Disclaimer : Harry Potter et tous les personnages qui donnent vie à cette merveilleuse série ne m'appartiennent malheureusement pas mais sont à la géniale J.K.Rowling. Je ne fais que les emprunter pour donner libre cours à mes idées plutôt… particulières dira-t-on, et n'en retire aucun bénéfice si ce n'est le plaisir d'écrire.

Avertissement : Présence de slash yaoi, pas très graphique mais à déconseiller à toute personne réfractaire à l'idée de deux hommes qui s'aiment et partagent plus qu'une simple amitié.

A.N : Ce sont mes premiers pas dans le monde de la fanfiction, et j'écris cette histoire vraiment à titre « expérimental ». Je ne sais pas encore quelle direction elle va prendre… Bien entendu toutes les suggestions et les avis sont les bienvenus, alors n'hésitez pas à me dire ce que vous en pensez.

J'utilise les noms originaux des personnages dans cette fic. Severus Snape: Severus Rogue, Draco Malfoy: Drago Malefoy.

Réponses aux reviews:

Zaz : Merci pour ta review ! Pour répondre à ta question, non, je ne connais pas la date réelle de l'anniversaire de Draco. Dans cette fic je le place en Février parce que ça m'arrange pour la suite de l'histoire. Encore un peu de patience en ce qui concerne Harry, on apprendra enfin pourquoi il a disparu dans le chapitre suivant. Bisous !

Mimie : Merci beaucoup de m'avoir laissé un petit commentaire. J'espère que la suite te plaira toujours. Grosses bises !

Pour un moment d'éternité

Chapitre 3 : Réflexions

Lorsqu'il se réveilla le matin suivant, Draco eut l'impression d'émerger d'un gigantesque trou noir sans fond, mais paradoxalement, il éprouvait un étrange sentiment de satisfaction sereine. Ses paupières encore alourdies de sommeil étaient taquinées par un rayon de soleil qui pénétrait dans sa chambre à travers les interstices des rideaux de la fenêtre. Il se sentait merveilleusement bien dans la douceur moelleuse du matelas et des oreillers où s'étalait paresseusement son corps alangui.

Peu à peu, il reprit ses esprits, les effets du philtre qu'il avait avalé la veille s'estompant jusqu'à ce qu'il soit tout à fait tiré de sa somnolence. De mauvaise grâce, le jeune homme s'extirpa péniblement de son lit et se traîna d'une démarche légèrement titubante vers les volets pour y ouvrir les tentures sombres. Accoutumés à la pénombre de la pièce, ses yeux furent gênés par le halo de lumière dorée qui s'étendait sur le jardin et les barreaux métalliques de la clôture qui encerclait la propriété. De toute évidence, c'était une matinée radieuse qui s'annonçait, fait d'autant plus remarquable en ce mois de février pluvieux et maussade qui faisait désirer le printemps.

En retournant à son lit pour s'habiller, il observa avec ahurissement que l'endroit où il avait passé la nuit ne ressemblait en rien à ce qu'il s'en rappelait. C'était toujours la chambre dans laquelle il avait installé ses affaires en vrac quelques jours plus tôt en arrivant en catastrophe dans la maison, mais elle avait subi une rénovation qui la transformait du tout au tout. Terminées l'imposante couche de poussière qui recouvrait le parquet d'un voile terne et humide et les toiles d'araignées qui s'accrochaient en guirlandes enchevêtrées au plafond. La pièce reluisait de propreté et était garnie de meubles qu'il n'avait pas souvenir d'avoir vu là avant. A sa décharge, il fallait dire qu'il était tellement déphasé quand Snape l'y avait transporté qu'il n'avait pas accordé la moindre attention au décor, ni été surpris de se retrouver vêtu d'un pyjama qui ne lui appartenait pas.

Snape… L'évocation de ce nom lui remit en mémoire tous les évènements qui s'étaient déroulés la veille avec la violence et la rapidité d'un éclair. Aussi invraisemblable que ce fut, Severus Snape était venu lui apprendre qu'on avait probablement retrouvé Harry. Harry… Encore une fois, son cœur se gonfla d'une joie subite et inexprimable à l'idée qu'il allait peut-être enfin le revoir. Pourtant, il se souvint aussi que le choc engendré par cette nouvelle l'avait rendu malade la nuit précédente, et il tenta sans grand succès de modérer l'exaltation qui le submergeait. Avant de laisser libre cours à son allégresse il devait avoir cette fameuse discussion avec Snape. Leur entretien n'avait été que trop retardé par des incidents stupides qui auraient pu aisément être évités.

