Note de l'auteur : Je vous fait toutes mes excuses, je ne m'étais pas rendue compte que la totalité de mon texte n'était pas apparu, vous avez du trouver ça très bizarre, roh la honte !!!!

Erreur rectifiée :

Et moi qu'un fou de ne pas savoir lutter contre ce désir malvenu.

Je le fis lever sans quitter sa bouche pour rejoindre le lit et l'y l'allonger.

Je le sentis sourire entre mes lèvres, conscient de se retrouver dans la même position que deux ans plus tôt.

On ne m'avait rien appris du sexe.

Avec Pansy, je m'étais plus ou moins laissé guider par elle et bien qu'empêtrés dans nos maladresse respectives, je crois que nous avions fait ce que l'on attendait de nous.

Avec Potter, c'était tout autre chose.

Il avait le même corps que moi, je savais donc ce qui pourrait lui plaire.

Et j'avais envie de plaire à Harry.

Je voulais qu'il n'oublie jamais cette nuit, je voulais qu'il soit obsédé par moi comme je l'étais par lui, je voulais laisser en lui une trace indélébile. Je voulais noyer dans un flot de sensations, la culpabilité qui me rongeait autant qu'elle m'électrisait.

Parce que pour une fois je n'agissais pas en espérant l'approbation d'autrui, pas pour susciter l'admiration, la peur ou la colère. Presque égoïstement. En espérant ne pas découvrir un Harry manipulateur qui se rirait de moi après m'avoir possédé. Même ce risque était euphorisant.

Aussi étrange que cela soit, je souhaitais donner plutôt que prendre.

Et alors que sa langue taquinait la mienne en allant la chercher jusque dans ma bouche, je me sentis enfin débarrassé de tout ce fatras encombrant de responsabilités et de rationalisme.

J'étais là, tout contre lui, à découvrir le grain de sa peau du bout de mes doigts, le doux son de ses premiers soupirs : tout le reste n'était alors que détails insignifiants. Ça n'avait aucun sens, ce désir de lui, et pourtant je ne m'étais jamais senti en accord avec moi-même.

Ses mains cheminèrent sous la veste de mon pyjama, faisant se contracter les muscles de mon dos, et avec un calme étonnant je défis un à un les boutons de sa veste puis ceux, nacrés, de sa fine chemise, découvrant lentement un torse puissant marqué par les combats. De fines cicatrices le parcouraient, mettant en valeur la rondeur de ses muscles, le creux de son ventre.

J'y suivis d'un index une longue zébrure qui prenait naissance sous sa poitrine et semblait mourir en dessous de sa ceinture en cuir de dragon noir.

Je débouclais celle-ci pour poursuivre mon exploration et alors que je m'attelais avec une attention scrupuleuse à lui retirer pantalon puis boxer, comme un maître de potion effeuillerait précautionneusement une branche séchée pour ses préparations, je m'aperçus que la veste de mon pyjama glissait lentement, laissant mes épaules à nu.

J'en frissonnais sans lâcher pour autant du regard ce trait qui m'incitait à le suivre. Mon doigt reprit son parcours, contournant un nombril pour se perdre dans une légère toison noire. Un peu plus et l'entaille reçue aurait atteint sa verge.

Celle-ci se dressait, semblant quémander mes caresses. J'entendais le souffle haché de Harry dont les mains tiraient avec une maladresse empressée sur l'élastique de mon pantalon, mais aussi les coups sourds et répétés qui martelaient mon crâne et me semblaient emplir toute la pièce. Il me fallut un temps pour comprendre qu'il s'agissait des battements de mon propre cœur. Ma main qui déjà s'apprêtait à s'enrouler autour de la virilité de Harry fut stoppée dans son élan quand je sentis dans un frisson que le pantalon de mon pyjama m'avait été retiré.

Je baissais le regard sur mon ventre pour y découvrir mon sexe mis à nu, si tendu qu'il se collait presque à mon abdomen.

Cette vision me choqua. Tout en parcourant avec lenteur le corps d'Harry, j'avais oublié le mien et nié jusqu'à mon propre désir qui pourtant me rongeait les entrailles.

