Auteur: Flocon2neige
Disclaimer: les personnages ne sont pas à moi (vous vous en doutez!), sauf les trois Butterbur que j'ai inventé, et d'autres aussi peut-être par la suite et leur histoire.
Dictionnaire: Vous remarquerez que je me sers à la fois des noms originaux et traduits: j'avais décidé de n'utiliser que les noms anglais, mais il y en a certains pour lesquels je préfère la traduction (peut-être par habitude). Je voulais vous laisser vous débrouiller tout seul comme des grands, mais ma petite louise m'a convaincue de vous donner les traductions en français :
Barliman Butterbur : Prosper Poiredebeurrée
Frodo Baggins Frodon (facile!) Sacquet
Samwise Gamegee Samsagace Gamegie
Brandybuck Brandebouc
Underhill Soucolline
Took Touque
Bill Ferny Bill Fourgeron
Et bien sûr : The Prancing Pony LePoney Fringant
Pour les prochains chapitres: Rivendell Fondcombe ; Midgewater L'Eau-aux-cousins ; Weathertop Le Mont Venteux
Note de l'auteur : Il faut que je prévienne que l'histoire que je raconte là est beaucoup plus basée sur le livre que sur le film, vous vous en apercevrezdès ce chapitre. Mais pour ceux qui n'ont pas lu le livre, pas de panique! J'ai construit mon récit comme une histoire nouvelle dont je fais la présenation des races, lieux, personnages...(d'ailleurs, c'est- je trouve -un peu lourd pour ceux qui connaissent tout ça et aussi pour moi pour tout réécrire... ).
Note de l'auteur 2 : On m'a fait remarquer qu'il y avait un nombre incalculable de fautes d'accord dans le premier chapitre. Veuillez m'excuser! je ferai attention, je vous le promet, et puis, maintenant, il y a ma petite Louise pour me corriger, alors ça devrait aller!
Merci beaucoup, beaucoup, beaucoup à Uruviele, Nimrodel de la Lorien et Louise pour vos reviews!
Bêta (Louise) : Voilà, après vos plaintes (et les miennes) comme quoi il restait quelques fautes dans le 'chapter one' bah j'ai décidé de m'y coller… C'est maintenant à moi que s'adresse les reproches d'orthographe et de grammaire ou encore de conjugaison… J'ai fait du mieux que j'ai pu, j'ai essayé de rien oublier et le retard c'est de ma faute (pas frapper moi!)… Bonne lecture, j'arrête d'écrire! lol
Chapitre 2: De Singuliers Hobbits
Le 29 septembre était un dimanche, et je servais donc lorsque Aragorn pénétra dans la Grande Salle. Je le surveillais depuis le début, et je remarquai qu'il était toujours autant fatigué, mais l'inquiétude semblait l'avoir quitté. Au lieu de venir s'installer à sa place habituelle, il traversa la salle et disparut dans le couloir menant aux chambres. Il revint rapidement, accompagné par oncle Barley. Tous deux semblaient énervés.
Aragorn alla s'installer à sa place, et je me dirigeai rapidement vers mon oncle pour lui demander ce qui se passait. Il m'expliqua qu'un groupe de quatre Hobbits de la Comté venait d'arriver, et qu'Aragorn voulait les voir. Je ne voyais pas le problème, mais mon oncle ajouta que nombre de gens, le Rôdeur compris, avaient demandé après des Hobbits ces derniers temps – lui aussi d'ailleurs devait leur parler – et qu'il ne trouvait pas cela très bon. Il avait donc interdit l'accès de leur chambre à tout le monde, mais les avaient invités à venir dans la Grande Salle après avoir mangé. Ma curiosité était éveillée, mais je n'insistai pas. Je retournai à mon travail, en espérant que les Hobbits se montrent durant la soirée.
Je dus attendre plus d'une demi-heure avant que mon vœu ne se réalise. On vit alors arriver trois Hobbits, pas réellement différents de ceux que nous connaissions. Le quatrième avait sûrement préféré rester au calme. Ils furent rapidement présentés à la compagnie, et je remarquai que le plus âgé n'était pas le plus à l'aise. Comme tous les Hobbits, il était légèrement enrobé et avait les joues rouges. Il semblait néanmoins un peu plus grand que les autres, et ses yeux trahissaient une certaine vivacité d'esprit. Ses yeux étaient bleus et ses cheveux bruns. Il s'appelait M.Underhill et disait faire des recherches sur sa famille hors de la Comté. Parmi les Hobbits présents se trouvaient des Underhill de Bree, qui le traitèrent comme un cousin éloigné longtemps perdu. Lui n'ouvrit pratiquement pas la bouche de la soirée, mais ses amis parlaient pour lui, surtout le plus jeune, Peregrin Took. Il était le fils du Thain, et futur Thain lui-même. Ce titre est transmis de père en fils et donne un rôle politique et diplomatique important dans la Comté.
