenta-t-elle sommairement en lui présentant la main, qu'Harry serra aussitôt.

« Le professeur Dumbledore m'a dit que vous étiez ici en tant que chercheur et que vos bagages s'étaient perdus en chemin. Il m'a également rapporté qu'on vous avait volé votre baguette, est-ce exact? »

À la façon dont elle le toisa, Harry comprit que le professeur Sinistra n'avait pas beaucoup d'estime pour lui. En effet, il devait avouer qu'un homme de son âge – ou plutôt de l'âge de Sirius - qui se fait voler sa baguette magique ne méritait pas beaucoup de respect.

« Vous devriez vous habiller, j'ai d'autres choses à faire cet après-midi, » dit-elle d'un air dédaigneux. Harry eut la vague impression qu'elle aurait préféré passer ces prochaines heures en compagnie d'un gobelin chauve, borgne et puant, plutôt qu'avec lui.

Rapidement, il enfila les vêtements moldus que Dumbledore lui avait emportés – des pantalons noirs, des chaussures assorties et une chemise verte, ainsi qu'une cape de sorcier – et il suivit Danielli Sinistra sans dire un mot. Ensemble, ils allèrent dans le bureau du directeur, dénudé, à cet instant, de tout directeur. Sans lui jeter le moindre regard, elle prit une poignée de poudre de cheminette et la lança dans le foyer avant de crier haut et fort : « Le chemin de Traverses! »

Harry l'imita et il se retrouva une fois de plus plongé dans le couloir verte et mouvant. Il ferma les yeux, car il ne supportait toujours pas ce moyen de transport. Enfin, il sentit le sol sous ses pieds et il tomba sur ses genoux. En ouvrant les yeux, il rencontra le visage du professeur Sinistra qui exprimait le plus grand dégoût.

« Dépêchons-nous, monsieur Copperfield, j'ai des.. »

« Oui, je sais…vous avez des choses à faire, » termina Harry d'un ton agacé. Franchement, il savait qu'il semblait plutôt maladroit, mais ce n'était tout de même pas une raison pour être aussi emmerdante.

Sans même attendre qu'Harry soit sur ses deux pieds, Sinistra sortit du magasin où ils étaient – au Monsieur du Chaudron - , la tête haute. Harry se releva et s'arc-bouta, faisant craquer quelques os au passage. Il épousseta ses vêtements et se lava le visage avec un bout de sa cape. Sans se presser, il se lança à la poursuite du professeur Sinistra.

Le chemin de Traverses était bondés de gens, de jeunes principalement. Même en se mettant sur le bout des pieds, il n'arrivait pas à distinguer la masse de cheveux noirs bouclés du professeur Sinistra. Il se rappela alors qu'ils étaient là pour acheter des vêtements et une baguette, et comme elle n'avait pas manqué une occasion de lui dire qu'elle était pressée, il supposa qu'elle devait, soit se trouver chez madame Maxim, soit chez Ollivander. Et comme une baguette magique était beaucoup plus important que des vêtements, il se dirigea immédiatement vers la boutique du vieux fabriquant.

En passant devant la vitre du magasin, Harry remarqua aussitôt Danielli Sinistra qui l'attendait impatiemment à l'intérieur. Elle avait les bras croisés et tapait du pied, ce qui n'avait pas l'heur de plaire à monsieur Ollivander qui fronçait des sourcils dans sa direction. Harry ouvrit la porte, faisant tinter la petite clochette, et entra dans la boutique lugubre.

« Enfin! » s'exclama le professeur Sinistra, « ce n'est pas trop tôt! »

« Excusez-moi, madame Sinistra, mais dois-je vous rappeler que je suis un simple visiteur à Londres? Ne vous est-il pas passé par la tête que je ne connaissais peut-être pas tous les recoins de cette ville? »

Harry sourit en voyant la mine déconfite du professeur Sinistra et son sourire s'élargit davantage quand il vit ses joues prendre une couleur rosée.

Patiemment, les deux attendirent que monsieur Ollivander ait terminé de servir les deux petits garçons qui allaient vraisemblablement entrer à Poudlard cette année-là. Une heure plus tard, leur baguette dans les mains, les deux jeunes s'en fut, laissant les adultes entre eux.

