Disclaimer : Harry Potter et tous les personnages qui donnent vie à cette merveilleuse série ne m'appartiennent malheureusement pas mais sont à la géniale J.K.Rowling. Je ne fais que les emprunter pour donner libre cours à mes idées plutôt… particulières dira-t-on, et n'en retire aucun bénéfice si ce n'est le plaisir d'écrire.
Avertissement : Présence de slash yaoi, pas très graphique mais à déconseiller à toute personne réfractaire à l'idée de deux hommes qui s'aiment et partagent plus qu'une simple amitié.
Couples : Pour le moment un seul, à vous de deviner lequel, je pense que c'est assez évident.
A.N : Ce sont mes premiers pas dans le monde de la fanfiction, et j'écris cette histoire vraiment à titre « expérimental ». Je ne sais pas encore quelle direction elle va prendre… Bien entendu toutes les suggestions et les avis sont les bienvenus, alors n'hésitez pas à me dire ce que vous en pensez.
J'utilise les noms originaux des personnages dans cette fic. Severus Snape: Severus Rogue, Draco Malfoy: Drago Malefoy.
Réponses aux reviews:
Zaz : Ma première review ! Merci d'avoir pris le temps de me lire et d'avoir laissé un petit commentaire. On en apprend un peu plus sur les perso dans ce chapitre : tu sauras qui parlait dans le prologue, et qui a « disparu ». Pour ce qui est de la guimauve, il risque d'y en avoir encore pas mal, c'est mon côté fleur bleue et romantique incorrigible qui en est la cause…lol . J'espère que la suite te plaira quand même. Bisous !
Mifibou : Merci pour ta review ! Tu as les réponses à certaines questions que tu te posais à propos du prologue dans le présent chapitre, et pour le reste ça viendra peu à peu. Je ne vais pas tout dévoiler d'un seul coup quand même… Bonne lecture et gros bisous !
Pour un moment d'éternité
Chapitre 1 : Une visite inattendue
Les pneus de la voiture crissèrent en freinant avant de s'immobiliser sur le gravier qui tapissait la petite route en bordure de mer. Rien n'altérait la tranquillité de cette fin d'après-midi si ce n'étaient le clapotis de la houle qui venait déferler sur le sable de la plage voisine et le vrombissement du moteur qui tournait toujours. Un pâle soleil hivernal caressait de ses derniers rayons la cime des arbres environnants avant d'aller bientôt disparaître à l'horizon.
Sans plus attendre, une silhouette masculine drapée de noir sortit avec empressement par la portière que le chauffeur du taxi maintenait ouverte. Après avoir adressé un « merci » bref et formel à celui-ci, l'homme le congédia. Puis il se dirigea d'un pas lent et mesuré vers les grilles qui entouraient une modeste mais ravissante maison nichée tout au bout d'une longue et belle avenue.
C'était un individu plutôt grand dont les lourds vêtements laissaient deviner un corps très mince bien qu'harmonieusement proportionné. Ses membres déliés à la fine musculature cachaient derrière une apparente fragilité une force insoupçonnée, et de sa personne émanait une détermination presque palpable. Son visage impénétrable était encadré d'une masse soyeuse de cheveux d'ébène parsemés ça et là de fils argentés, et sur sa physionomie on décelait un je-ne-sais-quoi de vaguement déplaisant qui produisait une impression de malaise sur ceux qui l'observaient. Point d'orgue de ce portrait frappant, ses yeux froids et perçants avaient la couleur sombre et intense d'une obsidienne.
Parvenu au portail de l'enceinte, il le poussa et celui-ci pivota sur ses gonds, accompagné d'un grincement aigu et désagréable qui faisait déduire qu'il n'avait pas servi depuis bien longtemps. Cette constatation anima d'une pointe de surprise l'expression jusqu'alors impassible et fermée de l'intrigant visiteur. Lorsqu'il pénétra dans la propriété il fut saisi d'un curieux pressentiment, et pour cause, où que se posait son regard, tout criait à l'abandon.