Le jeune homme, que tout le monde appelait Pippin, n'en était cependant pas encore là et se faisait alors une joie de raconter les péripéties des Hobbits de la Comté à ceux de Bree. Il était un peu plus mince que la moyenne, et ses yeux bruns brillaient d'une lueur malicieuse. Il était très porté sur l'herbe à pipe et vidait ses chopes de bière à une vitesse folle. Son autre compagnon l'accompagnait dans cet exercice, avec néanmoins une cadence moins forte. Samwise Gamgee était le plus enrobé des trois. Il avait paru timide, mais la bière le rendit plus assuré. J'appris qu'il était le jardinier de Frodo Underhill, et il semblait lui être d'une grande fidélité.
Je remarquai que, pour une fois, Grands-Pas était à moitié sorti de son ombre, même s'il avait gardé sa capuche sur son visage pour le dissimuler. Il paraissait écouter attentivement la conversation des Hobbits. Mon frère en faisait autant, riant à leurs histoires mais le Rôdeur, lui, ne semblait pas rire.
Au bout d'un moment, il invita d'un geste Frodo Underhill à venir le rejoindre, et ils se reculèrent tous les deux dans l'ombre, excitant ma curiosité. Quelques minutes passèrent durant lesquelles j'essayai de me concentrer sur mon travail, puis, le Hobbit sortit de l'ombre et monta sur la table. Tous les regards convergèrent vers lui. Il paraissait embarrassé, et j'aurais juré que son acte était dû à une trop forte prise de boisson si je ne l'avais pas servi moi-même.
Il entama un discours, remerciant les gens de Bree pour leur accueil. La compagnie lui demanda une chanson, et après une hésitation, il entonna une chanson ridicule que je ne connaissais pas et qui, je l'appris plus tard, avait été écrite par son oncle. La chanson correspondait cependant assez bien aux circonstances puisqu'il était question d'une auberge, où la bière était si bonne que même l'Homme de la Lune y descendit pour y boire. L'air plut tant aux clients qu'il lui fut redemandé, et le Hobbit recommença alors sa chanson, avec un peu plus de confiance en lui. Arrivé à un passage où une vache sautait par-dessus la Lune, il bondit, puis retomba sur un plateau qui se trouvait au-dessous et... disparut.
Les clients s'agitèrent alors, et tous s'écartèrent du jeune Touque et de Sam Gamgee. Tout le monde était affolé et les habitués appelaient mon oncle à grands cris. Cependant mon frère ne quittait pas des yeux le coin d'ombre où se trouvait Aragorn. Lorsque Barliman arriva, celui-ci se montra sceptique face au récit des clients. Frodo Underhill réapparut alors, sortant de l'ombre et racontant qu'il s'était simplement retiré dans l'ombre pour discuter avec Grands-Pas, et qu'il n'avait pas disparu. Ses propos ne convainquirent personne et la Grande Salle se vida très rapidement. Il ne resta bientôt plus que les Hobbits, Aragorn et mon oncle, ainsi que mon frère et moi.
Mon oncle eut une rapide conversation avec les Hobbits, les prévenant qu'il viendrait les voir sous peu, puis il partit dans les cuisines. Les Hobbits quittèrent la salle pour leur chambre, suivis de près par Aragorn. Restés seuls, je me tournai vers mon frère et l'interrogeai du regard.
«Il est réellement devenu invisible et il en a profité pour se réfugier dans l'ombre, où il est redevenu visible. Grands-Pas le sait, et a eu l'air très contrarié, et non pas apeuré comme les autres… Et il sait que je le sais, ce qui a l'air de l'ennuyer aussi…» me fit-il.
A ce moment-là, la tentation était trop forte, et, sans même se consulter, nous nous dirigeâmes ensemble vers les chambres des Hobbits. La porte venait d'être fermée et, alors que Lòn se penchait pour regarder par le trou de la serrure, je me collai à la porte pour entendre ce qui se disait à l'intérieur.