« Professeur Sinistra… » salua le vieil homme en voyant la jeune femme, « 21,4 pouces, en bois de rose, avec un crin de licorne particulièrement féroce. Je me rappelle avoir eu un mal fou à le lui extirper. »

« C'est exact, monsieur Ollivander. Je crois que le professeur Dumbledore vous a annoncé la raison de ma visite, n'est-ce pas? »

« En effet…il m'en a peut-être glissé un mot, » répondit doucement Ollivander, dont les yeux s'aventurèrent enfin sur Harry. « Est-ce…? »

« Moui…c'est lui. Harry Copperfield…l'homme qui n'est pas capable de prendre soin de sa baguette.»

« Allons, allons, Danielli. Nul besoin d'être grossière. Il peut arriver à n'importe qui de se faire voler sa baguette, » fit le fabriquant en riant, mais Harry remarqua que ses yeux, eux, ne riait pas. En fait, ils avaient l'air de le sonder et Harry eut le réflexe, aussitôt, de lever sa garde mentale.

« Alors, monsieur Copperfield, » commença Ollivander d'un ton qui sonna ironique aux oreilles du jeune sorcier, « êtes-vous prêt à vous trouver une nouvelle âme-sœur? »

Tout comme lorsqu'il avait 11 ans, il ne fut pas facile de trouver une baguette à Harry, et Ollivander s'en réjouissait.

« Essayez celle-là, 27 pouces, en bois d'hêtre avec un cœur de dragon à l'intérieur. Excellente pour les métamorphoses. Non! » hurla-t-il en lui prenant immédiatement la baguette des mains, « prenez celle-là à la place. 26,2 pouces, en bois d'if avec une plume de phénix. Fantastique si vous aimez les enchantements… »

Et il continua comme ça pendant près de 2 heures. Harry pouvait sentir les yeux de Sinistra lui brûler la nuque.

« Oh! Vous n'êtes pas facile, dites donc, » commenta le vieil homme d'une voix réjouie, « mais nous allons trouver ce qu'il vous faut, faites-moi confiance, monsieur Copperfield. »

« Voilà, essayez celle-là maintenant. 25,9 pouces, en bois de chêne avec un cheveu de sirène à l'intérieur. Excellente pour les sortilèges. »

Mais cette fois-ci, au lieu de se faire enlever la baguette par monsieur Ollivander, Harry sentit une chaleur se répandre le long de son bras et il vit des petites étincelles sortir du bout de la baguette.

« Enfin! » soupira le fabriquant en se laissant tomber sur un fauteuil. « Pour être honnête, j'avais cru, pour un court moment, qu'on y arriverait jamais. »

Le professeur Sinistra paya pour la baguette, et elle fila dehors. Harry n'en fut pas sûr, mais il crû entendre un léger 'au revoir'. Alors qu'il s'apprêtait à la suivre, il fut arrêté par monsieur Ollivander qui le retint par la chemise. D'une voix à faire froid dans le dos, il lui dit :

« Je ne sais pas ce que vous faites ici, jeune homme, mais vous ne devriez pas y être. Vous dégagez le mal et le bien en même temps…et franchement, je ne sais pas si j'apprécie ce mélange. De plus, je doute que le véritable monsieur Copperfield – si c'est là son vrai nom – aimerait beaucoup que vous utilisiez son corps. »

Harry plongea son regard dans celui-ci du vieillard et tenta de déchiffrer les nombreuses expressions qui passaient sur le visage ridé.

« Qui êtes-vous exactement? » demanda-t-il dans un souffle.

« Moi…je suis le sablier… »

Les yeux d'Harry s'agrandirent sous le choc.

« Quoi?! »

« Je vous ai dit 'bonne journée' monsieur Copperfield, » dit monsieur Ollivander, un peu plus fort cette fois-ci.

« Non, ce n'est pas ce que vous avez… »

« Mais qu'est-ce que vous faites? Je vous ai dit que j'étais pressée, » lui vint la voix du professeur Sinistra qui était apparue à ses côtés. Non sans une certaine brusquerie, elle le prit par le bras et le tira derrière elle, l'arrachant à la boutique d'Ollivander, qui continuait de le suivre du regard.