Animé d'une détermination renouvelée, il se mit en quête d'habits convenables à passer et s'apprêtait à fouiller dans une valise qui débordait de linge entassé pêle-mêle quand il aperçut, posés sur une chaise et impeccablement pliés, un pantalon, une chemise et un pull qui lui étaient étrangers. « Sans doute une attention de Snape » conclut-il de plus en plus étonné. Cette facette inédite du glacial professeur de potions le laissait pantois. Pendant de très furtives secondes, il se représenta Snape en tablier avec un plumeau à la main, ou attelé aux fourneaux à mijoter de bons petits plats, transformé en fée du logis. L'image était si désopilante qu'il ne put réprimer un petit rire convulsif. Bien sûr, cette pensée resterait du domaine de l'utopie, Snape avait dû avoir recours à la magie pour nettoyer la maison et ne s'était sans doute pas séparé de ses sempiternels atours noirs de sorcier. L'avoir imaginé en femme de ménage était tout simplement grotesque et typique d'un moldu…

Secouant la tête pour chasser cette pensée burlesque, Draco enfila les vêtements neufs après s'être lancé un sort de nettoyage avec sa baguette magique, qu'il avait récupérée dans un compartiment de sa valise épargné par le désordre . Il se sentait un peu plus propre maintenant qu'il était débarrassé de la pellicule de sueur macérée qui lui collait à la peau, même s'il aurait préféré prendre une bonne douche bien chaude. Merlin qu'il en avait besoin ! Dès qu'il serait de retour à son appartement de Londres, ce serait la première chose dont il s'occuperait. Hélas, la demeure où il se trouvait à l'heure actuelle n'était pas équipée en eau courante ni en électricité. Avec stupéfaction, il réalisa alors qu'il était depuis déjà plus de deux jours dans une mansarde isolée et dépourvue de toutes les commodités indispensables, que ce soit du point de vue sorcier ou moldu. Fallait-il qu'il soit en proie à une dépression avancée pour s'en être accommodé sans rechigner !

Bien qu'il ne pût pas en juger par lui-même étant donné l'absence de miroir dans la chambre, les vêtements lui seyaient et tombaient avec allure sur sa silhouette élancée. Le jean noir moulant était coupé dans un tissu souple qui suivait les mouvements du corps et sa couleur sombre tranchait vivement avec la chemise d'une blancheur nacrée dont la ligne cintrée et les manches longues aux poignets évasés évoquaient la mode des romantiques d'un autre siècle. Quant au pull d'un superbe bleu grisé, il était tricoté dans une laine mousseuse et paraissait sorti d'un nuage tant sa matière avait une texture vaporeuse sous les doigts.

Snape avait fait preuve d'un goût indiscutable en lui choisissant ces habits. Pourquoi donc n'en usait-il pas sur sa propre personne ? s'interrogea Draco. Il n'avait jamais vu son ancien professeur autrement qu'affublé de longues robes noires et sévères, ses cheveux négligés coulant en longues mèches huileuses et filasses. « Mais Snape a d'autres chats à fouetter que de s'inquiéter de son apparence », se dit-il avec un petit sourire ponctué d'un haussement d'épaules.

Draco voulait quand même savoir de quoi il avait l'air, aussi se décida-t-il à faire apparaître un miroir en employant un sortilège de métamorphose, malgré ses performances relativement médiocres dans cette branche de la magie. Le choc qu'il reçut fut si foudroyant quand il se contempla dans la petite glace qu'il faillit presque la lâcher.

Le miroir lui renvoyait le reflet d'un visage émacié et aux traits tirés, mangé par des yeux gris-acier rougis et qui avaient perdu tout éclat. Ses cheveux naguère d'un blond platine brillant étaient à ce jour ternes et cassants, et retombaient en mèches inégales et emmêlées sur son cou. Mais le plus effrayant, c'était sa maigreur qui avait atteint un seuil critique : les os saillaient par l'échancrure du pull et semblaient percer à travers la peau de ses poignets noueux, de ses genoux ainsi que de ses chevilles. Ses pommettes creusées ne conservaient aucune rondeur au niveau de ses joues, et sa mâchoire anguleuse donnait à sa figure une forme plus pointue et allongée que jamais auparavant.

L'époque où Draco avait pris la peine de se regarder pour la dernière fois dans une glace remontait assurément à très longtemps. Son physique qu'il avait entretenu rigoureusement était à présent le cadet de ses soucis. Pourquoi aurait-il éprouvé l'envie de plaire alors que l'objet de son affection n'était plus là ? Harry était le seul qu'il voulait séduire, le seul pour lui… Et puis de toute façon, les dégâts qu'il avait infligé à son corps n'étaient pas irréparables, n'est-ce pas ? On pouvait toujours y remédier, c'était une bagatelle par rapport à tant d'autres problèmes plus graves.

Sans accorder un regard supplémentaire à son portrait, il jeta distraitement le miroir sur le lit et quitta la chambre.