«—J'ai l'ouïe fine, disait Aragorn d'une voix basse, et, bien que je ne puisse disparaître, j'ai chassé maintes créatures sauvages et méfiantes, et je puis généralement éviter d'être vu, si je le désire. Or donc, j'étais derrière la haie ce soir sur la route à l'Ouest de Bree, quand quatre Hobbits sont sortis de la région des Hauts. Je n'ai pas besoin de rappeler tout ce qu'ils dirent au vieux Bombadil ou entre eux, mais une chose m'a intéressé. « Rappelez-vous, je vous pris, dit l'un d'entre eux, quele nom de Baggins ne doit pas être prononcé, s'il faut donner un nom, je suis M. Underhill.» Cela m'a intéressé au point que je les ai suivis jusqu'ici. Je me suis glissé par-dessus la porte juste derrière eux. Peut-être M. Baggins a-t-il une raison d'abandonner son nom; mais dans ce cas, je lui conseillerai, à lui et à ses amis, de faire plus attention.
— Je ne vois pas quel intérêt mon nom peut avoir pour quiconque à Bree, répondit Frodo, d'une voix irritée, et il me reste encore à apprendre en quoi il vous intéresse, vous. M. Grands-Pas a peut-être une bonne raison honnête d'espionner et d'écouter indiscrètement, mais dans ce cas, je lui conseillerais de l'expliquer, ainsi que la raison pour laquelle il vient ici.
— Bien répondu! fit Aragorn en riant. Mais l'explication est simple: je cherchais un Hobbit du nom de Frodo Baggins. Je voulais le trouver rapidement. J'avais appris qu'il emportait de la Comté, eh bien! un secret qui me concernait moi et mes amis. Pour ça, ne vous méprenez pas ! ajouta-t-il précipitamment. Je prendrais plus grand soin du secret que vous. Et l'attention est nécessaire. Surveillez toutes les ombres! reprenant une voix basse. Des Cavaliers Noirs ont traverséBree. Lundi, l'un d'eux a descendu le Chemin Vert, à ce qu'on dit; et un autre est apparu après cela, montant du Sud par le Chemin Vert.»
Je me souvenais de ces Cavaliers Noirs dont mon oncle et Nob m'avaient parlé. D'après eux, ils avaient un air surnaturel, et avait demandé après un M. Baggins de la Comté. Surnaturel, j'en doutais, mais il est vrai que les chiens gémissaient et les enfants pleuraientde concert sur leur passage ; et Nob était tout retourné quand il m'en parla.
Il y eut un moment de silence au bout duquel Frodo parla:
«—J'aurais dû le deviner à la façon dont le gardien nous a accueillis. Et l'aubergiste semble avoir entendu parler de quelque chose. Mais pourquoi nous a-t-il pressé de rejoindre la compagnie? Et pourquoi, diantre, nous sommes-nous conduits aussi sottement? Nous aurions dû rester tranquillement ici.
— Ca aurait mieux valu, fit Aragorn. Je vous aurais empêché d'aller dans la Salle Commune, si je l'avais pu; mais l'aubergiste n'a pas voulu me laisser entrer pour vous voir, ni se charger d'une commission.
— Croyez-vous qu'il…? commença Frodo.»
A ces mots, Lòn et moi ne pûmes retenir un grognement sourd: oncle Barliman avait ses défauts, et il n'était peut-être pas très vif d'esprit, mais jamais il n'aurait traité avec ces Cavaliers Noirs.
Totalement investis dans la défense silencieuse – et malheureusement pas tant que ça – de notre oncle, nous ne nous étions pas rendus compte que Aragorn et les Hobbits avaient cessé de parler. La porte s'ouvrit soudainement, et Lòn et moi nous retrouvâmes projetés dans le petit salon. Quatre paires d'yeux nous fixaient, et durant quelques secondes, qui me parurent une éternité, personne ne parla. Les Hobbits paraissaient terrorisés et Aragorn était visiblement agacé par notre intrusion. Lòn et moi, rouge tomate, nous balancions sur nos deux jambes comme deux gamins pris en fautes – ce que d'ailleurs nous étions. Enfin, Aragorn parla:
«Pouvons-nous savoir ce que vous faisiez derrière cette porte?»
Bien que la question ait été attendue, ni mon frère ni moi n'osions avouer que nous écoutions à la porte. Lòn, tentant d'esquiver la question, s'exclama finalement:
«—Vous n'avez aucun droit pour suspecter oncle Barley d'être à la solde des Cavaliers Noirs!
— Je ne pense aucun mal du vieux Butterbur, rassurez-vous, mais vous ne m'avez pas répondu – bien que je me doute de votre réponse…. Vous avez tout vu n'est-ce pas? dit Aragorn à Lòn.