Le jardin était envahi par les mauvaises herbes et la pelouse jaunie avait gagné une telle hauteur qu'elle aurait sans exagérer atteint ses genoux s'il s'était aventuré à y marcher. Des fleurs sauvages poussaient dans un joyeux désordre au milieu de ce qui avait dû être autrefois de magnifiques et luxuriants massifs de rosiers, réduits à présent à un amas de branchages desséchés.
De plus en plus perplexe devant ce spectacle désolant, l'homme s'arrêta au seuil de la demeure et après une courte hésitation, sonna. Rien ne se passa. Il recommença plusieurs fois, en vain, et finalement, en esquissant un geste d'agacement impuissant, il se décida à entrer sans plus de cérémonies. Tout comme la grille précédemment, la porte n'était même pas verrouillée, ni protégée par un sortilège quelconque. « Quelle inconscience ! » tempêta l'étranger. « Vraiment, on entre ici comme dans un moulin ! »
Le moins que l'on pouvait dire, c'était que l'intérieur de la maison ne payait pas de mine. Certainement, les pièces avaient dû être décorées avec goût par le passé, mais à ce jour elles n'avaient qu'un ameublement des plus sommaires qui leur donnait un aspect terne et inhospitalier. Plusieurs d'entre elles étaient même complètement vides, n'offrant à la vue que des murs et un plancher sobres et nus. D'épaisses tentures poussiéreuses étaient disposées devant les fenêtres et les baies vitrées, empêchant la clarté extérieure de s'infiltrer et accentuant le caractère lugubre des lieux. On se serait pratiquement cru dans une maison hantée.
Qu'était-il donc venu chercher ici ? se demanda-t-il avec une grimace faussement ennuyée. A quoi bon avoir fait un si long voyage pour tomber sur « ça » ? Alors qu'il était ainsi plongé dans ses réflexions, il avisa soudain une pièce d'où s'échappait un mince rai de lumière par la porte entrouverte. Poussant un soupir résigné, il s'introduisit discrètement dans ladite salle.
C'était un salon aux dimensions modestes dont la pénombre était atténuée par la lueur tremblotante d'une bougie posée sur le manteau de la cheminée. Là, gisant au beau milieu d'un vieux canapé à moitié éventré, un jeune homme dormait, ou du moins en donnait-il l'impression au premier abord. Sa figure était enfouie dans l'angle que formait l'arrondi de son bras replié, et recouverte par de longs cheveux qui n'avaient visiblement pas été coiffés depuis belle lurette. Il portait un jean sale et froissé sur lequel pendait un chandail informe qui paraissait dix fois trop large sur son torse d'une extrême maigreur. Son corps recroquevillé était secoué de frissons saccadés, sans doute à cause de la température glaciale qui régnait dans la pièce. Dans l'âtre de la cheminée ne se trouvaient plus que des braises rougeoyantes, résidus d'un feu qui s'était éteint faute d'être alimenté, et qui ne procuraient aucune chaleur.
Severus Snape contempla silencieusement pendant quelques minutes ce tableau qu'il aurait sûrement qualifié sarcastiquement de « lamentable et pitoyable » en d'autres circonstances. Mais les temps avaient bien changé… Les gens aussi d'ailleurs. Jadis il aurait rembarré vertement en ricanant quiconque lui suggérant qu'il pourrait ressentir un jour d'aussi futiles émotions. Et pourtant il était là, regardant son ancien élève profondément immergé dans ses songes et inconscient de sa présence, et il éprouvait un sentiment confus d'irritation mêlée à de l'attendrissement.
« Allons ! se morigéna-t-il , je me suis suffisamment ridiculisé comme ça à veiller sur le sommeil de ce petit imbécile ! Par Merlin, il est plus que temps que quelqu'un se décide à le faire revenir sur terre ! »
Et aussitôt dit aussitôt fait : sans se préoccuper davantage du frêle jeune homme endormi, le maître des potions se détourna et quitta la pièce avec précipitation. Oui, effectivement, il était grand temps d'agir… Il referma soigneusement la porte et se mit au travail.