Et comme si j'allais y trouver la réponse à mes interrogations, pour la première fois depuis que nous étions sur ce lit, je le regardais dans les yeux.

J'y lu un tel malstrom d'émotions que j'en eus le tournis.

L'envie, l'espoir et une admiration dont je ne comprenais pas la cause s'y mariaient à la crainte et à un sentiment bien plus sombre que je ne sus déchiffrer.

Je ne sais pas combien de temps nous passâmes à nous repaître de nos regards, je ne sais plus qui se mût en premier. Ce dont je suis sûr, c'est qu'après cela, nous nous ruâmes l'un sur l'autre avec une passion débridée, comme si nous voulions nous happer mutuellement, ne nous rassasiant jamais de ce que nos mains et nos bouches parvenaient à saisir, mordre, meurtrir.

Pourtant, cela n'avait rien d'un combat. J'étais affamé de lui et il me dévorait. Sa peau ou son parfum ne m'enveloppaient jamais assez, je le voulais contre moi, en moi, qu'il m'écrase de son poids pour mieux nous lier, j'avais mal tant je le voulais.

Je me couchais sur le ventre, saisissant ses poignets pour m'entourer de ses bras et enfouis mon visage dans le coussin moelleux, le mordant pour ne pas gémir trop fort. Je ne me reconnaissais plus dans cette chose tremblante qui souhaitait ardemment être sous son emprise. Je sentais sur ma nuque son souffle saccadé, lui aussi tremblait.

J'eu mal quand il me prit mais étrangement cette douleur là me libéra. La souffrance était forte, j'avais envie de crier mais me retenais car je la souhaitais. Oui, aussi étrange que cela puisse paraître, je souhaitais cette souffrance qu'il me donnait, parce qu'elle venait de lui, et qu'elle nous unissait.

Je l'acceptais comme faisant partie de ce moment, comme nécessaire au plaisir de voir le visage de Harry tendu vers la jouissance, à cette étrange satisfaction de se sentir entier.

Peu à peu, elle s'atténua sans jamais disparaître, mais le plaisir revint, encore plus intense, accompagné d'une chaleur presque suffocante.

Harry couché derrière moi m'embrassait si savamment que je m'en tordais le cou pour mieux lui rendre ses caresses.

Ballotté entre ses bras, les miens tâchant de le retenir encore plus contre moi, je me laissais enfin aller à gémir et crier alors que chaque poussée faisait monter en moi un flot de volupté de plus en plus intense. Harry balbutiait à mon oreille des mots que je ne comprenais pas mais dont la douce musique me comblait d'aise et nous nous perdîmes ensemble dans une ultime jouissance.

Harry s'allongea à côté de moi puis se réfugia dans mes bras, la tête contre mon torse, tremblant encore de son orgasme, et je le serrais contre moi.

Il ne m'avait jamais semblé aussi fragile, comme si dans notre échange il m'avait abandonné bien plus que du plaisir, et tout en l'enveloppant je savais déjà que moi même venait de perdre bien plus qu'une part d'innocence.

Nous étions deux gosses qui nous consolions réciproquement de ce qu'on nous avait forcé à vivre, qui tentaient en vain de se rassurer l'un l'autre.

Deux enfants égarés dans deux corps d'homme

Je l'embrassais dans le cou, il me baisa l'épaule. C'était si tendre, après tant de sauvagerie que les larmes me montaient aux yeux mais je du m'assoupir avant que la première ne roule sur ma joue.

Lorsque je me réveillais, entre chien et loup, Harry était encore lové dans mes bras. Ce fut le plus beau réveil de ma vie.

Parce que durant quelques minutes, je me crus dans un monde où nous étions ensemble.

Puis tout me revint comme un coup de poing en plein cœur. Mon nom, mon mariage, Pansy qui devait dormir à quelques mètres de là en se réjouissant d'être devenue femme, sans savoir que je lui étais déjà infidèle.

C'était un mariage arrangé, certes, mais je m'étais engagé et j'avais failli à mon devoir. Elle ne dormait peut être pas et me cherchait sans comprendre.

