Disclaimer : Harry Potter et tous les personnages qui donnent vie à cette merveilleuse série ne m'appartiennent malheureusement pas mais sont à la géniale J.K.Rowling. Je ne fais que les emprunter pour donner libre cours à mes idées plutôt… particulières dira-t-on, et n'en retire aucun bénéfice si ce n'est le plaisir d'écrire.

Avertissement : Présence de slash yaoi, pas très graphique mais à déconseiller à toute personne réfractaire à l'idée de deux hommes qui s'aiment et partagent plus qu'une simple amitié.

Couples : Pour le moment un seul, à vous de deviner lequel, je pense que c'est assez évident.

A.N : Ce sont mes premiers pas dans le monde de la fanfiction, et j'écris cette histoire vraiment à titre « expérimental ». Je ne sais pas encore quelle direction elle va prendre… Bien entendu toutes les suggestions et les avis sont les bienvenus, alors n'hésitez pas à me dire ce que vous en pensez.

J'utilise les noms originaux des personnages dans cette fic. Severus Snape: Severus Rogue, Draco Malfoy: Drago Malefoy.

Réponses aux reviews:

Zaz : Merci pour ta review, elle m'a fait bien rire ! On ne parle pas beaucoup de Harry pour l'instant mais ça viendra, promis. Quand à savoir pourquoi il a disparu… patience ! Et pour ce qui est des dialogues tu as raison, le dernier chapitre n'en avait presque pas et je reconnais que c'était un peu lourd à digérer, mais c'était à cause du trèèès long flash-back. Au début je ne comptais pas le faire si long que ça mais je me suis laissée emportée, et j'ai tendance à écrire plus de descriptions que de conversations, mdr !

Mifibou : Je te remercie pour tes compliments qui m'ont sincèrement touchée. Ca me fait plaisir que tu apprécies ma façon d'écrire. J'ai parfois l'impression d'avoir un style trop fleuri et pompeux par conséquent l'opinion des lecteurs sur ce point m'intéresse beaucoup.

Pour ce qui est de l'intrigue elle même, eh bien elle avance lentement mais sûrement. J'ai envie de prendre mon temps et de développer la psychologie des personnages, même si ça entraîne parfois des longueurs dans le récit. Gros bisous à toi !

PtiteNinine : Merci d'avoir laissé un petit commentaire suite à ta lecture. J'espère que les chapitres à venir te plairont tout autant. Notre Harry préféré a disparu et on ignore encore si c'est bien lui qui a été retrouvé par Snape… Le suspense reste entier. Pour l'instant c'est surtout Severus et Draco qui sont à l'honneur mais ne t'inquiète pas, Harry va bien finir par entrer en scène un jour ou l'autre ! Bisous !

Pour un moment d'éternité

Chapitre 2 : A cœur ouvert

« Bon anniversaire Draco. »

Combien de temps s'était écoulé depuis que Snape avait prononcé ces trois petits mots qui l'avaient précipité à la fois en enfer et au paradis ? Quelques secondes ou plusieurs siècles ? Draco n'aurait su le dire. De toutes les personnes qu'il connaissait, son ancien professeur était bien la dernière dont il aurait songé recevoir un jour un si extraordinaire et inestimable cadeau.

« Il est possible que nous ayons retrouvé la trace de Potter. »

Tant de promesses étaient contenues dans cette phrase et en même temps, tant d'incertitudes. Allait-il enfin revoir son compagnon ? Les prières qu'il n'avait jamais cessé d'adresser au ciel avaient-elles été entendues ? Etait-il sage de se raccrocher à cet espoir qu'il avait toujours entretenu et qui semblait sur le point de se concrétiser ?

Il était déchiré par deux élans contraires : d'une part il était tenté de ne pas écouter un mot de plus de ce que Snape avait à lui annoncer, de rejeter en bloc l'hypothèse du retour de Harry et de ne surtout pas y accorder la moindre créance. Il avait déjà tellement souffert quand Harry avait disparu, et ensuite durant les mois où il avait guetté en vain, attendant un signe qui lui apprendrait que le jeune homme était bien vivant et qu'il lui reviendrait. Il ignorait s'il serait capable d'encaisser une déception de plus.