Abandonné au sommeil comme un enfant innocent, Draco Malfoy rêvait. Il se souvenait d'une époque plus heureuse où il serrait dans ses bras un ange rieur aux prunelles d'émeraude, une époque qui était maintenant révolue...
OoOoOoOo
Flashback
Les réactions s'étaient montrées des plus diverses à l'annonce de leur emménagement ensemble lors de la cérémonie de remise des ASPIC. Cette nouvelle était tombée comme un pavé, déclenchant la stupéfaction générale dans l'assistance. Très peu de personnes avaient soupçonné leur liaison et l'éclatement de leurs sentiments au grand jour avaient suscité l'ahurissement, l'incrédulité et chez quelques uns des regards horrifiés qui auraient été presque comiques s'ils n'avaient pas en plus été remplis de dégoût et de rejet.
Bien entendu, la presse en avait fait des gorges chaudes et les deux jeunes hommes fraîchement diplômés s'étaient vus devenir une fois encore la cible de prédilection de tous les médias du monde sorcier. Leur relation était l'objet de rumeurs toutes plus fantaisistes les unes que les autres, et qui se répandaient comme une traînée de poudre, enflammant l'opinion publique. Derrière les gros titres des journaux et les innombrables articles qui leurs étaient consacrés, se trouvait une seule et unique interrogation perplexe : pourquoi Harry Potter tenait-il la main de Draco Malfoy ? Comment s'était formé leur couple ?
Néanmoins, un fois le choc initial surmonté, cette incroyable état de fait n'avait plus semblé si surprenant si on prenait en compte le passé des deux concernés. Une chose était sûre : ils n'avaient jamais été indifférents l'un à l'autre ! Tout bien considéré, ils se ressemblaient énormément si on ne s'arrêtait pas aux apparences et s'attachait à véritablement les connaître. Pendant longtemps ils avaient cru se haïr et se mépriser alors qu'inconsciemment ils s'enviaient et voyaient en l'autre des choses qu'ils n'avaient pas et dont ils rêvaient.
Ils n'avaient pas épuisé toute la rancœur qui les habitait pendant les cinq premières années passées à Poudlard qui avaient été remplies d'hostilité mais aussi de non-dits, de sentiments refoulés et inavoués. Puis les évènements s'étaient précipités et leurs vies avaient abordé un tournant crucial au cours de leur sixième année.
Cette période s'était révélée affreusement difficile pour Harry qui était très affecté par la mort récente de Sirius. Il avait l'impression de se retrouver plus seul au monde que jamais en dépit de la présence de ses meilleurs amis Ron et Hermione. Son chagrin le faisait se refermer petit à petit sur lui-même ; il contenait en public les larmes qu'il n'avait pas encore fini de verser et qui se refusaient à sortir et à le libérer du poids qui l'oppressait comme une chape de plomb, même lorsqu'il était isolé avec pour seule compagne sa tristesse. Ce qui ne le privait pas d'exécrer Malfoy encore plus qu'auparavant et de se défouler - mentalement - sur lui !
Draco de son côté souffrait cruellement et en silence de l'opprobre qui s'était abattu sur le nom des Malfoy depuis que son père avait été reconnu coupable d'exercer encore à ce jour les activités de Mangemort. Lucius Malfoy croupissait dans la sinistre prison d'Azkaban et Draco vivait ce déshonneur comme un cauchemar éveillé. Mais ce qui n'était au début qu'une blessure d'amour propre s'était mué en révolte farouche : le jeune sorcier ne voulait pas endosser la responsabilité des fautes de son père et encore moins finir comme lui ! Il refusait le destin que sa naissance au sein d'une famille de sang pur et éminemment versée dans les arts de la magie noire avait tracé pour lui. Et pourtant, par un reste de fierté mal placée et par peur d'être repoussé, il n'osait faire le premier pas qui l'aurait amené dans le « bon » camp, à savoir du côté de Dumbledore et des membres de l'Ordre du Phénix.
