CHAPITRE 2

Sur le chemin de l'ascenseur, Meredith croisa Christina en sueur. Connaissant la brillante étudiante, Meredith pensa tout d'abord qu'un nouveau cas très excitant avait du débarquer dans le service mais en voyant le Dr Burke arriver dans le même état elle comprit immédiatement que la solution était ailleurs.

Surtout pas de questions !

Je n'y comptais pas.

Un petit sourire se déposa sur les lèvres de Meredith, éphémère et nostalgique cependant, comme tous ces bons moments qui restent gravés dans la mémoire et que l'on voudrait ramener à la vie. La jeune femme se tourna vers le bouton d'appel de l'ascenseur et appuya dessus. Une ou deux secondes plus tard, les portes s'ouvrirent sur le docteur Shepherd, appuyé contre la paroi du fond de la cage comme un pauvre petit hamster que l'on voudrait sortir de sa cage. Il releva la tête sur l'interne qui tourna instantanément les talons et opta pour le plan B : les escaliers. Le beau chirurgien émit un petit ricanement en voyant la réaction de celle qui était encore sa maitresse la vieille, puis il rabaissa la tête pour fixer à nouveau la pointe de ses chaussures.

Il y avait sans doute des dizaines de sujets de conversations dont les deux collègues pouvaient débattre pendant leur stérilisation. Par un hasard décidément farceur ils s'étaient retrouvés encore une fois au même moment dans la même pièce, et pendant que chacun se lavait consciencieusement les mains aucune parole ne fut échangée, aucun regard ne se croisa. Rien ne laissait à penser que ses deux là s'aimaient encore à la folie, rien à part ce silence pesant et contraint qu'ils s'étaient eux-mêmes imposés. Le son des claquements des élastiques des gants stériles succédèrent à celui de l'eau du robinet. Chacun enfila sa blouse et se retourna pour fermer celle de l'autre. Comme un ballet orchestré de la plus parfaite manière, le petit jeu auquel se livrait les deux chirurgiens ne laissait de place à aucune erreur, aucune possibilité de se confronter l'un à l'autre en un face à face qui s'en nul doute serait délicat. Les minutes s'écoulèrent ainsi, le rituel de stérilisation préopératoire fut respecté à la lettre jusqu'à la plus infime précaution. Derek finit le premier et se dirigea vers la porte. Problème : l'usage était de se retourner et de pousser la porte avec le dos pour ne pas la toucher avec les gants. Mais pour Derek se retourner signifiait faire face à Meredith qui à son tour était fin prête. L'homme marque une pause, le corps tourné vers la porte. Meredith comprit le doute qui s'emparait du chirurgien. Elle décida qu'il était temps de rompre le silence. C'était ici, dans cette pièce même où la veille le couperet était tombé. C'était maintenant, dans cette solitude qui les ramenait inlassablement chacun vers l'autre.

Je ne t'en veux pas tu sais.

Elle aurait pu dire bien des choses à la place de ses simples mots, elle aurait voulu lui dire qu'elle l'aimait, que ses bras, que son odeur lui manquaient. Mais elle savait bien que tout ceci il le savait, et que ce qu'elle avait dit était tout ce dont il avait besoin pour continuer.

En entendant ces mots, le docteur Shepherd se sentit vaciller, il posa ses mains et le haut de sa tête sur la porte pour s'appuyer. Meredith fit un pas en avant pour le supporter mais arrêta son geste avant de le toucher.

Je comprends ton choix, je ne peux pas dire qu'il me fasse plaisir… mais je le comprends. Je voulais te le dire…

Derek sentait à présent que la jeune interne était tout près de lui, près, trop près. Son cœur battait à présent très fort dans sa poitrine, et plus Meredith parlait et moins il écoutait ce qu'elle lui disait. Il voulut se forcer, aller contre ses sentiments, faire ce qu'il fallait dans une telle situation…mais tandis qu'une de ses mains s'apprêtait à pousser la porte l'autre au contraire s'approchait dangereusement de la jeune femme.

… et puis tu es mon patron après tout, il faudra bien que nous apprenions à travailler ensemble et à avoir des relations uniquement professionnelles…

Etait-ce les mots que Meredith venait de prononcer ou la peur que ce qu'elle dise se réalise, Derek ne se posa pas la question et plaquant son interne contre la porte, il l'embrassa passionnément.