J'eus honte de moi, cependant je réalisais que je ne regrettais rien. Mon amertume ne venait pas de mon attitude mais de celle qu'on attendait de moi.

Je me levais et m'habillais sans cesser de regarder Harry endormi paisiblement, ses cils longs et épais qui mettaient en valeur la fragilité de sa joue…

J'aurais voulu lui laisser un mot, mais que dire ? Je le recouvris du drap, embrassais sa joue et quittais silencieusement les lieux pour rejoindre mes appartements.

Pansy dormait toujours, entortillée dans les draps. Je m'allongeais sur le lit, j'avais froid.

Lorsque je m'aperçus que l'odeur de Harry était encore sur moi, je me relevais à contre cœur et me changeais.

Je ne parvins pas à me rendormir, alors je me rendis dans mon bureau pour y travailler.

Ce fut là que Pansy me retrouva, quelques heures plus tard au lever du soleil pour se plaindre qu'elle avait froid aux pieds et qu'elle souhaitait que je la rejoigne dans la chambre pour les lui réchauffer.

Me sentant de plus en plus mal à l'aise face à ses attentes et à ma culpabilité, je lui répondis sèchement de cesser de traîner en robe de chambre dans le manoir comme une fille du peuple.

Elle s'enfuit en pleurant, alors que je sentais un ulcère poindre. J'étais vraiment le plus beau salaud que la terre ait porté.

Dans l'après midi, j'appris par un elfe que Harry Potter était reparti, non sans avoir demandé qu'on transmette ses vœux les plus sincères au nouveau couple (une telle hypocrisie aurait dû le pousser droit à Serpentard !). L'elfe précisa qu'en nettoyant sa chambre, on avait retrouvé le bouton de rose qu'il portait à la boutonnière. Il me le tendit comme s'il s'était agi d'une précieuse relique. Agacé par son attitude, je le jetais devant ses yeux dans ma corbeille à papier en déclarant qu'il y avait mieux à faire que venir me montrer les détritus du manoir et mon serviteur s'en alla sans demander son reste.

Dès la porte fermée, je m'empressais de le retirer de là et le conservais précieusement dans une poche secrète de mon portefeuille.

Bien que j'aie à vivre avec cette culpabilité qui faisait de moi un imposteur perpétuel, je ne renonçais pas pour autant à revoir Harry. Il m'envoya un accès à la loge V.I.P. de son prochain match et il me tardait de m'y rendre. Ma passion pour le Quidditch était cependant très secondaire dans mon impatience à y être.

Ce fut une rencontre sportive de toute beauté, mais ce ne fut pas les figures audacieuses et les retournements de situation qui m'enthousiasmèrent. Peut-être ne l'avais-je pas remarqué avant parce que j'étais son adversaire, mais Harry était époustouflant sur son balai. Sportivement comme esthétiquement. Ses déplacements tenaient plus de la danse que de la course et pour la première fois, lorsqu'il attrapa le vif d'or, je me levais avec la foule pour applaudir à m'en faire mal aux mains.

Alors que ses victoires étaient sources de frustration et de rage à Poudlard, ce jour là j'étais non seulement heureux de le voir gagner, mais fier, comme si le fait de le connaître m'autorisait à m'attribuer une part de sa gloire.

Le stade se vida lentement et je me demandais ce que je devais faire : l'attendre là ou aller à sa rencontre ? Je m'imaginais mal faire le pied de grue devant la sortie des vestiaires, d'autant plus qu'une masse compacte d'admirateurs et de journalistes devait déjà s'y trouver.

Je repensais à mon départ de cette chambre. Je n'avais pas envie qu'il pense que le quitter ou le retrouver m'étais égal. Je ne savais que faire.

Et au moment où, ne tenant plus en place, j'allais quitter la loge pour partir à sa recherche, il entra, les cheveux encore trempés et sa veste boutonnée de travers.

C'est en le voyant que je me rendis compte à quel point il m'avait manqué. Nous nous jetâmes dans les bras l'un de l'autre pour un baiser avide et impatient. Les gradins désertés, nos soupirs raisonnèrent dans la loge. Les sons mouillés de nos bouches m'excitaient autant que le baiser lui-même. Merlin que j'étais bien ! Que je me sentais vivre !