Etant donné l'esprit d'indépendance et l'obstination butée de nos deux protagonistes, la situation aurait pu se prolonger ainsi indéfiniment. C'était sans compter sur le hasard qui quand il s'en mêlait faisait quelquefois bien les choses, manifestement…
Un soir, alors qu'il ne parvenait pas à trouver le sommeil, Harry s'était glissé hors du château revêtu de sa cape d'invisibilité mais sans emporter la carte du maraudeur, qui était restée soigneusement dissimulée au fond de sa malle dans le dortoir de la tour de Gryffonfor. L'avait-il sciemment « oubliée », se moquant des risques qu'il encourrait de se faire prendre par Rusard ou quelque professeur ? Ou au contraire une telle perspective l'excitait-elle, épiçant d'une aura d'imprévu et de danger cette promenade monotone dans les jardins ? Il avait si souvent parcouru les allées impeccablement dessinées et les pelouses bien entretenues du parc qu'il en connaissait les moindres recoins et ne craignait pas de s'y perdre, surtout en cette nuit de pleine lune qui n'était obscurcie d'aucun nuage.
L'esprit ailleurs, il avançait au hasard, ses pas le conduisant instinctivement aux abords de lac, comme s'ils étaient animés d'une volonté propre. Autour de lui, l'air bruissait du chant assourdi et ininterrompu des insectes, un vent vif et sec sifflait à travers les arbres qui commençaient à se dépouiller de leurs feuilles en cette mi-automne. Les étoiles scintillaient, revêtant de milliers de diamants minuscules le manteau noir et velouté de la voûte céleste. Dans cette nuit sans âge, Harry marchait comme dans un rêve. C'est alors qu'il assista à une scène qui changea de manière radicale le cours de son existence…
Assis sur les berges du lac, un jeune garçon pleurait à gros sanglots, la respiration étouffée par les larmes et le visage marqué de cernes violacés. Harry fut vivement saisi par cette vision ; cette peine lui parut si immense et si débordante de sincérité qu'il en fut remué malgré lui jusque dans ses entrailles. Interloqué, il se surprit à observer son ennemi plus longuement et plus intensément qu'il ne l'avait jamais fait. Draco, car c'était bien lui, était d'une beauté éthérée sous les doux reflets laiteux de la lune malgré la douleur qui imprégnait ses traits ; pour la première fois depuis qu'il le connaissait, Harry le trouva simple et humain, et ce fut cette constatation qui le poussa à aller à sa rencontre.
La confrontation se révéla immédiatement orageuse, comme l'avaient été leurs précédentes altercations. Ce soir là ils se soulagèrent de tout ce qui leur pesait sur le cœur en déversant leur rage dans les insultes, puis les coups qu'ils donnèrent et reçurent autant l'un que l'autre. Etrangement, leurs baguettes magiques ne furent pas employées pendant cette échauffourée où la magie n'avait pas sa place. Seuls leurs corps s'exprimaient dans le duel sans témoins qu'ils disputaient sauvagement.
Ce fut Hagrid, parti pour son inspection de routine des lieux, qui les récupéra au petit matin dans un état assez grave pour qu'ils passent plusieurs jours à l'infirmerie. Dans cette quarantaine forcée où ils étaient confinés, ils échangèrent des conversations qui perdirent petit à petit leur caractère venimeux et devinrent civilisées, et plus tard sympathiques, du moins quand ils n'étaient que tous les deux.
Leurs âmes désemparées s'étaient finalement rapprochées en faisant abstraction de leurs divergences, et avaient noué de solides liens d'amitié. Draco avait décidé de son plein gré de rejoindre « la résistance » pour lutter contre Voldemort bien sûr, mais surtout parce qu'il voulait rester aux côtés de Harry.