Mais d'un autre côté, cette nouvelle était le premier rayon de soleil qui venait illuminer la nuit d'encre de sa vie depuis des années. Bien plus que ça, elle était la lumière au bout du tunnel interminable de ses angoisses et de ses peines, la bouffée salvatrice d'air pur dans le marécage insondable où il s'était englué et se noyait un peu plus chaque jour.

Cette deuxième voix issue de sa conscience prédominait clairement sur la première. Tout en lui le conjurait de ne pas laisser passer cette opportunité : s'il avait la plus petite chance de le retrouver, il devait la tenter quel qu'en soit le prix .

Brutalement et soudainement, l'étincelle d'espoir vacillante qui reposait au fond de son cœur s'était ranimée sous l'effet de la surexcitation dans laquelle le jetait cette perspective. Il avait pris sa décision et il allait s'y tenir.

Il tenta de se lever mais son corps affaibli et malmené par le chagrin et les privations le trahit. Ses jambes étaient devenues aussi molles que du coton et ne le portaient plus. En chancelant, il se rattrapa en s'agrippant à l'accoudoir du canapé et serait tombé si une poigne ferme et vigoureuse ne l'avait pas soutenu au dernier moment.

Affichant toujours un sang-froid imperturbable, Snape l'aida adroitement à se rasseoir, rejoignit son fauteuil devant la cheminée et déclara :

« Je vous avais pourtant bien prévenu de ne pas vous enthousiasmer plus qu'il n'était nécessaire. Respirez lentement et profondément et tachez de regagner votre calme, aussi ardu que ce soit. »

Il promena son regard acéré sur la silhouette de Draco en le détaillant méticuleusement de la tête aux pieds, et poursuivit :

« Vous êtes dans un état alarmant… Depuis combien de jours n'avez vous pas mangé et dormi correctement ? » C'était là une question purement rhétorique à laquelle il n'attendait pas de réponse, la visage amaigri et épuisé de Draco parlant de lui-même.

« … Sans mentionner vos habits et votre allure… J'ai grand mal à reconnaître le Draco arrogant et toujours tiré à quatre épingles de jadis : une vraie gravure de mode ! »

Tout d'un coup, Draco éprouvait d'énormes difficultés à suivre les paroles de Snape qui lui semblaient lointaines et enveloppées dans une nappe de brouillard opaque. Toutefois leur débit régulier et monocorde demeurait quelque part rassurant. Il se raccrochait à elles comme à une balise à laquelle il se fiait pour ne pas se disperser dans la confusion des sensations qui l'envahissaient tout à coup.

Il s'évertuait à réfréner les battements furieux et désordonnés de son cœur qui étaient d'une telle violence qu'il croyait bien que celui-ci allait exploser. Son sang bouillonnant lui montait aux tempes et il sentait pointer une atroce migraine. La clarté éblouissante que répandaient les innombrables chandelles disposées un peu partout dans la pièce lui brûlait les yeux et le faisait larmoyer, sa vision brouillée lui donnant le vertige. Même la tiédeur de l'air qu'il avait trouvée si exquise auparavant l'incommodait à présent, le faisant transpirer et l'entourant d'une moiteur suffocante.

De toute évidence, il subissait le contrecoup des émotions excessives que lui avait donné Snape en lui faisant miroiter de but en blanc la réapparition probable de Harry. La joie le disputait à l'anxiété et au stress, et ce mélange de sentiments disparates se manifestait physiquement par une réaction des plus brutales.

« …de vous apitoyer sur votre sort… vous reprendre en main… »

Il ne percevait plus que des bribes indistincts desquels il n'arrivait pas à retirer la moindre signification. En vain, le jeune homme tentait de lutter contre le malaise grandissant qui l'assaillait, menaçant de lui faire perdre connaissance. Il devait parler à Snape : il avait tant de choses à lui demander, tant de questions à lui poser, de réponses à obtenir, de détails à éclaircir… Mais son esprit bouleversé était d'ores et déjà en proie à l'incohérence de la fièvre qui n'allait guère tarder à le terrasser.

« Je… Je voudrais… Comment… ? » balbutia-t-il d'une voix incertaine à travers ses lèvres asséchées. Les mots ne sortaient pas ; tout ce qu'il parvenait à produire n'était qu'une succession de paroles entrecoupées et sans lien entre elles.