Il me fit transplaner directement dans sa chambre d'hôtel et nous fîmes l'amour lentement, faisant tout pour prolonger ce moment. J'appréhendais la douleur du moment où il viendrait en moi, comme la première fois, même si le plaisir que je savais à venir me faisait trembler d'impatience alors que je l'aidais à ôter les vêtements qu'il venait tout juste d'enfiler…

Son regard complice me mettait en confiance et je m'amusais alors à me déshabiller avec une lenteur que je souhaitais exaspérante pour lui faire perdre patience.

Mais il n'en fit rien. Avait-il d'ailleurs agi une seule fois comme je l'envisageais ?

Contre toute attente il s'allongea au pied du lit en me regardant comme si je lui offrais le plus beau des spectacles, recula en rampant pour s'asseoir à la tête, contre les coussins, et alors je faisais glisser ma ceinture de long de ma taille, quelque peu frustré de le voir ainsi s'éloigner de moi, Harry écarta les cuisses devant moi en une invite si explicite que j'en laissais tomber mon ceinturon. Mes mains, ses traîtresses, se mirent à trembler en me retirant difficilement pantalon et boxer et je le rejoignais, empreint d'une reconnaissance que je ne parvenais pas à exprimer.

Il s'offrait à moi, le plus calmement du monde, et jamais vision ne m'affola davantage tout en me rendant presque timide.

Cette image me hante encore.

Si la première fois nous nous étions entredévorés, cette fois là je le dégustais, le caressant avec respect et il m'amena à des sommets dont j'ignorais l'existence.

Puis nous passâmes la soirée à boire. Nous savions que nous buvions trop, mais nous le faisions volontairement : l'alcool déliait nos langues et nous nous racontâmes nos vies, parfois entrecoupées de fous rires inappropriés à nos récits. Si nos corps n'avaient pas besoin d'aide pour se parler, notre pudeur nous aurait empêché de nous chuchoter tant de confidences en restant lucides.

A partir de ce jour là, chaque match des Canons de Chudley, où qu'il se déroulât dans le monde, était prétexte à se rencontrer. Pansy s'étonnait de me voir si passionné de sport. Elle me reprocha de l'abandonner un jour de quart de finale alors qu'elle était enceinte de huit mois. Je ne comprenais pas ce que le fait d'attendre un enfant changeait à la situation.

Le jour de l'accouchement de Mère, Père était allé massacrer un village Moldu au lieu de tenir la main de son épouse et personne n'y avait trouvé à redire.

J'avais rempli mon rôle en donnant une descendance à ma lignée, qu'elle se charge donc du reste.

Quelques semaines plus tard, c'est une fille qu'elle mit au monde. Tout était à refaire : la perpétuation du nom des Malefoy n'était pas assuré. Je dus refaire chambre commune avec ma femme et le vécus très mal. Je n'arrivais pas à dormir autrement que les rares nuits que je passais dans les bras d'Harry, et mes nerfs étaient à vif. La présence de Pansy à mes côtés était devenue une véritable épreuve, je tentais de la ménager malgré tout mais les lambeaux de notre amitié n'y résistèrent pas.

Son odeur qui pourtant n'avait rien de désagréable m'agressait les narines, le simple son de son souffle m'horripilait, et quand je dus la toucher de nouveau, mon corps se révulsa malgré moi. Je tentais tant bien que mal de masquer mon dégoût et s'ajoutait à mon calvaire la culpabilité de plus en plus forte en entendant Pansy tenter de pleurer en silence presque chaque soir.

Elle tomba de nouveau enceinte et je crois qu'elle fut malgré tout aussi soulagée que moi de refaire chambre à part.

Lizzie avait alors deux ans. Quand elle était née, je l'avais jugée comme indésirable mais petit à petit, j'étais tombé sous son charme.

Elle devait avoir un an à peine quand elle vint pour la première fois dans mon bureau en se traînant à quatre pattes et en gazouillant. Je l'ignorais superbement, m'attendant à voir surgir d'un instant à l'autre l'elfe qui s'en occupait, prêt à se flageller d'avoir failli à sa tâche en m'appelant « maître », mais elle ne vint pas.