Toute la violence qu'ils nourrissaient, toutes les pulsions dictées par la colère, la souffrance ou les humiliations, ils en avaient usé et abusé lors du combat décisif contre Voldemort au début de leur septième année. L'un comme l'autre s'y étaient jetés avec la rage de vaincre, et avaient libéré une débauche d'énergie fusant dans les sortilèges et sorts à outrance destinés à en finir une fois pour toutes avec le terrible mage noir. En comparaison, leurs fréquents affrontements dans l'enceinte du collège ne faisaient figure que de futiles rixes et de mauvais tours d'adolescents qui se cherchaient encore.
Après la victoire triomphale de l'Ordre du Phénix sur le Seigneur Sombre, ils en avaient maintenant terminé avec cette période de frustrations et de déchirements. Les difficultés qu'ils avaient traversées les avaient rendus plus forts tout en faisant évoluer leur vision des choses, si bien que leur amitié se transforma bientôt en attirance puis en amour sous l'influence d'une miraculeuse alchimie.
Harry voulait trouver en Draco l'affection et le soutien qu'il n'avait jamais eus avec les Dursley. Il rêvait d'une relation sans faux-semblants et d'un engagement durable. Pendant toute sa vie ou presque il avait supporté le statut de célébrité et de héros du monde sorcier. Mais même les héros, peut-être surtout les héros avaient aussi besoin d'être protégés et aimés.
Le Garçon qui avait survécu voulait désormais vivre pour lui-même au lieu de sacrifier son existence au service de la communauté. Il était temps de se montrer un peu égoïste.
Une fois ses émotions reconnues et acceptées, il pouvait les suivre et s'y abandonner sans retenue et sans crainte d'être incompris et déprécié. Ses amis et ses proches avaient appris son choix et l'avaient soutenu sans conditions. Que lui importait l'opinion du reste du monde ? Il avait le droit d'aimer. Qui plus que lui méritait de revendiquer sa part de bonheur, son petit coin de paradis et de ciel bleu sans nuages dans une vie traversée par les tempêtes et les épreuves ?
Quant à Draco, il recherchait avidement quelqu'un avec qui il n'aurait pas à jouer constamment un rôle, une personne devant laquelle il pourrait cesser de porter un masque. Combien il souhaitait faire l'expérience de cette complicité où les mensonges et les vantardises n'étaient pas de mise !
Sous ses dehors peu engageants d'enfant gâté et de sale gosse prétentieux se dissimulait une sensibilité à fleur de peau. L'héritier des Malfoy n'était au fond qu'un petit garçon dévoré par une monstrueuse faim d'être aimé. Hélas, cet impérieux besoin avait tristement été réprimé et étouffé par le carcan rigide des traditions séculaires et l'orgueil de l'aristocratique famille du jeune homme.
Tout naturellement, leurs aspirations communes finirent par les réunir et ils s'engagèrent sur la voie d'une aventure merveilleuse, qu'ils gardèrent secrète jusqu'à ce jour mémorable qui avait été celui de leur départ définitif de Poudlard.
OoOoOoOoBien loin de la réputation surfaite qu'on leur prêtait à tort, leurs débuts avaient été timides et marqués d'une adorable maladresse, bien que n'étant pas dépourvus d'enthousiasme et d'ardeur juvénile. Après tout ils restaient des garçons comme les autres qui affichaient à dix-sept ans une curiosité encore inassouvie pour le sexe avec tous les désagréments que cela impliquait, à savoir des poussées d'hormones parfois très… embarrassantes !
Cependant, malgré le désir très fort qu'ils avaient l'un de l'autre, ils avaient pris le temps de se connaître et de s'apprivoiser, ne brûlant aucune étape, cette découverte progressive et excitante les menant d'étonnement en émerveillement. En effet, il avaient été chacun « le premier » de l'autre, et le fait d'avoir su attendre et se préserver pour s'offrir comme un cadeau unique et précieux n'ajoutait que plus de beauté et de prix au lien qui les unissait. Ils voulaient faire de cette première fois un souvenir magique et inoubliable qu'ils garderaient éternellement gravé dans leur mémoire.