— Oui, je suis loin d'être aveugle, vous le savez, répondit- mon frère. Votre ami M.Underhill – ou peut-être devrais-je dire Baggins – est devenu invisible, cela ne fait aucun doute. Vous ne vous êtes pas reculé dans l'ombre, ajouta-t-il en se tournant vers Frodo, comme vous l'avez soutenu, … ou plutôt si, vous l'avez fait, mais vous étiez alors invisible, et nous n'êtes redevenu visible que lorsque vous avez été dans l'ombre, près de Grands-Pas.
— Comment pouvez-vous en être aussi sûr? Cela s'est passé dans l'ombre, comme vous venez de le dire! demanda alors Pippin.
— M. Baggins a peut-être le don de devenir invisible, mais moi, j'ai celui d'y voir dans l'obscurité. Et ce que je raconte, je l'ai vu comme si cela c'était passé sous le soleil de midi un jour de beau temps.
— Mais qui êtes-vous? demanda alors Frodo, toujours terrorisé.
— Ne vous inquiétez pas, nous ne vous voulons pas de mal, lui répondis-je alors, en essayant de prendre un ton rassurant. Je suis Envinyatë, je travaille à l'auberge, et Lòndëyondo est mon frère.
— Vous êtes des elfes? fit alors Sam à mon plus grand étonnement. Mais vous ne ressemblez pas du tout à ceux que nous avons croisés dans la forêt!
— Sûrement parce que, contrairement à ceux-ci, rétorqua alors Aragorn, ces deux jeunes gens ne sont pas des elfes. Ils sont de la race des Hommes… Allez-vous enfin répondre à ma question? ajouta-il d'un air sévère.
— Puisque vous voulez vraiment nous l'entendre dire…rétorquai-je. Mais, il faut nous comprendre, sachant ce que Lòn avait vu, nous voulions en savoir davantage, et donc nous sommes venus pour vous parler à vous et à ces messieurs. En entendant des voix, nous n'avons pas voulu frapper et vous déranger. Nous avons donc attendu devant la porte, sans pouvoir nous empêcher d'entendre ce que vous disiez.
— Et si vous nous disiez pourquoi vous vouliez nous parler ?
— Eh bien… commençai-je. Je vous l'ai déjà dit, vous m'intriguez beaucoup. Et ce soir, j'assiste à la disparition d'un Hobbit à qui vous avez parlé juste avant, et avec qui vous vous éclipsez de la Salle Commune. Cela en était trop, je voulais savoir, …vous interroger…alors on vous a suivit, et en entendant que vous parliez, on n'a pas voulu interrompre votre conversation et on a attendu devant la porte.
— M'interroger? dit alors Aragorn avec un sourire en coin un peu moqueur. Et quelle question souhaitez-vous me poser?
— Plusieurs… Qui êtes-vous? Qui sont-ils? fis-je en montrant les Hobbits. Où vont-ils? Pourquoi voyagent-ils? Et qu'est-ce que c'est que cette disparition et cette histoire de Cavaliers Noirs ?
— Tout semble lié, mais il est difficile de démêler les fils, ajouta Lòn pensivement.
— Vous voulez vous emparer de l'Anneau, n'est-ce pas? dit brusquement Frodo, plein de haine. Mais je ne vous laisserai pas le prendre sans me battre, et il tira son épée.
— L'anneau? demandai-je à mi-voix à mon frère.
— Je crois que c'est en enfilant une bague qu'il devient invisible, répondit-il sur le même ton. Ça doit être de cela qu'il parle…
— Vous n'êtes au courant …de rien…? fit Frodo effaré.
— Eh bien… ce n'est pas pour rien que nous voulions vous poser toutes ces questions. Répondit Lòn, avec un sourire gêné.
— Je sais que des cavaliers sont après vous. On a reçu leur visite et ils ont terrorisé mon oncle et Nob. Les Cavaliers Noirs ont demandé après vous, M. Baggins de la Comté. Vous serez peut-être content d'apprendre que mon oncle – que vous soupçonnez injustement – les a renvoyés, mais que cela n'a pas été le cas de tous les habitants de Bree, comme Bill Ferny que vous avez vu ce soir, par exemple …
— Oui, mais à ce qu'il semble, ils ont perdu ma trace maintenant… répondit Frodo.