Lizzie s'approcha de moi avec une maladresse touchante et s'accrocha à mon mollet comme si j'étais son nounours, en me regardant comme si j'étais la plus belle chose au monde. Ce fut à ce moment là seulement que je compris qu'elle était ma fille. C'est son regard qui fait de moi un père, son père.

Je ne fis pas pour autant mine de m'intéresser à elle mais elle finit par s'endormir contre ma jambe. Quand j'eus fini mon dossier en cours, je la détachais doucement pour la prendre dans mes bras et la porter jusqu'à son berceau. Pansy, en me voyant avec elle alors qu'elle la cherchait depuis une heure en fit une crise de nerf.

En portant mon enfant, j'avais l'impression de tenir la chose la plus fragile qui soit et la plus précieuse, je me sentis responsable de son bonheur.

A partir de ce jour, si je ne recherchais pas sa présence, elle finissait toujours pas me trouver et j'en étais heureux. Elle attendait patiemment que je finisse ce que je faisais, puis nous jouions ensemble de petits riens qui ne faisaient rire que nous. Je m'ignorais si drôle et pourtant je réussissais à la faire éclater d'un rire cristallin qui me réchauffait le cœur et me rendait mes séjours bien plus supportables dans le manoir.

Quand Pansy nous voyait ensemble, son visage se fermait et elle l'emmenait souvent loin de moi, disant à Lizzie que son père avait mieux à faire. Elle lui reprochait clairement de susciter chez moi l'attention qu'elle-même n'avait jamais su obtenir.

Sa deuxième grossesse fut difficile et je tentais d'être présent pour elle, mais mes attentions la confortaient dans l'idée qu'elle se faisait du couple que nous formions, ce qui me culpabilisait davantage.

Quelle que fut l'attitude que j'adoptais, je n'étais qu'un vil imposteur.

Par moments, j'avais envie de fuir tout ceci, et de partir, très loin avec Harry, de vivre une vie simple dans laquelle personne ne nous obligerait à agir contre notre volonté. Mais qui s'occuperait à ma place de ma famille ? Pourrais-je être heureux en les ayant abandonné, surtout Lizzie dont le regard attendait tant de moi ?

Harry avait lui aussi du mal à supporter la situation, je le lisais parfois dans son regard mais nous n'abordions jamais cette question. Lui aussi avait des obligations, ses gestes étaient épiés, je ne comptais plus le nombre de fois où la Gazette du Sorcier l'avait fiancé avec une jeune fille pour laquelle il avait juste tenu la porte en sortant d'un restaurant. On lui avait prêté des dizaines d'aventures plus extravagantes les unes que les autres. Je continuais, malgré ces mensonges, à collectionner les revues de presse dans mon cahier, bien plus sensible à une photo où on le voyait la main sur l'épaule d'un de ses coéquipiers qu'à un gros plan sur ses supposés aventures.

Nous étions d'une prudence exemplaire, mais nous protégions-nous vraiment dans cette clandestinité ? Elle nous faisait plus souffrir qu'elle ne nous épargnait et parfois nous perdions les moments si rares que nous avions pu grappiller à nos emplois du temps à nous disputer pour des broutilles qui dans d'autres circonstances nous auraient fait rire.

Pourtant, nous ne pouvions agir autrement. Nous ne pouvions vivre ensemble et rompre notre liaison était au-dessus de nos forces.

Je passais donc mon temps à gérer mes affaires, voir ma fille grandir, mon fils m'ignorer et ma femme me mépriser, puis je m'échappais parfois de cette vie qui me pesait pour rejoindre Harry auprès duquel souvent la vie me semblait légère.

L'amour à sens unique que Pansy avait pour moi s'était transformé, à la naissance de notre héritier. Elle portait à Edward un amour démesuré et si fusionnel qu'il en était malsain. Et mon fils, influencé par sa mère qui comblait tous ses caprices, avait appris à me détester. Lizzie, elle, me restait fidèle.