Depuis, leurs rapports étaient toujours passionnés et peins de fougue, mais jamais brutaux, jamais dans l'intention de blesser ou de causer, même involontairement, de la douleur. Ils se montraient souvent tendres et attentionnés, parfois joueurs et taquins, parfois encore empreints de sérieux et d'une solennité qui atteignait presque au divin.
Et dans ces instants là, le temps suspendait son cours, le monde se figeait et devenait immobile. Quand leurs corps et leurs âmes semblaient fusionner et où le plaisir ressenti était tout autant spirituel que physique, leur union revêtait des allures de rituel célébré en l'honneur d'une divinité secrète et mystérieuse connue d'eux seuls.
Alors qu'ils dessinaient de leurs mains inspirées et talentueuses le visage sans cesse renouvelé de l'amour, rien n'existait plus autour d'eux. Leurs vies elles-mêmes s'effaçaient et s'anéantissaient en l'autre, s'exhalant en un souffle qui venait s'abriter au creux de leurs membres enlacés et s'évanouir sur leurs lèvres dans un baiser.
Draco et Harry étaient intimement persuadés qu'ils s'aimeraient jusqu'à la mort et au-delà. Ils se moquaient bien de paraître d'un romantisme suranné et dégoulinant de bons sentiments, comme les en raillaient gentiment leurs amis. Ils se construisaient une bulle apaisante, chaude et familière où s'épanouissait la fleur de leur tendresse qu'ils cultivaient jalousement. Un tel amour se suffisait à lui-même : ensemble ils n'avaient besoin de rien d'autre et oubliaient volontiers tout le reste.
OoOoOoOoTout avait été simplement trop beau pendant ces trois années. Un bonheur éclatant qui avait pris fin brutalement en ce jour tragique où Harry n'était jamais rentré à la maison . Les dernières personnes à l'avoir aperçu étaient ses collègues de bureau. Le jeune sorcier avait quitté le Ministère de la Magie où il travaillait dans le Département des Mystères en fin d'après-midi et depuis n'avait plus donné signe de vie. Cette disparition inexplicable et soudaine n'avait toujours pas été élucidée. Evidemment des recherches avaient aussitôt été entreprises, monopolisant la quasi-totalité des Aurors rattachés à la section des affaires « étranges et criminelles ». Malgré tous les moyens déployés on n'avait malheureusement rien découvert, pas le plus petit indice ni un début de piste. Le jeune homme semblait véritablement s'être volatilisé.
L'incompréhension et le désarroi planaient sur le monde sorcier en deuil tandis qu'insensiblement et sournoisement, Draco Malfoy se détachait de la réalité pour se réfugier dans un monde bien à lui, à eux. Il s'y serait volontiers emprisonné pour toujours, n'eut été un intimidant professeur qu'il ne faisait pas bon contrarier et qui avait un point de vue très différent sur cette question…
Fin du flash-back
OoOoOoOo
Quelque chose avait changé. Il n'aurait pas précisément pu dire quoi, mais il le percevait nettement malgré la légère hébétude où il se trouvait encore, oscillant entre sommeil et veille. Sans conviction, il se força à bouger et laissa échapper un gémissement plaintif en s'étirant, ses membres ankylosés à cause de la position inconfortable dans laquelle il s'était endormi. Puis, avec précaution, il ouvrit les yeux pour les refermer aussitôt, aveuglé par une lumière éblouissante et trop vive pour ses pupilles fatiguées.