— N'y comptez pas! Ils reviendront. Il en arrive toujours d'autres. Il y en a d'autres. Je connais leur nombre. Je connais ces Cavaliers, fit vivement Aragorn, avec des yeux froids… Bill Ferny dont parlait Envinyatë reçoit de curieuses gens. Vous avez dû le remarquer dans la compagnie: un noiraud ricaneur. Il était très proche d'un de ces étrangers du Sud, et ils se sont glissés dehors juste après votre petite facétie…
— C'était un pur accident! s'exclama Frodo.
— Je me le demande, rétorqua le Rôdeur. Quoiqu'il en soit, ces hommes du Sud n'ont pas tous des intentions pures; quant à Ferny, il vendrait n'importe quoi à n'importe qui ou ferait du mal par simple plaisir.
— Qu'est-ce que Ferny vendrait? Et qu'est-ce que mon accident a à voir avec lui? demanda Frodo, semblant ne pas vouloir comprendre.
— Si ces Cavaliers Noirs vous cherchent à cause de cet Anneau, intervint alors Lòn, ils devineront que c'est vous, même si vous avez changé de nom. Le don de devenir invisible n'est pas courant… Ferny alertera ces Cavaliers, et ils reviendront.
— Ils en entendront probablement parler avant la fin de la nuit, continua Aragorn. Cela vous suffit-il? Vous pouvez faire ce que vous voulez en ce qui concerne ma récompense: me prendre pour guide ou non. Mais je peux vous dire que je connais tout le pays qui s'étend entre la Comté et les Monts Brumeux, car je l'ai parcouru en tous sens pendant bien des années. Je suis plus vieux que je n'en ai l'air. Je pourrai vous être utile. Dès demain, il vous faudra quitter la route découverte; car les Cavaliers la surveilleront nuit et jour. Vous pourrez vous échapper de Bree, et il vous sera loisible de poursuivre votre chemin tant que le soleil sera là; mais vous n'irez pas loin. Ils vous tomberont dessus dans les régions désertes, à quelque endroit sombre où il n'y a aucun secours. Voulez-vous donc qu'ils vous trouvent? Ils sont terribles!»
Il se tut alors, et nous remarquâmes qu'il avait l'air vraiment effrayé par les Cavaliers Noirs et leur venue. Cela ne m'étonnait pas de la part de mon oncle ou de Nob, mais Aragorn paraissait beaucoup plus solide, plus fort, et je devinai que ces Cavaliers devaient être vraiment terribles pour qu'il en ait peur à ce point. Il resta un moment pensif, puis parla de nouveau:
«Voilà! Peut-être en sais-je davantage que vous sur ces poursuivants. Vous les redoutez, mais vous ne les craignez pas encore suffisamment. Demain, il vous faudra vous échapper si cela est possible. Grands-Pas peut vous mener par des sentiers rarement parcourus. Le voulez-vous?»
Les Hobbits n'eurent pas le temps de répondre, car à ce moment là, quelqu'un frappa à la porte. Aragorn nous tira vivement dans l'ombre mon frère et moi, et Barliman entra avec des chandelles, suivi par Nob qui apportait de l'eau. Barliman déposa les chandelles sur une petite table:
«Je suis venu vous souhaiter bonne nuit… Nob! Apporte l'eau dans les chambres!»
Il alla fermer la porte puis revint au milieu du salon. Il paraissait peu sûr de lui:
«—Voici comment c'est. Si j'ai causé quelque tort, je le regrette assurément. Mais une chose en entraîne une autre, vous l'admettrez; et je suis un homme très occupé. Mais une chose d'abord et puis une autre cette semaine ont mis ma mémoire en mouvement, comme on dit; et pas trop tard j'espère. Vous comprenez, on m'avait demandé de guetter des Hobbits de la Comté, dont un surtout du nom de Baggins.
— Et qu'est-ce que cela a avoir avec moi? fit Frodo tandis que je me demandai si Lòn et moi étions les seuls à ne pas avoir deviner sa véritable identité.
— Ah! Vous le savez mieux que personne, répondit mon oncle d'un air entendu. Je ne vous trahirai pas; mais on m'a dit que ce Baggins voyagerait sous le nom de Underhill, et on m'a fourni un signalement qui vous convient assez, si vous me permettez de le dire.
— Vraiment? Et bien, donnez-le donc!s'exclama alors Frodo.»
