- Non, lâchez-moi !!! Je...n'en...peux...
La phrase de Sheppard s'éteignit dans un murmure, quand il se rendit compte que ce n'était qu'un cauchemar...encore un...Mais depuis quelques temps, où était passée la limite entre cauchemar et réalité ? Dans cette pièce, enfermé entre quatre murs, gris et froid, le temps paraissait tellement plus long. Depuis combien de temps se trouvait-il là ? Des jours, des semaines, des mois peut-être...Quand celà allait-il s'arrêter ? Pourquoi n'étaient-ils pas venus l'aider, le chercher ? Que s'était-il passé ? Tant de questions qui se bousculaient dans sa tête, tant de questions qu'il se posait depuis trop longtemps, et le pire, c'était qu'il n'avait aucune réponse.

Il fut interrompu dans ces tristes reflections par le bruit d'une porte qui s'ouvre. Son cauchemar redevenait la réalité, mais cette fois-ci, il resta silencieux quand les deux gardes l'aggriperent pour le trainer en dehors de la cellule. Où l'emmenait-il, cette fois ci ? Encore une de leurs horribles salles où...Non, John, ne pense pas à ca, se dit-il, cela rendrait les choses encore plus difficiles.

- Alors, monsieur le colonel, comment se sent-on ? Pas franchement en forme à ce que je vois !
Sheppard releva la tête péniblement. Le chef venait d'entrer dans la salle, rendant cette atmosphère de cruauté encore plus prenante. Leur chef, comment s'appelait-il déjà ? Rochnìn, oui, c'était ca. D'après ce que le militaire avait pu comprendre, c'était un ancien ami de Kolya, et les deux se rendaient quelques services à l'occasion. Des services, tu parles, oui...il était surtout question d'utiliser les superbes installations dont bénéficiait la planète Máfnir, mais qui ne relevaient certainement pas de la thalassothérapie !

Sheppard ne daigna pas répondre, utilisant les derniers restes de fierté qu'il avait en lui, mais Rochnìn semblait vouloir à tout prix une réponse. Il le fit comprendre au militaire très rapidement, en appuyant sans délicatesse sur les phalanges de Sheppard, avec les semelles renforcées de ses chaussures.

- Alors ?

La réponse ne fut qu'un murmure, presque inaudible :
- C'est que, apparement, vous ne connaissez pas vraiment la notion de "bons traitements"...
- Mais nous ne sommes pas là pour ca ! D'ailleurs, tant que j'y pense, il faut ab-so-lu-ment que je vous montre notre nouvelle invention, je suis sur qu'elle vous plaira !

Comme d'habitude, son ton ne laissait aucun doute sur ses intentions...Sheppard ferma brièvement les yeux, il avait tellement envie que tout ca s'arrête, qu'il puisse enfin se reposer, sans cette douleur à supporter...Complètement hagard, il se laissa emmener le long de couloirs sombres, lugubres, éclairés de ci-de là par queleques ampoules diffusant une lumière blafarde.

Rodney observait le lent mouvement des vagues, accoudé à la rembarde du balcon. Il semblait perdu dans ses pensées, ne faisant attention à rien de ce qui passait autour de lui, et à vrai dire, il ne se passait rien, chose étrange en ces temps troublés. Une porte éloignée de quelques pas s'ouvrit furtivement, avec ce léger bruit caractéristique, et une silhouette s'avanca sur le balcon. Rodney n'avait rien remarqué, ce qui expliqua son brusque sursaut lorsque il entendit un bruit de pas juste derrière lui.
- Désolé, Rodney, je ne voulais pas vous faire peur.
-Ah, c'est vous, Carson...
Les deux hommes échangèrent un regard, mais le scientifique détourna rapidement le sien. Il ne voulait pas que Carson devine ses pensées. Il s'absorba dans la contemplation du magnifique coucher de soleil, qui éclairait le ciel de nuances jaunes, orangées, rouges, roses, et violettes, nuances qui se reflétaient dans l'eau, mais déclinant rapidement, suivant le soleil dans son crépuscule. Le silence s'installa sur le balcon, seulement dérangé par le bruit des vagues. Puis Carson remarqua :
- C'est beau.
- Hmm.
De nouveau le silence. Carson pensa que son ami n'était vraiment pas bavard ce soir, contrairement à son habitude. Mais c'était compréhensible, depuis 3 semaines, ils cherchaient sans relâche, même Kavannagh s'y était mis, montrant cependant quelques signes de réticences, mais ils n'avaient toujours rien obtenu, à part une bonne dizaine de faux espoirs, d'essais ratés, de tentatives échoués. Caldwell s'arrachait les cheveux, et, comme l'avait fait remarquer Lorne, vu qu'il n'en n'avait déjà pas beaucoup, il fallait trouver une solution rapidement, ou alors il serait complètement chauve.

Carson savait que Rodney était blessé, d'abord dans son amour-propre, parce qu'il avait trouvé plus fort que lui, et ensuite parce qu'il ne pouvait aider les gens qu'il considérait comme sa famille. Et à vrai dire, remarqua l'écossais, je ressens la même chose. Ils n'étaient peut-être pas si différents après tout.

Ils restèrent là pendant une bonne heure, observant le soleil declinant et la lente venue de la nuit, accompagnée par le lent ballet des mouettes. Quand les étoiles commencèrent à s'allumer dans le ciel, Rodney se dirigea vers la porte. Il devait se remettre au travail, même si l'espoir allait s'amenuisant, il ne devait pas le perdre complètement. Quelqu'un avait besoin de lui, et jamais, de toute sa vie, il n'avait laissé tombé quelqu'un. Sur le pas de la porte, il se retourna vers Carson et murmura :
- Merci.
Et il partit du balcon. Carson ferma les yeux, et pensa interieurement : De rien, Rodney, de rien. Il n'avait pas l'impression d'avoir fait grand chose, mais le simple fait d'être auprès du canadien, sans lui enlever tout ses soucis, les avaient un peu allégé. Sans paroles, ils s'étaient compris mutuellement. Carson rouvrit les yeux, frissonna sous l'effet de la brise, et se décida à rentrer lui aussi, prenant le chemin de l'infirmerie.

Cinq jours étaient passés. La tension et la fatigue était palpable dans tous les recoins d'Atlantis, accompagné d'une sorte d'apathie, contrastant avec l'effervescence des premiers jours. Tout le monde était à cran, se refermant sur lui-même, se réfugiant dans la nourriture, au grand désespoir du cuisinier...Les couloirs de la cité étaient quasiment désertés. Mais, au milieu de cette atmosphère lugubre, une voix se fit soudain entendre, sortant bon nombre de gens de cet état apathique.

- Activation exterieure non programmée de la Porte des Etoiles.