Réalisant alors dans quelle condition était le jeune homme en remarquant son teint hâve et maladif, sa respiration essoufflée et sa pâleur inquiétante, Snape s'interrompit et se précipita vers le divan où Draco venait tout bonnement de s'écrouler. Le maître des potions prit son pouls et appliqua une main légère sur son front pour y évaluer sa température, chassant dans ce geste quelques mèches humides de sueur qui s'y étaient collées.

« Ca suffit… Cessez de bafouiller et de vous agiter inutilement. Vous saurez tout en temps et en heure, quand vous serez suffisamment lucide et en forme pour m'écouter. Ce qui n'est visiblement pas le cas maintenant… » acheva-t-il avec un soupçon d'ironie.

Sans prêter attention aux protestations rapidement avortées de Draco, Snape le souleva et l'emporta hors du salon, son corps ne pesant presque rien et n'étant pas un fardeau dans les bras de l'homme.

« Encore plus léger que Potter ma parole ! Je n'aurais pas cru ça possible… » marmonna-t-il sombrement.

Il traversa le hall et monta l'escalier de bois vermoulu dont les marches craquaient à chacun de ses pas pour l'emmener au premier étage. Au bout du couloir se trouvait une chambre spacieuse et bien aérée, aux murs d'un bleu pastel, et qui baignait dans une lumière tamisée. Snape avait eu le soin d'y métamorphoser un grand lit en peu plus tôt dans la soirée, en prévision de la nuit à venir.

En entrant dans la pièce il déposa Draco sur une chaise, puis il repoussa les couvertures bien tirées du lit et installa le jeune homme sur des draps frais en surélevant la partie supérieure de son corps grâce à de gros oreillers pour faciliter sa respiration embarrassée.

« Et bien sûr, il n'y a pas la moindre parcelle d'énergie magique en circulation dans cette maison ! » grommela Snape. « Aucune connexion au réseau de cheminées du monde sorcier, pas de protections extérieures contre d'éventuels intrus… C'est à se demander si vous vous rappelez que vous êtes un sorcier et si vous n'avez pas enterré votre baguette magique dans une vieille cave poussiéreuse, ou pire, détruite ! »

Tout en vitupérant, Snape s'affairait à ôter au jeune homme ses vêtements mouillés et lui faisait enfiler un pyjama propre et sec. Le jeune sorcier avait abandonné toute velléité de rébellion et était aussi docile qu'un pantin inanimé entre ses mains. Il ressentait tout à coup une immense lassitude qui le vidait de toute volonté. Il y avait si longtemps que quelqu'un ne s'était pas occupé de lui… Il avait oublié combien c'était bon. Il se sentait déjà mieux malgré les reproches et les critiques acerbes dont l'abreuvait Snape.

« Pour couronner le tout, nous sommes à des kilomètres de la « civilisation », il n'y a pas une seule habitation à des lieues à la ronde. Encore heureux pour vous qu'il soit possible de transplaner d'ici, dans le cas contraire je ne donnerais pas cher de votre vie. Vous auriez tout aussi bien pu mourir dans l'indifférence générale et sans avoir aucun moyen de recevoir de l'aide ! »

Une fois Draco habillé, Snape sortit un court instant et revint bientôt avec une petite sacoche qui renfermait toutes sortes de potions et d'onguents hétéroclites. Il saisit une fiole remplie d'un liquide ambré et, en soutenant la tête du jeune homme, lui fit ingurgiter son contenu d'une seule traite. Celui-ci grimaça à la saveur acide teintée d'amertume du breuvage et manqua de tout recracher en s'étranglant.

« Qu'est-ce qu'il y avait là dedans ? » demanda-t-il avec une mimique dégoûtée. « Et puis non, tout bien réfléchi je ne veux pas le savoir ! » se ravisa-t-il devant le sourire singulièrement inquiétant qui déformait les traits de son ex-professeur.