Quand elle atteint sa onzième année, elle ne revint plus de Poudlard que pour les grandes vacances et son départ me donna l'impression que le manoir dans lequel je n'avais plus aucun allié m'étouffait. Elle avait été envoyée dans la maison des Gryffondors ce qui avait fait hurler sa mère mais qui m'avait fait sourire, me laissant l'impression stupide qu'elle tenait de l'homme avec lequel j'aurais vraiment voulu construire une famille.

Douze ans que Harry et moi nous aimions en cachette, et sur tant d'années tellement peu d'occasions de se voir. Douze ans de frustrations et de fugaces plaisirs, tant et si bien que j'avais l'impression de n'avoir vécu que bien peu et d'avoir vieilli précocement.

J'approchais la trentaine, mais je me sentais si vieux…

C'est à cette époque que Harry, dont le corps avait été prématurément usé par son combat avec Voldemort et sa carrière sportive prit sa retraite anticipée. Mes affaires se portaient bien, nécessitant moins ma présence, et je songeais sérieusement à quitter le manoir pour vivre dans l'une de nos résidences secondaires. Je pourrais y recevoir ma fille pendant ses vacances, l'honneur des Malefoy serait sauf et si Harry le voulait bien, nous pourrions y vivre ensemble.

J'exposais donc mon projet à Harry à la fin du match qui terminait sa carrière.

Et contre toutes mes attentes, il s'emporta.

Il hurla, dans cette chambre d'hôtel impersonnelle dans laquelle nous nous étions réfugiés, qu'il n'accepterait pas de se terrer dans une maison qui officiellement ne serait pas la sienne, et de se cacher quand ma fille ou n'importe qui d'autre me rendrait visite, qu'il avait attendu des années que je lui propose de vivre avec lui mis qu'il n'aurait jamais pensé que je lui proposerait des conditions pareilles. Il voulait vivre avec moi au grand jour ou pas du tout.

Je rétorquais que jusqu'ici le monde ignorait son orientation sexuelle et il me répondit, furieux, que c'était le cas parce que moi, je n'étais pas capable de l'assumer et que s'il l'annonçait, on ne le laisserait pas en paix tant qu'on aurait pas découvert qui était son compagnon.

Nous nous traitâmes d'hypocrites et en vînmes aux mains, roulant au sol comme deux enragés…

Il était plus fort que moi et je finis par lui mordre le bras de toutes mes forces, jusqu'au sang.

Il me lâcha sous l'effet de la douleur en hurlant, se releva et regarda alternativement la marque de mes dents dans sa chair et mon visage.

Je restais moi-même hébété par mon geste, sentant dans ma bouche le goût du sang de Harry.

Bien que j'eusse envie de le supplier de me pardonner et de tout faire pour le retenir, mon corps sous le choc resta muet et immobile. Je le vis, n'arrivant pas à y croire, s'en aller sans rien dire avec une moue dégoûtée.

Je venais de le perdre alors que tout ce que je voulais, c'était rester pour toujours avec lui.

Les jours qui suivirent, je les passais à ressasser les faits en buvant verre sur verre pour ne pas exploser. Je l'avais blessé, certes, mais ce n'était pas notre premier affrontement et s'il m'avait pardonné de lui avoir cassé le nez en l'abandonnant dans le Poudlard Express, il pourrait bien excuser mon excès de rage ? Le regard qu'il m'avait lancé en partant me laissait cependant peu d'espoir et je noyais mon pessimisme dans la couleur ambrée du whisky.

Me voir ainsi diminué semblait satisfaire grandement mon épouse dont j'évitais, autant que faire se peut, la présence. Je restais le plus souvent dans mes appartements. La proximité de ma femme, dont la haine ne cessait de croître, faisait se dresser mes poils et celle de mon fils, qui partageait les sentiments de sa mère, me donnait l'impression d'être face à un étranger d'autant plus troublant qu'il me ressemblait.