OoOoOoOo

Contrairement à Draco, Snape n'était pas parvenu à fermer l'œil de toute la nuit. Quand il se fut assuré que son élève dormait profondément, il était retourné dans le salon où il avait éteint les chandelles désormais superflues et s'était plongé dans l'obscurité, avec pour seule source de lumière le brasier d'un orangé flamboyant qui brûlait toujours dans la cheminée. Bien que fatigué par sa journée riche en rebondissements, il était trop énervé pour espérer s'endormir.

Après avoir fait les cents pas dans la pièce pendant ce qu'il lui sembla être une éternité, il s'arrêta, exaspéré, et se servit un verre de cognac qu'il dégusta en fin connaisseur en s'affalant sur le vieux canapé miteux qu'avait occupé Draco peu de temps avant. La saveur à la fois puissante et fruitée de l'alcool s'attardait sur sa langue et son palais, lui octroyant un éphémère contentement, avant d'embraser sa gorge et ses reins, les percutant d'une chaleur insidieuse pareille à un coup de fouet sec. Il n'était pas dans ses habitudes de boire, mais ce soir là, il avait grandement besoin d'un remontant. Peut-être que ça l'aiderait à évacuer la tension qui l'opprimait, se dit-il sans aucune illusion.

Son esprit était inlassablement tiraillé par cent pensées divergentes et contradictoires qui tourbillonnaient et se mélangeaient dans son cerveau comme les filets de brume argentée tournoyaient dans le réceptacle d'une pensine. En y réfléchissant, il se mordait les doigts de ne pas avoir emporté la sienne dans sa précipitation à rejoindre Draco dans cette maison de nulle part. Heureusement, ce dernier n'avait pas, à ce que Snape savait, un don inné pour la légilimancie, et lui, en occlumens confirmé, ne craignait pas d'ouvrir malencontreusement les méandres de son esprit au jeune homme. Le maître des potions ne devait pas pour autant baisser sa garde et dévoiler ses émotions… Une telle faiblesse aurait pu lui coûter très cher avec Voldemort et peut-être plus encore s'il l'avait manifestée en présence d'Albus Dumbledore…

L'ancien directeur de Poudlard avait toujours eu une fâcheuse tendance à le mettre mal à l'aise. Snape avait immanquablement la sensation extrêmement inconfortable d'être mis à nu par ces yeux bleus qui pétillaient de malice et d'une omniscience inouïe. Que de réticences avait-il eu pendant longtemps à plonger dans ces orbes reflétant une sagesse infinie et à soutenir sans ciller le regard de Dumbledore ! Devant son aîné, l'imposant professeur se sentait comme un enfant pris en faute, même s'il n'avait dans la plupart des cas rien à se reprocher… On ne pouvait décemment pas lui imputer à un crime son antipathie irréductible à l'égard de Potter, n'est-ce pas ?

En parlant de Potter, pourquoi était-ce invariablement à lui, Severus, qu'échouaient les taches ingrates et le travail fastidieux ? « Cent autres personnes auraient été plus que ravies de se voir confier la noble mission de retrouver l'ex golden boy de Gryffondor », songea-t-il sarcastiquement. « Mais non… Albus a expressément tenu à ce que ce soit moi qui me charge de cette affaire délicate. Quel témoignage de confiance, vraiment ! »

Et lui, en désaccord avec le plus élémentaire bon sens, avait malgré tout accepté cette « proposition » du fondateur de l'Ordre du Phénix. A en croire son mentor, si quelqu'un avait une chance de réussir là où tant d'autres avaient échoué, c'était Snape.

Tout ça parce qu'il s'était lié magiquement au fils de James Potter quand il lui avait sauvé la vie in extremis lors du duel décisif contre Voldemort. Le plus surprenant, c'était qu'il ne l'avait pas fait avec préméditation, ni par sens du devoir. Il avait agi aiguillonné par une impulsion incontrôlable et sans la moindre réflexion. Et après coup, il s'était senti - idée ô combien inconcevable - heureux et rassuré quand il avait appris que Harry s'en était sorti sain et sauf et qu'il ne garderait aucune séquelle du combat.

Quel concept étrange et inexplicable que le destin ! Le lien qu'il partageait désormais avec le jeune sorcier l'attachait pour toujours à son ex-élève honni. En quelque sorte, ce qui s'était créé entre eux importait autant que les liens d'amitié et d'amour qui unissaient Harry et Draco. C'était différent mais primordial, aussi vieux que l'humanité, plein de cette force et de ce mystère intemporels qui définissaient la vie elle-même. Un lien impalpable mais d'une réalité irréfutable, un lien indestructible et éternel, que même la mort ne pouvait rompre.