« A quoi vous attendiez-vous ? A du jus de citrouille peut-être ? » lança ce dernier d'un ton cinglant. « Cette potion n'est pas très puissante et son action curative ne deviendra pleinement effective que dans quelques heures ; cependant, elle constitue un remède efficace contre la fièvre, les céphalées et la tachycardie. Vu l'affaiblissement considérable de votre organisme et les défenses immunitaires quasiment nulles qu'il lui reste, je ne pouvais courir le risque de vous administrer un médicament à effet instantané qui aurait pu déséquilibrer votre métabolisme… »

Faisant fi de l'ahurissement ostensible de Draco face à ce jargon médical auquel il n'entendait goutte, Snape enchaîna avec un flegme trompeusement désinvolte :

« Vous allez par conséquent rester allongé et ne fournir aucun effort. Dans un moment vous pourrez vous nourrir pour reprendre quelques forces, puis de nouveau dormir, ce qui accélérera votre rétablissement.

« Mais je n'ai plus du tout envie de dormir, j'ai déjà passé tout l'après-midi et le début de la soirée à ne faire que ça ! » soupira Draco avec exaspération.

« Je ne doute pas que vous ayez eu votre content de sommeil pour aujourd'hui, mais par « dormir » je sous-entendais un repos réparateur, et non ces siestes comateuses à des heures indues dans lesquelles vous vous abîmez. Elles ne vous apportent rien si ce n'est un surplus de fatigue mentale et nerveuse à votre réveil. »

Draco, qui avait écouté sans réagir au préalable la diatribe de Snape suivie de ses « recommandations », de se départait pas de l'étonnement croissant que lui donnait cette situation insolite. Il était vraiment déconcerté et déstabilisé par la sollicitude bourrue mais pourtant prévenante que lui prodiguait son aîné, un homme qu'il pensait ingénument avoir cerné.

« Qui aurait imaginé ça de vous, professeur ? Severus Snape, l'enseignant le plus craint et le plus redouté des élèves de Poudlard, le directeur de l'illustre maison de Serpentard, dont il est le parangon emblématique… J'étais très loin de me figurer que derrière une façade si revêche et sardonique s'abritait un cœur tendre et sensible ! » chuchota Draco d'un ton méditatif.

« Apparemment vous n'êtes pas aussi mal en point que je l'estimais, si vous pouvez débiter d'aussi déplorables inepties… » répliqua doucereusement Snape. « Ne prenez pas vos fantasmagories pour des réalités, monsieur Malfoy, et dites-vous bien que je ne vais pas jouer éternellement les gardes-malades dévoués et aux petits soins pour leurs patients ! Vous vous êtes complu trop longtemps dans cette attitude de petite personne douillette et vulnérable.

Le ton jusqu'alors froid s'était mué en accusation véhémente. Brusquement sans égards pour la santé précaire du jeune homme, Snape paraissait véritablement résolu à le faire sortir de ses gonds. Il n'en fallut pas davantage pour enflammer la susceptibilité de Draco.

« Comment osez-vous vous adresser à moi de cette façon ? » s'écria-t-il en se redressant sur le lit. « Vous ignorez tout de ce que j'ai pu traverser, vous n'avez pas la moindre idée de l'enfer dans lequel j'ai été plongé quand… »

« J'en sais beaucoup plus que vous ne le supposez » le coupa Snape sans ménagement. « La douleur est humaine et il est parfaitement normal que vous l'extériorisiez, faute de quoi elle vous aurait rendu fou. Mais elle n'excuse pas tout. Surtout pas votre comportement égoïste et irresponsable qui met en danger votre santé et votre vie ! Cette indéniable dépendance que vous avez de lui a pris de telles proportions qu'elle vous pousse à vous auto-détruire. Il est impératif que vous vous en débarrassiez ! »

« Vous en parlez comme s'il s'agissait d'une broutille… » dit Draco d'un timbre désabusé. Mais c'est quelque chose qui me possède tout entier et contre quoi je suis sans défense. Il fait partie de moi : sans lui je ne suis rien.

