Le corps de McKay heurta le fond du torrent, soulevant un nuage de sable et de terre. L'homme rouvrit les yeux, il ne voyait plus rien. Des bulles d'airs s'échappèrent de ses lèvres. Le froid avait engourdi ses membres, il n'avait plus conscience des limites de sa chair. Elle se fondait avec l'eau. Toujours de l'eau. Je vais mourir.
C'était la seule pensée qui parvenait encore à traverser l'épaisse brume entourant son cerveau. Au final ce n'était pas si terrible. Il n'avait plus aucune sensation, son épaule ne lui faisait plus mal… Et puis il était seul. Crever dans ton coin, c'est ce qu'as toujours voulu ; hein mon vieux ? En solo, en paix, sans personne pour chialer à côté de toi. Allez souris Rodney ! La vie est belle !
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- Là ! On a deux signes de vie !
Le colonel regarda les points tremblotants que lui désignait le major. Il était seul, à environ une dizaine de km du village. Il accéléra brusquement et se dirigea vers l'endroit indiqué, le cœur battant. L'un d'eux était-il McKay ? Ou alors deux villageois ?
Sheppard serra les dents, ce n'était pas le moment idéal pour se poser des questions, il aura une certitude une fois sur place.
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Et eux ? Rodney reçu une décharge électrique. Et eux ? Et les autres ? Il se laissait mourir alors que ses amis avaient peut-être besoin de lui ? Les autres… C'est ça qui avait fait tenir Ronon et Wilho, le désir de vengeance, l'espoir de revoir des amis… Il tenta de se remettre à la verticale mais ses mouvements étaient lourds, patauds. Merde ! Il voulait vivre ! Avec l'énergie du désespoir il donna un coup de talon sur le sol et remonta.
Sa tête émergea et il aspira une grande bouffée d'air. De l'oxygène ! Le courant l'entraînait vers l'inconnu. McKay replongea, revint à l'air libre. Il faisait des allers-retours forcés entre la surface et le monde sous-marin. Se rapprocher de la rive, c'était sa seule chance de survie. Il commença à bouger les jambes mais elles refusaient de lui obéir. Les bras alors. Se débattre pour gagner ne serait-ce que quelques centimètres.
Le monde filait de plus en plus vite autour de lui. Des rapides ? Il lui semblait pourtant déjà y être. Soudain un choc le propulsa sur le bord droit du torrent. Il hurla mais sa bouche se remplit d'eau. Ses côtes… Oh, il les sentait bien à présent ! Mais qu'importe. Oublier la douleur. Oublier tout. La terre était proche. Il tendit le bras, but la tasse, se démena pour continuer à voir les étoiles. Retendre le bras. Essayer. Espérer.
Il sentit un brin d'herbe lui caresser le bout des doigts.
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Le colonel Sheppard occulta le jumper et se tourna vers deux jeunes soldats.
- Vous le gardez, s'il y a un problème vous nous contactez par radio.
Les deux intéressés hochèrent la tête en signe d'approbation. John fit signe à Ronon et au major Lorne de le suivre. Il sortit son localisateur et le consulta nerveusement.
- Merde !
- Qu'est-ce qui se passe ? demanda Ronon.
- Les signes sont chacuns d'un côté de la rive, je ne l'avais pas vu dans le jumper.
Il s'arrêta de marcher et se tourna vers le major.
- Lorne, vous retournez au jumper et vous allez voir de là-bas. Vous n'avez qu'à prendre les deux autres avec vous.
- Bien Monsieur.
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La main de McKay se referma sur une quelconque plante. Il resserra sa prise mais le végétal céda et le scientifique se retrouva une fois de plus le jouet du courant. Il fit une nouvelle tentative. Les forces lui manquaient, ses doigts n'avaient plus la poigne d'avant. L'herbe humide glissait mais il ne s'affola pas. Il lui suffisait juste d'en attraper assez. Juste un peu plus. Sa paume entra en contact avec une frêle racine. Telle une pince ses doigts se replièrent. Rodney se mordit la lèvre. Pourvu que ça tienne. Et ça tenait ! Lentement, millimètre par millimètre, en ignorant les protestations de son corps, il se hissait hors de l'eau en furie. Lorsque son buste toucha enfin la terre il se mit à ramper. Les feuilles mortes s'accrochaient à sa tenue trempée. Bientôt ses jambes suivirent. McKay se tourna sur le dos. Ses pieds baignaient encore dans le flot du torrent mais il ne pouvait plus bouger. Tu dois être beau à voir Rod'… Une masse infor…
Une masse informe affalée à terre apparut dans le champs de vision du colonel. Il la montra d'un geste à Ronon. Le runner pointa son arme en avant et s'avança à pas de loup. S'il s'agissait d'un villageois celui-ci n'avait pas beaucoup de chance de s'en sortir vivant. Il plissa les yeux, la chose venait de bouger.
McKay avait tourné la tête, par réflexe. Tu te fais courir après pendant 2h et tu sursautes déjà au moindre bruit, belle preuve d'adaptation. Il distinguait des pieds, tout du moins ça y ressemblait. Si mal… Peut-être était-ce le villageois ? Et cette épaule… Envie de dormir.
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- Rodney ?
Sheppard regarda le Satedien d'un air ahuri.
- Qu'est-ce que vous avez dit ?
- C'est Rodney.
Le colonel se précipita vers le corps de son ami. Il respirait mais semblait totalement déconnecté de la réalité. Le militaire fit un rapide examen médical, une balle dans le creux de l'épaule, une autre figée dans la cuisse, des côtes cassées vu la manière dont son torse se soulevait. Le scientifique avait connu des jours meilleurs.
- Rodney ? Vous m'entendez ? Rodney ?
McKay ouvrit les yeux, ses yeux dansèrent un instant puis se fixèrent sur le visage du colonel. Il le regarda quelques secondes, sans la moindre expression. Puis un sourire tordu fendit son visage, vite remplacé par une grimace de douleur.
- Je croyais bien ne plus vous revoir, souffla-t-il.
- Je sais, mais que serait la cité sans vos jérémiades continuelles ?
- Elle serait bien vide.
McKay hocha la tête.
- Et si on rentrait ? demanda-t-il en refermant les yeux.
Une prochaine fois Monsieur, une prochaine fois.
Je peux m'en sortir.
Car moi, je n'abandonnerai pas ma famille.
Si j'ai survécu un an c'est aussi parce que j'ai fui.
Il n'y a rien qui ne vous donne envie de continuer à vivre sur cette bonne vieille planète ?
FIN
Merci d'avoir lu la fic jusqu'au bout, c'est le moment d'écrire un review final, n'hésitez pas ! (mais alors pas du tout ;-p)