Mon oncle lui donna donc une description qui offusqua Sam et fit rire Pippin. Les souvenirs de Barliman lui revenaient petit à petit, mettant à rude épreuve notre patience à tous. Grâce aux questions de Frodo, nous apprîmes qu'il tenait cette description de Gandalf Le Gris, et que celui-ci lui avait faite trois mois auparavant, à sa dernière visite à l'auberge. Il avait aussi laissé une lettre pour Frodo que mon oncle aurait dû envoyer mais qu'il avait gardé en l'oubliant. Il l'a lui remise et raconta aux Hobbits ce que je leur avais déjà dit sur les Cavaliers Noirs et ajouta que Grands-Pas aussi voulait leur parler et qu'il l'avait empêché d'entrer pendant leur repas.
A ce moment, celui-ci sortit de l'ombre, non sans nous avoir préalablement fait signe de rester là où nous étions:
«En effet! Et beaucoup d'ennuis auraient été évités si vous l'aviez laissé entrer, Barliman.»
L'entrée d'Aragorn surprit mon oncle qui sursauta.
«—Vous!Vous êtes tout le temps à surgir brusquement. Que me voulez-vous, maintenant?
— Il est ici avec ma permission, intervint Frodo. Il est venu m'offrir son assistance.
— Eh bien, vous connaissez vos propres affaires, peut-être…mais si j'étais dans votre situation, je ne fréquenterais pas un Rôdeur.
— Et qui fréquenteriez-vous? rétorqua alors Aragorn. Un gros aubergiste qui ne se rappelle son propre nom que parce qu'on le lui crie toute la journée? Ils ne peuvent rester au Pony à perpétuité, et ils ne peuvent renter chez eux. Ils ont une longue route devant eux. Les accompagnerez-vous et tiendrez-vous les hommes en noir à distance?
— Moi? Quitter Bree! Je ne ferais pas ça pour tout l'or du monde! s'exclama mon oncle tandis que Lòn poussait à côté de moi un soupir de mépris. Mais pourquoi ne pouvez-vous rester un peu ici tranquillement, monsieur Underhill? Qu'est-ce que ces bizarres menées? Que veulent ces hommes en noirs et d'où viennent-ils, je voudrais bien le savoir?
— Je regrette, fit Frodo, mais je ne puis absolument pas l'expliquer. Je suis fatigué, très préoccupé, et c'est une longue histoire. Mais si vous voulez m'aider, je dois vous avertir que vous serez en danger tant que je resterai dans votre maison. Ces Cavaliers Noirs, ajouta-t-il craintivement: je n'en suis pas sûr, mais je crois, je crains qu'ils ne viennent de…
— Ils viennent de Mordor, finit gravement Aragorn. De Mordor, Barliman, si cela signifie quelque chose pour vous.»
A ces mots, je me désintéressai subitement de la conversation et me plongeai dans mes pensées. Le nom de Mordor évoquait pour moi de vieux souvenirs de contes et de légendes que l'on racontait le soir au coin du feu. J'essayai de m'en rappeler, et soudain, alors que mes souvenirs revenaient, la peur m'envahit, et j'étouffai à grand peine une plainte.
Le Mordor était le pays de Sauron, le Seigneur Ténébreux. A la fin du Second Age, la Bataille de la Dernière Alliance opposa les peuples libres de la Terre du Milieu, Elfes et Hommes, aux créatures de Sauron, et celui-ci fut défait. Cela s'était passé plus de trois mille ans auparavant, et, comme tout le monde, j'avais entendu les rumeurs qui racontaient le retour de l'ombre et la reconstruction de la Tour Noire.
Si ces cavaliers venaient de Mordor, c'était que ces rumeurs étaient fondées, et l'histoire des Hobbits plus grave que je ne le pensais. Nous étions, Lòn et moi, en train de nous mêler des affaires du Mordor.
Inconsciemment, je me recroquevillai dans l'ombre tandis que mon imagination s'emballait et me projetait face à ces Cavaliers Noirs. Je comprenais mieux à présent: les réactions très vives des Hobbits et d'Aragorn face à notre intrusion, la terreur que ces hommes avaient inspirée à Nob, la réaction unanime des chiens et des enfants à leur passage, et aussi la crainte et les mises en garde d'Aragorn.
Je réalisai finalement que si Sauron voulait le récupérer et qu'il envoyait de si terribles cavaliers, l'Anneau dont avait parlé Frodo devait sûrement être plus qu'une simple bague d'invisibilité, et son détenteur courrait un grave danger – tout comme ceux qui l'entouraient ou tentaient de l'aider.
Voilà pour ce second chapitre. Dites moi ce que vous en pensez, réactions positives ou négatives (j'espère quand même que vous serez sympa, c'est ma première fic, je rappelle!).