« Vraiment très touchante cette déclaration ! Mais un conseil : épargnez-moi dorénavant ces épanchements mélodramatiques, et par Merlin, arrêtez de geindre ! Ce laissez-aller ne vous réussit absolument pas. Tout ce que vous inspirez aux autres en persistant à montrer une telle image de vous-même, ce n'est que de la pitié, et soyez-en assuré, vous n'en obtiendrez jamais de ma part. D'ailleurs je ne pense pas que c'est ce que vous souhaitez ; vous valez beaucoup plus que ça, Draco. »

Snape interrompit aussi subitement qu'il l'avait commencé ce sermon bref mais cependant excessivement chargé d'émotion. Et ce fut comme si toutes les barrières que Draco avaient maintenues entre lui et les autres se rompaient, cédant sous la pression impérieuse de ses larmes jusqu'ici ravalées. Il pleura sans retenue et sans honte, plus librement qu'il ne l'avait sans doute jamais fait, le flot de ses larmes évacuant sa tristesse et lui apportant un indescriptible soulagement.

Pendant toute la scène, Snape demeura à son chevet sans prononcer un seul mot, se contentant d'être là et de lui entourer les épaules dans une étreinte vigilante.

OoOoOoOo

Enfin, Draco se calma et se détendit peu à peu, son corps crispé se relâchant dans les bras de son ancien professeur. Il laissa aller sa tête contre l'étoffe de la robe de Snape, inhalant la senteur subtile et diffuse d'herbe fraîchement coupée et de santal qui l'imprégnait. Ce parfum discret acheva de le rasséréner.

Une fois la crise jugulée, Snape prit sa baguette magique et lança un sortilège de propreté sur Draco, après quoi lui appliqua une serviette imbibée d'eau froide sur le visage pour essuyer les traces de ses larmes à moitié séchées. Ensuite, il le recoucha lentement et le recouvrit avec les draps partiellement défaits du lit qu'il lissa machinalement avant de s'écarter et de se lever.

« Je n'avais pas l'intention de provoquer des effusions aussi… larmoyantes » dit-il d'une voix claire et sans aucune trace de mépris. « Mais tout compte fait, ça vous a été profitable. Maintenant que vous avez recouvré votre calme, je vais m'occuper de vous trouver quelque chose à manger, vous en avez vraiment besoin. Il ne manquerait plus que vous ne tombiez d'inanition ! Quant à notre fameux entretien à propos de Potter, il n'en est décidément plus question ce soir. Mais ce n'est que partie remise. »

Ceci étant dit, il tourna les talons et s'apprêtait à franchir le seuil de la chambre quand Draco l'interpella :

« Pourquoi faites-vous ça ? Pour quelles raisons vous donnez-vous toute cette peine, Severus ? »

Sa voix était aussi ténue qu'un murmure. Le maître des potions se figea en entendant son prénom de la bouche de son ancien élève, mais ne s'en offusqua pas. Sans se retourner, il lui répondit doucement après un long moment :

« Vous n'êtes pas le seul à avoir été touché par sa disparition… »

Et sur cette phrase ambiguë, il quitta la pièce en grande hâte, les pans de sa robe virevoltant autour de lui dans un claquement sonore.

OoOoOoOo

La nuit fila comme un éclair, ne laissant plus tard qu'un souvenir imprécis dans l'esprit de Draco. Snape, fidèle à ce qu'il avait dit, s'absenta brièvement et revint lui apporter à manger. Draco se surprit à tout dévorer, tenaillé par une faim dont il ne s'était pas rendu compte. Ce repas improvisé et providentiel le remit d'aplomb ; il mangea en appréciant la saveur des aliments, écartant de ses pensées toute autre préoccupation. Sa tête en ébullition était soudain étrangement affranchie des sombres réflexions qu'il ruminait avant l'arrivée de son ex-professeur.

Très peu de mots furent encore échangés après les admonestations édifiantes dont Snape l'avait gratifié. Draco était conscient que rien d'important ne serait plus évoqué cette nuit, et que la « grande discussion » au sujet de Harry devrait finalement être reportée au lendemain. Snape avait raison sur ce point. Bien qu'étant consumé par le désir de savoir, il admettait qu'il était à présent trop harassé pour entamer une conversation aussi éprouvante avec son aîné dans l'immédiat.

Le dîner terminé, celui-ci fit prendre à Draco une infusion qui contenait dans une seule formule les propriétés de la potion de sommeil sans rêves et du philtre de paix. Une dernière pensée vint au jeune homme avant qu'il ne soit englouti par la vague d'oubli bienheureux du sommeil :

« C'est l'anniversaire le plus bizarre que j'ai jamais eu… »

A suivre…