Au bout de cinq semaines, alors que je profitais de l'air printanier sur le vaste balcon de ma chambre pour finir de m'enivrer avant de me coucher,une chouette si blanche qu'elle offrait un curieux contraste avec la nuit vola telle une apparition jusqu'à moi. Elle me remit un petit parchemin sur lequel était écrit « Me permets-tu de transplanner jusqu'à ta chambre ? Je suis devant la porte du manoir. S'il te plait. »

N'osant y croire, je modifiais en conséquence les sorts de protection de mes appartements, m'assurais de ne pouvoir être importuné par personne, masquais par magie l'odeur d'alcool que je dégageais avant de griffonner avec empressement un « oui » sur le dos du parchemin que je rendis au volatile.

Quelques instants plus tard, dans un « pop » caractéristique, Harry se matérialisait en face de moi.

Comme lors de notre dernière entrevue, je restais paralysé devant lui, ne sachant que dire.

Il s'avança vers moi et me tendit le bras que j'avais mordu.

« Il n'y en a plus trace » me dit-il, comme si cet état de fait suffisait à expliquer sa venue.

J'ignorais si je devais me réjouir de celle-ci ou penser qu'il était venu pour que nous rompions plus clairement. Comme je restais immobile et muet, il reprit :

« Mon corps est marqué de toute part, tu le sais. J'ai horreur de ces symboles de haine qui ont entaillés ma chair, et personne ne s'est gêné : ni Voldemort, ni les Mangemorts, ni toutes les créatures maléfiques qui étaient à sa solde. Tous voulaient m'arracher un lambeau de peau pour entrer dans l'histoire, tant et si bien que j'ai douté de pouvoir encore être autre chose qu'un punching-ball vivant entre leurs mains pendant le combat puis qu'une preuve survivante de ce que j'avais subi. Il n'y a qu'avec toi que je me sentais être autre chose que ces traits sur mon corps. Et puis tu m'as mordu, jusqu'au sang, comme les autres. Mais la marque est partie. Et je me suis rendu compte que c'était la seule que j'aurais voulu garder. Parce qu'elle n'avait rien en commun avec toutes les autres. Parce qu'elle me venait de toi. Je ne veux toujours pas me terrer dans un de tes domaines, je ne supporte plus de devoir me cacher pour te voir, mais ne plus te voir… C'est pire que tout ! Dis-moi ce que je dois faire, Drago, parce que moi, je n'en sais rien ! »

Il était là, les yeux brillants, attendant que je lui dicte sa conduite alors que je ne savais que faire moi-même. Je ne voyais que lui devant moi, son visage crispé dans l'attente d'un mot de moi, mais aucun son ne parvenait à passer ma gorge si serrée que je me sentais étouffer. Je sentis de lourdes larmes chaudes tomber de mes cils avec le même poids que si elles avaient été en plomb.

Puis, n'arrivant plus à soutenir son regard, je me pendis à son cou et le sentis étreindre tendrement ma taille.

Il mouilla ma nuque de ses propres pleurs. J'aurais voulu pouvoir l'apaiser, trouver une solution qui nous permettrait d'être libres, mais si lui était prêt à affronter les réactions des curieux face à ses choix, je ne le serais jamais. J'avais une famille à qui laisser mes biens, et ceux-ci dépendaient beaucoup de ma réputation. Je savais que je n'étais pas lâche : s'il ne s'était agit que de moi, j'aurais abandonné sur le champ ma vie et son confort matériel mais malgré les maigres satisfactions que m'apportaient ma famille, j'étais responsable d'elle et de son avenir.

Harry le savait, mais voulait fermer les yeux sur cela.

J'aurais voulu pouvoir faire de même.

J'avais une folle envie de l'embrasser mais je ne m'en sentais pas le droit : il était venu chercher un espoir que j'étais incapable de lui donner.

Il s'était sacrifié pour sauver le monde sorcier, et il devait encore souffrir de mon propre sacrifice pour sauver les miens.

Et avant que je réfléchisse aux conséquences de mes paroles, je prononçais la conclusion logique de mes pensées « Tu mérites bien mieux que moi »

Je le sentis se raidir, puis il se détacha de moi. Son visage défait affichait un regard déterminé qui me fit peur car j'avais la certitude de ce qu'il avait déduit de mes mots. Et ma gorge me refusa la parole de nouveau.