Voilà à quoi en était réduit Snape : tolérer la présence de ce maudit garnement au sein de son existence si bien ordonnée, alors qu'il n'avait rêvé que d'une seule chose depuis le jour où il l'avait rencontré : le rayer de sa vie afin d'éradiquer les souvenirs cuisants qu'il lui remémorait atrocement et horriblement. Cet espoir si souvent caressé n'était qu'un vœu pieux, et il le savait. D'ailleurs, s'il se montrait totalement honnête avec lui-même, il n'éprouvait plus à l'encontre de Harry une rancœur aussi tenace qu'il voulait le faire croire. Bien entendu, il ne l'aurait jamais avoué, pas même sous la torture !

Tout au long des glorieuses années que Harry avait passé à Poudlard sous sa férule, Snape lui avait sans relâche répété qu'il n'était ni spécial ni important. Or l'homme ne pouvait nier l'évidence : ce satané gamin était le centre du monde ! Par Merlin, la simple disparition de ce petit morveux arrogant et insupportable avait suscité un chamboulement sans précédent dans la communauté sorcière. Potter bouleversait tout, les êtres comme les choses ; il n'était pas de ceux qu'on oubliait, il déboulait dans votre vie avec la rapidité et la violence d'un météore et marquait d'une empreinte indélébile les gens qu'il côtoyait.

Et pour comble de l'ironie, il semblait à Snape que le monde tournait moins vite sans Harry, que ceux qui l'avait fréquenté et apprécié végétaient au ralenti, souriaient bien moins souvent et étaient saisis de nostalgie chaque fois qu'il évoquaient sa mémoire. Une profonde mélancolie qui ne s'estompait guère, même après deux ans, sept mois et vingt et un jours…

Ce n'était pas que Snape tenait des comptes à la manière des niais qui attendaient avec impatience Noël ou encore leur anniversaire, allons donc ! Non, il connaissait seulement avec une exactitude pointilleuse les plus insignifiants détails du dossier Potter, et ne montrait qu'une stricte conscience professionnelle dans cette affaire, rien d'autre. Irritante, vraiment, cette obstination qu'avait son entourage de le croire concerné par le sort de ce fauteur de trouble…

Sans qu'il y parut, les dernières heures de la nuit s'envolèrent pour faire place à une aube timide qui teintait de rose un ciel clair et limpide et déposait des perles translucides sur les herbes folles qui proliféraient dans la cour de la demeure.Ce ne fut qu'alors que Snape réalisa avec effroi qu'il avait consacré tout ce tempsà cogiter en pure perte. Potter le hantait tel un spectre, il n'arrivait pas à le sortir de sa tête, peu importait la volonté qu'il y mettait: tout se rapportait inévitablement au jeune sorcier disparu. Au rythme où allaient les choses, il finirait lui aussi par y laisser sa santé mentale et plus encore. Il n'existait qu'un seul moyen d'exorciser ses vieux démons...

Le regard noyé dans la contemplation des flammes sur le déclin, Snape ramena le flot impétueux de ses pensées vers Draco. L'état épouvantable dans lequel il l'avait retrouvé lui causait une réelle inquiétude, malgré lui. Apparemment l'absence de Potter produisait sur le jeune homme un effet quasiment aussi désastreux que la proximité d'un Détraqueur… Beaucoup de temps lui serait nécessaire pour redevenir le Draco d'autrefois. Et le temps, c'était ce qui manquait cruellement, justement. Quelle que soit la décision de son ancien étudiant, Snape devrait agir vite, avec ou sans lui, pour tirer Potter - si c'était bien lui - du guêpier où il s'était fourré ( pour ne pas changer des bonnes vieilles habitudes… ).

Chaque jour comptait.

OoOoOoOo

Tout en descendant l'escalier vétuste qui conduisait au rez-de-chaussée, Draco était assujetti à une terrible appréhension qui lui broyait l'estomac, mais il ne pouvait plus reculer maintenant. Il lui fallait affronter la réalité, quelle qu'elle puisse être.

Tout autour de lui, la maison était envahie d'un silence religieux dans lequel il entendait nettement les battements affolés de son cœur tandis qu'il s'acheminait vers le hall… A un moment il se demanda si Snape n'était pas reparti, mais il avait l'intime conviction qu'il n'en était rien. Et comme pour confirmer son intuition, aussitôt que le jeune homme entra dans le salon où il avait rencontré son ancien professeur, il vit le maître des potions qui l'attendait assis dans le même fauteuil que la veille. Un feu généreux flambait dans l'âtre de pierre brute et un petit déjeuner substantiel était disposé sur une table basse devant le vieux canapé efflanqué.

L'heure de vérité avait sonné…

A suivre...


A.N 2: J'ai réédité ce chapitre. Il y a un ou deux paragraphes en plus par rapport à la première version. Avis aux lecteurs intéressés!