Le cerveau d'Harry était en ébullition. Il n'avait pas tout à fait compris ce qui s'était passé à l'entrée de la boutique du vieil homme, mais il en avait encore la chair de poule. Alors que le professeur d'astronomie lui commandait des robes et des vêtements de moldus et de sorciers à la couturière, il réfléchissait toujours à ce que lui avait dit Ollivander à propos du mélange de bien et de mal qui était en lui.

« Voilà! On a terminé…Rentrons à Poudlard, maintenant, » s'exclama Danielli en lui fourrant les sacs dans les mains. « Venez! » commanda-t-elle par-dessus son épaule.

D'un pas rapide, elle le précéda dans les rues du chemin de Traverses, bousculant quelques passants qui s'arrêtèrent pour lui crier des injures. Mais le professeur Sinistra ne semblait pas les entendre et continuait son chemin tout aussi rapidement. Harry la suivait aussi vite qu'il le pouvait avec tous les paquets qui lui bouchaient la vue et qui l'empêchait de marcher à son aise.

Dans la boutique du Monsieur du chaudron, Harry eut juste le temps de voir le professeur Sinistra disparaître dans les flammes avant de s'élancer derrière elle.

Elle n'était déjà plus dans le bureau du directeur. Mais Dumbledore, lui, y était. Tranquillement assis sur un fauteuil, il semblait l'attendre.

« Tu as l'air fatigué, Harry. Voudrais-tu t'asseoir et prendre une tasse de thé avec moi? »

Harry ne se le fit pas dire deux fois. Il laissa tomber les paquets qui allèrent s'effondrer sur le sol dans un grand 'Boom!' et se cala confortablement dans le fauteuil en face du professeur Dumbledore. Il prit la tasse que lui tendit le vieil homme et en prit une gorgée avant de s'accoter la tête sur le dossier et de fermer les yeux. Il goûta la quiétude un court moment avant qu'un flash du visage d'Ollivander lui traverse l'esprit.

« Professeur… » fit Harry en ouvrant les yeux, plus réveillé que jamais, « quand j'étais chez Ollivander, il m'a dit que je n'étais pas supposé être ici et que le propriétaire du corps que j'empruntais ne serait pas content de savoir que je l'ai pris sans lui demander. »

« Ollivander t'as dit ça? » demanda Dumbledore, plus intéressé qu'inquiet. « Tu sais, Harry, Ollivander est un vieil homme qui ne sait pas toujours ce qu'il dit. Moi-même je n'ai parfois pas conscience de dire des sottises, et pourtant… »

« mais… quand je lui ai demandé qui il était, il a dit…il a répondu qu'il était le sablier. »

« Tu devrais aller te coucher, Harry, » répliqua le professeur Dumbledore en lui prenant la tasse de thé, « tu a l'air exténué. Je dois admettre qu'une journée passée avec Danielli a parfois ce genre de résultats. »

« Non…écoutez professeur.. »

Mais Dumbledore ne l'écoutait déjà plus. Il se leva de son fauteuil et chantonna une petite berceuse en rangea les tasses dans une armoire. Harry se leva à son tour, et, debout au milieu de la pièce, il regarda Dumbledore l'ignorer.

« Je…bonne nuit, professeur, » fit Harry, s'avouant vaincu.

La tête basse, il quitta le bureau du professeur Dumbledore et s'en alla à l'infirmerie. Il était certain que le professeur devait avoir une bonne raison d'avoir agit ainsi, mais cela l'enrageait tout de même. Il se sentit revenir en arrière, quand il avait 15 ans et que tout le monde était au courant de la prophétie et pas lui.

Au loin, il entendit des murmures de voix. En tournant le coin d'un couloir, il eut juste le temps d'apercevoir, à une quinzaine de mètres de lui, un jeune visage aux yeux verts et aux cheveux roux qui le fixait intensément avant de disparaître dans une classe déserte.


La rencontre d'Harry avec l'un de ses parents au prochain chapitre, je vous le promet. En attendant, je vous souhaite de joyeuses fêtes.

Nick-avec-une-Tête