J'aurais voulu lui dire que je l'aimais, que je ne souhaitais pas qu'il parte, le supplier de ne pas m'abandonner, mais sa décision était déjà prise et je ne pouvais que lui rendre les choses plus difficiles.

« Tu as parfaitement raison » dit-il sur un ton glacial que je ne lui connaissais pas, et il transplanna aussitôt.

Je m'écroulais alors en tentant de retrouver mon souffle. Je n'arrivais plus à respirer et bien que l'idée de mourir sur le champ me fût douce, je luttais pour ne plus suffoquer ainsi.

Quand j'y parvins, je me jetais sur ma bouteille de whisky et ne fut satisfait que lorsque je m'écroulais de nouveau, ivre mort sur le parquet de ma chambre.

A partir de ce jour, l'alcool devint définitivement mon meilleur allié. Je ne pouvais affronter mes journées vides de sens que dans l'état cotonneux dans lequel il me maintenait.

Quand ma fille vint nous rejoindre pour les vacances, je cessais cependant de boire et si je tentais de faire bonne figure face à elle, pour lui faire honneur, sa présence qui signifiait une trop grande lucidité pour moi devenait une torture. Ses études étaient brillantes, et j'aimais toujours autant sa présence. Je lisais bien dans son regard une certaine inquiétude, j'aurais voulu pouvoir la rassurer. Face à elle je voulais être fort, même si j'étais très loin de l'être. Mais lui mentir était au dessus de mes forces.

Quelques mois plus tard, je faisais ma première crise de delirium tremens et ma « chère » femme s'empressa de m'envoyer dans un centre de désintoxication. Pour le reste du monde, je prenais une année sabbatique au soleil.

Savoir que Drago Malefoy en était réduit à cracher ses tripes dès le matin et à trembler comme un épileptique à même le sol, aurait été du plus mauvais effet pour les affaires familiales. En quelque sorte, comme mon père avant moi, j'étais devenu la honte de ma famille en voulant la sauver.

Je croupis dans cet endroit depuis deux mois, à vider mes boyaux pour les emplir à nouveau d'alcool. Je suis censé être dégoûté par cela et trouver la volonté d'arrêter d'empoisonner ainsi mon corps.

Ils ne comprennent pas.

Je me moque bien d'un corps qui ne m'est d'aucune utilité. C'est mon cœur qui est empoisonné et que je fais taire ainsi. Ce stupide cœur qui ne peut pas accepter que dans les journaux on ne cesse de parler du coming-out retentissant de Harry Potter et de son histoire d'amour naissante avec un étudiant en droit qui n'a même pas le bon goût de me ressembler.

Il a dû essuyer des critiques, des injures, on a même, une fois de plus, attenté à sa vie mais l'opinion publique a été touché de le voir encore blessé et maintenant il milite pour, rapporte la presse, « le droit à l'indifférence » des homosexuels.

Comme je voudrais, moi, être indifférent.

Ne plus avoir les tripes retournées dès que je songe à ce fade estudiantin qui ose toucher le corps que j'ai vénéré, qui se l'approprie.

Comme j'aimerais ne plus trembler dès que l'on cite son nom et me moquer des propos que l'on tient sur ce couple sur médiatisé.

Et surtout, comme j'aimerais avoir été capable de m'en tenir à ce que j'avais dit au vendeur, ce jour là, pendant que je regardais Harry derrière la vitre de cette librairie.

« Je ne fais que regarder »

Mais je ne m'y suis pas tenu.

Et il m'a rendu heureux.

Et nous avons tant souffert.

Il me faut encore un verre….

On dit que le manque l'alcool est le seul qui puisse provoquer la mort.

Malgré mon envie d'en finir je n'y parviens pas.

Cette bouteille est presque vide…

Parce que quand je me noie dans ces brumes éthyliques,

Ouvre-toi sale bouteille, Merlin!

Quand je perds pied avec la réalité,

Enfin !

C'est lui que je revois, un doux sourire aux lèvres, lors de notre premier rendez-vous, écartant les jambes lentement pour moi afin que je le prenne.

Alors je bois, encore et encore.

Parce que je veux le regarder.

Juste le regarder….

FIN

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