Une chaleur tiède et agréable se répandait dans la pièce et s'insinuait à travers le tissu de ses vêtements, détendant délicieusement ses muscles engourdis. D'où provenait-elle ? Après quelques efforts de concentration pour se focaliser sur ce qui l'entourait, il reconnut le bruit caractéristique des bûches qui flambaient et se consumaient en dégageant une forte odeur de résine. Que se passait-il donc ? Où était-il ? Qui avait allumé ce feu ? Une kyrielle de questions tourbillonnait dans sa tête embrumée sans que rien dans l'immédiat ne lui apporte de réponses. Bah ! Peu importait après tout ! Cette atmosphère paisible et sécurisante dans laquelle il baignait lui procurait un telle sensation de bien-être qu'il était prêt à se rendormir. Mais il était gêné par l'éclairage intense qui frappait ses paupières, aussi ouvrit-il de nouveau les yeux avec réluctance et se redressa-t-il péniblement pour s'asseoir.
«Enfin réveillé, monsieur Malfoy ? »
La voix familière et reconnaissable entre toutes le fit sursauter. En se retournant il aperçut dans l'embrasure de la porte son ancien professeur de potions à Poudlard qui le fixait d'un air condescendant et - mais c'était certainement un effet de son imagination - un brin amusé.
« Je commençais à m'impatienter… » poursuivit d'un ton égal Severus Snape tout en s'approchant pour prendre un siège en face de Draco. « A vous voir si profondément endormi, je pensais devoir attendre demain matin pour avoir le plaisir d'une petite conversation avec vous. J'en étais même à me demander si vous alliez un jour sortir de votre léthargie. »
Reprenant un peu ses esprits pendant ce discours pour le moins déroutant chez l'homme austère qui était devant lui, Draco ne releva pas la pique. Cependant, sa curiosité l'emportant sur la fierté, il demanda :
« Pourrais-je savoir ce que vous faites ici monsieur? Et d'ailleurs, comment êtes-vous venu ? »
« En m'abaissant à emprunter des moyens de transport moldus, rétorqua sèchement Snape . Mais laissons cela, qui n'a que peu d'importance en comparaison de ce que j'ai à vous apprendre. A propos, j'ai pris la liberté de m'inviter pour le dîner. Et je passerai probablement la nuit chez vous également, dans des conditions épouvantables, je le crains… Mais étant donné que notre entretien sera fort long, je n'ai guère le choix. Rasseyez-vous, monsieur Malfoy. Il faut vraiment que nous parlions, dans votre propre intérêt » ajouta-t-il d'un ton sans réplique à l'adresse du jeune homme qui s'était levé, prêt à protester contre ces dernières paroles. L'idée de recevoir Snape chez lui ne l'enchantait pas, mais alors pas du tout !
« Bien, je vous écoute. Mais ça m'étonnerait beaucoup que ce que vous avez à me dire puisse m'intéresser » murmura-t-il amèrement pour lui-même.
« C'est à vous qu'il appartiendra d'en juger, reprit calmement Snape. Tout d'abord, il faut que vous sachiez que rien n'est certain. Je m'appuie peut-être trop rapidement sur des présomptions erronées. Ne vous emballez pas outre mesure… »
« Mais de quoi voulez-vous parler à la fin ? Cessez de tergiverser et dites-moi ce dont il s'agit ! » s'exclama Draco.
Il était tendu à présent, et à bout de nerfs, comme s'il avait deviné ce que Snape avait à lui révéler et qu'il avait peur de l'entendre. Derrière les habiles circonvolutions et les détours prudents qu'empruntait le discours de son interlocuteur, il lui semblait que se cachait une terrible vérité qui pouvait le sauver ou le condamner.
« Je vous en prie, répondez-moi ! » articula-t-il d'une voix qu'il réussit à garder ferme en dépit de l'émotion qui y perçait.
« Il est possible ( et Snape appuya sur ce mot ) que nous ayons retrouvé la trace de Potter… »
Le silence qui s'abattit ensuite entre les deux hommes ne fut rompu que de longues minutes plus tard par le timbre radouci de Severus qui tira Draco de l'état de choc où il était tombé :
« Bon anniversaire Draco. »
A suivre…
